L’archipel Arctique, situé au nord de la partie continentale du Canada, est constitué de 94 îles principales (ce qui représente plus de 130 km2) et de 36 469 îles secondaires qui couvrent une superficie totale de 1 400 000 km2. À part le Groenland, qui est presque entièrement recouvert de glace, l’archipel Arctique canadien représente le plus grand territoire du Haut‑Arctique. Parmi ces îles, on compte 6 des 30 plus grandes îles du globe, dont l’île de Baffin, qui est plus grande que le Royaume‑Uni (au cinquième rang). Les îles principales sont les îles de Baffin, de Victoria, d’Ellesmere, de Banks, de Devon, d’Axel Heiberg, de Melville et du Prince‑de‑Galles. Elles sont séparées par de grands chenaux, dont certains passeraient pour des mers n’importe où ailleurs. Par exemple, le détroit de Parry, qui va du détroit de Lancaster jusqu’au détroit de M’Clure, sépare du reste de l’archipel les îles de la Reine‑Élisabeth situées au nord; c’est une section importante du passage du Nord‑Ouest.

Géographie physique et géologie

Les îles principales de la région est de l’Arctique (Baffin, Devon, Ellesmere, Axel Heiberg) sont montagneuses et leurs sommets dépassent 2 000 mètres. Ordinairement, les hautes terres de ces îles sont recouvertes de calottes glaciaires qui contiennent la plus grande partie (75 %) de la glace de glacier du Canada et le tiers du volume des glaces terrestres du monde, sans compter les glaciers continentaux du Groenland et de l’Antarctique. Ces hautes terres ont été la source principale de l’inlandsis Innuitien lors de la dernière glaciation (voir aussi Région Innuitienne).

Au sud‑est, l’archipel est aussi constitué de prolongements du Bouclier canadien orientés vers le nord, qui est recouvert par des roches paléozoïques à strates horizontales (c.‑à‑d., des roches de 251 à 542 millions d’années). Dans les zones nord et ouest, qui comprennent la plupart des îles de la Reine‑Élisabeth, on trouve essentiellement des roches sédimentaires plus jeunes, très plissées, qui forment des montagnes sur l’île Axel Heiberg et sur des parties des îles de Devon et d’Ellesmere. Les îles situées au centre et à l’ouest sont généralement plates, leur relief est peu élevé (moins de 200 m) et elles sont constituées de roches sédimentaires de la plateforme de l’Arctique.

Cette diversité géologique crée des paysages spectaculaires remarquablement variés composés de montagnes escarpées, de fjords aux pentes raides, de hautes et de basses plaines dont l’âge et la composition rocheuse varient. Les zones du Bouclier contiennent des gisements minéraux (y compris de l’or et des diamants) et on a trouvé des gisements de pétrole et de gaz naturel dans des roches sédimentaires, comme dans le bassin de Sverdrup. On trouve aussi dans ces zones du charbon, qui a été découvert par les premiers explorateurs européens.

Étendues d’eau

La profondeur des chenaux qui séparent les îles varie de moins de 100 m à environ 600 m dans la section est du détroit de Lancaster. Le plateau continental se situe à une profondeur variant de plus de 550 m à l’ouest et au nord jusqu’à 200 m à l’est. En dépit de la faible amplitude des marées, qui diminue d’est en ouest, celles‑ci peuvent provoquer de forts courants dans certains passages étroits comme les détroits de Bellot, de Fury et Hecla et le canyon Hell Gate.

Dans l’archipel, les eaux circulent surtout à partir de l’océan Arctique vers le sud par le détroit de Nares et vers l’est par les détroits de Lancaster et de Fury et Hecla. Le courant sud de l’océan Arctique entre dans la baie de Baffin, et le courant est, dans le bassin de Foxe, la baie d’Hudson et le détroit d’Hudson. La profondeur et l’étendue des chenaux se prêtent aux activités commerciales, telles que le passage de pétroliers sous‑marins. Cependant, les chenaux posent certaines difficultés stratégiques, telles que le fait d’être une voie d’approche idéale pour les sous‑marins.

La couverture de glace marine, d’une épaisseur moyenne de 1,5 à 2 m, forme une couche continue en hiver dans l’ensemble de l’archipel, sauf pour plusieurs polynies récurrentes (zones d’eau libre entourées par la banquise), dont le plus grand se trouve dans la partie nord de la baie de Baffin et dans la zone sud‑est de la mer de Beaufort. Ces polynies, qui gèlent tardivement et dégèlent tôt, attirent la faune marine et les oiseaux, et l’on a trouvé des traces d’habitations très anciennes attribuées aux cultures de Thulé et de Dorset sur les terres voisines.

