Plusieurs édifices ont été désignés lieux historiques parce qu'ils sont associés au passé. Les bâtiments peuvent être considérés importants à cause de leur âge ou leur architecture (p. ex. les vieilles GARES FERROVIAIRES, ÉDIFICES GOUVERNEMENTAUX, MAISONS), parce qu'ils sont reliés à des personnages importants (p. ex. PERKINS HOUSE, HALIBURTON HOUSE, McCULLOCH HOUSE) ou encore, parce qu'ils représentent un aspect important de l'histoire et la culture canadienne (p. ex. la Maison Bantin, lieu de découverte de l'INSULINE). Parfois, des rues (p. ex. la rue Great George à CHARLOTTETOWN) ou des quartiers entiers (p. ex. DAWSON, la vieille VILLE DE QUÉBEC) sont désignés lieux historiques. Les bâtiments historiques sont souvent restaurés et utilisés comme HÔTELS, MUSÉES, ou comme attractions touristiques (voir TOURISME). Les CANAUX, PHARES, CIMETIÈRES et FORTIFICATIONS historiques sont aussi souvent désignés.
Les MONUMENTS et mémoriaux anciens, qui en sont venus à assumer les caractéristiques de lieux historiques au fil des ans, sont également commémorés. Des exemples sont le mémorial de BROCK à Queenston Heights (il fut détruit en 1840 et remplacé en 1853), ainsi que le monument érigé à Québec en 1827, en l'honneur de MONTCALM et WOLFE. Ce dernier représente peut-être la première commémoration d'un événement historique au Canada.
Plusieurs sites archéologiques qui illustrent des moments importants de l'histoire autochtone et européenne du Canada sont des lieux historiques. Ces lieux contiennent généralement des vestiges structuraux (p. ex. l'ANSE AUX MEADOWS), des artefacts (p. ex. DEBERT), ou de l'ART RUPESTRE (p. ex. WRITING-ON-STONE) interprétés à travers l'ARCHÉOLOGIE. Certains de ces endroits, tels Writing-on-Stone et le TUMULUS DU SERPENT, sont toujours sacrés aux yeux de leurs propriétaires autochtones.
Certains endroits qui ne contiennent pas nécessairement d'édifices, de structures ou d'objets historiques sont aussi déclarés lieux historiques, soit parce qu'ils ont été le lieu d'événements importants ou qu'ils sont associés à une tradition ou groupe culturel. Par exemple, plusieurs endroits ont été commémorés en raison des BATAILLES historiques qui s'y sont déroulées. D'autres exemples sont les paysages ruraux, telle la ferme expérimentale centrale à Ottawa, qui reflète la philosophie de l'agriculture du XIXe siècle, les JARDINS HISTORIQUES, ou les PAYSAGES CULTURELS AUTOCHTONES (p. ex. KEJIMKUJIK).
Des individus proéminents, tels les PREMIERS MINISTRES du Canada et d'autres figures politiques, militaires ou religieuses importantes, peuvent également être commémorés dans le cadre du programme des lieux historiques nationaux. Dans certains cas, des plaques commémoratives sont érigées à un endroit associé avec ces personnes. Des individus plus communs qui ont influencé l'histoire sont également commémorés. Le PÈRE MORICE, un missionnaire oblat qui a travaillé en Colombie-Britannique et écrit un dictionnaire athapascan, et EMILY STOWE, la première femme médecin au Canada, en sont deux exemples.
Il y a également plusieurs événements qui sont célébrés à travers les désignations de lieux historiques. Ceux-ci sont variés et incluent, par exemple, la migration THULÉENNE, la chasse à la baleine BASQUE au Labrador, l'entrée des FEMMES DANS LES FORCES ARMÉES, l'expédition scientifique PALLISER dans les Rocheuses, et l'établissement du CHEMIN DE FER INTERCOLONIAL.
Les objectifs principaux des programmes de lieux historiques au Canada sont de favoriser la connaissance et l'appréciation de l'histoire du Canada et de contribuer à protéger les endroits qui y sont associés. Au cours des années, les critères utilisés pour définir et sélectionner les lieux historiques ont changé de façon significative.


Les Débuts des Programmes Commémoratifs de Lieux Historiques
L'intérêt pour créer des lieux historiques est devenu assez généralisé dans l'est du Canada avec la montée du sentiment nationaliste à la fin du XIXe siècle. Des groupes patriotiques et historiques locaux ont décidé de préserver et de marquer les endroits importants pour l'identité historique de leurs régions particulières, et certains ont argumenté que leurs sites étaient aussi importants dans l'histoire du Canada. De plus, on réalisa que les lieux historiques pouvaient devenir des attractions touristiques populaires et ce, surtout s'ils contenaient des ruines pittoresques. Dans les années 1890s, Fort Lennox au Québec devint le premier parc historique commercial au Canada; il était exploité par un entrepreneur privé.
