Abénaquis

Les Abénaquis tirent leur nom d'un mot qui, dans leur langue, veut dire « peuple du Levant » ou « gens de l'Est ». En 1600, les Abénaquis de l'Est occupent le territoire actuel de l'État du Maine, sauf les parties le plus au nord et à l'est. Les Abénaquis de l'Ouest vivent dans le reste de la partie nord de la Nouvelle-Angleterre, soit du New Hampshire au LAC CHAMPLAIN. Les Abénaquis de l'Est et de l'Ouest parlent des langues ALGONQUIENNES étroitement apparentées, chaque groupe ayant divers dialectes locaux. Ceux de l'Est emploient au moins quatre de ces dialectes, le pequawket (pigwacket), l'arosaguntacook, le kennebec et le penobscot. Tous les Abénaquis appartiennent à la culture algonquienne de l'Est et ont été séparés des autres Algonquiens de l'Ouest et du Nord à la suite de l'intrusion de groupes de culture iroquoienne il y a environ 1000 ans. Les Iroquoiens se sont éventuellement dispersés dans la vallée du Saint-Laurent, mais la région s'est ouverte à la dispersion des Abénaquis de l'Ouest après le retrait des Iroquoiens vers l'ouest au XVIe siècle.

Vers 1600, on compte près de 12 000 Abénaquis de l'Est et 10 000 Abénaquis de l'Ouest, mais les maladies venues du Vieux Continent, particulièrement la rougeole et la variole, font chuter ces nombres de 98 p. 100 en quelques décennies. Les Abénaquis de l'Ouest qui survivent, souvent appelés Sokoki ou Penacook, cherchent refuge dans d'autres collectivités en Nouvelle-Angleterre et au Québec. Les Abénaquis de l'Est sont moins décimés par la guerre et la maladie, et leur principale communauté, située à Old Town, dans le Maine, existe toujours. De nos jours, on compte plus de 3000 Penobscots inscrits, dont 500 vivent à Old Town.

Plusieurs Pequawket, Arosaguntacook et Kennebec se réfugient dans les communautés Penobscot durant la période coloniale, alors que les colonies anglaises se développent au sud du New Hampshire et au sud-ouest du Maine. D'autres se joignent aux communautés Sokoki et Penacook et se dirigent vers les colonies du Vermont et du Québec.

Il est souvent question des Abénaquis dans le journal de CHAMPLAIN ainsi que dans les récits d'autres explorateurs et missionnaires. Ils survivent aux guerres coloniales pendant les deux siècles qui suivent en composant avec les intérêts divergents des Français et des Anglais, tout en jouant un rôle politique important en dépit de leur nombre réduit. Après 1760, la chute de la NOUVELLE-FRANCE laisse les Abénaquis en position de faiblesse face à l'avance des Anglais, ce qui les force à conclure une alliance plutôt faible avec d'autres tribus autrefois alliées aux Français. La guerre de l'Indépendance américaine entraîne la séparation des Abénaquis de l'Est et de l'Ouest, dont la majorité, à cette époque, vit au Québec. Les Penobscots se rangent du côté des Passamaquoddy de l'est du Maine pour défendre la frontière de la Nouvelle-Angleterre au nom des Américains. Les Abénaquis demeurent divisés dans des camps adverses durant la GUERRE DE 1812.

En 1600, la chasse, la pêche et la cueillette constituent l'alimentation des Abénaquis. Ils voyagent principalement en canot d'écorce sur les lacs et les rivières, alors que leurs cousins agricoles du Sud recourent à des pirogues moins agiles et se déplacent par voie terrestre. Leur gibier de prédilection est l'orignal plutôt que le cerf. Les tentatives de se livrer à l'agriculture demeurent vaines jusqu'après l'avènement de la TRAITE DES FOURRURES, car il est trop risqué de se livrer uniquement à l'agriculture. La traite des fourrures et les autres revenus amoindrissent les effets des mauvaises récoltes périodiques. En conséquence, la densité de population des Abénaquis ne représente que le dixième de celle des Algonquiens pratiquant l'agriculture en Nouvelle-Angleterre. Ils s'adaptent rapidement à la traite des fourrures et à l'économie de marché. Traditionnellement, ils habitent des villages près des chutes des principaux cours d'eau pendant les saisons où le poisson migrateur peut être pêché. Pendant les autres saisons, ils se dispersent en groupes familiaux sur la côte ou en petits campements au bord des affluents à l'intérieur des terres. Ces campements servent de camps de base des territoires de piégeage pendant l'apogée de la traite des fourrures. Lorsque ce commerce commence à péricliter, bon nombre d'entre eux se tournent vers l'exploitation forestière ou la fabrication de CANOTS ou d'articles de vannerie.

La figure héroïque de Gluskabe (GLOOSCAP) est importante dans les contes abénaquis. Cependant, ceux-ci sont maintenant racontés en anglais ou en français, car les dialectes abénaquis ont à peu près disparu.

Les Abénaquis de nos jours
Il existe plusieurs documents sur les ABENAQUIS DE LA VALLÉE DU SAINT-LAURENT, mais des communautés moins connues du New Hampshire, du Vermont et du Maine existent encore au XXIe siècle. Environ 2500 Abénaquis vivent au Vermont et presque autant dans les communautés du Canada. Au Québec, on compte plus de 400 Abénaquis dans les réserves d'Odanak et de Wôlinak. Le Musée des Abénakis, qui se spécialise sur l'histoire et la culture des Abénaquis de l'Ouest, est situé à Odanak.

En plus des communautés abénaquises de longue date au Québec et dans le Maine, on compte des communautés au Vermont et au New Hampshire, tout particulièrement près du lac Champlain. Une entente de REVENDICATION TERRITORIALE entre la Nation Penobscot Abénaquis de l'Est et l'État du Maine a été élargie pour inclure les MALÉCITES et les Passamaquoddy assimilés qui y résident. Tout comme les MI'KMAQ, ces nations sont aussi algonquiennes de l'Est, mais ne sont pas considérées comme des Abénaquis.

De nos jours, la plupart des Abénaquis s'adonnent à des occupations semblables à celles du reste de la population du Québec et de la Nouvelle-Angleterre. Ils demeurent renommés pour la qualité de leurs ouvrages tressés et pour la vigueur de leur folklore. Il existe plusieurs organismes qui favorisent divers aspects de la culture abénaquise traditionnelle et promeuvent une meilleure compréhension de l'histoire et des arts abénaquis.

Voir aussi AUTOCHTONES : LES FORÊTS DE L'EST.