Antonine Maillet, C.C., O.Q., O.N.-B., romancière, dramaturge, traductrice et académicienne (née le 10 mai 1929 à Bouctouche, N.-B.). Compagnon de l’Ordre du Canada, elle est le premier récipiendaire non-européen du Prix Goncourt. Gagnante d’un Prix du Gouverneur général du Canada, Antonine Maillet a souvent été qualifiée d’« âme de la littérature acadienne contemporaine ».

Éducation et début de carrière

Antonine Maillet a obtenu un baccalauréat (1950) du Collège Notre-Dame d’Acadie et une maîtrise (1959) de l'Université de Moncton. En 1970, elle complète un doctorat en littérature à l'Université Laval. Elle y enseigne la littérature et le folklore. Elle est ensuite professeure à l'Université de Montréal, à l’Université de Californie (University of California) à Berkeley, à l’Université d’Albany (University at Albany, SUNY), de l’État de New York et à l’Université de Moncton. Elle travaille ensuite pour la Société Radio-Canada (CBC), à Moncton.

Écrivaine prolifique qui compte à son actif plus de douze pièces de théâtre et une vingtaine de romans, Antonine Maillet a publié sa seconde pièce Poire-Acre et son premier roman, Pointe-aux-Coques, en 1958. Son œuvre se veut être une véritable célébration de la langue et du patrimoine des Acadiens.

Une auteure incontournable de la littérature acadienne

Après l'immense succès de sa pièce intitulée La Sagouine (1971; traduite en l’anglais en 1979), et de son roman Pélagie-la-Charrette, qui met en œuvre le retour triomphant du peuple acadien à la suite de son expulsion de 1755, surnommé le Grand Dérangement (voir Histoire de l’Acadie), Antonine Maillet domine la littérature acadienne contemporaine. Pélagie obtient le prix Goncourt et rend ainsi son auteure célèbre en France, où le livre se vend à plus d'un million d'exemplaires. Selon madame Maillet, la publication de ce roman, c'est un peu la revanche de ses ancêtres. Son monde imaginaire est issu de l'environnement, de l'histoire et du peuple de l'Acadie. Ses romans, souvent adaptés au théâtre, réunissent l'aventure, le désir, la frustration, la souffrance et la joie, et redonnent une image plus authentique de l'Acadie d'où ressort une vision épique. Elle met en scène un seul événement (un conflit entre deux personnages, un combat collectif pour conquérir la terre, le long voyage de retour vers la terre natale), riche en rebondissements de toutes sortes. Au fil de l'histoire, les personnages deviennent des symboles. Ses oeuvres, mélange de « mots anciens riches en sonorités diverses », sont d'une grande qualité littéraire et profondément originales. Le narrateur est souvent présenté non pas comme un seul personnage, mais comme une collectivité représentant la mémoire du peuple acadien. Maillet est une conteuse d'histoires, mais La Sagouine n'est pas un texte linéaire. Ici, le personnage est autonome et possède une authenticité et une complexité qui l'élèvent au-dessus des autres personnages du roman.

La renommée de Maillet coïncide avec la renaissance de la culture acadienne (voir Acadie contemporaine). La Sagouine, en plus d'être un grand succès littéraire, est publié à un moment crucial pour les Acadiens, redonnant à leur culture distincte acadienne, un renouveau et une fierté (voir Littérature acadienne). Les monologues du personnage principal, une laveuse de planchers et ancienne fille à matelots devenue femme de pêcheur, sont à la fois empreints de lucidité et de sagesse, de vivacité et de réserve, d’humour et de colère. Pour son auteure, la reconnaissance de cette œuvre signifie la reconnaissance du peuple acadien.

Parmi les autres œuvres majeures d’Antonine Maillet, il faut mentionner Don l'Orignal (1972, Prix du Gouverneur général, œuvres de fiction), Mariaagélas (1973, Prix France-Canada), L'Acadie pour quasiment rien (1973), Évangeline Deusse (1975), Les cordes-de-bois (1977), La gribouille (1982) et Le huitième jour (1986, trad. 1987), L'oursiade (1990), Comme un cri du coeur (1992), Les confessions de Jeanne de Valois (1992), Le chemin St-Jacques (1996), Chronique d'une sorcière de vent (1999) et Madame Perfecta (2002). Antonine Maillet a de plus adapté et traduit les œuvres de Ben Johnson, William Shakespeare, George Bernard Shaw et plusieurs autres auteurs. Elle a aussi écrit des livres pour enfants (Christophe Cartier de la Noisette, dit Nounours, 1981).

Prix et récompenses

  • Prix du Conseil des Arts du Canada (1960)
  • Prix Champlain (francophonie nord-américaine hors Québec) (1961)
  • Prix du Gouverneur général (1972)
  • Grand prix du livre de Montréal (1973)
  • Prix Québec-Paris (1975)
  • Prix des Volcans (France, 1975)
  • Prix littéraire de La Presse (Québec, 1976)
  • Officier de l’Ordre du Canada (1976)
  • Prix des Quatre Jurys (1978)
  • Prix Goncourt (France, 1979)
  • Officier de l'Ordre des Palmes académiques (France, 1980)
  • Lorne Pierce Medal, Société Royale du Canada (1980)
  • Compagnon de l’Ordre du Canada (1981)
  • Médaille Gloire de l'Escolle (1981)
  • Chevalier de l'Ordre de la Pléiade (Assemblée parlementaire de la Francophonie) (1981)
  • Ordre des francophones d'Amérique (1984)
  • Officier de l'Ordre des Arts et des Lettres (France, 1985)
  • Officier de l'Ordre national du Québec (1990)
  • Grands Montréalais (1991)
  • Officier de l'Ordre national de la Légion d'honneur (France, 2004)
  • Ordre du Nouveau-Brunswick(2005)
  • Prix hommage 2010, soirée des prix Éloizes (Acadie, 2010)

Antonine Maillet a obtenu des diplômes honorifiques de plus d'une vingtaine d'universités canadiennes et internationales. L’école élémentaire Antonine-Maillet à Oshawa, en Ontario, a été nommée en son honneur. Elle a aussi été chancelière de l’Université de Moncton de 1989 à 2001. Sa ville natale, Bouctouche au Nouveau-Brunswick accueille le parc thématique Le pays de La Sagouine, une reproduction fantastique d'un village de pêcheurs au temps de la prohibition et qui célèbre la langue, le patrimoine et la culture acadienne.

Antonine Maillet - Les possibles sont infinis par Ginette Pellerin, Office national du film du Canada