Les Toronto Maple Leafs 1967: La dernière Coupe Stanley

La victoire de la Coupe Stanley, remportée par les Maple Leafs de Toronto en 1967 était un événement surprenant. Événement inattendu à cette époque, qui donc aurait pu prévoir qu’il ne se reproduirait plus ? (Avec les Leafs qui ne font même pas partie des séries éliminatoires de 2012, cela fait maintenant 45 ans et ce n’est pas fini...)

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Cette année-là, les joueurs des Leafs connaissaient bien leurs lacunes. Selon les standards du hockey, ils étaient âgés (2 avaient plus de 40 ans et 5 étaient âgés de plus de 36 ans), ils n’avaient pas compté beaucoup de buts, plusieurs affichaient des personnalités pour le moins fantasques et au cours de leur saison, avaient perdu 10 parties en ligne. Cette ligue était en fait essentiellement la même que celle qui avait été balayée par les Canadiens de Montréal, lors des éliminatoires de l’année précédente.
Le capitaine des Leafs, George Armstrong à gauche et le propriétaire Harold Ballard lors de la parade de la Coupe Stanley au centre- ville de Toronto, en 1967. (Tiré du Toronto Star).

Ce que les joueurs ignoraient en fait c’était que derrière les coulisses, les propriétaires volaient l’argent de l’équipe et que leur directeur général, Punch Imlach était impliqué dans des manoeuvres douteuses servant à renforcer la valeur d’une équipe de ligue mineure, dont il était le propriétaire, aux dépens de cette équipe de la ligue majeure, équipe qu’il dirigeait. Imlach comptait sur quelques joueurs fidèles et sa réputation dans les médias (qu’il contrôlait), frisait le génie, parce qu’il avait réussi à remporter trois Coupes Stanley au début des années 60. Mais en réalité, il était méprisé par la plupart des joueurs et ne semblait prendre qu’une mauvaise décision après l’autre. Il s’était complètement aliéné la superstar de l’équipe, Frank Mahovlich et presque toute la jeune relève, comme Jim Pappin et Pete Stemkowski (à cette époque, incroyablement, les Leafs auraient pu facilement s’approprier des joueurs tels que Bobby Orr et Brad Park).

Le capitaine George Armstrong a bien essayé d’unifier l’équipe mal en point lors d’une classique <>, le 30 janvier, disant à ses coéquipiers de mettre de côté leur animosité envers Imalch et de résoudre les conflits par eux-mêmes. Malheureusement, l’équipe perdit ensuite trois parties d’affilée.

Le 18 février, la foudre frappa alors que l’impérieux Imlach souffrit d’un problème de santé et que l’équipe fit appel au légendaire King Clancy pour le remplacer. Puis soudainement, le vent tourna. Clancy donna une chance aux joueurs délaissés. Il forma un trio avec Bob Pulford, Pete Stemkowski et Jim Pappin, une décision judicieuse. Sous la gouverne de Clancy, l’équipe remporta 7 parties, en perdit une et se trouva égalitaire dans une autre. Au retour de Imlach, les Leafs perdirent à 5-0 et parvinrent à se glisser dans les éliminatoires.

Parmi les nombreux conflits qui opposaient Imlach et ses joueurs fut le raz-de- marée qui emporta les relations entre la direction et ces derniers. La nouvelle association des joueurs atterrit comme une grenade dans le vestiaire des joueurs ce qui contribua fortement à détruire une équipe telle que les Leafs, équipe dont la direction ne pouvait simplement pas accepter la moindre atteinte à son autorité.

1967 Les semi-finales de la Coupe Stanley

Les Leafs réussirent à terminer en troisième place et selon les règlements bizarres entourant les six équipes de la Ligue nationale de hockey, ils durent affronter l’équipe en première place, les Black Hawks de Chicago (l’équipe en quatrième place devait jouer contre l’équipe au second rang). Durant l’une de ces bouffonneries en mal de contrôle, Imlach expédia l’équipe à Peterborough (Ontario) dans un camp d’entraînement extrême, ce qui lui valu un ressentiment bien senti des joueurs.

