La plupart des immigrants du Japon sont arrivés au Canada en deux grandes vagues : l'une avant la Deuxième Guerre mondiale, l'autre après 1967.

Immigration et peuplement

En 1877, Manzo Nagano, le premier immigrant japonais attesté, s'installe en Colombie-Britannique. Vers 1914, on compte 10 000 Japonais établis définitivement au Canada. Le recensement de 2006 dénombre 98 900 personnes de descendance japonaise vivant au Canada, soit 0,3 p. 100 de la population canadienne, dont 56 470 d'origine ethnique unique et 42 430 d'origines multiples. Plus de 90 p. 100 des Canadiens d'origine japonaise vivent dans trois provinces : la Colombie-Britannique (42 p. 100), l'Ontario (35 p. 100) et l'Alberta (14 p. 100).

La première vague d'immigrants japonais, appelés Issei (première génération), se déroule entre 1877 et 1928. Avant 1907, presque tous les immigrants sont de jeunes gens. En 1907 le Canada insiste pour limiter l'immigration d'hommes japonais au pays à 400 par année. Ainsi, la plupart des immigrants après cette date sont des femmes venues rejoindre leur mari ou fiancées à un Canadien d'origine japonaise. En 1928, le Canada réduit encore l'immigration japonaise à 150 personnes par année, quota qui est rarement atteint. En 1940, l'immigration japonaise s'interrompt quand le Japon s’allie aux ennemis du Canada, l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste, pendant la Deuxième Guerre mondiale. L’immigration ne recommence qu'au milieu des années 1960, hormis la réunification familiale.

Les Issei sont généralement jeunes et instruits. La plupart sont originaires des villages de fermiers ou de pêcheurs des îles Kyushu et Honshu, dans le sud du Japon; et quelques-uns viennent d'autres régions du Japon. Beaucoup d'entre eux s'établissent dans les « Japantowns » ou banlieues de Vancouver et de Victoria. D'autres s'installent dans des fermes de la vallée du Fraser ou dans les villages de pêche et les petites villes de l'industrie papetière et minière de la côte du Pacifique. Quelques centaines se fixent aussi dans les fermes et petites villes de mines de charbon en Alberta, près de Lethbridge et d'Edmonton.

Période d’après-guerre

La seconde vague d'immigrants japonais commence en 1967, après l'amendement de la qui établit un système de points prenant en compte les caractéristiques sociales et économiques du demandeur. Ce système avantage les immigrants instruits, issus des classes moyennes de villes industrialisées et qui parlent l’anglais ou le français. Nombre d'immigrants japonais qui arrivent au Canada à cette époque sont gens d'affaires, ou travaillent dans le secteur des services et dans les métiers spécialisés.

Lors du recensement de 2006, 21 615 personnes se déclarent comme immigrants japonais. Parmi eux, 14 690, soit près du tiers, sont des femmes à la recherche de la liberté sociale et des occasions de carrière qui leur sont interdites au Japon.

Discrimination

Les Canadiens d'origine japonaise, qu'il s'agisse d'Issei ou de leurs enfants nés au Canada, appelés Nisei, sont confrontés à la discrimination et aux préjugés. À partir de 1874, les hommes politiques de la Colombie-Britannique cèdent aux tenants de la suprématie blanche et adoptent une série de lois destinées à forcer les Canadiens d'origine asiatique à quitter le Canada. Ils sont privés du droit de vote : les Chinois en 1874, les Japonais en 1895 et les « Hindous » (Asiatiques du Sud) en 1907. Des lois leur interdisent de travailler dans les mines souterraines, dans la fonction publique et dans les professions comme le droit, car pour ce faire il faut être inscrit sur les listes électorales provinciales. D'autres lois sur le travail et le salaire minimum font en sorte que les Canadiens asiatiques ne peuvent être embauchés que pour des tâches subalternes, à un salaire inférieur à celui des Blancs. Lorsque les Asiatiques travaillent plus fort et pendant plus d'heures pour gagner un salaire de subsistance, les syndicats blancs les accusent de concurrence déloyale, de voler les emplois et de saper les efforts des syndicats pour améliorer le niveau de vie des travailleurs blancs. Le 7 septembre 1907, cinq jours avant l’arrivée du SS Monteagle de Pendjab — un paquebot transportant 901 Sikhs à l'embarcadère du CP à Vancouver — l’hostilité éclate contre les immigrants asiatiques. Alimentée par les agitateurs du Asiatic Exclusion League, une foule de 9 000 fracasse les fenêtres et détruit les logements et les magasins de Canadiens d’origine asiatique de « Japantown » et du quartier chinois. Lorsque les émeutiers arrivent dans le Japantown de Vancouver, ils sont repoussés par des immigrants d’origine japonaise vétérans de la guerre russo-japonaise. Ce succès alimente les alertes au « péril jaune » lancées par la suprématie blanche et fait naître leur « gros mensonge » : le Japon aurait introduit clandestinement une armée au Canada.

