La Société Radio-Canada est l'une des principales sociétés de RADIODIFFUSION au monde. Elle exploite couramment des réseaux nationaux de radio (AM et FM) et de télévision en anglais et en français. Elle offre des programmes de radio et de télévision régionaux et locaux dans les deux langues officielles, diffuse des programmes de production locale en anglais et dans les langues autochtones pour les populations du Grand Nord. Elle diffuse sur ondes courtes des émissions multilingues destinées à ses auditeurs outre-mer. Elle s'assure que les émissions soient sous-titrées pour les mal-entendants.

Son financement lui vient principalement de subventions régulières du gouvernement fédéral (environ deux tiers de son budget), mais aussi de revenus publicitaires et de la vente d'émissions à d'autres pays. Bien qu'ayant des comptes à rendre au Parlement sur sa gestion d'ensemble, elle en est indépendante pour ses opérations courantes. Depuis sa création durant la Crise des années 30, elle essaie de procurer aux Canadiens un large éventail d'informations nationales et de divertissements d'excellente qualité, même si ses critiques continuent à insister auprès du gouvernement pour qu'il abolisse son financement de la société d'État et qu'il harmonise le champ d'action de tous les diffuseurs.

Dunton, Davidson
Dunton, Davidson
Dunton a été en grande partie à l'origine de l'expansion de la Société Radio-Canada. Il a aussi été co-président de l'importante Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/PA-157772).
Centre canadien de radiodiffusion, 1
Centre canadien de radiodiffusion, 1
Le centre comprend un immeuble de 1,72 million de pieds carrés répartis sur dix étages. On y trouve des studios de télévision sur le toit et un sous-sol à deux niveaux (avec la permission de la Société Radio-Canada).


Fondation de la SRC
La constitution de la SRC en SOCIÉTÉ DE LA COURONNE, le 2 novembre 1936, fait suite à deux expériences antérieures de radiodiffusion publique au Canada. Dans les années 20, les Chemins de fer du Canadien National créent un réseau radiophonique comptant des stations à Ottawa, à Montréal, à Toronto, à Moncton et à Vancouver. Sa programmation se compose de concerts, d'opéras comiques, d'émissions scolaires et de drames historiques, mais ne compte toujours vers 1929 que trois heures en ondes par semaine à l'échelle nationale.

S'inspirant de la British Broadcasting Corporation (BBC), elle contribue cependant de la sorte à rendre plus visible le bien-fondé d'une radio dont l'auditoire est propriétaire aux yeux de la Commission royale de radiodiffusion. Cette commission, présidée par sir John AIRD, est mise sur pied le 6 décembre 1928 par Mackenzie KING. En effet, les stations canadiennes privées commencent alors non seulement à passer aux mains d'entreprises américaines, mais elles se révèlent incapables de fournir une solution de rechange adéquate aux émissions dont les États-Unis inondent le pays.

L'élément moteur au sein de la Commission Aird n'est autre que Charles Bowman, directeur du Ottawa Citizen, qui est convaincu de la nécessité d'une radio publique pour protéger le Canada contre la pénétration de la culture américaine. Après avoir reçu des soumissions de partout au pays et avoir visité d'autres sociétés de radiodiffusion, la Commission Aird dépose son rapport, le 11 septembre 1929, moins de deux mois avant le krach boursier. Elle recommande la création d'une société nationale de radiodiffusion ayant le statut et les responsabilités d'une société de service public et une dotation en fonds publics pour offrir une programmation susceptible de promouvoir un esprit national et d'être à l'image de la citoyenneté nationale. Elle recommande en particulier l'élimination des stations privées contre une indemnité.

La crise économique retarde l'examen des recommandations de la Commission Aird, ce dont profitent certaines des stations privées les plus influentes et leur principale agence de lobbying, l'Association canadienne des radiodiffuseurs, pour lancer une campagne d'opposition à ces recommandations. Cependant, les principes fondamentaux du rapport trouvent des défenseurs auprès de la Canadian Radio League (CRL), un organisme non officiel fondé sur le bénévolat mis sur pied à Ottawa par Alan PLAUNT et Graham SPRY, à l'automne de 1930. Ceux-ci publient des brochures favorables à une radiodiffusion publique, recrutent d'autres organismes bénévoles ainsi que des représentants du monde des affaires, des banques, des syndicats, du monde agricole et scolaire avant d'envoyer une délégation officielle pour rencontrer le ministre des Pêches et des Océans qui, à l'époque, est responsable de l'attribution de licences pour les opérations radiophoniques.

