Occupant une position géographique stratégique au centre des pêcheries migratoires anglaises sur les GRANDS BANCS DE TERRE-NEUVE, St. John's est d'abord le rendez-vous des pêcheurs européens et, après 1700, le foyer naturel pour la défense et l'administration impériales dans l'île. À mesure que la pêche de la MORUE se développe au XVIIIe siècle, St. John's se transforme de port de pêche en un centre de commerce prospère au service de la population croissante de Terre-Neuve.
La ville est détruite par des incendies en 1816, 1817, 1819, 1846 et 1892. Après 1870, de petites industries manufacturières s'établissent dans la ville. En 1882, une cale sèche est installée dans le port. Dès 1898, la ville devient le siège du chemin de fer transinsulaire construit en 1897 par l'entrepreneur canadien des chemins de fer, sir Robert REID, l'année précédente. Après 1900, l'amélioration du service côtier par bateau vers les ports extérieurs accroît encore la prééminence de la ville.
Après la Première Guerre mondiale, la faible demande de poissons de Terre-Neuve sur les marchés mondiaux cause une récession à St. John's, aggravée par la CRISE DES ANNÉES 30. La prospérité revient pendant la Deuxième Guerre mondiale avec l'arrivée, en janvier 1941, des forces armées américaines qui érigent le fort Pepperell et d'autres installations militaires dans la capitale. Après 1946, l'essor dans la construction continue grâce à l'aménagement de nouvelles banlieues et à l'apport généreux de fonds du gouvernement fédéral après l'entrée de Terre-Neuve dans la Confédération (1949). St. John's dépend alors davantage de l'emploi dans le secteur public. À la même époque, la ville cesse de jouer son rôle traditionnel de centre d'exportation du poisson de Terre-Neuve, les grandes entreprises marchandes de la ville choisissant de se retirer du commerce du poisson salé pour se concentrer sur le florissant commerce de gros pour la consommation.
De centre import-export, St. John's se transforme alors en centre de services à l'importation, tant et si bien que l'essentiel des revenus du port provient de la réparation et du ravitaillement des flottes de pêche locales et étrangères jusque dans les années 1980. St. John's a d'excellentes liaisons routières et aériennes avec le reste de la province et le Canada continental. Dans les années 1990, des découvertes de pétrole sur les Grands Bancs de Terre-Neuve, non loin de la ville, et l'exploitation de champs de pétrole importants ont beaucoup contribué au développement économique et physique de St. John's.
Paysage urbain
Jusqu'en 1964, année où le gouvernement fédéral construit un quai de 915 m sur le côté nord du port, le quartier portuaire des affaires se caractérise par les nombreux appontements sortant des entrepôts des négociants du côté sud de la rue Water. Les rues de la ville sont tracées d'est en ouest, parallèlement au port. Avant la Confédération, elles sont étroites et tortueuses, reflétant le mode de possession foncière de la ville. Dans la principale zone résidentielle-commerciale, presque tous les terrains appartiennent à des Britanniques absentéistes. Après les incendies de 1846 et de 1892, le gouvernement n'a dès lors pas les moyens financiers d'acquérir les terrains qui lui permettraient de tracer des rues droites, larges et en damier. St. John's présente donc un plan un peu désordonné dont le charme est très apprécié des habitants venus d'ailleurs.
Après la création de la St. John's Housing Corporation en 1944, de nouvelles banlieues voient le jour dans les vallées ouest, nord et nord-est de la ville. L'industrie se regroupe dans la zone voisine du port. Depuis les années 1960, de nouveaux parcs industriels suburbains sont créés pour recevoir l'industrie existante et faire place aux entreprises qu'attire l'exploitation pétrolière en mer. En 1992, la ville s'étend, augmentant ainsi sa superficie de plus de 460 %. Une grande partie du territoire est constituée des trois grands bassins de drainage du réseau régional d'approvisionnement en eau qui, de ce fait, passe aux mains de la Ville. Elle annexe aussi les deux municipalités voisines de Wedgewood Park et Goulds.
Aux XVIe et XVIIe siècles, l'ARCHITECTURE de St. John's se résume à des cabanes de pêcheurs ou des cabanes en rondins. Avant l'incendie de 1846, l'arrête ou toit cottage de style géorgien prédomine parmi les constructions de deux étages et demi. Ce style fait graduellement place au néogothique et, surtout, au Second Empire, qui prévaut après l'incendie de 1892. Les édifices remarquables du XIXe siècle comprennent le COLONIAL BUILDING (néo-classique), la basilique catholique romaine (roman) et la cathédrale anglicane (néogothique), construite par l'architecte anglais Gilbert Scott.