Pendant la Première Guerre mondiale, sauf exception, les bureaux de recrutement en Colombie-Britannique n’acceptent pas d’Asiatiques pour le service militaire. Pour contourner cette pratique, plus de 200 Issei voyagent de la Colombie-Britannique en Alberta pour s'enrôler. Des 222 hommes qui ont servi, 54 sont tués et 13 reçoivent la Médaille de la Bravoure.

Après la Première Guerre mondiale, la discrimination continue. Juste avant le début de la campagne de la pêche au saumon de 1922, le Ministère fédéral des Pêches réduit d’un tiers le nombre de permis délivrés aux pêcheurs canadiens d'origine japonaise. Au cours de la Crise des années 1930, le gouvernement de la Colombie-Britannique leur refuse tout permis d'exploitation forestière et ne verse aux Canadiens d’origine asiatique qu'une fraction de l'aide sociale accordée aux Blancs.

Développement de la communauté

Avant la Deuxième Guerre mondiale, les Canadiens de souche japonaise, exclus de la société canadienne en raison de la discrimination, se regroupent dans des enclaves et créent leurs propres institutions sociales, religieuses et économiques. À « Japantown » près des Powell Street Grounds (aujourd’hui Oppenheimer Park) à Vancouver, comme à Steveston, à Mission City et dans d'autres villages de la vallée du Fraser ainsi que dans des centres urbains côtiers, dont Powell River, Tofino et Prince Rupert, les Canadiens d'origine japonaise construisent des églises chrétiennes, des temples bouddhistes, des écoles de langue japonaise, des centres communautaires et, à Stevenson, un hôpital dont les médecins et infirmières sont des Japonais formés au Japon et dans des hôpitaux ségrégés des États-Unis. Ils créent des associations coopératives pour la vente des produits de l'agriculture et de la pêche et des associations communautaires et culturelles pour l'entraide et les activités sociales. En 1941, on compte déjà plus de 100 clubs et organisations au sein d'une communauté très unie de 23 000 personnes, dont la moitié sont des enfants.

Dans les années 1920 et 1930, même les Nisei bien éduqués qui souhaitent travailler dans le domaine des affaires ou dans des professions diverses sont incapables de trouver un emploi à l’extérieur des enclaves japonaises. Certains sont obligés de chercher du travail au Japon. Quelques-uns quittent la Colombie-Britannique pour l’Ontario. D’autres partent des entreprises qui servent leur communauté. Par exemple, Thomas K. Shoyama, né en Colombie-Britannique, deux fois diplômé de l’Université de la Colombie-Britannique, est devenu un haut fonctionnaire dans les gouvernements de la Saskatchewan et au niveau fédéral après la Deuxième Guerre mondiale, après avoir lancé le New Canadian, un journal de langue anglaise pour les Canadiens d’origine japonaise.

