Le Bloc québécois est un parti politique fédéral fondé officiellement le 15 juin 1991 (reconnu le 11 septembre 1993 par Élections Canada) et qui comprend actuellement des candidats dans 75 circonscriptions au Québec. Le Bloc québécois tire son origine d’un mouvement parlementaire composé de députés fédéraux du Québec qui ont quitté le Parti conservateur et le Parti libéral après l’échec de l’Accord du lac Meech (voir aussi Accord du lac Meech : document). Ce parti défend les intérêts, ainsi que l’autonomie et la souveraineté du Québec à la Chambre des communes. Au départ, le Bloc est dirigé par un ancien ministre conservateur fédéral, Lucien Bouchard, jusqu’à ce que celui-ci démissionne pour devenir chef du Parti québécois et premier ministre du Québec en janvier 1996.

L’Opposition officielle (1993–1997)

Le Bloc québécois subit son premier test en 1992 lors du référendum sur l’Accord de Charlottetown (voir aussi Accord de Charlottetown : document), et il contribue à la victoire du « Non », qui obtient 57 % des voix au Québec. Aux élections fédérales d’octobre 1993, le Bloc obtient 49,3 % des voix au Québec et remporte 54 sièges, ce qui lui permet de former l’Opposition officielle à la Chambre des communes. Pendant les mois qui précèdent le référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec, le parti joue un rôle vital en convainquant le Parti québécois, dirigé par Jacques Parizeau, de spécifier dans la question référendaire qu’une offre de partenariat serait présentée au reste du Canada. Lucien Bouchard est également une figure dominante de la campagne, qui se termine sur un résultat de 49,4 % de suffrages en faveur du « Oui ».

La clarté référendaire (1997–2000)

Après le départ de Lucien Bouchard de la direction du Bloc québécois, Michel Gauthier lui succède, puis est remplacé par Gilles Duceppe en mars 1997. Aux élections fédérales de 1997, le Bloc subit un recul, mais il obtient malgré tout 38 % des voix au Québec et remporte 44 sièges. Pendant les trois années suivantes, Duceppe combat ardemment l’adoption de la Loi C-20 (communément appelée Loi sur la clarté) par le gouvernement canadien. Ce projet de loi a été présenté par le gouvernement de Jean Chrétien en réponse à l’exigence formulée par la Cour suprême dans son avis sur le Renvoi relatif à la sécession du Québec, à l’effet qu’il revient aux « acteurs politiques » de déterminer, entre autres, ce qui constitue une question et une majorité claires, à la suite d’un référendum tenu par une province ou un territoire en vue de faire sécession du Canada.

Le scandale des commandites (2000‒2006)

Aux élections de 2000, la représentation du Bloc chute à 38 sièges. C’est la première fois depuis le rapatriement de la Constitution en 1982 que le Parti libéral détient la majorité des sièges au Québec. Entre les élections de 2000 et celles de 2004, le Bloc fait la promotion de son mandat auprès des Québécois et dénonce l’intervention du gouvernement fédéral dans les juridictions exclusives aux provinces. Il donne son appui à l’Accord de Kyoto, à la légalisation de la marijuana et aux mariages entre conjoints de même sexe au Canada (voir Droits des lesbiennes, des gays, des bisexuels et des transgenres au Canada). Pendant cette période, le Bloc joue un rôle décisif dans la dénonciation de l’utilisation de fonds fédéraux afin de financer des opérations de relations publiques au Québec, ce que l’on a appelé le scandale des commandites (voir Commission Gomery). Ce scandale a un impact décisif sur le vote des Québécois lors des deux élections suivantes, en 2004 et en 2006.

La campagne pour les élections fédérales de 2004 du Bloc propose une solution de rechange à ce que les membres du parti croient être un système fédéraliste corrompu; son slogan Un parti propre au Québec (littéralement, un parti spécifique au Québec) renforce l’idée qu’il sert les meilleurs intérêts de la province. En fin de compte, le parti gagne 54 sièges à la Chambre des communes, son plus grand nombre de sièges depuis 1993. Au même titre que le Nouveau Parti démocratique, il consolide sa position éventuelle dans un gouvernement minoritaire, ce qui lui confère beaucoup plus d’influence qu’il n’en a jamais eue en politique fédérale. Toutefois, Duceppe maintient qu’il est fermement opposé à la participation du Bloc à un gouvernement de coalition.