En 1932, le gouvernement conservateur nouvellement élu de R.B. BENNETT donne suite aux appels de la CRL en faisant voter la Loi sur la radiodiffusion canadienne. Il crée la Commission canadienne de la radiodiffusion (CCR), de propriété publique, et lui confère le mandat de diffuser des émissions dans toutes les régions habitées du pays.

La CCR hérite des installations radiophoniques détenues et établies à l'origine par la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada et entreprend la diffusion de sa programmation anglaise et française, sous la houlette des commissaires Thomas Maher, Hector Charlesworth et du lieutenant-colonel W. Arthur Steel. Les stations privées, dont le sort repose entre les mains de la Commission, l'aident à diffuser certaines de ses émissions à l'échelle nationale, sans pour autant coopérer pleinement. Malgré tout, la CCR leur permet de poursuivre et même d'étendre leurs activités, au point qu'elles survivront à la Commission elle-même.

La CCR souffre de sous-financement, des incertitudes de son mandat, d'arrangements administratifs inappropriés et diffuse une série d'émissions politiques qui manquent de tact. La CRL continue cependant son travail de lobbying, de sorte que le gouvernement libéral de King, de retour aux commandes, se laisse convaincre de remplacer la CCR par une agence publique plus forte au lieu d'abandonner la radiodiffusion aux stations privées.

En 1936, la nouvelle Loi canadienne sur la radiodiffusion crée la SRC à titre de société d'État, qui compte une structure administrative améliorée, un financement mieux assuré grâce à une taxe de licence sur les récepteurs radio (initialement fixée à 2,50 $) et une moindre vulnérabilité aux pressions politiques. La SRC reprend à son compte les avoirs, les dettes et les principales attributions de la CCR, notamment la responsabilité de superviser les stations privées et de diffuser des programmes canadiens à toute la population.

De 1936 à 1958, la SRC est chapeautée par un bureau des gouverneurs composé initialement de neuf membres non rémunérés et représentant les différentes régions du Canada. Ce conseil formule la politique générale de la SRC et réglemente les stations privées. Il a comme premier président Leonard W. BROCKINGTON, un avocat réputé de Winnipeg, auquel succède René Morin en 1939. En 1944, un amendement à la Loi de la radiodiffusion permet la nomination d'un président rémunéré à temps plein pour un mandat de trois ans. Le 14 novembre 1945, A. Davidson DUNTON, qui a déjà été directeur général de la COMMISSION D'INFORMATION EN TEMPS DE GUERRE, accède à ce poste et le conservera jusqu'au 1er juillet 1958.

Il incombe également à la Commission la responsabilité de nommer un directeur général et un directeur général adjoint en charge de la supervision des opérations courantes de la SRC. C'est Gladstone Murray, né au Canada et alors directeur des relations publiques de la BBC, qui en est le premier directeur général.

La SRC commence ses activités avec huit stations propres et 16 stations privées affiliées. Une enquête technique commandée par le bureau des gouverneurs révèle que ce réseau n'atteint que la moitié des 11 millions de Canadiens, en milieu urbain pour la plupart. Elle confirme aussi que des stations américaines puissantes perturbent et brouillent sans arrêt la réception des émissions de la SRC par les résidents des principales villes. Pour cette raison, en 1937 on construit des émetteurs de 50 kW à Montréal et à Toronto qui permettent d'atteindre environ 76 p. 100 de la population.