Activisme politique : réclamation du droit de vote

Les Canadiens d’origine japonaise se sont également organisés pour contrer leur exclusion de la liste électorale de la Colombie-Britannique. Sans cette inscription, les Nisei et les Canadiens japonais nationalisés ne peuvent pas voter aux élections fédérales, provinciales ou municipales, ni pratiquer la loi ou même siéger à une commission scolaire. Le droit de vote est la clef pour briser la barrière de la discrimination. En 1900, Tomekichi Homma, un Canadien naturalisé, est le premier à entreprendre une action en justice pour obtenir une ordonnance des tribunaux pour entrer son nom sur la liste électorale. Tandis qu’il remporte sa cause devant la Cour suprême de la Colombie Britannique, il la perd en 1902, lorsque le Conseil privé en Angleterre décide que la Colombie-Britannique a compétence exclusive sur les droits civils, en plus d’avoir la capacité d’exclure des personnes de sa liste électorale.

Dans les années 1920, les anciens combattants Issei de la Première Guerre mondiale, qui par leur service et leurs morts ont prouvé leur loyauté envers le Canada, essaient à nouveau d'obtenir le droit de vote. Ce n'est qu'en 1931 que la législature de la Colombie-Britannique l'accorde enfin, mais seulement aux anciens combattants Issei encore en vie.

En 1936, un nouveau regroupement de Nissei appelé la Japanese Canadian Citizens League (JCCL), désespéré de ne jamais pouvoir obtenir le vote provincial, cherche plutôt le droit de vote au fédéral. Bien que la délégation de la JCCL obtienne le droit de parole devant le Comité permanent des privilèges et élections, ce Comité libéral se laisser persuader de soutenir le refus d’accorder le droit de vote par les députés qui n'appartiennent pas à la Co-operative Commonwealth Federation (CCF) de la Colombie-Britannique. Ce résultat n’est pas surprenant, étant donné qu’en 1935, le slogan de la campagne électorale fédérale libérale en Colombie-Britannique était : « Un vote pour un candidat CCF est un vote qui donne au Chinois et au Japonais le même droit de vote que vous! »

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, des hommes Nisei essaient de suivre les traces des anciens combattants Issei en s’enrôlant dans les forces armées canadiennes, sachant que grâce à l’enrôlement, non seulement eux, mais aussi leur femme obtiendront le droit de vote. Seuls 32 Nisei réussissent à s’enrôler avant décembre 1941, lorsque le Japon attaque la base militaire de Pearl Harbor à Hawaii. La plupart de ces hommes sont des Japonais de l'Alberta. Un autre, Jack Nakamura, de Vancouver, réussit à s’enrôler en se déplaçant vers l'est jusqu'à ce qu'il réussisse, à Montréal, à convaincre un officier de le recruter. En 1945, le gouvernement britannique demande le droit de recruter des Canadiens d'origine japonaise comme interprètes pour les forces britanniques. Embarrassé, le gouvernement fédéral permet à 119 hommes Nisei (dont la majorité avait été déplacée de leur domicile en Colombie-Britannique et dont les familles se trouvaient toujours dans des sites de détention) de s’enrôler en tant que traducteurs dans le Service canadien des renseignements. Le gouvernement fédéral ajoute ensuite une disposition à la Loi sur le vote des soldats de 1945 pour priver de suffrage tout Canadien d’origine japonaise qui n’aurait pas auparavant eu le droit de vote. Les anciens combattants Nisei de la Colombie-Britannique obtiennent enfin le droit de vote en 1949, avec tous les Canadiens d’origine japonaise adultes.

Expulsion, incarcération, dépossession, déportation et dispersion

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le Cabinet fédéral détruit la communauté canado-japonaise de Colombie-Britannique. Le 25 février 1942, à peine douze semaines après l'offensive japonaise contre Pearl Harbor et Hong-Kong du 7 décembre 1941, le Cabinet fédéral, poussé par des politiciens racistes de la Colombie-Britannique, se sert de la Loi sur les mesures de guerre pour ordonner le déplacement de tous les Canadiens d'origine japonaise résidant à moins de 160 km de la côte Pacifique. À l'époque, le gouvernement soutient que cette mesure est dans l'intérêt de la « sécurité nationale », malgré l'opposition du haut commandement militaire et des agents de la GRC, selon lesquels les Canadiens japonais ne représentent aucun danger pour la sécurité du Canada.

