Bas-Canada, partie méridionale de l'actuelle province de Québec qui, de 1791 à 1840, formait une province britannique distincte. En 1791, la Grande-Bretagne divise la Province de Québec en deux parties : le Haut-Canada et le Bas-Canada. En 1841, ces deux entités sont réunies en une seule colonie, la Province du Canada.

Bas-Canada, partie méridionale de l'actuelle province de Québec qui, de 1791 à 1840, formait une province britannique distincte. En 1791, la Grande-Bretagne divise la Province de Québec en deux parties : le Haut-Canada et le Bas-Canada (voir Acte constitutionnel de 1791). Cet événement était prévisible, puisque l'Angleterre a adopté une politique de division territoriale aux XVIIe et XVIIIe siècles, lors de la création des colonies américaines; en 1769, lors de la séparation de l'Île-du-Prince-Édouard de la Nouvelle-Écosse; et en 1784, après une vague d'immigration Loyaliste (ayant aussi touché le Québec), lors de la création des provinces du Cap-Breton et du Nouveau-Brunswick. Le Haut-Canada et le Bas-Canada sont réunis en 1841 en une seule colonie, la Province du Canada.

L’Acte de Québec

Après la conquête de la Nouvelle-France, la Grande-Bretagne redéfinit les frontières de sa nouvelle colonie afin d'offrir une chance égale aux industries de la pêche et de la traite des fourrures, causes de rivalités entre les marchands de Québec et de Montréal. Adopté en 1774, l'Acte de Québec reconnaît formellement l'échec de ce projet et ajuste les frontières selon les besoins d'une économie transcontinentale.

En 1791, la traite des fourrures joue un rôle majeur pour les marchands et les travailleurs saisonniers ruraux. Ces derniers et leurs dépendants considèrent que leur territoire comprend tout autant la vallée du Saint-Laurent que les vastes espaces s'étendant à l'ouest des Grands Lacs jusqu'au Pacifique. Cependant, au début du XIXe siècle, les raisons économiques justifiant cette idée ont disparu, et pour la plupart des francophones du Bas-Canada leur territoire s'étend des basses-terres du fleuve, de Montréal au golfe du Saint-Laurent. En 1822, quand Louis-Joseph Papineau s'oppose à l'union des deux Canadas, il décrit le Bas-Canada comme un espace géographique, économique et culturel distinct destiné à héberger pour toujours l'Habitant, catholique et francophone.

Cette vision trouve peu d'appuis chez les marchands anglophones qui continuent de défier la division de 1791 et qui, de Montréal, contrôlent une grande partie de l'économie du Haut-Canada. Ces hommes d'affaires, propriétaires de banques (voir Activité bancaire) et d'entreprises de transport et fervents avocats de la construction de canaux sur le Saint-Laurent (voir Canaux et voies navigables intérieures), s'occupent surtout d'exportation de céréales vers l'Angleterre et de transport de produits forestiers du Haut-Canada vers le port de Québec. Leur domaine économique déborde les limites de la vallée du Saint-Laurent. Après l'échec de la tentative d'union en 1822, ils lancent une campagne en faveur de l'annexion de Montréal au Haut-Canada et persistent à appuyer cette idée jusqu'après les Rébellions de 1837, époque de l'union réelle des deux Canadas.

Une économie en crise

Vers 1760, l'économie coloniale est toujours dominée par la traite des fourrures et l'agriculture basée sur le blé. Les pêches, le commerce du bois, la construction navale (voir Construction navale et réparation de navires) et les Forges Saint-Maurice n'ont encore qu'une importance secondaire. La traite des fourrures s'étend vers le Nord et le Pacifique. À la fin du XVIIIe siècle, on exporte chaque année vers l'Angleterre 600 000 peaux de castor et autres pelleteries dont la valeur dépasse 400 000 livres.

Toute cette activité, de nature transcontinentale et internationale, est surtout contrôlée par une bourgeoisie dirigeant la Compagnie du Nord-Ouest, entreprise montréalaise qui a supplanté ses rivales américaines et la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH). Toutefois, après 1804, la rivalité entre ces deux compagnies réduit leurs profits, à tel point qu'en 1821, la Compagnie du Nord-Ouest doit se fondre dans la CBH.

Le commerce du blé connaît des transformations tout aussi majeures. Vers 1730, la culture du blé à la base d'une agriculture de subsistance devient peu à peu une activité commerciale ouverte sur un nouveau marché extérieur comprenant surtout les Antilles jusqu'en 1760, puis, vers 1800, le Sud de l'Europe et la Grande-Bretagne.