La même année, la SRC prend part à l'organisation d'une conférence nord-américaine à la Havane. Le Canada y reçoit, pour son usage exclusif, six canaux libres pour stations de 50 kW ou plus, huit canaux pour stations de 0,25 à 50 kW et, en usage partagé, 41 canaux régionaux et six autres locaux. Soucieuse d'atteindre les régions éloignées, la SRC ajoute, en 1939, des émetteurs de 50 kW en Saskatchewan et dans les Maritimes et entame la construction d'émetteurs-relais à faible puissance en Colombie-Britannique, dans le Nord de l'Ontario et dans certaines régions du Nouveau-Brunswick. Après la guerre, des stations additionnelles de 50 kW sont construites au Manitoba et en Alberta, tandis que la puissance de la station CJBC, sa tête de réseau de Toronto augmente aussi à 50 kW.


Frum, Barbara
Barbara Frum en train d'interviewer le président Nelson Mandela (avec la permission de la Société Radio-Canada).

Wojeck
John Vernon, Bruno Gerussi et Cecil Montgomery jouent dans un extrait de « Tell Them the Streets Are Dancing », un épisode de la série dramatique Wojeck, diffusée au réseau anglais de Radio-Canada le 22 novembre 1966 (avec la permission de la Société Radio-Canada).


Premières programmations
La programmation nationale progresse moins vite que le prolongement du réseau. La SRC commence par emprunter largement des émissions de divertissement, de musique dite sérieuse et de causeries produites aux États-Unis et en Grande-Bretagne.

La Société Radio-Canada
La Société Radio-Canada
Le très honorable Louis St-Laurent et les membres de la direction de la Société Radio-Canada, Montréal, 1951 (de gauche à droite) : M. Donald Manson, le Dr Augustin Frigon, M. St-Laurent, M. Davidson Danton (avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada/PA-122240).
Cependant, à la suite d'un sondage sur la programmation destiné à évaluer l'étendue des talents canadiens et à savoir où ils se trouvent, la SRC met progressivement en ondes ses propres productions spécifiques : par exemple The Happy Gang, des émissions agricoles régionales et la TRIBUNE RADIOPHONIQUE AGRICOLE nationale de Harry Boyle, destinée à un pays encore largement rural; des émissions conformes aux intérêts des auditrices comme Femina et les causeries matinales animées quotidiennement par une équipe d'animatrices sous la supervision d'Elizabeth Long; des émissions sportives, dont la diffusion des matchs de hockey, le samedi soir, animées par Foster HEWITT; des émissions pour enfants telles que Just Mary de Mary Grannan; de même qu'une ample couverture d'événements tels que le couronnement du roi George VI et de la reine Élisabeth en 1937 et leur visite royale au Canada en 1939.

Un réseau séparé de langue française voit le jour avec la production d'émissions dans cinq régions, soit en Colombie-Britannique, dans les Prairies, en Ontario, au Québec et dans les Maritimes.

Avec le déclenchement de la guerre, la SRC crée un service outre-mer qui relaie les rapports de correspondants de guerre tels que Matthew HALTON et Marcel Ouimet. Le 1er janvier 1941, elle cesse de s'alimenter aux bulletins d'information de la Presse canadienne et crée son propre service des nouvelles, sous la direction de Dan McArthur. Le traitement objectif des nouvelles à son journal national, transmis par la voix de Charles Jenning, puis par celle de Lorne GREENE (la célèbre voix du destin) assure rapidement au service des nouvelles de la SRC une réputation d'impartialité et d'intégrité.

Pendant la guerre, la SRC crée son Radio-Collège au Québec et lance en 1942 ses émissions scolaires nationales. En 1944, le réseau anglais de la SRC se scinde en deux, le réseau du Dominion (une station mère et 34 stations affiliées) et le réseau transcanadien (six stations CBC et 28 stations affiliées). À la fin de la guerre, en 1945, la SRC crée, de concert avec le gouvernement, un service international multilingue (1945) qui deviendra Radio-Canada International. Ce service enregistre ses émissions aux studios de la rue Crescent, à Montréal, et à Sackville, au Nouveau-Brunswick, et les achemine d'abord par voie terrestre, puis outre-mer par ondes hertziennes.