C'est ainsi qu'en 1942, 20 881 hommes, femmes et enfants de souche japonaise, dont 75 p. 100 ont la nationalité canadienne, sont expulsés de leur foyer, leur ferme ou leur entreprise. Plus de 8 000 d'entre eux sont envoyés dans un camp de détention temporaire à Hastings Park (aujourd'hui le Pacific National Exhibition Grounds) à Vancouver, où femmes et enfants sont gardés dans un bâtiment destiné au bétail. On les envoie ensuite dans des camps de détention près de Hope et dans les montagnes Kootenay, en Colombie-Britannique, dans des fermes d'exploitation de betterave à sucre dans le sud de l’Alberta et au Manitoba, dans des campements le long des autoroutes Hope-Princeton et Yellowhead en Colombie-Britannique, ou à Schreiber, en Ontario. Ceux qui résistent le transfert des Canadiens d’origine japonaise sont envoyés dans des camps de prisonniers de guerre à Petawawa et à Angler, en Ontario.

Ayant physiquement déplacé les Canadiens d’origine japonaise de la côte, le gouvernement fédéral commence à rompre tous leurs liens avec la Colombie-Britannique pour préparer leur déportation après la guerre. De 1943 à 1946, le gouvernement fédéral liquide toutes les propriétés des Canadiens d'origine japonaise (maisons, fermes, bateaux de pêche, entreprises et biens personnels) en déduisant des recettes toute prestation sociale touchée par les propriétaires pendant leur chômage forcé dans les camps de détention. En 1945, les prisonniers des camps sont obligés de choisir, dans une enquête biaisée, entre la déportation vers le Japon ou la dispersion à l'est des Rocheuses. La plupart d'entre eux choisissent cette deuxième possibilité et déménagent, en passant par les anciens camps de prisonniers de guerre et les bases aériennes, en Ontario, au Québec ou dans les Prairies. En décembre 1945, toute une année après que les États-Unis aient permis à leurs citoyens d'origine japonaise de retourner sur la côte pacifique des États-Unis, le gouvernement canadien défie le Parlement pour donner au Cabinet le pouvoir de déporter 10 000 Canadiens d’origine japonaise au Japon. En janvier 1946, une fois la guerre terminée et la liberté de la presse rétablie, le gouvernement revient sur sa décision à la suite de protestations massives dans la population canadienne. Pour gagner du temps et trouver une solution politique, le gouvernement fédéral défère rapidement l'affaire devant les tribunaux, accélère la dispersion des Canadiens d’origine japonaise dans les provinces à l’est des Rocheuses et hâte la déportation au Japon de 4 000 Canadiens d’origine japonaise, dont 2 000 sont des Issei âgés ayant tout perdu et désespérant de devoir tout recommencer, et 1 300 des enfants de moins de 16 ans. Les 700 qui restent sont de jeunes Nisei de plus de 16 ans qui ne pouvaient ou ne voulaient pas abandonner leurs parents âgés.

En 1948, le racisme est enfin discrédité en tant qu'outil politique en Colombie-Britannique. D'abord, afin de gagner deux élections partielles fédérales dans la province pour les libéraux, le Cabinet fédéral prolonge l'exclusion des Canadiens d'origine japonaise de la côte Pacifique pour une septième année. Les deux candidats doivent concéder la victoire aux candidats du CCF. En même temps, la tentative du gouvernement britanno-colombien de réimposer l'interdiction faite aux Canadiens d’origine japonaise de détenir des permis d’exploitation forestière se retourne contre lui quand les travailleurs et les syndicats forestiers condamnent la réglementation comme « un acte de discrimination déplorable ».

Le 1er avril 1949, les Canadiens japonais regagnent leur liberté. Les restrictions légales servant à contrôler leurs déplacements au pays sont levées. Ironiquement, la Colombie-Britannique avait donné le droit de vote aux Canadiens japonais à peine une semaine avant, retirant ainsi tout fondement législatif à la discrimination dans cette province. Bien qu’ils soient libres de regagner la Colombie-Britannique, très peu de Canadiens japonais ont les moyens ou l’envie d’y retourner.