En 1919, le gouvernement fédéral établit un programme pour la commémoration d'endroits, personnages et événements d'importance historique nationale. La Commission des lieux et monuments historiques du Canada (CLMHC) fut créée sous l'aile de la direction des parcs nationaux (maintenant Parcs Canada). La Commission était formée d'un groupe d'universitaires et d'experts du patrimoine désignés, dont le rôle consistait (et consiste toujours) à informer et conseiller la direction à propos des lieux, personnages et événements dignes d'être commémorés. Par la suite, la plupart des gouvernements ont établi des comités semblables pour les conseiller sur la création de lieux historiques provinciaux. Ces programmes se concentrent généralement sur la désignation d'endroits historiques, plutôt que sur des événements ou personnes.
À la fin du XIXe et début du XXe siècle, les sites étaient souvent choisis afin de commémorer d'importantes batailles (p. ex. BATOCHE, CRYSLER'S FARM), de grands hommes (p. ex. Pierre DE LA VÉRENDRYE, Archibald LAMPMAN, Alexander MACDONELL), et des événements politiques tels l'arrivée de l'empire uni des LOYALISTES au Nouveau-Brunswick, ou la première réunion du Conseil exécutif du Haut-Canada. Les sites reliés à la TRAITE DES FOURRURES (p. ex. CUMBERLAND HOUSE, le FORT PRINCE-DE-GALLES, le FORT LANGLEY) étaient aussi commémorés en grand nombre.
Jusque dans les 1930s, les efforts pour développer les lieux historiques se limitaient largement à des plaques interprétatives. Si des ruines historiques étaient présentes, elles étaient généralement laissées sans améliorations, et seulement un minimum d'efforts était déployé pour prévenir une plus grande détérioration. Parmi les premières initiatives pour préserver les bâtiments historiques, on retrouve le transfert d'un certain nombre de vieux forts contrôlés par l'armés britannique à la direction des parcs nationaux. Fort Anne (NE) devint un parc historique national en 1917, FORT BEAUSÉJOUR (NB) en 1926, FORT CHAMBLY (QC) en 1921, et Fort Willington (ON) en 1923. D'autres propriétés militaires furent préservées comme lieux historiques nationaux jusqu'en 1940, quand elles furent désignées parcs historiques nationaux. Au Québec et en Ontario, des groupes locaux réussirent à préserver quelques édifices historiques importants. La Société d'archéologie et de numismatique de Montréal acquit le château de Ramezay en 1895 pour en faire un musée, et des groupes historiques de Toronto luttèrent avec succès pour sauver le FORT YORK de la destruction.
Le succès de larges projets de restauration aux États-Unis et le budget plus élevé alloué aux travaux publiques pendant la GRANDE DÉPRESSION ont stimulé les projets de restauration au Canada. Dans les années 1930, la Commission des parcs du Niagara, une agence du gouvernement de l'Ontario, a entrepris quatre projets historiques d'envergure dont deux - le Fort George à NIAGARA-ON-THE-LAKE et le Fort Erie - impliquaient la reconstruction de fortifications inexistantes. Par la suite, les gouvernements provincial et fédéral ont entrepris la restauration du FORT HENRY à Kingston.
L'Expansion du Programme National de Lieux Historiques
Au fur et à mesure qu'ils grandissaient en âge et en maturité, les programmes de lieux historiques ont élargi leurs horizons et diversifié les désignations. Dans les années 1950, par exemple, la CLMHC a commencé à commémorer les bâtiments à cause de leur âge ou de leur valeur architecturale. Depuis, le patrimoine bâti - les canaux, gares ferroviaires, paysages de rue, quartiers, jardins et paysages ruraux historiques - a reçu de plus en plus d'attention. En 1961, Parcs Canada entreprit le plus gros projet de reconstruction à la forteresse française de LOUISBOURG, qui fut démolie par les Anglais en 1758. Le site fut transformé en un centre d'interprétation, où des guides costumés expliquent certains aspects de la vie du XVIIIe siècle à Louisbourg. À d'autres endroits, des communautés pionnières artificielles (p. ex. KINGS LANDING, UPPER CANADA VILLAGE) furent créées à l'aide de bâtiments historiques déménagés sur le site. Plus récemment, les efforts se sont concentrés sur la préservation de sites dans leur contexte naturel, où ils retiennent leur fonction originale ou du moins une utilité quelconque. Plusieurs exemples d'architecture commerciale ou domestique préservée comme lieux historiques se retrouvent à travers le Canada.
