Censure cinématographique

La censure cinématographique au Canada est presque aussi vieille que la projection de films. Précisons d'emblée que plusieurs instances peuvent intervenir sur le sujet. Notamment, les douanes peuvent bloquer l'importation de films érotiques au pays; les villes, interdire sur leur territoire les films qu'elles jugent indécents; les procureurs provinciaux, porter plainte au criminel; et les églises, bannir les représentations litigieuses de leurs institutions ou des territoires où elles exercent leur influence. Une forme de CENSURE ou d'autocensure provient des maisons de production elles-mêmes, particulièrement des organismes gouvernementaux. À cet égard, l'OFFICE NATIONAL DU FILM (ONF) se fait souvent prendre à partie, notamment en 1972, quand le commissaire interdit la présentation de plusieurs films québécois pour des raisons politiques (ils affichent leurs couleurs marxistes ou séparatistes).

La plupart des provinces canadiennes exercent une forme de censure. En effet, au Canada, la censure a ceci de particulier qu'elle relève de la juridiction provinciale. À l'exception de l'Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve, chaque province gère son bureau de censure, de surveillance ou de classification. Entre 1911 (pour l'Ontario) et 1913, cinq provinces se dotent pour la première fois d'une loi sur la censure et d'un bureau pour l'appliquer. Au Québec, où on la considère comme une extension des droits et devoirs familiaux, on sévit pour préserver les enfants du cinéma corrupteur. Dans les provinces de l'Ouest, on agit pour des motifs semblables, mais on y ajoute des considérations d'anti-américanisme. Pendant près de 50 ans, les bureaux de censure contrôlent impunément les destinées du cinéma au Canada. Les motifs invoqués pour interdire un film ou exiger qu'on y coupe certains passages (images ou dialogues) sont des plus divers et varient d'une province à l'autre. Plutôt que de risquer l'interdiction, plusieurs distributeurs vont se doter d'un personnel d'évaluation morale préalable.

Dans les années qui suivent la Deuxième Guerre mondiale, on justifie l'application de la censure en invoquant, partout au Canada, les mêmes motifs d'insulte à la morale ou à l'intérêt public. Le Québec jouit de la pire réputation, car, se définissant comme province catholique, on y interdit tout ce qui va à l'encontre de la morale et de l'enseignement religieux. Cet obscurantisme est cependant de plus en plus critiqué, et un certain vent de libéralisme et d'ouverture souffle au Canada. Contre toute attente, c'est le Québec puritain qui prend les devants avec sa RÉVOLUTION TRANQUILLE. Après la tenue d'une commission d'enquête présidée par un religieux, on y instaure, en 1963, une politique de classification plutôt que de coupure. En 1967, le Bureau de censure devient le Bureau de surveillance du cinéma et vise non seulement les films, mais aussi les affiches et le matériel publicitaire. L'année suivante, le Manitoba substitue lui aussi une classification à la censure. Si un peu partout le libéralisme triomphe, l'Ontario reste, jusqu'en 1988, le château fort du conservatisme et du puritanisme. En 1976, la Cour supérieure de la Nouvelle-Écosse statue que la censure ne relève pas des provinces.

Devant ce jugement qui met en péril leurs pouvoirs, six provinces vont en appel et obtiennent gain de cause. Sûres de leur droit, les provinces peuvent continuer d'imposer aux Canadiens dix poids et dix mesures en matière de censure cinématographique. Toutefois, la nudité, la violence et même la pornographie vont devenir acceptables pour un public adulte. La menace d'un retour à la répression existe cependant toujours, comme le démontre le dépôt d'un projet de loi fédéral en 1987, qui menace les acquis antérieurs. Dorénavant seules les scènes à connotations pédophiles ou la violence sexuelle faite aux femmes suscitent des interdictions. Dans les années 90, les bureaux de surveillance étendent leur juridiction aux vidéocassettes disponibles en magasin. La censure doit s'adapter aux nouveaux modes de diffusion.