Collège d'enseignement général et professionnel (CEGEP)

Création

Les premiers collèges d'enseignement général et professionnel du Québec, connus en français et anglais par l'acronyme Cégep, ouvrent leurs portes en 1967, quelques mois après l'adoption de la Loi des collèges d'enseignement général et professionnel.

Quelques années plus tôt, en 1962, la Commission royale d'enquête sur l'enseignement dans la province de Québec (Commission Parent) avait proposé la mise sur pied d'un ordre d'enseignement nouveau et original, au-delà du secondaire. D'une durée de deux ans et complet en lui-même, cet ordre d'enseignement clairement distinct, tant de l'enseignement secondaire que de l'enseignement universitaire, compterait deux types d'enseignement : l'enseignement préuniversitaire et l'enseignement professionnel. Le premier préparerait aux études universitaires et le second à l'exercice de fonctions de techniciens sur le marché du travail.

Les cégeps devaient contribuer à hausser le niveau de scolarité de la population et à assurer au plus grand nombre d'étudiants possible la possibilité de poursuivre des études plus longues et de meilleure qualité. Ils devaient aussi améliorer la qualité de la formation professionnelle des techniciens en intégrant celle-ci dans un établissement d'enseignement pluridisciplinaire et polyvalent. Enfin, ils devaient rapatrier de l'université toute formation considérée comme non universitaire, permettant ainsi à cette dernière de se consacrer à des formations plus spécialisées et au développement de la recherche.

La réforme scolaire des années 60 était guidée par les principes de démocratisation et d'égalité des chances, de pluralisme des humanismes et d'adaptation aux réalités et défis d'une société urbaine et industrielle avancée. Les cégeps, établissements d'enseignement public et gratuits, étaient considérés, tout comme les écoles secondaires polyvalentes, comme des pièces maîtresses de cette réforme. Aux côtés des cégeps publics, ont coexisté, dès leur création, des établissements privés offrant le même type d'enseignement. Les vocables « enseignement collégial » et « réseau collégial» sont le plus souvent utilisés pour décrire l'apport de l'un et de l'autre type d'établissement d'enseignement.

Le nombre de cégeps a augmenté rapidement, passant de 12, en 1967, à 48, en 1998 (incluant deux collège régionaux). Présentement, le réseau collégial compte 48 cégeps publics (dont 5 anglophones), 11 écoles gouvernementales (incluant les Conservatoires, l'Institut de technologie agroalimentaire, MacDonald College et l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec), 22 collèges privés subventionnés et 24 collèges privés non subventionnés.

Le rapport du cégep à l'État

La Loi prévoit qu'il est du ressort du gouvernement du Québec de créer des cégeps. En vertu de cette même loi, les cégeps offrent les programmes pour lesquels ils ont reçu l'autorisation du ministre. La majorité des étudiants qui fréquentent les cégeps poursuivent des études qui mènent à un diplôme d'études collégiales (DEC), diplôme délivré par le ministre de l'Éducation. D'autres poursuivent des programmes plus courts qui se soldent par des attestations d'études collégiales (AEC) décernées par les établissements.

Dès la création du Conseil supérieur de l'éducation, en 1964, une commission de l'enseignement technique et professionnel est instituée. En 1969, elle devient la Commission de l'enseignement collégial. En 1979, le gouvernement crée le Conseil des collèges pour donner des avis au ministre de l'Éducation sur les projets de règlement et sur toute autre question concernant l'enseignement collégial soumise par le ministre et, conséquemment, la Commission de l'enseignement collégial du Conseil supérieur de l'éducation est dissout. En 1993, le Conseil des Collèges est aboli. Son mandat est alors scindé en deux : une partie de sa compétence est transférée, à nouveau, au Conseil supérieur de l'éducation. L'autre est transférée à une entité nouvelle, la Commission de l'évaluation de l'enseignement collégial (CEEC), dont le mandat est d'améliorer la pertinence et la qualité de la formation collégiale et d'en favoriser la reconnaissance sociale. La mission de la CEEC s'est progressivement élargie et inclut, depuis 2002, l'évaluation institutionnelle des cégeps et des établissements privés subventionnés ainsi que l'évaluation des plans stratégiques des cégeps.

Structure des cégeps et offre de programmes

Chaque cégep comprend un conseil d'administration où siègent des personnes issues de groupes socioéconomiques du territoire, des personnes qui travaillent dans les secteurs d'activités économiques qui correspondent aux programmes techniques du collège, des enseignants, des parents, des étudiants du collège, des diplômés, des membres du personnel ainsi que des administrateurs de l'établissement. La présence de représentants de la communauté locale et régionale est significative : elle illustre la mission des cégeps dans le développement économique régional, ses relations autres établissements d'enseignement, avec les groupes socioéconomiques et sa proximité avec le marché du travail.

Les cégeps offrent neuf programmes préuniversitaires : Sciences humaines, Sciences de la nature, Histoire et civilisation, Arts plastiques, Sciences, Musique, Danse, Arts et lettres et Sciences informatiques et mathématiques. Ils offrent également 132 programmes de formation technique regroupés en cinq grandes familles : techniques biologiques et technologies agroalimentaires, techniques physiques, techniques humaines, techniques de l'administration et techniques en arts et communications graphiques.