La communauté d'après-guerre

Au cours des années 1950, les Canadiens japonais refont leur vie, mais comme ils sont maintenant dispersés aux quatre coins du Canada, ils ne peuvent reconstruire leur communauté. La troisième génération, les Sansei, nés entre 1940 et 1970, grandissent dans des régions où vivent surtout des Blancs. Les vestiges de la communauté japonaise d'avant-guerre subsistent uniquement grâce à trois journaux et à une poignée d'églises, de temples et d'associations communautaires dans les grandes villes. Les Sansei, qui constituent une population éparse, n'ont pas de contact avec d'autres Japonais pendant l'enfance, parlent anglais ou français, mais peu ou pas le japonais, et connaissent mal leur patrimoine culturel.

Aujourd'hui, les Canadiens d'origine japonaise occupent des emplois dans tous les secteurs, dont les services, la transformation, les affaires, l'enseignement, les arts, le milieu universitaire et les professions libérales. La meilleure illustration des changements survenus depuis la Deuxième Guerre mondiale est peut-être le fait que plus de 75 p. 100 des Sansei épousent des non-Japonais.

Pressions pour la réparation

Vers la fin des années 1970 et dans les années 1980, la réparation des abus subis pendant la Deuxième Guerre mondiale constitue une question de fond du lancement d’une nouvelle organisation nationale, la National Association of Japanese Canadians (NAJC), suite à la publication du roman Obasan (1981) par Joy Kogawa, ainsi que de nouvelles histoires puisées dans les documents du gouvernement fédéral. Le roman suscite l’intérêt du public, tandis que les documents offrent au NAJC les faits dont elle avait besoin pour convaincre le gouvernement fédéral de reconnaître les torts commis pendant la guerre, de négocier la réparation pour les personnes lésées et, surtout, de modifier les lois canadiennes de manière à empêcher que d'autres Canadiens subissent les mêmes abus.

Au début, cette campagne sème la division parmi les Canadiens d'origine japonaise. Un petit groupe basé à Toronto veut accepter un paiement symbolique de 6 millions de dollars offert par le gouvernement Mulroney en 1984. Les membres du groupe considèrent cette proposition de règlement politiquement réaliste et, hantés par leur souvenir de la guerre, craignent des représailles de la part du gouvernement contre les Canadiens japonais s'ils en demandent davantage. Un second groupe, dirigé par le président de la NAJC, Art Miki, voit cette offre comme le prolongement de l'attitude de l'époque de la guerre voulant que les Canadiens japonais soient traités comme un groupe faible et amorphe auquel on peut imposer un règlement.

Pour les dirigeants de la NAJC, un processus en bonne et due forme est aussi important que la réparation elle-même. Ils veulent un règlement négocié et non imposé et une compensation monétaire des torts infligés aux personnes concernées. De 1984 à 1988, la NAJC organise des séminaires, des réunions informelles et des conférences. Elle milite, présente des pétitions au gouvernement et travaille avec l’appui des Premières Nations, des groupes de défense des droits de la personne, des groupes ethniques et en matière de religion. En outre, elle rédige et fait distribuer des études et des communiqués de presse pour informer la classe politique, les Canadiens japonais et le grand public. L'une de ces études, effectuée par le cabinet d’expertise comptable réputé Price Waterhouse, démontre que les pertes économiques dues à la confiscation de biens pendant la guerre s'élèvent à 443 millions de dollars (en dollars de 1986, l’équivalent de 833,17 millions de dollars en 2013). En 1986, les sondages indiquent que 63 p. 100 des Canadiens sont pour la réparation et que 45 p. 100 appuient la compensation individuelle.

