Le royaume d'Écosse crée l'une des premières colonies au Canada lorsque, en 1621, sir William Alexander est gratifié d'une charte royale pour le territoire de la Nouvelle-Écosse. Il installe au Cap-Breton et dans la BAIE DE FUNDY de petits établissements qui ne prospèrent guère, et le territoire est cédé à la France en 1632. Quelques Écossais immigrent en NOUVELLE-FRANCE, mais le véritable mouvement migratoire s'amorce vers 1720 avec l'arrivée successive de quelques hommes de la région d'Orkney recrutés par la COMPAGNIE DE LA BAIE D'HUDSON pour travailler dans l'Ouest. Des soldats des Highlands écossais forment les troupes d'élite de l'armée britannique qui vainc la France lors de la GUERRE DE SEPT ANS. Plusieurs d'entre eux demeurent en Amérique du Nord, et, après 1759, des marchands écossais s'installent au Québec, où ils dominent le commerce et la traite des fourrures.
Entre 1770 et 1815, quelque 15 000 Écossais des Highlands s'établissent au Canada, principalement à l'Île-du-Prince-Édouard, en Nouvelle-Écosse (voir HECTOR) et dans le Haut-Canada. La plupart viennent des Highlands de l'Ouest et des îles écossaises. À quelques exceptions près, ils ne parlent que le gaélique, et plusieurs sont de religion catholique. Ils se forment en communautés agricoles, et, au début du XIXe siècle, le gaélique vient au troisième rang des langues européennes parlées au Canada. Quelques Highlanders sont attirés à la COLONIE DE LA RIVIÈRE ROUGE par le comte de SELKIRK, et quelques autres, engagés dans la traite des fourrures, s'y installent avec leurs familles indiennes après 1821. Toutes ces communautés conservent les traditions écossaises et forment, durant plusieurs années, des enclaves ethniques distinctes.
Après 1815, l'immigration écossaise s'accroît et prend une autre tournure. Encouragés par les autorités britanniques, les Écossais des Lowlands se joignent aux Highlanders pour s'établir au Canada. Entre 1815 et 1870, ils sont ainsi 170 000 à traverser l'Atlantique, soit quelque 14 p. 100 de l'immigration britannique pour cette période. Vers les années 1850, la plupart de ces nouveaux arrivants s'installent dans la PROVINCE DU CANADA plutôt que dans les colonies des Maritimes. Selon le recensement de 1871, 157 Canadiens sur 1000 sont d'origine écossaise, la proportion allant de 4,1 p. 100 au Québec à 33,7 p. 100 en Nouvelle-Écosse.
Les immigrants de cette époque représentent un échantillonnage fidèle de l'ensemble de la population écossaise. La plupart sont fermiers ou artisans, mais on compte un fort contingent d'entrepreneurs et de membres de professions libérales, notamment des instituteurs et des ministres du culte. La plupart sont presbytériens et parlent l'anglais. Ils ont tendance à se regrouper et se montrent particulièrement actifs dans la création d'institutions scolaires consacrées à la formation des sujets les plus doués (par exemple le St. John's College, à la Rivière rouge).
Les Écossais sont très présents en politique et dans le domaine du commerce. Des hommes tels James Glenie et John Neilsen sont souvent les principaux critiques de structures politiques élitistes, en dépit du fait que d'autres Écossais, tel John STRACHAN, font partie de cette ÉLITE. Les deux premiers premiers ministres du Canada, John A. MACDONALD et Alexander MACKENZIE, sont tous deux nés en Écosse. Les Écossais sont très actifs dans les affaires, particulièrement dans les domaines de la traite des fourrures, du commerce du bois, des banques et de l'administration des chemins de fer. Durant les années 1880, près de la moitié des chefs d'industrie proviennent de familles écossaises immigrées depuis peu au Canada.
Ces Canadiens d'origine écossaise se retrouvent dans une position de plus en plus ambiguë, étant à la fois partie de la culture britannique dominante et attachés à leur identité propre. C'est en grande partie à cause de leur influence que la culture dominante au Canada fut britannique plutôt qu'ANGLAISE et que l'on retrouve, dans le système d'éducation et dans les valeurs morales de ce pays, des traits écossais typiques, comme l'observance du repos dominical et la valeur accordée à la TEMPÉRANCE. La philosophie morale écossaise a exercé une forte influence sur l'enseignement de la philosophie au Canada.