Tout programme d'études collégiales comprend une composante de formation générale commune à tous les programmes (langue d'enseignement et littérature, langue seconde, philosophie ou « humanities » et éducation physique), une composante de formation générale propre au programme, une composante de formation générale complémentaire au programme et une composante de formation spécifique au programme.

Données sur les cégeps et l'enseignement collégial

Plus de 210 000 étudiants fréquentent un établissement collégial, public ou privé, à temps plein ou à temps partiel à l'enseignement ordinaire et à la formation continue. De cette population étudiante, environ 90 p. 100 fréquente un établissement public. L'accessibilité aux études collégiales s'est accrue de façon significative des suites de l'implantation des cégeps, puisque plus de 60 p. 100 de la population du Québec a déjà accédé à une formation de type collégial à l'enseignement ordinaire, ce qui constitue une hausse de 21,6 points depuis 1975-1976. La proportion d'une génération obtenant un premier diplôme de l'enseignement collégial, tous diplômes confondus, est de près de 50 p. cent. En ce qui concerne le DEC (diplôme d'études collégiales) de la formation préuniversitaire, ce taux est d'environ 25 p. 100, contre près de 14 p. 100 au DEC technique.

Le réseau des cégeps emploie environ 14 500 enseignants équivalents temps plein. La dépense de fonctionnement des cégeps pour l'enseignement ordinaire est estimée à un peu plus de 1,5 milliard de dollars, dépense assumée par le gouvernement du Québec dans une proportion de près de 95 p.100.

Mission des cégeps

Le développement et la croissance des cégeps s'accompagnent d'un débat en quelque sorte permanent sur leur mission et leur spécificité, sur leur structure de pouvoir et sur leur organisation curriculaire. Ce questionnement nourrit le Rapport Roquet sur le régime pédagogique collégial (1970), le Rapport Nadeau sur les besoins des étudiants (1975), le Livre blanc sur l'enseignement collégial du ministère de l'Éducation (1980), ainsi que la Réforme Robillard (1993). Le Rapport Roquet recommande des changements curriculaires afin que tout étudiant soit tenu de suivre et réussir des cours de mathématiques, de sciences naturelles, de sciences humaines (philosophie, langue et littérature), de technologie, de langue seconde et d'éducation physique. De son côté, dans le livre blanc de 1980, le gouvernement affirme son intention de rendre obligatoires des cours d'histoire et d'économie du Québec, ainsi que la plupart des disciplines indiquées dans le Rapport Roquet. Cependant, il faut attendre les années 1990 et les changements dans les programmes enclenchés par la ministre Lucienne Robillard pour voir le curriculum de l'enseignement collégial modifié. En 2004, se tient un Forum sur l'avenir de l'enseignement collégial. Il regroupe les représentants des cégeps, mais également des représentants des associations étudiantes, des syndicats, des commissions scolaires, des universités, du marché du travail et des régions. Ce Forum, qui se déroule sur fond de contestation de la mission des cégeps et de la défense de leur spécificité, se solde par des orientations ministérielles qui ne remettent fondamentalement en question ni leur rôle ni leur apport. Pour favoriser l'accès aux études collégiales au plus grand nombre, des modifications sont entre autres apportées au Règlement sur le régime d'études collégiales pour introduire une plus grande souplesse dans les conditions d'admission.

Défis contemporains

Au cours des années 1990, les cégeps connaissent des changements importants : une clientèle plus diversifiée, la modification des cours obligatoires resserrant les exigences pour les étudiants (des suites de la réforme Robillard appelée renouveau à l'enseignement collégial), la révision des programmes selon l'approche par compétences, l'implantation d'une approche par programme, des coupures budgétaires importantes, l'introduction des nouvelles technologies de communication, le renouvellement du corps professoral et une préoccupation marquée pour la réussite des étudiants.

Aujourd'hui, les enjeux qui préoccupent le réseau des collèges et la société québécoise concernent la baisse démographique vécue par les établissements en région, l'harmonisation de la formation professionnelle (au secondaire) et technique (à l'enseignement collégial), une meilleure articulation avec l'université (notamment par la mise en place de parcours intégrés DEC - Baccalauréat universitaire), l'évaluation institutionnelle, la capacité de répondre à la demande des adultes qui souhaitent poursuivre leur formation tout au long de leur vie, la capacité de répondre à la demande des entreprises en matière de formation continue et le débat sur l'adéquation formation-emploi. L'avenir des cégeps est lié à la qualité de la réponse qu'ils sauront donner à ces multiples défis dans un contexte où leur autonomie et leur financement sont encadrés par l'État québécois.

Au cours des quatre dernières décennies, les cégeps ont joué un rôle capital dans la démocratisation de l'éducation au Québec, en offrant partout sur le territoire une formation postsecondaire non universitaire. Ils ont contribué à la régionalisation des services éducatifs et à l'enracinement régional des formations techniques. Enfin, ils ont été des acteurs importants du développement économique régional et de l'animation culturelle, notamment en dehors des grands centres urbains, et ont permis à un nombre important d'adultes de parfaire leur formation générale et technique.