Par la suite, la production diminue tellement qu'à partir de 1832, le Bas-Canada importe plus de 500 000 minots de blé (environ 19,5 millions de litres), chaque année, du Haut-Canada. Le déficit devient chronique. L'avoine, la pomme de terre et l'élevage rapportent de minces profits à certains fermiers, mais la plupart de leurs entreprises visent purement la subsistance. Les difficultés inhérentes à l'agriculture (voir Histoire de l’agriculture) et la traite des fourrures ont un effet néfaste sur le niveau de vie de la population.

Le commerce du bois

Par contre, après 1806, ces circonstances favorisent le commerce du bois (voir Histoire du commerce du bois). La production et l'exportation des produits forestiers prennent de l'ampleur pendant le blocus continental décrété par Napoléon (voir Guerres napoléoniennes). L'Angleterre, souhaitant garantir ses provisions de bois destinées à la construction des navires de guerre, institue des tarifs préférentiels maintenus au même niveau jusqu'en 1840, malgré de successives baisses de prix. Ainsi, la population du Bas-Canada bénéficie d'une aide considérable. L'industrie forestière, dominée par les chantiers du Québec, est très active dans la vallée de l'Outaouais, dans les Cantons de l’Est et dans les régions de Québec et de Trois-Rivières. Le pin et le chêne équarris, le bois de construction (voir Industrie du bois), les douves, la potasse et la construction navale sont les pivots de cette industrie.

L'économie du Bas-Canada, transformée par une crise engendrée par le déclin des exportations de fourrures et de blé, se concentre de plus en plus autour de Québec et dépend de plus en plus du Haut-Canada pour l'exportation des excédents de production, provoquant un besoin urgent de créer des institutions de crédit et d'investir massivement dans la construction de routes et de canaux.

La surpopulation

Dès le début du XVIIIe siècle, la population canadienne-française s'accroît sans apport de l'immigration. Avec un taux de naissance d'environ 50 pour mille et un taux de mortalité d'environ 25 pour mille, la population double tous les 25 à 28 ans. L'immigration britannique qui suit la Conquête n'a que peu d'effets sur cette tendance démographique, sauf pendant la vague d'immigration loyaliste. Le territoire est alors si vaste et la population si réduite que cette vigoureuse croissance des Canadiens français se perpétue jusqu'à la fin du siècle.

Il est alors dans l'intérêt du seigneur d'accorder des terres sur demande pour augmenter le revenu du fermage, mais dès le début du XIXe siècle, alliée au taux de naissance élevé, cette politique réduit le nombre des bonnes terres disponibles. De plus, les seigneurs, attirés par l'augmentation du prix des produits forestiers, restreignent l'accès des paysans à la propriété foncière. Comme la rareté des terres, réelle ou provoquée, augmente, on assiste à la naissance d'un prolétariat qui, vers 1830, constitue environ le tiers de la population rurale. Les Canadiens français qui choisissent d'émigrer aux États-Unis (voir Franco-Américains) proviennent de ce prolétariat et de la classe paysanne touchée par la pauvreté.

Après 1815, une pression démographique s'intensifie dans les communautés rurales des rives du Saint-Laurent et de la rivière Richelieu après l'arrivée massive d'immigrants britanniques à la recherche de terres et d'emplois. Paysans et prolétaires ruraux se sentent menacés par ces étrangers qui s'établissent dans les Cantons de l'Est que, depuis longtemps, les Canadiens français considéraient comme un déversoir. La croissance rapide de la population urbaine anglophone leur semble encore plus alarmante. À Québec, en 1831, les anglophones représentent 45 pour cent de la population et 50 p. cent des ouvriers journaliers. À Montréal, en 1842, ces proportions atteignent respectivement 61 p. cent et 63 p. cent. Ces facteurs contribuent à augmenter chez les francophones l'impression que leur culture est en danger et favorisent le mouvement nationaliste, aux prises avec la lutte des classes (voir Nationalisme francophone au Québec).

La lutte de classes et les conflits politiques

En Nouvelle-France, les militaires, la noblesse et le clergé prédominent. La bourgeoisie leur est soumise. Après 1760, militaires, aristocrates et marchands britanniques remplacent leurs homologues francophones. L'épanouissement d'une conscience de classe à l'intérieur des deux bourgeoisies, l'anglaise et la française, déclenche un conflit entre classe moyenne et aristocratie sur la question des institutions parlementaires. En 1791, le résultat de cet affrontement assure la prédominance de la classe moyenne et le déclin économique et social de la noblesse. Vers la fin du XVIIIe siècle, le pouvoir de cette dernière repose entièrement sur la protection et les privilèges accordés par les chefs du gouvernement colonial.