Depuis le milieu des années 1960, le profil de la ville se transforme graduellement avec la construction d'hôtels, de banques et d'immeubles à bureaux. St. John's érige un aréna de hockey, d'une capacité de 6000 sièges, rattaché à un centre des congrès et ouvert en 2001. En 2005, The Rooms, un complexe à la vue imprenable sur la ville et son port, qui rassemble le Musée provincial, les Archives provinciales et le Musée des beaux-arts, ouvre près de la basilique. Il devient rapidement un site touristique incontournable. Des condominiums privés naissent de la transformation d'un certain nombre de bâtiments plus anciens du centre-ville ou sont construits sur des terrains de cette zone; ils témoignent de la nouvelle richesse de la ville générée par la production pétrolière en mer.
Population
Jusqu'aux GUERRES NAPOLÉONIENNES, la croissance de St. John's est lente. À cette époque, une importante immigration irlandaise catholique romaine fait augmenter la population, qui passe de 3742 habitants en 1796 à 10 018 en 1815. Après 1832, la croissance naturelle et la migration d'habitants de petits villages isolés vers la capitale contribuent à la croissance démographique constante et à la constitution d'une communauté compacte et homogène de descendance irlandaise et britannique. Même si les catholiques romains ne forment plus la majorité après 1911, leur influence dans la vie sociale, culturelle et politique continue à s'affirmer.
L'accroissement constant de la population fait naître de graves problèmes de santé publique, de logement et d'emploi, qui ne sont que partiellement réglés par une émigration vers le nord-est des États-Unis et le Canada. De 1946 à 1971, la population de la ville double en raison du grand nombre de nouveaux venus, désireux de profiter des nouvelles offres d'emploi dans la fonction publique et le secteur des services. Toutefois, depuis 1971, St. John's connaît un déclin, si on ne tient pas compte de l'apport des nouveaux résidents par l'annexion de 1992. De nombreux habitants déménagent en effet à MOUNT PEARL et dans les nouvelles banlieues hors des limites de la ville. La population de St. John's est toujours composée en majorité d'Anglo-Saxons et d'Irlandais. Elle s'élève à 100 646 habitants en 2006, une augmentation de 1,5 % par rapport à 2001.
Économie
Après 1949, l'entrée de biens manufacturés canadiens à bon marché à Terre-Neuve provoque la ruine des industries locales et réduit ainsi le volume de l'activité commerciale dans le port. En 1965, la construction d'une route asphaltée d'un bout à l'autre de l'île permet aux distributeurs du continent d'éviter St. John's et d'utiliser CORNER BROOK et CHANNEL-PORT AUX BASQUES pour expédier leurs marchandises dans les agglomérations de l'île. À partir de 1949, la croissance de la fonction publique fédérale, provinciale et municipale est l'assise de la création de l'emploi à St. John's et de la stabilité de son économie, laquelle comporte des secteurs d'affaires, de services et de commerce de détail assez important. Le gouvernement provincial est le principal employeur de la ville, suivi par l'Université Memorial. L'expansion de l'université a aussi beaucoup contribué à la diversification de la ville sur le plan ethnique et culturel.
Depuis 1997, le dynamisme de l'industrie pétrolière au large des côtes de Terre-Neuve profite à l'économie de St. John's et en fait un centre de services et de ravitaillement, ce qui stimule le secteur des services dans son ensemble. Après 2000, le tourisme augmente aussi considérablement grâce notamment à la construction de plusieurs nouveaux hôtels et aux escales régulières d'importants navires de croisière.
Administration et politique
La ville, administrée par le gouvernement colonial jusqu'en 1888, jouit d'une autonomie limitée qui s'exerce sur le service des eaux, la voirie, les égouts, les parcs et les règlements de construction. Elle est administrée par différents conseils ou commissions formés de membres nommés par le gouvernement et de représentants élus jusqu'en 1916, lorsqu'un conseil municipal entièrement élu est institué.
En 1921, le corps législatif vote une loi globale, conçue par les commissaires qui ont administré la ville de 1914 à 1916. Cette loi et ses modifications ultérieures sont le fondement de la présente administration de St. John's. En 1969, le nombre de conseillers élus passe de six à huit et, en 1981, un système partiel de quartiers est adopté. Depuis la fusion de 1992, St. John's a quatre conseillers élus au suffrage universel, cinq conseillers élus selon le système des quartiers, un adjoint au maire et un maire. Il n'existe pas d'administration régionale pour la zone métropolitaine de St. John's, mais plusieurs services tels que ceux de protection contre l'incendie et des eaux sont fournis et entretenus par la Ville même si certaines municipalités voisines y contribuent sur le plan financier et administratif. En 2009, St. John's met également en service une nouvelle station de traitement des eaux usées pour nettoyer l'eau du port.