Négociations avec la NAJC

Au printemps 1988, le gouvernement Mulroney est presque prêt à négocier. La Loi sur les mesures d'urgence, qui remplace la Loi sur les mesures de guerre, fait tranquillement son chemin dans les corridors du Parlement. Le 14 avril, la NAJC organise un rassemblement de recours très médiatisé sur la Colline du Parlement qui influence massivement l'opinion publique des Canadiens. Le 20 avril, le Sénat américain approuve des mesures visant la réparation des torts subis par les Américains japonais, incluant des compensations individuelles de 20 000 $. À la mi-juin, des négociations circonspectes commencent avec le ministre d’État au Multiculturalisme, Gerry Weiner, mais elles semblent piétiner. Une réunion prévue pour le mois de juillet est annulée sans explications.

Ensuite, le processus commence à avancer plus rapidement. Le 21 juillet, la Loi sur les mesures d'urgence est édictée, abolissant la Loi sur les mesures de guerre, et met en place un régime d’urgence qui interdit explicitement les mesures d'urgence de nature discriminatoire, permet au Parlement d'annuler les mesures d'urgence commandées par le gouvernement, exige une enquête sur les actions du gouvernement après toute intervention en situation d'urgence et prévoit la compensation des victimes de mesures gouvernementales. La loi ne servira jamais. Le premier objectif de la campagne de réparation est atteint.

Le 10 août, le président Ronald Reagan promulgue le processus de réparation américain et la NAJC commence à organiser sa deuxième manifestation sur la Colline du Parlement. Celle-ci s'avère superflue. Le 25 août, les négociations reprennent à Montréal, mais pas avec le ministre au Multiculturalisme. Cette fois-ci, le négociateur est le secrétaire d'État Lucien Bouchard, un ministre avec beaucoup plus de pouvoir. Deux jours plus tard, après 17 heures de négociations, la NAJC accepte le processus de réparation.

Le 22 septembre 1988, le premier ministre Brian Mulroney prend la parole devant la Chambre des communes pour reconnaître les torts au temps de la guerre et annonce une compensation de 21 000 dollars pour chaque Canadien japonais qui a soit été expulsé de la Colombie-Britannique en 1942, soit vécu au Canada avant le 1er avril 1949 et toujours en vie au moment de la signature de l'entente. Il annonce également la création d'une caisse de bienfaisance de 12 millions de dollars pour reconstruire l'infrastructure de la communauté. Il accorde le pardon à toute personne condamnée à tort pour avoir contrevenu aux ordres dans le cadre de la Loi sur les mesures de guerre, octroie la nationalité canadienne aux personnes déportées à tort au Japon et à leurs descendants et prévoit un financement de 24 millions de dollars pour une fondation canadienne des relations raciales.

Centres communautaires et associations

La National Association of Japanese Canadians (NAJC) est un collectif national d’organismes canadiens japonais locaux. C’est également une organisation communautaire à but non lucratif incorporé d’abord formé sous l’appellation Japanese Canadian Citizens Association en 1947. Elle se concentre sur les droits de la personne, le développement communautaire et les relations avec le gouvernement.

Pendant la compagne pour la réparation, d’autres centres culturels ou associations voient le jour à Montréal, Winnipeg, Vancouver, Victoria, Edmonton, Calgary, Lethbridge, Ottawa, Regina et Thunder Bay. Plusieurs clubs d’arts martiaux et de kendo, ainsi que des groupes taiko, sont actifs à l’échelle du pays, y compris à Halifax.

Plusieurs organismes promeuvent le patrimoine japonais et la vie communautaire canadienne japonaise dans le pays, comme la Japanese Canadian Cultural Centre (JCCC) à Toronto, fondé en 1963, qui offre une programmation allant de l’initiation à la cérémonie du thé et à l’art de la calligraphie, jusqu’aux arts martiaux et l’étiquette s’appliquant aux affaires japonaises. Le centre organise également plusieurs événements chaque année, y compris les festivals du printemps et de l’été. À Burnaby, en Colombie-Britannique, le Nikei National Museum and Cultural Centre a pour mission de préserver et de promouvoir l’histoire, la culture et les arts canadiens japonais par ses programmes et expositions, qui relient les générations et inspirent les divers publics.