Depuis 1870, le rythme de l'immigration et de l'implantation écossaises s'est profondément modifié, obéissant en cela aux changements survenus au Canada et en Écosse. Lorsque les pressions démographiques se sont atténuées dans les Highlands, leurs habitants ont cessé d'immigrer en grand nombre au Canada. Dans les Lowlands, urbanisation et industrialisation réduisent la proportion relative d'agriculteurs, lesquels réduisent d'autant leur apport au flux migratoire.
Au Canada, entre-temps, la croissance manufacturière et l'explosion urbaine attirent les immigrants écossais, certains d'entre eux se dirigeant cependant vers les dernières grandes frontières agricoles de l'Ouest. Cette migration écossaise ne diminue pas pour autant. De 1871 à 1901, ils sont 80 000 à chercher ainsi au Canada un meilleur avenir. Ce nombre atteint 240 000 au début du siècle (avant la Première Guerre mondiale), 200 000 s'y ajoutent entre 1919 et 1930, et 147 000 entre 1946 et 1960.
À l'instar de la plupart des autres groupes d'immigrants, les Écossais préfèrent l'Ontario et l'Ouest à la région de l'Atlantique et au Québec. Dans les Maritimes, une forte proportion de la population d'origine écossaise est native de ces provinces. Tout comme le Québec, Terre-Neuve n'a jamais abrité de population écossaise importante. On retrouve des Écossais dans toutes les autres provinces, en milieu urbain et en milieu rural. Comme tous les autres groupes ethniques, ils se sont de plus en plus assimilés à la société canadienne, tout en gardant conscience de leur héritage culturel. De même ont-ils tenu à mettre l'accent sur certaines des manifestations les plus spectaculaires de leur appartenance, tels les clans, le tartan et les danses des Highlands. Le gaélique a décliné au Canada, tout comme en Écosse, et n'est plus parlé que par quelques milliers de personnes, principalement au Cap-Breton.
Éducateurs, industriels, explorateurs, politiciens, artistes, les Écossais ont contribué à l'évolution du Canada dans tous les domaines. Au nombre des leurs, on relève les noms de sir A.T. GALT, lord ELGIN, Donald SMITH (lord Strathcona), William Lyon MACKENZIE, Harold INNIS, sir William MACKENZIE, Maxwell AITKEN (lord Beaverbrook), W.L. MORTON, Blair Fraser, Norman BETHUNE, Farley MOWAT, Douglas CAMPBELL et Norman MCLAREN.
L'histoire et la culture écossaises ont connu une évolution bien différente de celle des autres groupes des îles britanniques, et les Écossais se sont toujours considérés comme distincts de leurs cousins anglais, GALLOIS et IRLANDAIS, voire même supérieurs à eux. Leur immigration au Canada et leur contribution à son développement diffère vraiment de celle des autres groupes ethniques, car elles se sont poursuivies sur plusieurs siècles plutôt que de s'être limitées à une époque ou à une région précises. Les Écossais n'ont jamais été suffisamment nombreux pour dominer, mais jamais si peu nombreux qu'ils aient dû disparaître. Leur ascendance a grandement contribué à leur succès. Ils étaient assez proches des Anglais pour appartenir à la société dominante et possédaient, de par leur tradition, un savoir-faire et des ambitions bien adaptés à un pays en voie de développement.
Auteur J.M. BUMSTED
Bibliographie
R. Connor, Glengarry School Days (1902); J.K. Galbraith, The Scotch (1964); M. Laurence, The Diviners (1974); F.J. Niven, The Flying Years (1935) et The Transplanted (1944); W.S. Reid, The Scottish Tradition in Canada (1976).
Liens supplémentaires
Journée canadienne du multiculturalisme
Site de information de la Journée canadienne du multiculturalisme. Par le Ministère du Patrimoine canadien.
Le projet Metropolis
Un forum international favorisant la recherche comparative et l'élaboration de politiques publiques sur la migration des populations, la diversité culturelle et les défis que présente l'intégration des immigrants dans les villes au Canada et dans le monde entier.
William Alexander, comte de Stirling
Biographie de William Alexander, comte de Stirling. Par le "Dictionnaire biographique du Canada en ligne."
Bonspiel! L'histoire du curling au Canada
Bonspiel! explore en outre les impacts historiques et culturels du curling, de sa naissance mystérieuse au XVIe siècle à ce jour. Par Bibliothèque et Archives Canada.
Origines ethniques, chiffres de 2006, pour le Canada, les provinces et les territoires
Site d'information sur la Origines ethniques. Par Statistique Canada.

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