Dans sa programmation, la SRC n'attache d'abord que peu d'importance aux émissions d'affaires publiques. Cependant, son président Brockington décide, peu avant la fin de son mandat, de renverser la vapeur en publiant un livre blanc sur la diffusion d'émissions politiques et de nature controversée. Ce document, adopté par le bureau des gouverneurs en juillet 1939, confirme l'intention de la SRC de présenter une variété d'opinions sur des sujets controversés et de s'abstenir de vendre du temps d'antenne pour la diffusion d'opinions personnelles.

Cependant, le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale amène le gouvernement à faire pression sur la SRC pour qu'elle abandonne ses émissions d'affaires publiques. Murray rejette les propositions du département des causeries d'organiser des forums sur des sujets reliés à la guerre. Il opte pour la retransmission d'émissions de la BBC et pour des programmes animés par un personnage coloré, capable de mobiliser les gens pour l'effort de guerre. Le directeur général de la SRC finit par approuver un programme de discussions appelé Citizens All, sous réserve qu'il approuve lui-même la liste des participants et des thèmes abordés.

Il faut attendre le départ de Murray et son remplacement par J.S. Thomson, en août 1942, pour que commencent à porter fruit les efforts du département des causeries pour faire une place aux discussions sérieuses sur des sujets d'intérêt public. À la fin du mandat d'un an de Thomson, ce département a fait la preuve du rôle démocratique que peut jouer la diffusion des affaires publiques grâce au lancement d'émissions telles que Weekend Review, National Labour Forum, CBC Discussion Club et la populaire émission Of Things to Come - An Inquiry into the Post-War World. Cette dernière émission, dirigée par l'auteur Morley CALLAGHAN, se transforme ensuite et devient le populaire Citizen's Forum, qui se déroule devant un parterre d'auditeurs et qui existera toujours à l'époque de la télévision.


Dramatiques radiophoniques au Canada
L'expansion de la programmation des affaires publiques après la guerre s'accompagne de programmes artistiques tels que Critically Speaking et d'une augmentation significative du nombre de productions dramatiques canadiennes. En 1940, la SRC introduit l'émission Canadian Theatre of the Air, et en 1944, Andrew ALLAN entreprend sa série Stage, qui remporte un grand succès.

C'est cependant dans la première période d'après guerre que se situe l'âge d'or des dramatiques radiophoniques canadiennes. On assiste à la formation d'une compagnie de répertoire dont font partie de jeunes acteurs canadiens et au lancement d'un important programme de formation de jeunes auteurs. La saison 1947-1948 met à l'affiche 320 productions dramatiques de langue anglaise, dont 97 p. 100 par des auteurs canadiens. En plus d'Allan, des producteurs tels qu'Esse Ljungh, Rupert Caplan et Fletcher Markle sont les pionniers de la programmation axée sur le théâtre et du répertoire dit sérieux en Amérique du Nord.

Cependant, à ce moment, les jours des dramatiques radiophoniques sont déjà comptés, car les Canadiens font de plus en plus pression pour obtenir la TÉLÉVISION, qui est disponible aux États-Unis depuis la fin de la guerre. Au point de départ, la SRC et le gouvernement choisissent la voie de la prudence par rapport à ce nouveau moyen de communication très coûteux. Le Dr Augustin Frigon, un ancien membre de la Commission Aird et directeur du réseau français de la SRC avant de succéder, en 1943, à Thomson à titre de directeur général, laisse entendre, en 1946, au comité parlementaire sur la radio que ce serait une erreur d'encourager l'introduction de la télévision au Canada sans un soutien financier suffisant et en prenant dès lors le risque que des programmes peu satisfaisants donnent dès le départ une mauvaise impression de ce nouveau moyen de communication .

Si Frigon refuse de se laisser emporter dans une action prématurée, le président du bureau des gouverneurs, Davidson Dunton, discute avec l'Association canadienne des radiodiffuseurs de l'idée voulant que les dirigeants de la SRC et des stations privées entreprennent de se former dans le domaine de la télévision aux studios de la SRC à Montréal et à Toronto.