De la souveraineté à la défense des droits du Québec à Ottawa (2006‒2011)

Dans le même ordre d’idées, en 2006, lors de sa campagne électorale, le Bloc propose d’offrir une alternative à une possible corruption fédéraliste, alimentée par les éléments mis au jour par la Commission Gomery. Avec son slogan Heureusement, ici, c’est le Bloc, le Bloc espère remporter plus de 50 % des votes au Québec et plus de 60 sièges à la Chambre des communes. En bout de ligne, les candidats du Bloc obtiennent 6 sièges occupés par les Libéraux, mais le regain de popularité du Parti conservateur au Québec mène à une perte de trois sièges par rapport à l’élection de 2004, laissant le Bloc avec 51 sièges et 42 % de l’appui au Québec. Comme en 2004, les Canadiens élisent un gouvernement minoritaire et Duceppe insiste sur le fait qu’il ne s’unira avec aucun des partis fédéraux.

Le Bloc respecte ses engagements tout au long du mandat qui le conduit jusqu’aux élections de 2008, faisant pression sur le premier ministre Stephen Harper pour qu’il règle la question du fardeau fiscal et de la disparité entre les provinces, principalement le Québec. Duceppe exigera que Harper reconnaisse, dans la Constitution, le Québec comme étant une nation (une motion avait déjà été adoptée par la Chambre des communes en 2006, reconnaissant le Québec comme une nation distincte à l’intérieur d’un Canada uni). Le programme du Bloc, lors de cette campagne, met l’accent sur le pouvoir du Québec de gérer sa culture et la stabilité économique ainsi que sa vision du système pénal pour les jeunes contrevenants (voir Système judiciaire pour les jeunes; Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents). Le 14 octobre 2008, le Bloc s’assure d’une victoire de 51 sièges que Gilles Duceppe qualifie de « vrai progrès », victoire qui enlève au gouvernement conservateur la chance de devenir majoritaire.

Quelques semaines après ces élections générales, le gouvernement conservateur de S. Harper présente une série controversée de mesures économiques. Les trois partis d’opposition ‒ le Bloc, le Parti libéral et le NPD ‒ entament des discussions sur la possibilité de former une coalition afin de faire tomber, grâce à un vote de non-confiance, le gouvernement conservateur. Le 1er décembre, les trois chefs des partis signent un accord historique dans lequel ils s’engagent à présenter une motion de non-confiance la semaine suivante. Cependant, la gouverneure générale Michaëlle Jean accorde au premier ministre Harper la prorogation du gouvernement, mettant ainsi en cause la durabilité de la coalition.

Un avenir incertain (2011‒)

Lors des élections du 2 mai 2011, le Bloc québécois succombe à la « vague orange » du NPD qui balaie le Québec. Le Bloc ne réussit à faire élire que quatre députés, avec 24 % des suffrages exprimés, perdant ainsi son statut de parti officiel à la Chambre des communes. Le chef du parti, Gilles Duceppe est défait dans son comté de Laurier-Sainte-Marie et démissionne le soir même, après 14 ans de vie active au sein de son parti. Vivian Barbot, ancienne présidente de la Fédération des femmes du Québec (2001‒2003) et première femme haïtienne élue à la Chambre des communes, assure l’intérim.

Après une course à la chefferie, Daniel Paillé est élu à la tête du Bloc québécois, le 11 décembre 2011. En février 2013, un député du NPD traverse la Chambre et vient rejoindre le caucus du Bloc, faisant passer son nombre à cinq membres. En septembre 2013, dans la foulée du débat sur la Charte des valeurs québécoises, la députée Maria Mourani est expulsée du caucus en raison de son opposition au projet du Parti québécois. À la suite de la démission surprise de Daniel Paillé fin 2013, le Bloc tient une course à la chefferie qui sera peu médiatisée. Celle-ci est remportée par Mario Beaulieu en juin 2014. Toutefois, dès août 2014, le leadership de ce dernier est contesté, alors que deux députés élus du Bloc quittent le parti pour siéger comme indépendant.

En mai 2015, Beaulieu demande à Gilles Duceppe de revenir à la tête du parti en prévision des élections fédérales de 2015. Les sondages indiquent que le parti souverainiste, sous la direction de Mario Beaulieu, dispose du soutien de moins de 20 % des électeurs québécois. Aussi, nombreux sont ceux qui estiment que seul Duceppe serait en mesure de relancer le parti et de rejoindre les électeurs. Le 10 juin 2015, il annonce son retour en tant que chef du Bloc québécois, tandis que Mario Beaulieu en demeure le président.