Les Black Hawks étaient de tout coeur, les favoris. Avec Glenn Hall dans les buts et les étoiles adorées de Stan Mikita et de Bobby Hul, c’était une équipe du tonnerre. Les Leafs, épuisés, essuyèrent une défaite 5-2 et voilà les joueurs repartis à Peterborough. Cette fois-ci, Imlach y mit la pédale douce et les Leafs, avec devant le but, Johnny Bower, 42 ans, remportèrent à la surprise générale, la victoire contre les Hawks, 3-1, dans cette deuxième partie.

De retour à Toronto le 11 avril, les Leafs gagnèrent encore une fois, 3-1; le 13 avril, avec Bower devant le net, Chicago reprit du poil de la bête et s’assura une victoire par 4-3. Durant la partie critique qu’était cette 5e joute, Sawchuk remplaça Bower après la première période. Lors d’un des plus dramatiques moments de cette série, Sawchuk fut frappé par une décharge de Bobby Hull. Demeurant inerte sur la glace pendant une minute, il parvint à reprendre sa position et les Leafs remportèrent la partie, 4-2. Une autre formation s’était maintenant établie avec la lignée de Stemkowski, Pappin et Pulford – rassemblée par Clancy- et qui devint chef de file des compteurs. Quand au joueur de confiance Larry Hillman et à Marcel Pronovost, ex-joueur des Red Wing, ils devinrent un couple de défenseurs hors pair.

Les finales de la Coupe Stanley 1967

Pour la finale, l’opposant des Leafs n’était nulle autre que les Canadiens de Montréal, l’équipe même qui les avait balayés l’année précédente et qui venait tout juste de remporter 15 matchs en ligne, incluant la défaite des Rangers dans l’autre série en demi-finale. Les Canadiens étaient particulièrement forts au centre grâce aux célèbres Jean Béliveau, Henri Richard et Ralph Backstrom. La seule faiblesse potentielle se retrouvait peut-être en Rogatien Vachon, le nouveau gardien de but; Imlach d’ailleurs était reconnu pour le garder bien à vue, n’hésitant jamais à le surnommer <>. Ce tour psychologique n’eut aucun effet lors de la première partie cependant, partie que Montréal remporta 6-2. Mais, tout comme avec Chicago, les Leafs qui ne semblaient guère au niveau, reprirent de l’élan lors du deuxième match à Montréal. Avec le retour de Bower devant le filet, l’équipe joua d’une manière brillante. Le très déterminé Dave Keon sut maintenir Jean Béliveau permettant à son équipe de surpasser Vachon par trois fois, remportant la victoire 3-0. Durant la troisième partie à Toronto, le sort des Leafs se joua lors de deux périodes en surtemps, jusqu’au but de Bob Pulford, but qu’il a toujours considéré comme étant le plus important de toute sa carrière. Suivant la même stratégie qu’à Chicago, les Leafs cependant perdirent une autre partie le jeudi, 27 avril. Bower souffrit d’une blessure à l’aine durant la période de réchauffement et la pauvre performance de Sawchuk marqua la défaite de l’équipe, 6-2.

Cette 5e partie était une partie critique. Si les Canadiens remportaient la victoire, ils pourraient perdre à Toronto et quand même, revenir chez eux pour le 7ième match. Mais, les Leafs purent compter sur leur succès. Pappin garda la tête comme compteur durant toute la série des éliminatoires. Stemkowski fut sans merci avec ses échecs-avant. Brian Conacher, petit-fils du grand athlète canadien Lionel Conacher, resta d’une force physique implacable. Hillman et Pronovost impénétrables, n’accordèrent qu’un seul but à force égale de toutes les éliminatoires. Keon s’assura de maintenir la maîtrise du puissant Jean Béliveau. La victoire 4-1 fut assurée par Pappin, Conacher, Pronovost et Keon. Le 2 mai, de retour à Toronto, Sawchuk y joua sa meilleure partie de toute la série des éliminatoires. Les Leafs menaient 2-0 jusqu’à ce que l’ancien joueur des Leafs, Dick Duff compta un but à quelques minutes de la fin. Dans une fin à leur mesure, George Armstrong scella la fin du match par un but dans un filet désert. À cette époque, les acclamations sur la glace ne duraient qu’à peine 5 minutes. La ville célébra ses vainqueurs quelques jours plus tard par une parade et des milliers de fans se rassemblèrent devant l’Hôtel de ville.

