En plus de ses fonctions administratives, Charlottetown dessert un arrière-pays agricole étendu et se trouve au centre des communications insulaires. Son climat favorable et ses plages toutes proches en font aussi un lieu touristique très fréquenté.
Historique et évolution
Bien que la ville soit constituée seulement en 1855, la colonisation de la région remonte à 1720 lors de l'arrivée d'une expédition envoyée par le comte de Saint-Pierre, qui s'établit à l'ouest de l'entrée du havre, au site nommé Port-La-Joie. En 1730, après que le gouvernement français se soit assuré de son autorité immédiate sur l'Île-Saint-Jean (ancien nom de l'île), Port-La-Joie est retenu comme centre administratif, même si d'autres lieux possèdent un potentiel commercial supérieur. Les Britanniques confirment cette décision lorsqu'ils se rendent maîtres de la région après la capitulation de LOUISBOURG en 1758.
À l'origine, le plan de la ville prévoit de larges rues formant un quadrillage dont l'axe principal s'oriente vers le Nord à partir de la rivière Hillsborough. Il y a aussi un terrain communal pour un éventuel agrandissement et une terre de la Couronne pour pâturages et jardinage. Des emplacements sont choisis pour la halle, l'église, le palais de justice et la prison, mais il faudra un certain temps avant que ces installations ne soient prêtes. Quoi qu'il en soit, les travaux pour garantir la défense sont entrepris, puis renforcés après le pillage du village par des corsaires américains en 1775. Le statut de la ville est rehaussé par une décision du gouvernement britannique en 1769 : l'île, rebaptisée Île-du-Prince-Édouard en 1799, est séparée de la Nouvelle-Écosse et le petit hameau devient capitale de la nouvelle colonie.
Le premier gouverneur, Walter PATTERSON, entreprend l'établissement des services administratifs essentiels, mais surtout le traçage de routes vers les régions éloignées de la colonie. Comme les régions agricoles progressent, Charlottetown devient une ville de commerce, un centre d'administration et de communications. Ces fonctions demeurent les éléments essentiels de son économie.
Population
Au cours du XIXe siècle, la population de Charlottetown représente une moyenne approximative de 9 p. 100 de la population totale de l'île et s'accroît dans la même proportion que cette dernière. La plupart des colons viennent d'Angleterre, d'Écosse ou d'Irlande, avec en plus quelques ACADIENS et un petit nombre de ressortissants d'autres ethnies. Toutefois en 1848, plus de la moitié de la population est native de l'île. En 1873, lors de l'entrée de l'Île-du-Prince-Édouard dans la Confédération, Charlottetown est la 11e ville en importance au Canada.
En 2001, la population de la ville est de 32 245 et celle de la région métropolitaine de recensement (RMR) se chiffre à 58 358. Les origines ethniques des résidents sont remarquablement semblables à celles d'un siècle et demi passé. Bien que plus de 80 antécédents ancestraux différents, autres que les Canadiens, soient présentés dans le dernier recensement, les Écossais, suivis par les Anglais et les Irlandais, sont, de loin, les plus nombreux. Les personnes d'origine française suivent, tandis que les Allemands et les Néerlandais forment des minorités importantes. Les Libanais et les Chinois constituent les groupes ethniques non européens les plus nombreux. Plus de 40 p. cent ont désigné leur antécédent ethnique comme canadien, et plus de la moitié de ces personnes n'ont mentionné aucune autre appartenance ethnique.
Début de l'ère industrielle
La construction navale, les compagnies de navigation et les petites manufactures (tanneries, brasseries, industries de la chaussure) diversifient quelque peu l'économie. La prospérité est pourtant suffisamment restreinte pour garantir la parcimonie dans les dépenses de services à la communauté. Une vigoureuse opposition aux taxes se manifeste. Certaines améliorations (par exemple, la lutte contre les incendies et les maladies) ne seront donc entreprises qu'après les désastres, comme dans le cas du grand incendie de 1866 ou de l'épidémie de VARIOLE de 1887. Néanmoins, à la fin du XIXe siècle, Charlottetown dispose de services modernes : eau, égouts, éclairage électrique des rues, hôpitaux et écoles convenables. Sa vie culturelle est diversifiée.
