Peuples abénakis

La Nation des Abénakis est généralement divisée en deux groupes : les Abénakis de l’Est et les Abénakis de l’Ouest. Historiquement, les deux groupes ont couvert les territoires du lac Champlain au Québec jusqu’à des parties du Maine, du New Hampshire et du Vermont, aux États-Unis.

Avec les Wolastoqiyik (Malécites), les Passamaquoddys, les Mi’kmaq et les Penobscots, les Abénakis forment la Confédération Wabanaki pendant les années 1680. Il s’agit d’une union politique et culturelle qui joue un rôle important dans les guerres contre les Haudenosaunee et dans la Révolution américaine (voir Révolution américaine : invasion au Canada). En 1993, la confédération est ranimée. Depuis, elle revendique les droits ancestraux dans les questions relatives à l’écologie, à la santé et à l’accès aux terres et aux ressources naturelles. Elle inclut aujourd’hui la Nation des Métis.

Il existe également plusieurs bandes algonquines en Nouvelle-Angleterre qui sont associées culturellement et/ou politiquement aux Abénakis, y compris les Canibas (ou Kennebecs), les Narrantsouacs, les Androscoggins, les Wawenocks et les Pequawkets.

Territoire traditionnel

territoire traditionnel Abénakis.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Au cours des années 1600, les Abénakis de l’Est occupent ce qui est aujourd’hui l’État du Maine, à part ses territoires du nord et sa partie la plus à l’est. Les Abénakis de l’Ouest occupent le reste de la Nouvelle-Angleterre, du New Hampshire jusqu’au lac Champlain. Par la suite, les Iroquoiens étendent leurs territoires à travers la vallée du Saint-Laurent, mais la région s’ouvre à l’expansion des Abénakis lorsque les Iroquoiens se retirent vers l’ouest (voir Abénakis de la vallée du Saint-Laurent).

Mode de vie traditionnel

Pendant une grande partie du 17e siècle, les Abénakis sont chasseurs, pêcheurs et cueilleurs. Leur gibier préféré est plus souvent l’orignal que le cerf. Les Abénakis voyagent surtout en canots d’écorce de bouleau sur les lacs et les ruisseaux, et vivent dans des villages près de chutes sur les grandes rivières pendant les saisons où les poissons migrateurs sont présents. Pendant les autres saisons, ils se dispersent en groupes familiaux sur la côte ou dans de petits campements près des affluents à l’intérieur du continent. Ces campements constituent le camp de base des territoires de trappe pendant l’époque bénie de la traite des fourrures. Au déclin du commerce des fourrures, de nombreuses personnes se tournent vers l’industrie du bois et vers la vannerie. Les tentatives pour adopter l’agriculture ne réussissent pas, jusqu’à ce que la traite des fourrures se développe, parce que l’agriculture comme occupation à temps plein comporte trop de risques. Les Abénakis s’adaptent rapidement à la traite des fourrures et à l’économie mondiale.

Culture

La culture abénakise est riche d’histoires orales, d’enseignements traditionnels, d’art, de tambour et de danse (voir Pow-wow). Bien que certaines pratiques et cérémonies traditionnelles soient réprimées par les politiques et les lois fédérales restrictives (voir Pensionnats indiens; Loi sur les Indiens), la culture abénakise survit et continue de s’épanouir. Le Musée des Abénakis, qui met l’accent sur l’histoire et la culture des Abénakis de l’Ouest, est situé à Odanak. Certains Abénakis bien connus incluent la cinéaste et chanteuse Alanis Obomsawin, l’artiste Joyce Panadis, le chef et auteur Joseph Laurent et l’artiste Christine Sioui-Wawanoloath.

Langue

Les Abénakis de l’Est et de l’Ouest parlent des langues algonquiennes étroitement liées, et possèdent chacun divers dialectes locaux. Les Abénakis de l’Est ont au moins quatre dialectes : le pequawket (pigwacket), l’arosaguntacook (aroosagunticook), le kennebec et le penobscot. Tous les Abénakis appartiennent aux cultures algonquiennes de l’Est, et ont été séparés des autres Algonquiens, dans l’Ouest et le Nord, par la migration de personnes d’expression iroquoienne, un processus qui a lieu au cours des 1 000 dernières années. Ces deux langues sont menacées au Canada et aux États-Unis, néanmoins, des communautés locales soutiennent des efforts pour les revitaliser. (Voir aussi Langues autochtones au Canada.)

Religion et spiritualité

Gici Niwaskw est le « Grand Esprit », ou le Créateur, de la tradition tribale et la spiritualité des Abénakis et des Wabanakis du Sud. Le Créateur, auquel on se réfère parfois comme Tabaldak/Dabaldak (« Seigneur ») ou Niwaskowôgan « Grand Esprit ») en abénaki, est un être bienveillant et abstrait qui n’interagit pas directement avec les humains. Comme chez d’autres tribus algonquines, le Grand Esprit des histoires abénakises est rarement personnifié, et les légendes orales ne lui assignent pas de sexe en particulier.