L’après-victoire de la Coupe Stanley 1967

Ce qui s’ensuivit de cette victoire, remportée par cette équipe dépassée et sous- estimée fut la destruction insouciante, aléatoire et même vindicative de l’équipe championne par son directeur général, Punch Imlach. Par l’un des pires échanges de toute l’histoire de la LNH, Imlach laissa aller Mahovlich, Stemkowski et le jeune Gary Unger (qui devint par la suite <> de la ligue en jouant 914 parties consécutives). Il laissa tomber Pappin, qui devint un joueur étoile à Chicago. Imlach sabota le repêchage, perdant des joueurs-clés comme Bob Baun. En 1969, il ne restait que quatre joueurs de l’équipe championne. Il traita Larry Hillman – sans qui, peut-on dire, une victoire n’aurait pas été possible - d’une manière si abjecte lors de la négociation de son contrat, que le joueur jeta sur l’équipe le <>, qui semble sévir encore aujourd’hui. Il se mit à dos le grand Dave Keon en le traitant d’une manière si féroce qu’encore aujourd’hui, Keon ne veut rien savoir de l’organisation même qu’il avait aidé à immortaliser. En effet, Keon s’était mérité le trophée Conn Smythe en cette année 1967, remportant le titre de joueur le plus utile.

Pendant ce temps, la grande institution mise sur pied par Conn Smythe s’effritait. Lorsque Stafford, le fils de Smythe et Harold Ballard se baladèrent dans l’auto en tête de la parade avec George Armstrong et la Coupe Stanley, ces deux-là donc savaient fort bien qu’ils volaient l’argent de l’équipe. Stafford décéda avant son procès. Ballard fut emprisonné pendant cinq ans avant de reprendre l’équipe et de la profaner par son arrogance et sa conduite aberrante, devenant peut-être le pire propriétaire d’une équipe de sport professionnel. Conn Smythe dégoûté, quitta l’équipe en disant ‘’Je ne peux pas continuer avec la présente administration qui préfère mettre de l’avant l’argent plutôt que la classe’’ Pire encore, l’édifice que Smythe avait construit durant la période la plus noire de la Dépression, le Maple Leaf Gardens, se faisait souillé par une gang de délinquants sexuels.

Les Leafs, équipe marquante de tous les sports au Canada, comme les Canadiens de Montréal, n’ont plus jamais participé aux finales de la Coupe Stanley depuis 1967 et semblent échouer dans leurs efforts de reconstruction, et ce, malgré les records de Brian Burke et de Cliff Fletcher. Les propriétaires n’ont pas aidé à la cause non plus en refusant à Fletcher, par droit de propriété, un arrangement qu’il avait pris dans l’espoir d’amener Wayne Gretzky chez les Leafs durant les années 1990. Peut-être faudra-t-il que Hillman répudie son mauvais sort. Mais cela ne pourra jamais arriver sans une dévotion des joueurs à leur équipe, à l’égale même que celle démontrée par les Leafs en ’67.

L’éditeur en chef, James Marsh, est un fan des Maple Leafs depuis 1951 lorsqu’il assista à une partie au Gardens et qu’il vit Bill Barilko compter le fameux but gagnant de la Coupe. Il était aussi présent lorsque Armstrong envoya la rondelle dans un filet désert en 1967. Mais, plus jamais il n’assista à une autre partie après qu’Imlach eut échangé Frank Mahovlich.

Noms des joueurs des Maple Leafs de Toronto tels qu’inscrits sur la Coupe: George Armstrong* (capitaine), Bob Baun, Johnny Bower*, Brian Conacher, Kent Douglas, Ron Ellis, Larry Hillman, Tim Horton*, Larry Jeffrey, Red Kelly*, Dave Keon*, Frank Mahovlich*, Jim Pappin, Marcel Pronovost*, Bob Pulford*, Terry Sawchuk, Eddie Shack, Allan Stanley*, Pete Stemkowski, et Mike Walton. Autrey Erickson et Milan Marcetta se qualifièrent en jouant brièvement. *fait référence au joueur intronisé au Temple de la renommée du hockey.

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