La Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH), constituée le 2 mai 1670, est la société commerciale constituée par actions la plus vieille du monde anglophone. D’abord basée à Londres, en Angleterre, son siège social est aujourd’hui situé à Toronto. Le groupe exploite présentement les détaillants suivants : La Baie d’Hudson, Home Outfitters, Lord & Taylor, et Saks Fifth Avenue ainsi que sa chaîne de magasins de rabais, Off 5th.

Histoire

Débuts : XVIIe siècle

Au XVIIe siècle, la traite des fourrures devient une entreprise commerciale importante en Amérique du Nord, grâce à la demande européenne pour les chapeaux de feutre faits à partir de peaux de castor. Les commerçants de fourrures français Médard Chouart des Groseillers et Pierre-Esprit Radisson sont les premiers à proposer la création d’une compagnie de traite pour exploiter l’intérieur du continent via la baie d’Hudson, pour s’assurer un accès plus facile aux ressources de ce territoire. Après le refus, de la part de la France, d’appuyer l’entreprise selon les conditions des deux hommes, ces derniers se rendent en Angleterre en 1665 et suscitent l’intérêt du prince Rupert, cousin de Charles II. Rupert persuade le roi ainsi que plusieurs marchands et nobles de financer l‘entreprise. Les premiers vaisseaux, l’Eaglet et le Nonsuch, partent le 3 juin 1668 et la charte royale est proclamée le 2 mai 1670. Le « Gouverneur et la compagnie d’aventuriers » reçoivent de larges pouvoirs, y compris le droit exclusif de traiter dans le territoire traversé par les rivières qui se déversent dans la baie d’Hudson. Cette vaste région est nommée la Terre de Rupert.

Contrairement à la plupart des entreprises de traite, la CBH évolue en tant que compagnie par actions, avec une bureaucratie centralisée. Lors de la cour générale annuelle (l’assemblée générale en termes modernes), les actionnaires élisent un gouverneur et un comité pour organiser les enchères de fourrures, commander des objets de commerce, embaucher des hommes et organiser le transport des marchandises. Le gouverneur et le comité londoniens établissent toutes les politiques de base mises en œuvre dans la Terre de Rupert, basant leurs décisions sur les rapports annuels, les journaux de bord des postes de traite et les livres de comptes fournis par les agents en place sur la baie. La cour générale nomme aussi un gouverneur pour agir en son nom dans la région de la baie. Dans la Terre de Rupert, chaque poste de traite est commandé par un facteur en chef (négociant en fourrures) et par son conseil d’officiers.

Autochtones

Après le trappage pendant l’automne et l’hiver, saisons où les peaux de castor sont de qualité optimale, les Autochtones se rendent aux postes de traite en été pour troquer les peaux contre des biens manufacturés tels que des outils en métal, des fusils, des textiles et des produits alimentaires. La couverture à points, désormais emblématique de la Compagnie, est l’un des biens échangés contre les fourrures. Souvent, les commerçants autochtones agissent en intermédiaire, transportant les fourrures depuis les communautés de l’intérieur du continent. Afin de standardiser le commerce aux divers postes de traite, la CBH introduit le plue comme monnaie de la traite des fourrures. Toutes les peaux et les biens manufacturés sont évalués selon cette norme, qui équivaut à la peau de premier choix et en bonne condition d’un castor mâle.

La traite des fourrures a un impact important sur les peuples autochtones du Canada. Leur participation à la traite des fourrures entraîne la perte de leur style de vie et de leur économie traditionnels; ils deviennent dépendants des biens manufacturés et des produits alimentaires européens pour leur survie. Beaucoup d‘entre eux quittent en outre leur territoire traditionnel, en quête d’animaux à fourrure et pour mieux se positionner en vue de la traite. Ce déplacement et la compétition pour les biens européens mènent à de nombreux conflits entre les peuples autochtones. L’arrivée des Européens introduit aussi des maladies, notamment la variole, qui dévaste les populations autochtones.