Les changements économiques et démographiques du début du XIXe siècle provoquent la détérioration des relations sociales, l'émergence de nouvelles idéologies et une réorientation des anciennes. C'est dans ce climat que naît une lutte entre trois groupes sociaux : la bourgeoisie anglophone, la classe moyenne canadienne-française et le clergé. La bourgeoisie marchande de langue anglaise, principale bénéficiaire de la réforme de 1791 et de la récente expansion économique, se sent menacée par les changements importants qui ont cours. Leurs efforts visant la canalisation du Saint-Laurent et leur désir de stimuler la construction de voies d'accès vers les Cantons de l'Est font partie d'un vaste programme pour accroître l'immigration, fonder des banques, modifier la politique fiscale de la colonie et abolir ou réformer le régime seigneurial et le droit coutumier.

L'application de ces mesures exige l'appui politique des nationalistes francophones, dont la puissance s'affirme de plus en plus, étant majoritaires à l'Assemblée législative. Le revenu provenant des taxes sur le bois est incertain puisque, après la paix de 1815, il dépend à la fois de la bonne volonté des nationalistes et du maintien de ces tarifs par l'Angleterre. Les marchands anglophones dominent les milieux d'affaires urbains (en 1831, ils représentent 57 p. 100 de la classe marchande de Québec et 63 p. 100 de celle de Montréal) et jouent un rôle démesuré dans les campagnes. Néanmoins, ils se sentent vulnérables dans une colonie où la population est surtout francophone.

Anglophones et conservatisme

Il n'est donc pas surprenant que les anglophones aient tendance à chercher l'appui des gouverneurs, des fonctionnaires coloniaux et même du gouvernement de Londres. Leur attitude s'explique par leur incapacité de former un parti pouvant influencer une majorité, si mince soit-elle, à l'Assemblée législative. Leurs défaites successives pendant plus de 30 ans les obligent à maintenir des liens avec le gouvernement impérial et le statu quo constitutionnel et à promouvoir le conservatisme.

Au début du siècle, cette bourgeoisie entre en conflit avec la classe moyenne canadienne-française, surtout avec les membres des professions libérales, qui développent peu à peu une conscience nationale. Ces professionnels, dont le nombre croît rapidement et qui aspirent à constituer une élite nationale, s'aperçoivent que les principaux secteurs de l'économie sont de plus en plus contrôlés par les anglophones. Considérant cela comme une grave injustice envers leurs compatriotes francophones, ils en viennent à tenir marchands et bureaucrates anglophones pour les pires ennemis de la nation canadienne-française.

Leur idéologie, chaudement accueillie par les petits marchands francophones, devient de plus en plus hostile aux entreprises sur lesquelles repose la puissance des anglophones. La petite bourgeoisie francophone glorifie l'agriculture, défend la Coutume de Paris et le système seigneurial (qu'elle souhaite étendre à toute la province) et s'oppose à la British American Land Company, proclamant bien haut que le territoire du Bas-Canada est la propriété exclusive de la nation canadienne-française.

La naissance du Parti canadien

Pour faire valoir ses points de vue, la bourgeoisie canadienne-française crée le Parti canadien (devenu, en 1826, le Parti patriote) Les dirigeants du parti expliquent les disparités économiques par le contrôle exercé sur la politique par la Grande-Bretagne et par le favoritisme. Leur idéologie, tout en prévoyant une évolution politique fidèle à la tradition britannique, préconise la domination du parti majoritaire à l'Assemblée législative.

Le chef du parti, Pierre Bédard, est le principal artisan de cette stratégie, inspirée par le désir d'appliquer le principe de la responsabilité ministérielle (dont la conséquence logique est de transférer le pouvoir à la majorité francophone et de diminuer celui du gouverneur). En 1810, les guerres révolutionnaires et impériales, une situation tendue avec les États-Unis et l'idée d'une autonomie coloniale donnent une allure tellement radicale à ces théories réformistes que, méfiant, le gouverneur James Henry Craig ordonne l'arrestation des rédacteurs du journal Le Canadien, la suppression de cet outil nationaliste et la dissolution de l'Assemblée législative.

