Martin Brian Mulroney, C.P., C.C., G.O.Q., avocat, homme d’affaires, politicien, premier ministre du Canada de 1984 à 1993 (né le 20 mars 1939 à Baie-Comeau, au Québec). En tant que premier ministre et chef du Parti progressiste-conservateur, Brian Mulroney obtient la conclusion de l’historique accord de libre-échange avec les États-Unis, et supervise l’adoption de l’impopulaire taxe sur les produits et services. Le mandat de Mulroney est aussi marqué par les efforts qu’il déploie pour persuader le gouvernement du Québec de signer la Constitution. Malgré des heures de consultation et de négociations, l’Accord du lac Meech et l’Accord de Charlottetown seront des échecs. Du côté des affaires étrangères, il s’oppose fermement à l’apartheid. Mulroney a aussi été reconnu pour son bilan en matière de protection de l’environnement, puisqu’il peut mettre à son actif la signature de l’Accord sur les pluies acides avec les États-Unis et l’adoption de la Loi canadienne sur la protection de l'environnement.

Formation et début de carrière

Fils d'immigrants irlandais, le père de Mulroney est électricien et souhaite avant tout que ses enfants ne finissent pas à l’usine de pâte à papier qui domine à l’époque l’activité économique de Baie-Comeau. Brian fréquente l'école secondaire privée St. Thomas, à Chatham, au Nouveau-Brunswick, puis l'Université Saint Francis Xavier, à Antigonish, en Nouvelle-Écosse, où il poursuit des études en sciences politiques. Il rejoint le club des conservateurs du campus et devient premier ministre au Parlement interuniversitaire de l'Atlantique. En 1956, il participe à la campagne de John Diefenbaker, qui devient chef du parti. Plutôt habile malgré son jeune âge, parfaitement bilingue et d'un tempérament grégaire, Mulroney retourne au Québec en 1961 pour faire des études de droit à Laval.

Avocat et homme d’affaires

En 1964, Mulroney entre dans un grand cabinet d'avocats à Montréal (aujourd’hui Norton Rose Fulbright). Il se spécialise très vite dans les négociations collectives, en tant que représentant des entreprises comme la Compagnie minière IOC et la Power Corporation of Canada. Son père meurt en 1965 et Mulroney doit alors assumer de lourdes responsabilités familiales. Plus tard, en 1973, il épouse Mila Pivnicki.

De 1974 à 1975, au moment où il siège à la Commission Cliche sur la violence et la corruption dans l'industrie du bâtiment au Québec, Mulroney retient l'attention du public par ses prises de position explicites et fermes. Il est alors l'organisateur conservateur en chef et responsable des campagnes de financement dans la province. Il ne s'est pas encore présenté à une quelconque élection, mais en 1976, on le considère comme un candidat de choix pour la direction du parti fédéral; il est toutefois éliminé au troisième tour du scrutin.

Mulroney devient vice-président de la Compagnie minière IOC en 1976. Finalement président de cette entreprise de 1977 à 1983, il encourage de bonnes relations patronales-syndicales, si bien qu'à la fin de son mandat, il parvient à mettre fin aux activités de l’usine de Schefferville, au Québec, sans engendrer de graves répercussions politiques. Mulroney se présente à nouveau comme candidat à la direction du Parti conservateur en 1983, avec une campagne sans envergure pour répondre aux attaques selon lesquelles sa campagne de 1976 aurait été trop superficielle et tape-à-l'œil. Il remporte la victoire contre Joe Clark au dernier tour du scrutin : 1584 voix contre 1325.

Chef de l’opposition

En tant que chef de l’Opposition et député de Central Nova en 1983-1984, il se montre habile gestionnaire en se concentrant sur le rétablissement de son parti, quelque peu ébranlé, et en construisant une solide machine électorale. Modéré et conciliant de nature, il milite en faveur du renforcement du secteur privé et de la réduction de l'intervention du gouvernement dans l'économie. Il milite aussi pour les droits des minorités francophones, un resserrement des relations américano-canadiennes et une plus étroite collaboration entre le gouvernement fédéral et les provinces.

Aux élections générales de 1984, il mène une campagne presque sans faute contre les libéraux du premier ministreJohn Turner et remporte 211 sièges, le plus grand nombre jamais gagnés dans l'histoire du Canada. Mulroney, qui a toujours insisté sur l'importance du Québec pour les conservateurs, s'empare du siège de Manicouagan, la circonscription où il réside. Il s'engage à faire en sorte d'intégrer le Québec dans la Constitution « avec honneur et enthousiasme », et parvient ainsi à persuader de nombreux nationalistes du Québec de soutenir les conservateurs. Le parti gagne 58 sièges dans cette province, une percée que Mulroney avait promise une fois qu’il serait à la barre. Le 17 septembre 1984, il prête serment en tant que 18e premier ministre du Canada.

