Une hausse marquée du taux de natalité s’est produite au Canada à la fin de la Seconde Guerre mondiale et a duré jusque vers 1965, résultat d’une amélioration des conditions économiques et d’une tendance parallèle aux familles nombreuses au cours de la même période. Ainsi, pendant une vingtaine d'années, la population a rapidement augmenté; c'est ce que l’on appelle le baby‑boom. Par son influence démographique, la génération du baby-boom a façonné l’économie et la société du Canada, et elle continue de le faire encore aujourd’hui tandis que ses membres vieillissent et atteignent l’âge de la retraite.

Hausse des taux de natalité

Bien qu'il n'existe aucune définition officielle du terme « baby-boom », on entend par là une période de hausse des taux de natalité qui a débuté dans les années 1950 et s'est terminée vers 1965. La Crise Des Années 30 prolonge le déclin du taux de natalité au Canada (voir Population), comme dans la plupart des pays occidentaux. Au Canada, le taux de natalité brut (nombre annuel de naissances pour 1 000 habitants) atteint un plancher en 1937, à 20,1. L'amélioration de la situation économique entraîne sa remontée, qui s'accélère à compter de la Seconde Guerre Mondiale. Il atteint 24,3 en 1945, grimpe à 27,2 l’année suivante et fluctue entre 27 et 28,5 pour 1 000 habitants jusqu'en 1959, avant de redescendre petit à petit.

Plus de mariages, plus d'enfants

Les naissances reportées à plus tard par la crise des années 1930 déclenchent le baby-boom, mais deux autres facteurs y contribuent.

En premier lieu, la proportion d'adultes mariés augmente et ces nouveaux couples font plus d'enfants. Les femmes nées en 1911 ou en 1912 ont en moyenne 2,9 enfants, tandis que celles qui sont nées entre 1929 et 1933 en ont en moyenne 3,3. Vingt ans séparent ces deux générations, entre lesquelles le nombre d’enfants par femme augmente de 13 p. 100.

En second lieu, plus de la moitié des naissances du baby-boom s’expliquent par ce que les démographes appellent un « phénomène de calendrier ». Les couples se marient plus jeunes (l'âge médian au premier mariage des femmes est de 23,2 ans en 1940 et de 21,1 en 1965) et, de la fin de la Seconde Guerre mondiale à 1965, ils ont leurs enfants assez tôt après le mariage.

Le nombre annuel de naissances au Canada grimpe de 253 000 en 1940 à 479 000 en 1960, avant de redescendre à 419 000 en 1965. Au cours des 25 années du baby-boom, 1,5 million d'enfants de plus voient le jour que si ce phénomène n'avait pas eu lieu (quelque 8,6 millions en tout), soit une hausse de plus de 18 p. 100.

À partir de 1965, cependant, les gens commencent à se marier plus tard et attendent plus longtemps avant de faire des enfants, parce qu'un plus grand nombre de femmes sont actives sur le marché du travail et que l'accès à des méthodes de planification des naissances plus efficaces se généralise. (Voir Femmes dans la Population Active.)

Population vieillissante

La population du Canada devrait dépasser les 40 millions d'individus d'ici à 2036. En 2012, environ 1,4 million de personnes avaient 80 ans ou plus, et ce nombre pourrait passer à 3,3 millions en 2036. Au 1er juillet 2012, selon Statistique Canada, l'âge médian de la population canadienne est de 40,0 ans, la moitié de la population étant plus âgée, l'autre moitié plus jeune. Entre 1992 et 2012, l'âge médian au Canada a augmenté de 6,4 ans. Le vieillissement de la population devrait s'accélérer rapidement à mesure que les baby-boomers atteignent l’âge de 65 ans, et le nombre de personnes âgées pourrait alors dépasser le nombre d'enfants pour la première fois dans l'histoire du Canada.

Effets à long terme

Les baby‑boomers ont causé un gonflement de la courbe démographique, qui ressemble à un lapin avalé par un python et qui migrerait le long de son corps. Durant les 20 années qui suivent 1966, ce « lapin » atteint les âges de 20 à 39 ans et entre dans la population active. En 2011, le « lapin » a 65 ans, le seuil habituel du passage de la vie active à la retraite. D’ici à 2031, le nombre de retraités devrait augmenter considérablement. (Voir vieillissement.)