Récits de la création

On raconte que Gici Niwaskw a créé le monde entier. Dans certains récits abénakis, il n’y avait aucun bruit ni aucune couleur jusqu’à ce que le Créateur remplisse la terre de vie et de lumière. Il ordonne à Tolba, la Grande Tortue, de sortir de l’eau pour former la terre. Il crée les montagnes et les vallées sur le dos de Tolba, ainsi que les nuages au-dessus de sa tête. Pendant qu’il dort, Gici Niswaskw rêve des humains et des différents types d’animaux. Lorsqu’il se réveille, il voit que son rêve est devenu réalité. Les différents peuples abénakis racontent différentes versions de ce récit, ainsi que d’autres récits de la création. Cependant, tous ces récits présentent en général un personnage créateur.

Tandis que le Créateur crée le monde et les créatures qui l’habitent, les détails relatifs à son entretien et à la transformation ou l’apprivoisement du paysage sont laissés au héros mythique Gluskabe (Glooscap ou Klusklap), qui occupe une place importante dans plusieurs récits wabanakis. Il existe diverses versions du récit, selon la nation. D’après la plupart des récits, Gluskabe n’est pas un dieu, mais un héros culturel, un filou doté de pouvoirs surnaturels qu’il utilise pour manipuler le monde qui l’entoure pour le rendre plus habitable pour les humains. Par exemple, il a calmé les vents, apprivoisé les animaux sauvages et a géré les eaux. Dans bon nombre des récits, il quitte les Abénakis, mais leur promet de revenir si jamais ils ont besoin de lui.

Histoire coloniale

Les Abénakis figurent souvent dans les journaux de l’explorateur Samuel de Champlain, ainsi que dans ceux d’autres explorateurs et de missionnaires. Entre 1600 et 1650, il y a environ 13 800 Abénakis de l’Est et 12 000 Abénakis de l’Ouest. En quelques dizaines d’années après le contact avec les Européens, les maladies du vieux pays, notamment la rougeole et la variole, ont réduit de 98 % la population de bon nombre des communautés. Les Abénakis de l’Ouest qui survivent aux maladies se retirent dans des communautés de réfugiés dans le nord de la Nouvelle-Angleterre et au Québec (voir Abénakis de la vallée du Saint-Laurent). Les Abénakis de l’Est ne sont pas aussi dévastés par la maladie et la guerre, et leur communauté principale à Old Town, dans le Maine, a survécu jusqu’à aujourd’hui.

Les Abénakis ayant été les alliés traditionnels des Français, à la suite de la chute de la Nouvelle‑France, après 1760, il leur reste peu de défenses contre l’expansion anglaise, ce qui les force à établir des alliances moins fortes avec les autres tribus ayant eu des alliances avec les Français. La Révolution américaine sépare les Abénakis de l’Est des Abénakis de l’Ouest, dont la grande partie habite au Québec. Les Abénakis maintiennent leur loyauté partagée au cours de la guerre de 1812.

Abénakis de nos jours


Au Québec, la population inscrite des personnes abénakises des réserves de Wôlinak et d’Odanak est de 1 909 et de 2 457 individus, respectivement. D’autres personnes abénakises habitent aussi dans d’autres parties du Canada, ainsi qu’aux États-Unis.

De nos jours, la plupart des Abénakis occupent un travail dans la société générale du Québec ou de la Nouvelle-Angleterre. On continue à reconnaître la qualité de leur vannerie et leur folklore très vivant. Il existe plusieurs organismes qui visent à favoriser les divers aspects de la culture abénakise traditionnelle et à promouvoir une meilleure connaissance de son histoire et de ses arts.

Revendications territoriales

Un règlement de revendication territoriale en février 1995 entre les Abénakis de l’Est de la Nation Penobscot et l’État du Maine est élargi pour inclure les Malécites et les Passamaquoddy alliés qui y résident.

En 1996, les nations d’Odanak et de Wôlinak présentent une revendication territoriale pour une ancienne réserve de 33,8 km², créée en 1894 et située au nord-ouest de La Tuque. Les Abénakis soutiennent que la cession au gouvernement fédéral de cette réserve, connue sous l’appellation Crespieul, était accomplie sans leur consentement en 1910. On accepte de négocier la revendication en 2001; en 2003, les parties entament le processus de négociation. La revendication est réglée en 2007 : on accorde aux nations d’Odanak et de Wôlinak environ 4,8 millions de dollars pour compenser la perte de leurs terres.