Après la Guerre de 1812, Papineau, nouveau chef du parti nationaliste décapité, se rend compte qu'il faut viser des résultats plus modestes. Il concentre ses efforts sur le contrôle des revenus et sur certaines plaintes et son objectif immédiat reste de partager le pouvoir avec les adversaires de son parti. Papineau espère ainsi maîtriser le clergé, gagner à sa cause les catholiques irlandais et éviter d'être accusé d'extrémisme nationaliste. C'est dans cette perspective que les rôles joués par John Neilson et plus tard par E.B. O'Callaghan à l'intérieur du parti peuvent se comprendre.

La radicalisation des nationalistes

Ce n'est qu'après 1827 que la pression exercée par les événements et les militants oblige Papineau à être plus radical et que l'idée d'un Bas-Canada indépendant commence à s'imposer. À l'origine, le désir d'accéder au pouvoir par des moyens politiques orthodoxes est au coeur de cette évolution idéologique. Toutefois, le modèle britannique est bientôt remplacé par le modèle américain, lequel justifie le principe électoral pour toutes les fonctions du pouvoir, des juges de paix et des officiers jusqu'aux conseillers législatifs et même au gouverneur.

Comme la lutte s'intensifie, le Parti patriote gagne des appuis dans les milieux francophones, mobilisés par le patriotisme, mais perd une part de sa popularité dans les milieux anglophones qui soutiennent plutôt leurs marchands. Partageant le même objectif, l'indépendance nationale, les militants patriotes ont des opinions différentes quant au genre de société devant succéder à leur victoire. La majorité, qui appuie Papineau, souhaite la continuation de l'« ancien régime », alors qu'une minorité espère édifier une nouvelle société basée sur un libéralisme plus authentique. Ces vues opposées vont jouer un rôle majeur dans l'échec des insurrections.

Le rôle du clergé

Le clergé, solidement établi à la tête d'un réseau complexe d'institutions lui assurant des revenus considérables, s'engage naturellement dans cette lutte pour le pouvoir. Ayant constaté les effets de la Révolution française et de l'intervention du gouvernement colonial protestant dans le système d'éducation du Québec au début du siècle, le clergé québécois reste conscient de la menace pesant sur son influence. Il en devient encore plus conscient lorsque le conflit éclate entre le Parti canadien et le parti des marchands, lequel a l'appui du gouverneur.

Les dirigeants ecclésiastiques se convainquent qu'un groupe local utilise les institutions parlementaires pour réaliser des objectifs révolutionnaires. En conséquence, pendant la crise de 1810, Monseigneur Joseph-Octave Plessis demande aux prêtres d'appuyer les candidats du gouvernement, ce qu'ils font sans grand succès. Au début de la guerre de 1812, il n'est pas surprenant que l'épiscopat dénonce avec force les Américains et demande à la population, sous peine de sanctions religieuses, de défendre son territoire.

Après 1815, rassurés par la paix et l'attitude conciliante des dirigeants du Parti canadien qui s'opposent aux Sulpiciens (toujours d'origine française à l'époque) et appuient les efforts du clergé pour créer un diocèse à Montréal, les chefs religieux entreprennent une lutte pour rétablir et accroître leurs privilèges. Ils tentent d'avoir l'autorité sur l'enseignement primaire, comprenant bien que l'école est à la base de toute organisation sociale. Avec l'appui de Papineau, le clergé remporte une victoire éclatante, mais brève, contre les protestants et le gouvernement avec la Loi des écoles de fabriques adoptée en 1824.

Le clergé accroît son influence avec Monseigneur Jean-Jacques Lartigue à l'archevêché de Montréal, lequel réoriente l'idéologie et la stratégie du clergé pour combattre la menace laïque et protestante. Ce rôle lui sied bien. Il est l'un des premiers ecclésiastiques à abandonner le gallicanisme en faveur de l'ultramontanisme théocratique. Il appuie la nouvelle forme de nationalisme, maintenant détaché de ses racines libérales et accordant un rôle primordial au clergé.

Il espère redonner à l'Église la pleine maîtrise de l'éducation et la rapprocher du peuple pour ainsi accroître encore son influence. Cependant, après 1829, le Parti patriote crée des écoles d'Assemblée (pépinières de futurs patriotes), cherche à démocratiser l'administration des paroisses et adopte un discours libéral et républicain. Dès lors, la rupture entre le clergé et la classe moyenne canadienne-française est inévitable.