Dans les années 1990s, Parcs Canada a identifié trois thèmes qui sont sous-représentés parmi les lieux historiques nationaux. Ce sont les AUTOCHTONES, les femmes et les communautés ethnoculturelles. Depuis, des efforts ont été faits pour corriger ce déséquilibre. Par exemple, le système national de lieux historiques reconnaît maintenant davantage la relation étroite que les autochtones maintiennent avec la terre, à travers l'histoire orale et leurs traditions culturelles, et il leur donne l'occasion de partager ce patrimoine avec d'autres Canadiens. L'inclusion de paysages culturels autochtones (p. ex. Sahyoue Edacho, Nagwichoonjik) sur la listes des lieux historiques nationaux est un pas important dans cette direction. Quelques provinces et territoires (p. ex. la Nouvelle Écosse, les Territoires du Nord-Ouest) commémorent aussi les paysages culturels autochtones.
Les endroits, personnages, et événements associés avec d'autres groupes culturels que les Français ou les Anglais sont aussi commémorés en plus grand nombre, et reflètent la diversité culturelle du Canada. Des exemples de désignations récentes incluent l'établissement Buxton en Ontario, une communauté agricole qui fut établie par les réfugiés du CHEMIN DE FER CLANDESTIN; le temple sikh d'Abbotsford en Colombie Britannique (voir SIKHISME), qui est associé au plus large groupe SUD-ASIATIQUE du pays; et la ferme de l'UKRAINIEN Wasyl Negrych au Manitoba.
Le rôle clef que certaines femmes ont joué dans les domaines de la santé, du pouvoir, du travail, de l'éducation et de la technologie reçoit aussi plus d'attention. L'implication des femmes dans la santé, notamment, est maintenant célébrée à travers différentes désignations, dont le Begbie Hall à Victoria (CB), Jeanne Mance, et les INFIRMIÈRES DE L'ORDRE DE VICTORIA. Plusieurs femmes qui se sont battues pour les droits des femmes, telles Edith Jessie ARCHIBALD et Marie GÉRIN-LAJOIE, ont aussi été désignées. Finalement, l'AFFAIRE DES FEMMES NON RECONNUES CIVILEMENT fut déclarée un événement d'importance historique nationale, car elle a établi que les femmes étaient des personnes à part entière, égales à l'homme.
Les Lieux Historiques Aujourd'hui
Il y a présentement plus de 1600 lieux historiques nationaux un peu partout à travers le pays, dont plus de 800 endroits, 500 personnages, et 300 événements. Les systèmes de lieux historiques provinciaux comptent aussi des centaines de lieux historiques d'importance régionale, alors que les territoires nordiques sont en train d'élargir ou de développer des programmes semblables. Les municipalités ont souvent le pouvoir de désigner des lieux historiques d'importance locale, tout comme les groupes autochtones sur leurs terres, s'ils ont reçu ce droit à travers L'AUTONOMIE GOUVERNEMENTALE. Les lieux historiques peuvent être désignés à plus d'un niveau (p. ex. provincial et national). Plusieurs des lieux historiques du Canada figurent maintenant sur le Répertoire des lieux patrimoniaux du Canada, une base de données en ligne qui contient de l'information sur les lieux historiques d'importance locale, provinciale, territoriale ou nationale.
Auteur MÉLANIE FAFARD et C.J. TAYLOR
Liens supplémentaires
Réseau canadien d'information sur le patrimoine
Le site web du Réseau canadien d’information sur le patrimoine. Ayant à coeur l'intérêt des générations présentes et futures, le RCIP a pour mission d'encourager le développement, la présentation et la préservation du contenu numérique patrimonial canadien.
La Société historique du Canada
La SHC est une organisation bilingue qui a pour but de promouvoir la recherche en histoire sous tous ses aspects. Voyez une série de brochures portant sur les différentes ethnies présentes au Canada.
Cette semaine en histoire
Présente divers événements ayant façonné le passé et le présent du Canada.
Le répertoire des lieux patrimoniaux du Canada
Les lieux patrimoniaux du Canada sont maintenant à porter de votre main! Recherchez et découvrez avec le Répertoire Canadien des lieux patrimoniaux.
Fête du patrimoine
Site Web de la Fête du patrimoine, une occasion de célébrer le patrimoine architectural et les lieux historiques du Canada. Par la Fondation Héritage Canada.


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