La couverture de glace est plutôt mince depuis un certain nombre d’années, et il est maintenant normal que les chenaux présentent de grandes voies navigables à la fin de l’été, si bien que des bateaux de croisière empruntent assez fréquemment le passage du Nord-Ouest.

Au point de vue biologique, les eaux de l’archipel, pauvres en poissons, abritent toutefois en abondance des mammifères et des oiseaux en été.

Climat

Il s’agit à tout point de vue d’un véritable environnement polaire. Dans les îles du nord, la nuit dure 24 heures 3 ou 4 mois en hiver, tandis que durant une période équivalente en été, il fait continuellement jour. Les températures annuelles moyennes descendent jusqu’à ‑20 °C au nord et ‑6 °C dans la partie sud de l’île de Baffin, avec des minima extrêmes de l’ordre de ‑50 °C. L’été, la température peut s’élever au‑dessus du point de congélation pendant un ou deux mois. Les précipitations annuelles sont faibles, allant de 400 mm dans le sud de l’île de Baffin à moins de 100 mm dans le centre de l’île d’Ellesmere. Les îles de la Reine‑Élisabeth sont un désert polaire où les précipitations atteignent souvent moins de 150 mm par année. Le climat froid a entraîné la formation du pergélisol, qui s’étend sous tout le sol de la région et dépasse 550 m d’épaisseur à certains endroits. Seule une mince couche active (moins d’un mètre) fond à la surface chaque été.

Changement climatique

L’Arctique subit les répercussions du réchauffement climatique plus rapidement et plus fortement que les parties du monde en basse altitude. Des changements ont déjà été constatés dans le Haut‑Arctique, notamment l’amincissement de la glace marine. De plus, les glaciers de l’archipel se retirent et s’amincissent déjà, dont certains à une vitesse alarmante. On s’attend à ce que les températures annuelles moyennes augmentent de 4 à 7 °C au cours de présent siècle et que le réchauffement le plus important se produise en hiver (jusqu’à 12 °C de plus selon un scénario d’émissions). En plus des températures hivernales de plus en plus élevées, les précipitations pourraient augmenter de façon exponentielle. Évidemment, on s’attend aussi à ce que les températures et les précipitations estivales augmentent.

Flore

Le nombre d’espèces de plantes diminue progressivement au nord du continent. Il n’y a pas d’arbres et la végétation de la toundra se compose d’arbustes nains, de plantes herbacées non graminoïdes et de carex, ainsi que d’herbes, de mousses et de lichens. Dans les îles du nord, les plantes ligneuses se font plus rares, et la végétation est clairsemée, sauf dans les zones de faible altitude (oasis polaires) où le microclimat est plus chaud et la neige plus abondante.

Sur les îles de l’Arctique, on compte environ 270 espèces de plantes vasculaires, 325 types de mousses, environ 100 hépatiques et 550 à 600 espèces de lichens. Beaucoup d’espèces de plantes sont très répandues et ont une distribution circumpolaire.

Faune

Comme pour la flore, la diversité de la faune diminue au nord du continent. On trouve dans l’archipel quelque 20 espèces de mammifères terrestres, habituellement peu nombreux et occupant des territoires précis. Les îles du Haut‑Arctique abritent le caribou de Peary qui est plus petit et plus blanc que le caribou de la toundra. Les autres gros animaux habitant l’archipel sont le bœuf musqué, le renard arctique, le loup arctique, le lemming et le lièvre arctique. Plus de 60 espèces d’oiseaux passent l’été dans les îles du Haut‑Arctique, tandis que 6 seulement y hivernent. Les mers environnantes abritent l’ours polaire, le morse et diverses espèces de phoques et de baleines, notamment le narval et le béluga.

Les arthropodes terrestres (p. ex., les insectes) sont des composantes importantes de la toundra du Haut‑Arctique; quelque 700 espèces ont été identifiées dans l’archipel.

Histoire

Inuits

Depuis environ 4 000 ans, le Haut‑Arctique est peuplé par les Inuits et leurs ancêtres; de nos jours, la majorité du peuple inuit habite toujours dans le Nord, notamment dans des colonies de peuplement disséminées un peu partout sur les îles, généralement au bord de la mer. La communauté la plus au nord du Canada est Grise Fjord qui est située dans le sud de l’île d’Ellesmere. Grise Fjord a été créée, tout comme Resolute et l’île de Cornwallis, en 1953 lorsque le gouvernement canadien a forcé le déplacement de la population de Port Harrison (auj. Inukjuak), au Québec. Il existe encore des liens ancestraux avec les peuplades groenlandaises. On a découvert des preuves de contacts entre les Vikings établis au Groenland durant le Moyen Âge et la population des îles (voir Expéditions vikings). La population non autochtone se compose de fonctionnaires et de militaires vivant dans des villages comme Iqaluit, Cambridge Bay, Resolute et la station militaire d’Alert.