Avènement de la télévision
La principale impulsion pour passer à l'action au sein même de la SRC vient, en 1947, du Rapport sur la télévision, dont le maître d'œuvre est Alphonse OUIMET, l'ingénieur en chef adjoint de la Société. À Montréal, dès le début des années 30, celui-ci construit son propre système de télévision et essaie de le commercialiser. On nomme Ouimet coordonnateur de la télévision avant qu'il remplace Frigon comme directeur général. À cet homme, dont on peut dire qu'il est le personnage le plus important de l'histoire de la radiodiffusion canadienne, revient une bonne partie du crédit pour l'introduction rapide et l'essor de la télévision au Canada, dès l'instant où le gouvernement finit par décider d'aller de l'avant et d'allouer à la télévision les fonds obtenus par l'imposition d'une taxe d'accise sur les téléviseurs.

Lors de son introduction sur la chaîne CBFT de Montréal, le 6 septembre 1952 et, 2 jours par semaine, sur la chaîne CBLT de Toronto, la télévision n'atteint que 26 p. 100 de la population. Mais en 1954, ce chiffre passe à 60 p. 100 et le Canada se classe au deuxième rang mondial comme producteur d'émissions de télévision en direct. Entre-temps, des stations de télévision sont construites à Ottawa, à Vancouver, à Winnipeg et à Halifax pendant que des stations privées affiliées font leur apparition sur les écrans d'autres villes. En 1957, les deux chaînes de la SRC, anglaise et française, diffusaient jusqu'à 10 heures par jour et touchaient 85 p. 100 de la population en combinant leurs propres stations et celles du secteur privé qui leur étaient affiliées.

L'avènement de la télévision créera des problèmes majeurs pour la radio de la SRC. Celle-ci voit sa part de marché s'effriter avec l'émigration de talents et de fonds vers le nouveau média. Elle perd aussi une partie importante de ses revenus commerciaux et de sa capacité d'offrir des programmes de divertissement américains. Obligée de concurrencer les présentations d'informations locales et celles de la musique américaine, la radio de la SRC se démoralise progressivement et perd contact avec son auditoire canadien.

Dans les années 60, quelques pas sont franchis pour reconquérir la fidélité de la clientèle grâce à quelques nouveaux programmes sur l'actualité, à l'augmentation des dramatiques canadiennes et de musique dite sérieuse. Il faudra cependant attendre le début des années 70 pour la voir mener une révolution qui en fait la fierté de la SRC.

En 1970, à la suite d'une étude exhaustive faite à son sujet, elle modifie profondément ses priorités en déplaçant des ressources substantielles de sa programmation du soir (période où domine la télévision) vers la matinée et l'après-midi. Elle élabore des émissions locales d'informations, conçoit une programmation en bloc et renforce les nouvelles nationales et d'actualité par l'introduction d'émissions telles que This Country in the Morning et As It Happens. En même temps, le potentiel de la radio MF est enfin exploité sérieusement, après deux décennies de tâtonnements. En 1975, un réseau stéréo MF est inauguré alors que disparaissent les messages publicitaires sur les chaînes MA et MF.

En 1974, année où est accrue la couverture des chaînes MA et MF par l'entremise du programme de rayonnement accéléré, il en résulte l'émergence de deux réseaux offrant deux types bien distincts d'émissions : le réseau MA se concentre sur les nouvelles, l'information, les divertissements légers et les affaires publiques à l'échelle locale tandis que le réseau MF met l'accent sur la musique classique, les dramatiques, les documentaires, les arts et la culture.

Pendant la même période, la télévision de la SRC s'adapte moins bien à ses propres problèmes particuliers. Durant les années 50, une nouvelle génération de producteurs met toute son énergie, son enthousiasme et sa créativité à relever le défi que constitue la création de programmes pour le nouveau média qu'est la télévision. Des personnages tels que Ross McLean, Norman Campbell, Bob Allen, Jean-Paul Fugère, Sydney Newman et Mario Prizek produisent un ensemble impressionnant d'émissions d'information et de divertissement, parmi lesquels on peut citer Tabloid, G.E. Showcase, La Famille Plouffe, FRONT PAGE CHALLENGE, Festival, Don Messer's Jubilee, Les Idées en marche et Cross Canada Hit Parade.