Les insurrections de 1837-1838

Cette lutte à trois pour le pouvoir devient plus violente en mars 1837, lorsque le gouvernement britannique, voulant mettre fin à l'impasse politique et financière, adopte les résolutions Russell, soit le refus de souscrire aux demandes des Patriotes. Ceux-ci ne sont pas assez bien organisés pour entreprendre immédiatement l'aventure révolutionnaire, ils mettent donc au point une stratégie qui prévoit que l'État puisse refuser de céder aux pressions populaires, tout en leur laissant le temps de se préparer à un soulèvement armé prévu au début de l'hiver.

En 1837, les grandes assemblées de comtés et de paroisses favorisent une agitation qui se répand de paroisse en paroisse. D'abord, l'action reste dans les limites de la légalité, mais les assemblées les outrepassent rapidement sous la pression des radicaux. Les dirigeants gouvernementaux considèrent cette agitation comme une vaste tentative de chantage, mais le clergé, mieux informé, comprend aussitôt les véritables objectifs des Patriotes.

En juillet 1837, Mgr Lartigue a déjà donné des instructions précises à ses prêtres en cas de soulèvement armé. L'agitation monte jusqu'à la fin du mois d'octobre, moment où les Patriotes tiennent l'Assemblée des six comtés à Saint-Charles-sur-Richelieu. On y adopte une déclaration de droits et des résolutions visant le renversement du gouvernement.

Pendant ce temps, les Patriotes, fort actifs à Montréal, créent les Fils de la Liberté, une association prônant publiquement la révolution, font des exercices militaires et provoquent une grande agitation en défilant dans les rues. Le 6 novembre, un affrontement entre les Fils de la Liberté et les anglophones du Doric Club suscite l'intervention du gouvernement, ce qu'attendaient anxieusement et depuis longtemps les habitants des campagnes, harcelés par les Patriotes. Quelques jours plus tard, le gouvernement émet des mandats d'arrêt contre les dirigeants des Patriotes. Ceux-ci quittent Montréal à la hâte et se réfugient dans les campagnes.

La défaite et le rôle de Lord Durham

L'affrontement armé a lieu bien avant la date prévue par les Patriotes. À la suite d'un incident survenu à Longueuil le 16 novembre, le gouvernement envoie des troupes dans la vallée du Richelieu. Le 23 novembre 1837, les Patriotes, conduits par Wolfred Nelson, prennent Saint-Denis (voir Bataille de Saint-Denis), mais sont battus deux jours plus tard à Saint-Charles (voir Bataille de Saint-Charles). Ayant dispersé les derniers insurgés du sud de Montréal, le général John Colborne attaque Saint-Eustache le 14 décembre (voir Bataille de Saint-Eustache), mettant ainsi fin à la résistance des Patriotes.

Papineau, commandant suprême, se cache à Saint-Hyacinthe avant de se réfugier aux États-Unis sous un faux nom. De nombreux réfugiés se regroupent aux États-Unis et, jusqu'à ce que Lord Durham arrive à apaiser les passions à titre de gouverneur général et de commissaire enquêteur, tentent d'organiser l'invasion du Bas-Canada. Leurs efforts sont rendus plus difficiles par une scission interne entre radicaux appuyant Cyrille Côté et Robert Nelson et les éléments plus conservateurs dirigés par Papineau.

En 1837, Durham exile quelques-uns des prisonniers politiques les plus compromis, mais essuie les réprimandes de Londres, qui renverse la décision. Durham est d'avis qu'il faut unifier le Canada et assimiler les Canadiens français. Quand il remet sa démission et quitte le Canada, début novembre 1838, une deuxième insurrection éclate, menée par les radicaux. Si les forces révolutionnaires se répandent à travers tout le territoire grâce aux efforts de la Société des frères chasseurs (voir Loges des Chasseurs), les Patriotes n'ont pas plus de chance que l'année précédente. Au milieu de novembre 1838, l'ordre règne déjà dans la vallée du Richelieu.

En 1838, on arrête 850 suspects : 108 sont traduits en cour martiale, et 99 sont condamnés à mort. On en pend seulement une douzaine et déporte 58 autres en Australie. Les principaux bénéficiaires de la révolution restent le clergé, avec sa vision particulière d'une nation française et catholique, et la bourgeoisie anglophone, avec ses projets d'expansion basée sur des mesures économiques. En 1840, l'Acte d’Union signé en Grande-Bretagne prévoit l'unification du Haut-Canada et du Bas-Canada en 1841 pour former une colonie unique, la Province du Canada.