En 1999, la majeure partie de l’archipel est ajoutée au nouveau territoire du Nunavut, dont la capitale, de même que le berceau de la législature, est Iqaluit, sur l’île de Baffin.

Exploration

Les premiers Européens à explorer les eaux marines de l’archipel de la Haute-Arctique sont Martin Frobisher, John Davis, William Baffin et Robert Bylot. Martin Frobisher et ensuite, John Davis naviguent d’abord les eaux qui portent maintenant leur nom : la baie Forbisher en 1576 et le détroit de Davis en 1585. Par la suite, en 1616, William Baffin et Robert Bylot explorent le détroit de Smith et le nord de la baie de Baffin. Ce sont aussi les premiers à cartographier les détroits de Jones et de Lancaster. Ce dernier est d’ailleurs reconnu comme l’entrée est du passage du Nord‑Ouest. Entre 1819 et 1820, sir William Parry navigue à l’ouest jusqu’au détroit de M’Clure, où les glaces l’empêchent d’aller plus loin. Au XIXe siècle, de nombreuses expéditions sont menées pour trouver le passage du Nord‑Ouest, dont celle de sir John Franklin dans les années 1840. Ce dernier ne réussit pas naviguer tout le passage : ses deux navires sont prisonniers des glaces en 1846 et sombrent dans les eaux. On mène dès lors des expéditions de recherche pour retrouver les bateaux échoués, mais ce n’est qu’en 2014 que l’on retrouve un des navires, le Erebus, au large des côtes de l’île King William. (Voir aussi l’exposition Exploration de l’Arctique.)

Le passage du Nord‑Ouest est finalement navigué en totalité par Roald Amundsen entre 1903 et 1906, puis par sergent Henry Larsen de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) entre 1940 et 1940, d’ouest en est, et en 1944, d’est en ouest.

Le Canada montre un réel intérêt pour l’archipel de l’Arctique à partir des années 1940 et 1950 alors que les stations météorologiques s’installent dans la Haute-Arctique, d’abord grâce à une collaboration avec les États-Unis. Ces stations tiennent un rôle important dans le soutien d’activités gouvernementales, notamment la recherche et la cartographie, et pour les nombreux établissements de la région. Par exemple, Resolute, une collectivité inuite qui abrite un centre de recherche, était le poste d’une station météorologique de la Haute-Arctique.

Durant les années 1950, les recherches et les expéditions, menées alors par le gouvernement canadien, des universités et des entreprises privées, se multiplient. La photographie aérienne de l’archipel est achevée; et la cartographie de la géologie des îles et la localisation de gisements de pétrole, entre autres, sont effectuées grâce au travail acharné de la Commission géologique du Canada. Les expéditions de l’Université McGill à l’île Axel Heiberg et de l’Institut arctique de l’Amérique du Nord (auj. Université de Calgary) à l’île Devon sont les premières à vérifier régulièrement l’état des glaciers, surveillance qui se poursuit à ce jour dans la région. Resolute, Cambridge Bay et Nanisivik (au nord de l’île de Baffin) exploitent actuellement des centres de recherche et servent de bases pour des activités militaires.

Jusqu’ici, l’océanographie de l’Arctique n’est que sommaire, et ce, malgré les résultats géologiques et biologiques considérables de l’expédition d’Otto Sverdrup entre 1898 et 1902. Ce n’est qu’après la Deuxième Guerre mondiale qu’elle prend de l’essor. Des expéditions danoises et l’expédition du navire de la garde côtière américaine Marion en 1928 réalisent des études des détroits de Smith, Jones et Lancaster. Dans les années 1950, le gouvernement fédéral lance l’Étude du plateau continental polaire qui s’étend sur nombre d’années. Aujourd’hui conduite par un groupe basé à Resolute et équipé d’un aéronef, l’étude apporte un soutien indispensable à la recherche en Arctique. Par ailleurs, elle est particulièrement importante de nos jours alors que les nations polaires, dont le Canada, revendiquent leur souveraineté territoriale du fond de l’océan Arctique en vertu de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer.