Le castor (Castor canadensis) est un mammifère herbivore pesant de 16 à 35 kg et pouvant mesurer jusqu’à 1,3 m du museau à sa queue plate. Il est le plus gros des rongeurs du Canada et le deuxième plus gros rongeur au monde, derrière le capybara. Aussi, il est principalement nocturne et vit dans un milieu semi-aquatique. À l’exception des humains, le castor est l’un des seuls mammifères qui façonnent son environnement. En effet, cet animal est réputé pour les barrages, les canaux et les huttes qu’il construit. Les colonies de castors sont créées autour d’un ou plusieurs de leurs barrages, où l’eau calme et profonde les protège des prédateurs. Le castor fait figure d’emblème du Canada depuis plus longtemps encore que la feuille d’érable, et a occupé une place plus importante dans l’histoire et l’exploration du Canada que toute autre espèce animale ou végétale.

Description

Son corps est trapu, et son pelage foncé, de couleur brun roux, est constitué d’un duvet dense et isolant recouvert de longs jarres rudes. Son petit rapport surface-masse et son épaisse fourrure isolante sont des adaptations qui lui permettent une vie semi-aquatique où l’eau est souvent à une température frôlant le point de congélation. Deux glandes situées près de son anus sécrètent une huile qui lui permet d’imperméabiliser sa fourrure. Même après avoir nagé pendant six ou sept minutes, le castor n’est pas trempé jusqu’aux os.

La queue du castor, qui mesure jusqu’à 30 cm de longueur, 20 cm de largeur et 2,5 cm d’épaisseur, sert à accomplir d’importantes tâches, tant dans l’eau que sur la terre ferme. Elle est recouverte d’écailles coriaces et de rares poils rugueux. Dans l’eau, elle lui permet de se propulser, alors que sur la terre ferme, elle lui sert d’appui. Flexible et musclée, elle lui sert de gouvernail lorsqu’il nage. Sur la terre ferme, le castor s’en sert comme appui lorsqu’il s’assoit ou se dresse sur ses pattes arrière.

Ses larges pattes arrière palmées font office de puissantes pagaies natatoires. Ses petits yeux sont munis de membranes transparentes qui peuvent recouvrir l’œil pour lui permettre de voir quand il est sous l’eau. De plus, les narines et les oreilles possèdent des valves qui peuvent être fermées quand l’animal est submergé.

Des structures spéciales derrière la bouche empêchent l’eau d’entrer dans les poumons et permettent au castor de ronger et de transporter des branches sous l’eau. Le castor est connu pour ses fortes dents avec lesquelles il abat des arbres. Ses incisives croissent sans arrêt tout au long de sa vie. Ses incisives supérieures se frottent contre ses incisives inférieures, conservant ainsi leur tranchant.

Autres espèces

À la fin du pléistocène (il y a 10 000 ans), le Canada abritait le castor géant (Castoroides ohioensis) qui ressemblait au castor actuel, mais qui était de la taille d’un ours et avait des incisives inférieures qui pouvaient atteindre 15 cm de longueur. Le castor géant, comme plusieurs autres espèces de grands herbivores tels que le mammouth et le paresseux marcheur, s’est éteint à cette époque pour des raisons obscures. Aujourd’hui, il existe une autre espèce de castor : le castor d’Europe (Castor fiber).

Reproduction

Le castor est monogame et forme des couples pour la vie. Chaque colonie est normalement constituée de deux parents, de rejetons nés l’année précédente et des petits de l’année. Juste avant la mise bas, les jeunes de deux ans sont forcés de quitter la colonie familiale et construisent alors leurs propres huttes et barrages. Le castor se reproduit en janvier et en février, a une gestation de trois mois et demi et a une portée de deux à quatre petits. Dans la nature, l’espérance de vie du castor atteint 12 ans.

Répartition, alimentation et habitat

Le castor habite les régions forestières du Canada jusqu’à la limite forestière, mais on le rencontre rarement dans les prairies. Il affectionne les cours d’eau lents, où il construit des barrages avec des branches, des rondins, des débris et de la vase. C’est un des seuls mammifères, mis à part l’être humain, qui peut modifier intentionnellement son propre environnement. Il creuse souvent des canaux pour faire flotter le bois qui lui sert à la construction des barrages. Ces derniers maintiennent une réserve d’eau qui protège ses huttes, lesquelles sont construites avec le même type de matériaux que ceux utilisés pour la construction des barrages. Les huttes ont des entrées sous la surface de l’eau et des voies d’accès conduisant aux chambres situées au-dessus du niveau d’eau.

Les barrages procurent également un accès plus facile à la nourriture favorite du castor : les feuilles, les bourgeons, les ramilles, l’écorce des arbres feuillus et, plus rarement, des conifères. Il se nourrit aussi de la végétation herbacée des étangs.

La hutte est ancrée dans la vase et est constituée d’un enchevêtrement complexe de branches et de tiges d’arbres. La vase et l’herbe sont cimentées sur les murs extérieurs. Lorsque la température hivernale descend sous zéro, il se forme un périmètre de glace autour de la hutte que les prédateurs, comme le lynx, le loup et le carcajou, ne peuvent pratiquement pas franchir. Si la température extérieure descend à -40 °C, les animaux réussissent à maintenir la température dans la hutte aux environs de 8 °C à 12 °C.

Comportement

Le castor est un très bon nageur et il peut rester sous l’eau pendant 15 minutes. Lorsqu’il perçoit un danger, il frappe la surface de l’eau avec sa queue afin d’avertir les autres de se réfugier sous l’eau. Il est essentiellement nocturne et est surtout actif du crépuscule à l’aube. Il n’hiberne pas, mais il quitte régulièrement sa hutte pendant l’hiver pour aller chercher de la nourriture dans une réserve submergée sous la surface gelée et ancrée à proximité de la hutte.

Le castor semble très jaloux de son territoire et démontre de l’agressivité envers les intrus. Pour établir les limites de son territoire, il construit des monticules de vases odoriférantes à des endroits stratégiques et sur lesquels il applique du castoréum, un musc sécrété par des glandes en forme de poires situées dans la région anale des individus des deux sexes.

Importance biologique

Sans les barrages de castors, une bonne partie de l’eau des nombreux petits ruisseaux du Canada coulerait sans s’arrêter dans le paysage. En créant des réserves d’eau et en jetant des arbres par terre, non seulement le castor s’approvisionne-t-il en bois pour sa hutte et en branches pour sa nourriture, mais il crée aussi des ouvertures dans les forêts denses, ce qui offre un habitat propice à une grande variété de plantes et d’animaux. C’est pourquoi on le considère comme la clé de voûte des écosystèmes aquatiques des forêts tempérées et boréales (voir Forêt Boréale).

Les graminées, les cypéracées (voir carex) et les fleurs sauvages abondent autour des étangs. Les insectes aquatiques et terrestres prolifèrent et constituent de la nourriture pour des oiseaux chanteurs tels que le bruant chanteur, l’hirondelle bicolore et le jaseur d’Amérique. Les harles et d’autres espèces de canards et le martin-pêcheur d’Amérique se nourrissent dans les eaux peu profondes. Les arbres abattus par le castor procurent des sites de nidification pour des oiseaux qui nichent dans des cavités. Les crapauds, les grenouilles et les tritons se reproduisent et prolifèrent dans les étangs et constituent de la nourriture pour les hérons et le raton laveur.

Le milieu aquatique attire le vison, l’orignal, le rat musqué et la loutre. Les étangs de castors abandonnés se referment et se transforment en prés herbeux propices aux cerfs, aux campagnols et à d’autres espèces d’herbivores. Les travaux du castor contribuent donc à augmenter la biodiversité des régions forestières du Canada.

Au Canada, les barrages de castors sont en moyenne d’une longueur oscillant entre 10 et 100 m. Il est rare qu’ils dépassent les 500 m. Néanmoins, le plus long barrage découvert à ce jour, d’une longueur de 850 m, est situé dans le parc national Wood Buffalo, dans le nord de l’Alberta. On estime qu’il existe depuis le milieu des années 1970, et que les générations subséquentes de castors l’ont fait croître. Il a été découvert par satellite.

Symbole national

Avant l’arrivée des Européens, des communautés comme celle des Hurons vénèrent le castor. Peu après leur arrivée, les colons européens apprennent son existence, et Jacques Cartier fait le commerce de sa fourrure dès 1534. Deux ans plus tard, Cartier visite Hochelaga (aujourd’hui Montréal), un village iroquois dont le nom tire son origine soit d’une variation du mot osheaga, qui signifie « grands rapides », soit du mot osekare, qui signifie « sentier du castor ».

Par le rôle qu’il a joué dans le développement et dans l’histoire du pays, le castor est devenu, à bon droit, un des emblèmes nationaux du Canada. Il est sur les armoiries des provinces de l’Alberta et de la Saskatchewan (voir Emblèmes Provinciaux et Territoriaux) et a été immortalisé dans 1000 noms de lieux (voir TOPONYMIE) d’un bout à l’autre du pays.

Le choix du castor comme emblème du Canada remonte au moins au XVIIe siècle. En raison de sa riche fourrure, il a été l’élément essentiel de la traite des fourrures, qui a suscité le premier intérêt mercantile de l’Europe pour l'Amérique du Nord. La fourrure du castor était autrefois considérée comme la plus précieuse des fourrures, plus particulièrement à l’époque où les chapeaux de feutre confectionnés avec le duvet de castor étaient un symbole de prestige, au XVIIe siècle. La recherche de peaux de castor depuis les Maritimes jusque dans la vallée du Mackenzie a permis l’exploration de vastes régions de l’Amérique du Nord. On estime qu’à l’époque où la traite des fourrures a commencé, il y avait six millions de castors dans ce qui est aujourd’hui le Canada. Lorsque la mode a changé au milieu des années 1800, cette espèce était presque éteinte. Aujourd’hui, grâce à des mesures de protection, le castor est redevenu abondant partout au Canada.

Le castor est représenté dans des armoiries octroyées dans les années 1620 à sir William Alexander (maître de la Nouvelle-Écosse) par Charles 1er d’Angleterre. Il apparaît sur les armoiries de la ville de Montréal nouvellement incorporée (1832) et sur le premier timbre-poste du Canada, en 1851. La pièce de monnaie de cinq cents, créée par G. E. Kruger Gray et sur laquelle un castor repose sur une bûche, est en circulation depuis 1937.