La remarquable performance de la SRC au cours des années 50 n'enlève cependant pas aux Canadiens le désir d'écouter les émissions américaines de divertissement. Ils attendent de la SRC qu'en plus de produire des émissions canadiennes, elle leur relaie des émissions populaires américaines, surtout dans les régions où les ménages ne peuvent capter les signaux des stations américaines sur leurs antennes de toit.

Plus tard, l'arrivée du CÂBLE et des SATELLITES dispensera dorénavant la SRC de devoir retransmettre des émissions américaines. Cependant, la télévision de la SRC dépendra alors énormément de la programmation américaine. Ce processus est enclenché à la fin des années 50, lorsque la télévision en direct débouche sur la production à grands frais de séries dramatiques et de comédies filmées à l'avance pouvant être visionnées à répétition. Voilà la SRC prise dans un cercle vicieux, dans la mesure où elle doit présenter une programmation populaire américaine si elle veut encaisser les revenus nécessaires à sa propre production d'émissions comparables. En outre, l'attribution d'une licence à la chaîne CTV, en 1961, oblige en fait la SRC à diffuser des émissions américaines pour attirer des téléspectateurs vers ses propres émissions, par l'intermédiaire de ce qu'on appelle le facteur d'héritage.

Durant les années 60, la SRC met à l'affiche de nouveaux téléromans tels que Wojeck et Quentin Durgens MP de Ronald Weyman, des émissions d'information stimulantes tels que THIS HOUR HAS SEVEN DAYS, Man Alive et The Nature of Things ainsi que des émissions pour enfants favorites depuis longtemps comme Mr. Dressup, The Friendly Giant et Chez Hélène.

Néanmoins, le fait de compter en permanence sur une proportion relativement élevée d'émissions américaines expose de plus en plus la SRC aux accusations de ne pas remplir le mandat qui lui a été conféré en vertu de la Loi sur la radiodiffusion. C'est pourquoi, entre les exercices 1967-1968 et 1973-1974, la SRC réagit au flot grandissant des critiques du public en augmentant le contenu canadien des émissions de télévision, qui passe de 52 à environ 68 p. 100. Elle met à l'horaire de nouvelles émissions canadiennes, dont The Beachcombers, Performance et The Fifth Estate.

Pendant la même période, la Société s'efforce d'améliorer l'équilibre entre la programmation du réseau national et celle des réseaux régionaux ainsi que d'accroître son efficacité en regroupant, par une formule de consolidation, les réseaux anglais, français et régionaux en deux divisions administratives, la Division des services anglais, avec son quartier général à Toronto, et la Division des services français, dont le quartier général est à Montréal.

D'autres mesures de consolidation seront ensuite prises, ce qui facilitera la canadianisation de la programmation télévisuelle. De 1983-1984 à 1985-1986, par exemple, le contenu canadien passe de 74 à 77 p. 100 au réseau anglais de la télévision publique, et de 69 à 79 p. 100 au réseau français. Malheureusement, les réductions draconiennes qu'impose le gouvernement Mulroney au budget de la SRC, au milieu des années 80, renvoient aux calendes grecques le rêve d'éliminer complètement la programmation étrangère et la publicité de la télévision de la SRC.

Au fil des ans, la division des sports de la SRC se place comme un des producteurs importants d'émissions sportives au pays en diffusant du baseball, du football et, par le biais de son programme populaire Hockey Night in Canada, du hockey sur glace. En qualité de diffuseur des Olympiques du Canada, la Société présente également des événements internationaux pour la télévision et la radio à l'échelle nationale, non sans controverse, puisque divers groupes critiquent l'utilisation des fonds publics pour miser sur l'un des événements sportifs les plus populaires du monde.


Perte des fonctions de réglementation
On peut dire que la SRC voit s'aggraver certains de ses problèmes du fait qu'elle n'exerce plus le rôle de réglementation que lui avait confié la Loi sur la radiodiffusion en 1936. À l'origine, la SRC se voit accorder un répit grâce aux efforts fournis par les diffuseurs privés pour éliminer sa fonction de réglementation lorsque la COMMISSION ROYALE D'ENQUÊTE SUR L'AVANCEMENT DES ARTS, LETTRES ET SCIENCES au Canada (1949-1951), présidée par Vincent Massey, ne se laisse pas persuader par le vieil argument de l'Association canadienne des radiodiffuseurs selon lequel la SRC ne devrait pas être à la fois et en même temps concurrente, régulatrice, procureure, jury et juge.