Toutefois, les fluctuations économiques, le changement des attitudes et des attentes en matière de style de vie, ainsi qu'une espérance de vie prolongée, redéfinissent la façon dont cette génération envisage le vieillissement et la retraite. À mesure que les baby-boomers prennent leur retraite, un nombre croissant de travailleurs doivent pourvoir les postes devenus vacants, dont beaucoup exigent des compétences spécialisées. Cette situation pourrait mener à l’adoption de mesures de maintien en poste, de report de l'âge de la retraite et de recrutement de travailleurs étrangers.

La population active sera de plus en plus âgée à mesure qu'un nombre croissant de travailleurs de la génération du baby-boom atteindront la soixantaine. D'ici à 2036, le nombre de personnes âgées (65 ans et plus) pourrait plus que doubler au Canada. Selon toute probabilité, ces personnes représenteront entre 23 p. 100 et 25 p. 100 de la population, comparativement à 14 p. 100 en 2009.

Émergence de la génération X

La génération Nexus, ou génération X (1966 à 1974), est celle qui correspond à la chute du taux de natalité après le baby-boom, conséquence du fait que les baby‑boomers ont moins d’enfants que leurs parents. Les membres de la génération X, un terme popularisé par l'auteur Douglas Coupland, arrivent sur le marché du travail à partir de la fin des années 1980 et se heurtent à un taux de chômage élevé et à une répartition des revenus désavantageuse. Naturellement, ils n'ont aucune envie de refaire un baby-boom. Tout porte à croire que l'ampleur de la dénatalité aurait été plus importante sans l'effet d'écho produit par le baby-boom (naissances ne résultant pas du taux de fécondité des mères, mais du plus grand nombre de mères).

En 2011, les enfants des baby‑boomers (la cohorte alors âgée de 19 à 39 ans) forment 27 p. 100 de la population totale; ce groupe est appelé la génération Y, ou « l’écho du baby‑boom ». Le taux de fécondité des générations qui succèdent aux baby‑boomers diminue sous l’effet de changements dans la société, notamment l’augmentation des taux de séparation et de divorce, la participation accrue des femmes à la population active et l’évolution rapide de la technologie. La génération Z ou de l'Internet, c'est-à-dire les enfants de la génération de l’écho du baby‑boom, comprend tous ceux et celles qui naissent à partir de 1993, ou après l’invention d’Internet. Cette génération est formée de plus de 7,3 millions de personnes nées entre 1993 et 2011.

« La guerre des générations »

La faible activité de la génération X sur le marché du travail à la fin des années 1980 modifie grandement les proportions de la population qui assurent le revenu national, contre celle qui le consomme. À l'avenir, la proportion de retraités ou de pensionnés par rapport à la population active pourrait passer d'un sur cinq à un sur deux. Certains analystes y voient le germe d'une « guerre des générations », donnant entre autres lieu à des conflits quant à la façon de payer les services publics et de faire face à la montée des coûts de l’assistance sociale dans une société de plus en plus vieille. (Voir Marxisme et Économie Keynésienne).

Demandes changeantes

La génération des baby-boomers a vieilli : le plafond historique atteint par l'âge médian dans les années 1980 et 1990, 34 ans en 1994, a grimpé à 40 ans en 2012. Même sans nouvelle baisse du taux de fécondité des femmes, le nombre des naissances tombera bien au-dessous de 400 000 par an, et celui des décès franchira les 200 000 par an, jusqu'à ce qu’il dépasse les naissances.

En 2012, près de 5,2 millions de Canadiens ont plus de 65 ans, une augmentation de 11,6 p. 100 par rapport à 1992. À mesure que les baby-boomers prennent de l'âge, les pressions économiques et sociales seront générées moins par les besoins en matière de scolarisation, par exemple, que par ceux des personnes âgées et par le financement des soins de santé et de la sécurité du revenu que nécessite une population vieillissante.