Économie moderne
Beaucoup d'industries du XIXe siècle, dont la construction navale, ont disparu. À leur place des industries de transformation du poisson et des fruits de mer, des boissons et des produits laitiers et des produits de la viande se sont établies. La ville accueille les nouvelles industries de biotechnologie et de technologie de l'information. Par le port, des produits agricoles sont exportés et des produits pétroliers importés.
En 1964, le Centre des arts de la Confédération, vaste complexe composé de salles de spectacle, d'un musée et d'une bibliothèque est inauguré pour commémorer le centenaire de la CONFÉRENCE DE CHARLOTTETOWN de 1864, événement qui confère à la ville le titre de Berceau de la Confédération, mais que les citoyens de la région ignorent pour une bonne part.
Le gouvernement provincial a institué une Commission de la Capitale pour promouvoir la ville en tant que Berceau de la Confédération et pour promouvoir le tourisme et le développement économique local.
La ville encourage actuellement des événements spéciaux qui mettent en valeur le thème Berceau de la Confédération tels que le Festival des lumières, une célébration de la naissance du Canada. La commission a créé le Founders' Hall à titre de projet commémoratif important pour le millénaire de l'Île-du-Prince-Édouard. Il relate l'histoire du Canada de 1864 à aujourd'hui et présente la pointe à l'est du front d'eau de Charlottetown qui a été réaménagé.
Paysage urbain
Charlottetown est aujourd'hui une ville de contrastes. Une atmosphère de ville-marché coexiste avec les aménagements culturels, d'importants bureaux administratifs et deux établissements d'enseignement supérieur : le Holland College et l' U. DE L'ÎLE-DU-PRINCE-ÉDOUARD. De vastes banlieues aux centres commerciaux modernes contrastent avec le Vieux Charlottetown, le cœur du centre-ville bien conservé. La stagnation relative de l'économie des années 50 et 60 a préservé les bâtiments anciens des dommages de la négligence et de la rénovation urbaine.
La ville conserve son riche héritage de vieilles résidences aristocratiques telles que Beaconsfield House qui abrite maintenant le musée de l'Île-du-Prince-Édouard et la Fondation du patrimoine. Elle possède aussi des rues historiques datant du XIXe siècle comme Victoria Row et Great George Street. Parmi les bâtiments publics importants, on retrouve l'hôtel de ville de style victorien, la Province House, bâtiment de style néo-classique où loge l'Assemblée législative et la Government House conçue dans un style georgien.
Les églises offrent plusieurs exemples remarquables de styles d'architecture particuliers, dont les plus frappants sont ceux de la basilique de St. Dunstan qui possède des tours en flèche et de l'exquise All Souls Chapel, richement ornée des peintures de Robert HARRIS. Le Sir Louis Henry Davies Law Courts Building voisine un réaménagement du quartier du port qui comporte des logements, des boutiques et des bureaux. Le terrain industriel adjacent a été transformé récemment par l'ouverture d'un stationnement, le Water Street Parkway, et par la création d'une zone commerciale sur Peake's Wharf et d'un vaste parc à Confederation Landing Des précautions sont prises pour garantir que ce nouvel aménagement respecte le patrimoine architectural de la ville tout en aidant à maintenir un noyau urbain vivant.
Gouvernement et politique
Avant la constitution de la ville en 1855, le gouvernement est assumé par l'administration coloniale, les organisations bénévoles et les citoyens. La constitution est motivée par le besoin d'améliorer les services physiques et par deux événements externes, la réalisation d'un GOUVERNEMENT RESPONSABLE sur l'île en 1851, qui favorise une plus grande participation des citoyens en politique, et la fin de la GUERRE DE CRIMÉE en 1854, qui conduit au départ de la garnison des soldats britanniques réguliers qui maintenaient la loi et l'ordre. La ville a été divisée en cinq quartiers. Chaque quartier élit deux membres au Conseil commun qui est dirigé par un maire. Les élections ont lieu chaque année et tous les hommes tenants libres ont le droit de vote.
Au cours des années suivantes, le mandat et le nombre de conseillers varient. Les femmes se voient accorder le droit de vote en 1927, mais la structure essentielle du gouvernement demeure stable jusqu'à l'annexion du Spring Park en 1958. Comme la plupart des villes, Charlottetown connaît une croissance considérable des communautés de banlieue telles que Sherwood et Parkdale. Les problèmes administratifs qui en découlent sont en fin de compte réglés par la fusion en 1995. Le conseil est composé actuellement d'un maire et de dix conseillers, chacun représentant un des dix quartiers de la ville.
La politique est dominée par le commerce pendant le premier siècle d'existence de la ville. Le bureau du maire est largement considéré comme un poste honorifique devant être partagé par des membres possédant de longs états de service dans l'établissement de la ville. On met l'accent sur une administration modeste qui se développe au fur et à mesure des besoins et qui ne surcharge pas les contribuables. Cette organisation laisse peu de place pour des partis politiques officiels.
Néanmoins, plusieurs maires laissent leurs marques dans la communauté. Thomas H. Haviland (1857-1867), qui occupe son poste pendant une période exceptionnellement longue, inaugure les budgets municipaux modestes. Le lieutenant-colonel J. David Stewart (1951-1958) saisit les occasions de développement engendrées par l'après Deuxième Guerre mondiale pour diriger la ville sur la voie d'un nouveau développement. Dorothy Corrigan (1968-1971) est la première mairesse de Charlottetown et la première à faire du poste un emploi à temps plein. Elle ouvre l'hôtel de ville au grand public, aux sens propre et figuré du terme.
Vie culturelle
De William Happeny, gagnant de la médaille de bronze en saut à la perche aux Olympiques de 1912 à David « Eli » MacEachern, gagnant de la médaille de bronze en BOBSLEIGH aux Olympiques de Nagano en 1998, Charlottetown est bien représentée dans l'élite de la compétition sportive internationale. Lori Kane est actuellement l'une des meilleures golfeuses professionnelles au Canada. Après une brève période au cours de laquelle les SÉNATEURS D'OTTAWA avaient une équipe-école dans la ville, l'intérêt s'est à nouveau porté sur le hockey amateur avec les APM Abbies, membres de la ligue de hockey junior A des Maritimes. Dans les courses attelées, le Charlottetown Driving Park est l'une des premières pistes en Amérique du Nord.
Charlottetown est le berceau de plusieurs artistes notables de la scène musicale parmi lesquels on compte Mobile Preid, un groupe jazz connu sur la scène internationale, la chanteuse Nancy White, Joey Kitson de l'ancien groupe rock celtique Rawlins Cross et Haywire, un groupe rock populaire dans les années 80. Le Centre des arts de la Confédération accueille deux chorales renommées, les Chanteurs de la Confédération et la chorale d'enfants du Centre de la Confédération. Le centre est également l'hôte du FESTIVAL D'ÉTÉ DE CHARLOTTETOWN, festival très apprécié de musique et de variétés. L'établissement abritant la galerie d'art et le musée de Charlottetown représente la plus grande installation de la sorte dans le Canada atlantique et s'enorgueillit d'une collection exceptionnelle d'objets d'art rassemblés par Robert Harris.
Dans l'ensemble, la vie culturelle de la ville continue à tirer son inspiration des régions rurales environnantes en offrant un mélange unique de goût urbain qui reflète les valeurs traditionnelles.
Auteur PETER E. RIDER
Bibliographie
Douglas Baldwin et Thomas Spira, éd. Gaslights, Epidemics and Vagabond Cows (1988); Benjamin Bremmer, Memories of Long Ago (1930); A.H. Clark, Three Centuries and the Island (1969); Edward MacDonald, If You're Stronghearted: Prince Edward Island in the Twentieth Century (2000); Irene L. Rogers, Charlottetown: The Life in Its Buildings (1983); A.B. Warburton, A History of Prince Edward Island (1923).
Liens supplémentaires
Lieu historique national de Port-la-Joye–Fort-Amherst
Ce site de Parcs Canada commémore la première colonie européenne permanente dans l'Île-du-Prince-Édouard, premier emplacement des fortifications françaises et britanniques.
Toponymie du Canada
Utilisez cette page afin de localiser une carte du SNRC en faisant une recherche dans la Base de données toponymiques du Canada (BDTC). Tapez le nom d'une ville, d'un village, d'un lac ou de toute autre entité géographique, spécifiez le type d'entité que vous cherchez ainsi que la province ou le territoire où se trouve l'entité. Par Ressources naturelles Canada.
Charlottetown Conference
Ce site de la "Confédération canadienne" s'intéresse tout particulièrement aux délégués présents à la Conférence de Charlottetown et aux grands thèmes qui y ont été abordés. On y trouve des photos, un compte rendu des débats et autres documents d’archives. Site de Bibliothèque et Archives Canada.
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