Équipe de baseball Asahi

Aux prises avec les préjugés et la persécution, les sports offrent une voie vers la dignité et le courage. Tandis que les Canadiens japonais participent à des sports divers, du judo jusqu’aux quilles, le baseball occupe une place exceptionnelle dans le cœur et l’esprit des membres de la communauté d’avant-guerre.

Avant la Deuxième Guerre mondiale, l’équipe de baseball Asahi est légendaire à Vancouver. Elle passe au niveau professionnel en 1918, dans la Vancouver International League. L’équipe Asahi reste au sommet de la ligue Pacific Northwest pendant cinq années consécutives, de 1937 à 1941, et reçoit les applaudissements de tous les spectateurs, indépendamment de la couleur de leur peau. Lorsque chaque Canadien japonais est incarcéré dans les camps de détention pendant la Deuxième Guerre mondiale, les anciens joueurs Asahi s'occupent de créer des terrains de baseball dans les camps. Les capacités uniques des Asahi sont reconnues lorsque l’équipe est intronisée au Temple de la renommée du baseball canadien en 2003, et au Temple de la renommée du sport en 2005. Une plaque commémorative est dévoilée en 2011 sur le terrain de l'équipe, Oppenheimer Park, autrefois appelé Powell Street Grounds, au cœur du « Japantown » à Vancouver.

Culture

La culture évolue au fil du temps. Bien que les immigrants de la première vague, les Issei, perpétuent les pratiques japonaises traditionnelles, dont les arts martiaux et l'odori, l'origami et l'ikebana, ils ont appris ces derniers dans l’ère Meiji ou Taisho, pendant leur jeunesse. La destruction de leur communauté dans les années 1940 a freiné la pratique de ces arts et de la langue japonaise. Tandis que les Neisi fréquentent des écoles japonaises pendant les années 1930, les générations suivantes ont peu d'occasions d'apprendre la langue japonaise ou les traditions culturelles.

L'utilisation de la langue et des traditions culturelles par les immigrants arrivant après 1965, les Shin Ijusha, diffère de celui des Issei comme la langue et les mœurs de l’Angleterre victorienne diffèrent de celles d’aujourd’hui. La culture des immigrants plus récents témoigne des changements qui s'opèrent au Japon au cours du dernier siècle. Ils apportent au Canada leur connaissance des traditions culturelles ancestrales, de la langue japonaise contemporaine, de la littérature et des arts, y compris des formes artistiques populaires telles que l'anime et le manga. Le recensement de 2006 dénombre 42 060 Canadiens dont la langue maternelle (première langue apprise) est le japonais.

La cinquième génération des Canadiens japonais (Go-sei) développe de nouvelles formes artistiques et culturelles hybrides. À titre d'exemple, on retrouve aujourd'hui des ensembles de percussions taiko dans plusieurs villes canadiennes. Les Canadiens de descendance japonaise sont diversifiés dans leurs pratiques culturelles, leurs expériences, leur éducation et leurs circonstances économiques.

Parmi les Canadiens japonais les plus connus figurent les romanciers Kerri Sakamoto, Aki Shimakazi, Michelle Sagara, Hiromi Goto, Kim Moritsugu et Joy Kogawa, l’écrivain Ken Adachi, les cinéastes Midi Onodera et Linda Ohama, le scientifique David Suzuki, le fonctionnaire Thomas Shoyama, l'architecte Raymond Moriyama, le militant social Art Miki, le judoka Mas Takahashi, les artistes Takao Tanabe et Miyuki Tanobe et l'agronome Zenichi Shimbashi. Les politiciens incluent le membre du cabinet libéral en Colombie-Britannique Naomi Yamamoto et l’ancien ministre conservateur de l’Ontario David Tsubouchi. Vicky Sunohara, en tant que membre de l'équipe féminine canadienne de hockey sur glace aux Jeux olympiques d'hiver, remporte une médaille d'argent en 1998 et une médaille d'or en 2002 et en 2006.

Devin Setoguchi du Minnesota Wild et les joueurs de la LAH Jon Matsumoto et Raymond Sawada sont des joueurs de hockey canadiens japonais.

Voir aussi Internement; Préjugés et discrimination; Racisme.