Combat pour le contrôle de la traite des fourrures : XVIIIe siècle

Jusqu’en 1763, la CBH lutte avec les Français pour contrôler la traite des fourrures dans le sud de la Terre de Rupert. Une série de batailles navales et terrestres ont d’abord lieu dans les baies d’Hudson et James. En 1713, avec le traité d’Utrecht, la France reconnaît le droit de l’Angleterre à la baie d’Hudson. Pendant les 60 prochaines années, la CBH construit des postes de traite seulement aux embouchures des rivières importantes qui se déversent dans la baie, à la seule exception de Henley House, un petit poste construit en 1743 sur la rivière Albany, à 200 km de la côte. Cette réticence à établir des postes à l’intérieur de la Terre de Rupert a permis aux concurrents de contourner la CBH en se rendant plus loin à l’intérieur des terres, pour traiter avec les Autochtones au lieu d’attendre que ceux-ci parviennent jusqu’à la côte. Les commerçants autochtones profitent aussi de cette grande rivalité pour augmenter les profits sur leurs fourrures.

Après le traité de Paris de 1763, les rivaux français de la compagnie sont remplacés par une compétition bien plus féroce : le réseau de traite par voie de terre basé à Montréal, désormais opéré par les Britanniques. En 1774, la CBH s’est tant fait déjouer que le gouverneur et le comité entreprennent un programme agressif d’expansion vers l’intérieur du continent, qui commence par la construction de Cumberland House sur le cours inférieur de la rivière Saskatchewan. L’intense rivalité avec la Compagnie du Nord-Ouest déborde de la Terre de Rupert jusque dans le bassin versant du fleuve Mackenzie et sur la côte pacifique; la violence physique s’ajoute même parfois au conflit économique (voir incident de Seven Oaks). En 1821, la fusion des deux compagnies est organisée et le Parlement britannique confirme et élargit le monopole de la compagnie pour inclure les Territoires du Nord-Ouest.

Nouvelle structure organisationnelle : XIXe siècle

La fusion des différentes traditions entrepreneuriales de la Compagnie du Nord-Ouest et de la CBH amène des changements dans la structure administrative de la nouvelle compagnie. L’Amérique du Nord britannique est divisée en départements de traite, divisés à leur tour en districts. Les gérants de district se réunissent chaque année lors de réunions de conseils départementaux, présidées par le gouverneur nord-américain, poste tenu par sir George Simpson (1826-1860). Ces conseils adoptent des règlements qui gouvernent le commerce local, déterminent le déploiement des hommes et assurent la permanence des postes, et établissent les exigences logistiques des divers districts. Les officiers ont un intérêt direct dans ces affaires puisqu’ils reçoivent une partie des profits, selon les conditions prévues dans les actes formalistes unilatéraux de 1821, 1834 et 1871. En théorie, les membres du conseil ont une voix et un vote égaux, mais George Simpson a un pouvoir considérable, et le gouverneur et le comité à Londres ont le droit de veto sur les décisions. Après la fusion, la CBH ferme plusieurs postes de traite qui sont devenus peu rentables. Ces fermetures ont un effet négatif sur les groupes autochtones qui sont devenus dépendants de la traite des fourrures pour leur survie.

Après 1821, un groupe de commerçants indépendant de la population métisse de la Colonie de la rivière Rouge s’oppose aux droits de monopole de la compagnie, qui viennent d’être renouvelés par le Parlement pour encore 20 ans, en 1838. Les tensions culminent lors du fameux procès Sayer de 1849, lors duquel Pierre-Guillaume Sayer, un Métis, est accusé d’avoir traité avec les groupes autochtones en violation directe des privilèges de la compagnie, et condamné. Cependant, de crainte de provoquer une émeute parmi les Métis, la cour n’inflige pas de peine. La décision ouvre ainsi la voie, dans le sud de la Terre de Rupert, à de nombreux petits concurrents.

Renoncement aux responsabilités coloniales

Bien que l’intérêt premier de la compagnie demeure la traite des fourrures, elle s’affaire de plus en plus à offrir un soutien gouvernemental aux colons de la vallée de la rivière Rouge et de l’île de Vancouver. Entre 1812 et 1834, les gouverneurs d’Assiniboia sont les agents du domaine Selkirk, malgré qu’ils soient subordonnés à la CBH. En 1834, la compagnie reprend la compétence et, jusqu’au transfert au Canada, assure le gouvernement de la colonie Selkirk. En 1849, la Grande-Bretagne accorde à la CBH la colonie de l’île de Vancouver, qui est alors développée en tant que colonie agricole. En 1851, le facteur en chef James Douglas est nommé gouverneur de l’île. En 1858, pendant la ruée vers l’or du fleuve Fraser, la colonie continentale de la Colombie-Britannique, qui inclut la plus grande partie de ce qui est aujourd’hui la province du même nom, est créée à partir de la New Caledonia. Le gouvernement britannique exige que James Douglas donne sa démission auprès de la CBH avant de devenir gouverneur de la Colombie-Britannique. De cette façon, la compagnie commence à céder ses responsabilités coloniales.