Réformes économiques et constitutionnelles

Les deux premières années du gouvernement Mulroney sont marquées par l'indécision et les scandales de son Cabinet. Cependant, dès le printemps 1987, il lance les deux mesures importantes qui vont marquer son premier mandat : la négociation de l'Accord du lac Meech (voir Accord du lac Meech : document) et la conclusion d'un accord de libre-échange (ALE) avec les États-Unis, signé en octobre de la même année. L'ALE devient la question centrale aux élections fédérales de 1988. Cela dit, les conservateurs réussissent à battre un Parti libéral en résurgence autour duquel se rassemblent tous les opposants à l'ALE. L'ALE entre en vigueur le 1er janvier 1989.

Mais l'Accord du lac Meech s'effrite graduellement pour s'effondrer complètement en juin 1990. Cet échec est dû en partie au choix hasardeux que fait Mulroney de programmer la conférence finale des premiers ministres trop proche de la date d'échéance. La popularité de son gouvernement baisse de nouveau dans les sondages quand il impose la taxe sur les produits et services (TPS) qui entre en vigueur le 1er janvier 1991. Afin que le projet de loi soit accepté par la Chambre haute, Mulroney doit faire appel à ses partisans du Sénat.

Les critiques rejettent la sévérité de la récession qui frappe le pays au début des années 1990 sur l’ALE, mais les conservateurs poursuivent leur politique de libéralisation des échanges et négocient un nouvel accord de libre-échange nord-américain qui inclut cette fois le Mexique. Tandis que Mulroney tente de conclure un nouveau pacte constitutionnel, sa popularité est au plus bas à l'automne de 1992. Selon les sondages, elle atteint le score le plus faible jamais atteint par un premier ministre du Canada. Après maintes négociations et commissions, l'Accord de Charlottetown est proposé (voir Accord de Charlottetown : document), mais celui-ci est rejeté lors d'un référendum national.

Environnement et apartheid

Brian Mulroney est surtout connu pour ses politiques économiques et constitutionnelles, mais son bilan en matière d’affaires étrangères et de protection de l’environnement est également notoire. Contrairement au premier ministre britannique Margaret Thatcher et au président américain Ronald Reagan, Mulroney adopte une position ferme contre l’apartheid et recommande de lourdes sanctions économiques et diplomatiques contre l’Afrique du Sud. Peu de temps après sa libération d’une geôle d’Afrique du Sud en 1990, l’activiste antiapartheid Nelson Mandela remercie publiquement le Canada pour son soutien (voir Nelson Mandela : un point faible pour le Canada).

Mulroney a également pris de solides mesures pour protéger l’environnement. En 2006, il est élu « le plus vert » des premiers ministres de toute l’histoire du Canada lors d’un sondage mené par Corporate Knights: The Magazine for Clean Capitalism. En 1991, Mulroney négocie l’Accord sur les pluies acides avec les États-Unis, une entente sur la qualité de l’air qui va permettre de réduire considérablement les pluies acides et les émissions de dioxyde de soufre (SO2) (voir aussi Pollution de l’air). À son poste de premier ministre, il a également fait adopter la Loi canadienne sur la protection de l'environnement (1988) et a créé huit nouveaux parcs nationaux.

Retrait de la vie politique

Non sans avoir tergiversé, Brian Mulroney annonce sa décision de quitter la politique en février 1993. Malgré ses capacités à former une coalition de Québécois et de militants de l'Ouest et à unir le Parti conservateur traditionnellement divisé, les échecs constitutionnels de Mulroney, les problèmes économiques résultant de la récession persistante, l'imposition de la TPS qui a du mal à passer et sa propre impopularité assombrissent son avenir politique et celui de son parti. Il cède son poste de premier ministre à Kim Campbell le 25 juin 1993. Mais la coalition des conservateurs se désintègre aux élections de 1993. Seulement deux conservateurs sont élus dans tout le Canada et le parti perd son statut de parti officiellement représenté à la Chambre des communes. C'est un désastre sans précédent dans l'histoire politique du Canada et beaucoup l'attribuent aux erreurs de Mulroney et à son impopularité.

Carrière post-politique

Brian Mulroney est associé principal au sein du cabinet d'avocats Norton Rose Fulbright (anciennement Ogilvy Renault) depuis 1993. En juin 1997, le gouvernement fédéral libéral présente ses excuses à Mulroney pour les fausses accusations selon lesquelles il aurait été coupable de fraude dans le scandale d'Airbus.

En 1998, Mulroney est nommé président de Forbes Global Business and Finance, l’édition internationale anglophone du magazine Forbes, et il est fait Compagnon de l’Ordre du Canada.

Directeur de plusieurs conseils d’administration d’entreprises privées, Mulroney est nommé, en 2014, président de Québécor Inc., une entreprise médiatique basée à Montréal.

Distinctions honorifiques et prix

Conseil privé (1984)
Compagnon, Ordre du Canada (1998)
Grand Officier de l’Ordre national du Québec (2002)
Prix Woodrow Wilson pour service public (2003)
Order of Kniaz (King) Yaroslav the Wise, Première Classe, Ukraine (2007)
Grand Cordon de l'Ordre du Soleil levant, Japon (2011)

Doctorat honorifique en Droit, Memorial University of Newfoundland (1980)
Doctorat honorifique en Droit, Université Western Ontario (2007)
Doctorat honorifique en Droit, Université Concordia (2005)