La colonie de la rivière Rouge, partie intégrale de la riche histoire du Manitoba, est une colonie établie le long des rivières Rouge et Assiniboine dont les frontières touchent le Manitoba et le Dakota du Nord actuels. Fondée en 1812 par Thomas Douglas, le cinquième comte de Selkirk, la colonie grandit pendant des périodes de précarité extrême pour devenir une société multiculturelle. Site de la résistance de la rivière Rouge, la colonie se joint avec réticence au Canada pour devenir la province du Manitoba.

Création de la colonie de la rivière Rouge

Depuis 1801, le comte de Selkirk cherche le soutien britannique pour les colons dans la région occupée par la Compagnie de la baie d'Hudson, mais son projet n'aboutit qu'au moment où, avec sa famille, il obtient le contrôle de la compagnie en 1810. En 1811, la compagnie lui accorde 300 000 km2 de la terre qu'elle avait réclamée dans le bassin de Winnipeg, qu'il baptise Assiniboia. Sous Miles MacDonell, que Selkirk choisit comme gouverneur, un groupe de reconnaissance est envoyé d'Écosse jusqu'à la baie d'Hudson en juillet 1811 et arrive finalement à la rivière Rouge le 29 août 1812. Un deuxième groupe les rejoint en octobre. MacDonell établit sa base près de l'embranchement des rivières Rouge et Assiniboine (maintenant le centre-ville de Winnipeg) avec un centre secondaire à 130 km au sud, à Pembina (Dakota du Nord).

Les colons ont de la difficulté à devenir autosuffisants, et seule l'aide des commerçants résidants de la Compagnie du Nord-Ouest (CNO) et des affranchis locaux leur permet de survivre. De nature belliqueuse et craignant qu'avec l'arrivée de nouveaux colons les vivres ne viennent à manquer dans la région, MacDonell tente d'en monopoliser les réserves de vivres par le biais de la proclamation sur le Pemmican du 8 janvier 1814, qui interdit l'exportation de provisions de la région. Cette menace sur le système de transport transcontinental de la CNO, qui apporte des provisions (surtout du pemmican) de la région pour approvisionner ses voyageurs en canot, amène les Nor'Westers et leurs alliés Métis à se rebiffer. Au début de 1815, les Nor'Westers incitent de nombreux colons à retourner au Canada en leur promettant de meilleures terres. MacDonell est arrêté, les autres habitants se retirent, et la colonie est brûlée.

Plus tard cette année-là, la colonie est occupée à nouveau sous Colin Robertson, et Robert Semple remplace MacDonell comme gouverneur. Des plaintes continuelles concernant la Compagnie du Nord-Ouest (une compagnie de traite de fourrures en concurrence avec la Compagnie de la Baie d’Hudson) entraînent le violent incident de Seven Oaks en 1816, à la suite de quoi les Nor'Westers évacuent encore une fois la colonie. Entre-temps, Selkirk a recruté de nouveaux colons parmi les De Meurons, des soldats mercenaires démobilisés, et il est en route avec son groupe pour la rivière Rouge quand il entend parler de ce qui s'est passé à Seven Oaks.

Le 13 août, il prend possession du Fort William appartenant à la CNO, qui se trouve sur son chemin et, le 10 janvier 1817, il envoie une armée reprendre le fort Douglas. Quand Selkirk arrive enfin en juillet, il distribue les terres et ramène la confiance des colons en leur promettant écoles et ecclésiastiques. Des prêtres catholiques romains arrivent en 1818, mais ce n'est qu'en 1820 qu'un missionnaire protestant, John West, rejoint la colonie, mais il est anglican plutôt que presbytérien de langue gaélique, source de griefs pour les colons écossais pendant des années.

Dévastation et croissance

Après 1817, l'environnement devient la principale menace qui plane sur la jeune colonie. Des sauterelles dévastent les récoltes en 1818 et en 1819, et la plus grande inondation connue de la rivière Rouge détruit presque entièrement la colonie en 1826. Après la mort de Selkirk, en 1820, ses exécuteurs gèrent la colonie et cherchent à réduire les dépenses en mettant fin aux subsides accordés aux colons et en refusant de recruter de nouveaux immigrants européens. La croissance démographique provient largement de l'installation d'anciens commerçants en fourrures et de leur famille autochtone dans la colonie. Le 4 mai 1836, la famille de Selkirk transfère l'Assiniboia à la compagnie de la baie d’Hudson.

La population de la colonie croît lentement mais sûrement, composée essentiellement de personnes d’ascendance européenne et autochtone (Métis francophones et anglophones « nés au pays »). Malgré des conflits continuels à propos de la langue et de la religion ainsi que des heurts de classes, une société multiraciale prometteuse se développe. La base de ses problèmes est économique, à cause de l'isolement de la colonie. La Compagnie de la baie d'Hudson essaie de contrôler le commerce, bien que les limites d'une telle tentative ressortent clairement du procès fait par la compagnie en 1849 à Pierre-Guillaume Sayer pour traite de fourrures illégale (voir Procès Sayer). En fait, tout ceci aboutit au libre-échange pour les Métis.

L'incapacité de la colonie à fournir des emplois convenables à une population de plus en plus éduquée constitue également un grave problème qui conduit la plus jeune génération à devenir extrêmement rétive. À la veille de la Confédération, des dispositions sont prises pour transférer la colonie et la Terre de Rupert au Canada, mais sans consultation auprès des habitants et sans aucune garantie de leurs droits liés aux libertés politiques et à la propriété. Cela prépare la scène pour la résistance de la rivière Rouge, après laquelle la colonie est admise à contrecœur au sein du Canada en tant que province du Manitoba en 1870, ses frontières étant limitées aux superficies actuelles de la colonie au nord du 49e parallèle.