Par contre, la Commission royale d'enquête sur la radio et la télévision que préside Robert FOWLER prête en 1955-1956 une oreille plus sympathique aux aspirations des radiodiffuseurs privés. Sa recommandation favorable à la création d'un organisme séparé de réglementation se concrétise avec l'entrée en vigueur d'une nouvelle Loi sur la radiodiffusion, que fait voter le gouvernement conservateur de John Diefenbaker en 1958. Cette loi enlève à la SRC la tâche de réglementer le système de radiodiffusion pour la confier à un organisme indépendant, le Bureau des gouverneurs de la radiodiffusion (BGR).

Au même moment, le Bureau des gouverneurs de la radiodiffusion est remplacé par un conseil d'administration, composé de 15 personnes, tandis que la principale responsabilité de diriger la SRC revient à un président nommé par le gouvernement. Le BGR cédera par la suite la place, en 1968, au CONSEIL DE LA RADIO-TÉLÉVISION CANADIENNE (CRTC) sans que ne soit remis en question le principe d'un organisme de réglementation séparé.

Le retrait de la fonction de réglementation du mandat de la SRC était sans doute inévitable. Il lui permet en tout cas de se consacrer à sa tâche principale, qui est d'offrir à la population canadienne une programmation radiophonique et télévisuelle d'excellente qualité. Il réduit cependant la capacité des hommes qui se sont succédé au poste de président de la SRC, soit J. Alphonse Ouimet (1958-1967), George Davidson (1968-1972), Laurent Picard (1972-1975), A.W. (Al) Johnson (1975-1982) Pierre JUNEAU (1982-1989), W.T. Armstrong (1989), Gérard Veilleux (1989-1994), Anthony S. Manera (1994-1995), Perrin BEATTY (1995-1999) et Robert Rabinovitch (1999-), d'influencer l'environnement dans lequel doit fonctionner la SRC.

Soumise aux principes de l'économie de marché, la SRC ne peut empêcher l'entrée de réseaux rivaux spécialisés dans la programmation étrangère. Elle ne peut rien faire pour garantir à la programmation canadienne l'apport de fonds en provenance d'une câblodistribution en rapide expansion et relayant des émissions étrangères. Enfin, elle assiste impuissante au drainage par la TÉLÉVISION PAYANTE des maigres ressources disponibles au bénéfice des plus riches. Elle ne peut même pas obtenir pour elle-même un deuxième canal de langue anglaise et un deuxième de langue française pour accroître sa part de spectateurs, bien qu'elle obtienne, en 1989, un canal d'informations continues de langue anglaise et le canal RDI de langue française en 1995.

Malgré l'érosion progressive de l'attachement au principe de propriété publique d'une société de radiotélévision, un système d'entreprises privées est loin d'avoir démontré qu'il pourra un jour atteindre les objectifs axés sur la culture que les Canadiens se sont fixés dans ce domaine. Malgré les fréquentes critiques portant sur sa lourde bureaucratie, des études montrent qu'en matière d'efficacité et de productivité, la SRC supporte aisément la comparaison avec les organismes publics et privés de radiodiffusion partout dans le monde.

La SRC continue à unir et à diviser le pays de la même façon. Bien que certains la perçoivent comme une utilisation non nécessaire des fonds publics et une déformation du marché de la diffusion, d'autres la considèrent comme la seule source de nouvelles et d'autres informations dans bien des régions éloignées du Canada et comme un important promoteur des arts. Ce débat est loin de s'essouffler. Néanmoins, il pousse la Société à constamment redéfinir le rôle important qu'elle a à jouer dans le tissu social du Canada.

Voir aussi DIFFUSION, RADIO ET TÉLÉVISION, POLITIQUE CULTURELLE; COMMUNICATIONS; RADIO, THÉATRE;TÉLÉVISION, DRAMATIQUES.

Auteur ROSS EAMAN Révisé par SASHA YUSUFALI


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