Pendant les années 1850, un mouvement expansionniste canadien grandissant considère l’annexion et la colonisation du Nord-Ouest comme essentielles au développement et à la prospérité du Canada. Les expansionnistes voient la CBH comme un obstacle à la croissance du pays et soutiennent que, pour protéger ses intérêts dans la traite des fourrures, la compagnie aurait répandu l’opinion selon laquelle le Nord-Ouest est un territoire désolé qui ne convient pas à la colonisation agricole. Cette rumeur est toutefois contestée par les rapports des expéditions Palliser et Hind, qui encouragent la colonisation européenne vers l’ouest. En 1863, l’International Financial Society fait l’achat d’une participation majoritaire dans la CBH, ce qui signale un changement de perspective pour la compagnie. En effet, la plupart des nouveaux actionnaires sont moins intéressés par la traite des fourrures que par la spéculation immobilière et par le développement économique de l’Ouest. Les négociations avec l’office des colonies et, après 1867, avec le gouvernement canadien, résultent finalement en la vente de la Terre de Rupert au Canada en 1870. L’entente comprend un paiement de 300 000 £ versé à la compagnie, avec le vingtième des terres fertiles désormais ouvertes à la colonisation. De plus, la compagnie retient le titre foncier des terres sur lesquelles elle a fondé des établissements de traite. Les conditions de l’entente influent grandement sur le développement de la compagnie après 1870. Grâce au titre des propriétés foncières dans les prairies et des parcelles adjacentes à ses postes de traite, dont plusieurs sont situées dans les centres urbains en développement de l’Ouest et du Nord, la CBH devient l’un des promoteurs immobiliers les plus importants dans l’Ouest. Après l’établissement du bureau du commissaire des terres en 1874, la compagnie est active comme promoteur immobilier et acquiert le contrôle de la Markborough Properties en 1973, avant d’en faire une entreprise autonome en 1990.

Exploitation des ressources naturelles

La participation à l’exploitation des ressources naturelles s’avère être la suite logique des activités immobilières et de traite de la CBH. En 1926, elle cofonde la Hudson’s Bay Oil and Gas (HBOG) et, en 1973, acquiert 35 % de la Siebens Oil and Gas. En 1979, elle cède cette dernière et, en 1980, achète la participation majoritaire de la Roxy Petroleum. En 1982, le placement de la HBOG est vendu à la Dome Petroleum.

Expansion des activités de détail

Avec l’accélération du développement économique dans l’ouest des Prairies après 1870, le volume d’affaires effectuées auprès des colons augmente pour la compagnie. Au début, la grande partie de cette activité se déroule dans les postes de traite. Puisqu’elle diffère à de nombreux égards de la traite auprès des groupes autochtones, une comptabilisation séparée est tenue pour l’activité des magasins. Après ces débuts modestes, les divisions de gros et de détail finissent par émerger, avec des points de vente indépendants pour la traite des fourrures. En 1910, la compagnie est restructurée en trois services distincts : les ventes immobilières, la traite des fourrures et la vente au détail. En 1913, la CBH investit dans la construction de nouveaux magasins de détail, puisque ce secteur offre un plus grand potentiel que la vente immobilière et la traite des fourrures. Le premier des six grands magasins d’origine ouvre à Calgary cette même année; le dernier ouvre à Winnipeg en 1926. En 1959, le département de la traite des fourrures est renommé le département des magasins du Nord, tandis que celui des ventes immobilières est transféré à une filiale en 1961.

Ayant jusque-là opéré uniquement dans l’Ouest canadien, la CBH commence en 1960 à s’étendre dans le Canada central avec l’acquisition de la chaîne de grands magasins Henry Morgan & Company de Montréal. L’année 1970 marque le 300e anniversaire de la compagnie. La Reine Elizabeth accorde alors une nouvelle charte qui révoque la plupart des dispositions de l’ancienne, et qui transfère officiellement la compagnie du Royaume-Uni au Canada, où le nouveau siège social est établi à Winnipeg au Manitoba.

Les années 1970 sont une période d’expansion, avec l’acquisition de Shop-Rite et A.J. Freiman Ltée (1972), et d’intérêts majoritaires dans des compagnies comme Markborough Properties (1973), qui soutiendront la croissance du détail. En 1974, la CBH ouvre son premier magasin torontois à l’intersection des rues Yonge et Bloor, et déplace son siège à Toronto.