Vie culturelle
La plupart des institutions sociales, éducatives et religieuses de Terre-Neuve sont établies à St. John's. La Benevolent Irish Society date de 1806 et le couvent des sœurs de la Présentation remonte à 1833. Les écoles secondaires confessionnelles dispensent l'enseignement aux résidants de l'extérieur de St. John's jusqu'à ce que la province mette sur pied un programme de construction d'écoles secondaires en milieu rural dans les années 1950. St. John's est aussi le siège de l'UNIVERSITÉ MEMORIAL, du College of the North Atlantic et du Marine Institute.
On y trouve aussi le PROVINCIAL MUSEUM OF NEWFOUNDLAND AND LABRADOR, l'Arts and Culture Centre et le Resource Centre for the Arts. Le lieu historique national de SIGNAL HILL, dans lequel la tour Cabot est érigée, a été créé en 1897 afin de célébrer le 400e anniversaire de la découverte de Terre-Neuve et le jubilé de diamant de la reine Victoria. Dans cette tour inaugurée en 1900, Guglielmo Marconi reçoit, l'année suivante, le premier message radio transatlantique. Le célèbre Johnson GEO CENTRE, un musée dédié à l'histoire géologique de la province, se trouve sur le versant de la colline. L'ancienne gare de trains, rue Water, est convertie en musée (le Railway Coastal Museum) et renferme l'histoire du chemin de fer et du service côtier par bateau à Terre-Neuve. Parmi les lieux historiques provinciaux, citons la COMMISSARIAT HOUSE et le Colonial building. En 1919, St. John's est le point de départ du premier vol par avion sans escale au-dessus de l'Atlantique, qui se termine par l'atterrissage de sir John Alcock et Arthur Brown en Irlande.
St. John's possède un quotidien, le Telegram, deux stations de télévision et plusieurs stations de radio. L'InfoNET de St. John's, un service libertel (freenet) de la Ville, offre l'accès aux gouvernements provincial et fédéral, à de nombreux groupes de la communauté, au réseau de bibliothèques municipales et à la bibliothèque de l'Université Memorial.
La ville a une longue tradition sportive. L'événement annuel des RÉGATES DE ST. JOHN'S (maintenant les Royal St. John's Regatta), qui ont lieu le premier mercredi du mois d'août, remontent aux environs de 1818 et sont l'événement sportif organisé sans interruption le plus ancien d'Amérique du Nord. St. John's est le site des Jeux d'été du Canada de 1977, ce qui permet à la ville de se doter d'équipements sportifs améliorés. Une équipe-école de ligue mineure des MAPLE LEAFS DE TORONTO, les St. John's Maple Leafs, joue à St. John's jusqu'en 2005. Les St. John's Fog Devils, de la ligue de hockey junior majeur du Québec, remplacent pour une courte période les Maple Leafs (2005-2008).
Depuis 1978, le 24 juin est jour férié à St. John's (appelé St. John's Day; mais dans le reste de la province, ce jour férié est appelé Discovery Day), en souvenir de la découverte de Terre-Neuve en 1497. Le Newfoundland and Labrador Folk Festival est l'un des plus grands festivals de la province. Le St. John's International Women's Film Festival (lancé en 1989) présente des projections dans différentes salles de St. John's.

Auteur MELVIN BAKER
Bibliographie
Melvin Baker, Aspects of Nineteenth Century St. John's Municipal History (1982); P. Copes, St. John's and Newfoundland: An Economic Survey (1961); Jack Fitzgerald, Another Time, Another Place: A Nostalgic and Humorous Look at Life in St. John's During the 1940s and 1950s (1977); Frank Galgay et Michael McCarthy, Olde St. John's: Stories from a Seaport City (2001); Les Harding, Historic St. John's: The City of Legends (1993); Harold Horwood, A Walk in the Dream Time: Growing Up in Old St. John's (1997); G.A. Nader, Cities of Canada, 2 vol. (1975-1976); S.J.R. Noel, Politics in Newfoundland (1971); Shane O'Dea, The Domestic Architecture of St. John's (1974); Paul O'Neill, The Story of St. John's, Newfoundland , 2 vol. (1975-1976); R.E. Pearson, Atlas of St. John's, Newfoundland (1969); Joan Rusted, Tolerable Good Anchorage: A Capsule History of St. John's, Newfoundland (1995); J.R. Smallwood, éd., The Book of Newfoundland, 6 vol. (1937-1975).
Liens supplémentaires
Toponymie du Canada
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