La CBH fait l’objet d’une lutte de pouvoir vers la fin des années 1970, alors que les milliardaires Kenneth Thompson et George Weston Limitée se battent pour le contrôle de la compagnie. Finalement, Kenneth Thompson en ressort gagnant et acquiert, avec une transaction de 400 millions de dollars, 75 % de la compagnie. Celle-ci déplace ses quartiers à Toronto en 1987 et intensifie son activité avec l’acquisition de la chaîne de grands magasins en faillite Woodward’s en 1993 et des magasins de K-Mart Canada en 1998, les intégrant dans le groupe Zellers.

En 1997, la famille Thompson vend la dernière des actions qui lui restent, mais au cours des années suivant son achat de la compagnie, elle a transformé la CBH en une compagnie plus resserrée et plus concentrée, ayant entre autres vendu ses intérêts dans les secteurs pétrolier et gazier, dans les services financiers et dans une raffinerie, pour environ 550 millions de dollars.

Exploitation

La Compagnie de la Baie d’Hudson exploite les magasins Hudson’s Bay, Lord & Taylor, Saks et Home Outfitters. Depuis 2013, elle exploite 320 magasins et ses marchandises passent par l’un des 11 centres de distribution du pays.

Les 90 magasins La Baie sont sans doute l’emblème traditionnel, et le mieux connu, de la CBH. Ils offrent une gamme complète des produits et services typiquement associés aux grands magasins, et présentent des marques déposées. Cette partie des opérations de la compagnie exploite aussi les magasins Home Outfiters, qui ciblent le marché de plus en plus populaire de la cuisine, de la literie et de la salle de bain.

La chaîne des magasins Zellers de la CBH opère dans la catégorie de la grande distribution et vise à fournir un accès facile aux articles du quotidien à un prix abordable. À partir de 1994, Zellers est aux prises avec la forte compétition de son rival étatsunien Wal-Mart, et ne peut concurrencer les rabais colossaux offerts par le géant du détail. En 2011, Zellers annonce un plan de fermeture et de liquidation qui facilitera l’entrée au Canada de la compagnie Target. Zellers ferme la plupart de ses magasins en 2012.

Si la CBH s’est bâtie autour des grands magasins et de la vente libre, les années 2000 amènent une vague de changements au secteur du détail : la façon traditionnelle de vendre des biens subit la concurrence des détaillants en ligne. Pour répondre à cette évolution du détail, la compagnie offre pour la première fois une expérience d’achat en ligne en 2000.

Les années 2000 continuent d’être une période de grands changements pour la CBH. En 2005, la compagnie débute son partenariat avec le Comité olympique canadien (COC); elle est nommée grand magasin officiel et opératrice des magasins des marchandises diverses du COC au Canada. La CBH, qui prend la relève de Roots Canada, équipe les Olympiens canadiens avec des tuques et des mitaines iconiques. La version la plus populaire de ces produits est créée pour les Jeux olympiques de Vancouver en 2010, que le président des Jeux olympiques de Londres de 2012 appelle les « articles indispensables » des Jeux. Ce partenariat est renouvelé en 2011, jusqu’en 2020.

La baisse des volumes de ventes et la concurrence des détaillants étatsuniens donnent lieu à des rumeurs de prises de contrôle. En 2006, l’acquisition de la CBH par le financier étatsunien Jerry Zucker, pour plus d’un milliard de dollars canadiens, met fin à la spéculation. En 2008, NRDC Equity Partners, une compagnie new-yorkaise d’investissement en capital et consolidant de Lord & Taylor, fait affaire avec la veuve de Jerry Zucker pour acheter la CBH. Sous la gouverne de la première directrice générale, Bonnie Brooks, le consolidant de la CBH initie un projet de renouvellement d’image qui cherche à la rendre concurrentielle vis-à-vis des autres grands magasins du milieu et du haut de gamme. Ces initiatives visent entre autres à offrir plus de marques externes aux clients grâce à une sélection accrue, ainsi qu’à faire une place de choix aux marques contemporaines. En 2011, la CBH obtient les droits d’accès à l’enseigne du détaillant de mode britannique Topshop and Topman, au grand plaisir des passionnés de la mode, et, en 2013, elle acquiert le détaillant de luxe étatsunien Saks Fifth Avenue.

Stratégies de marque et logos

À partir des années 1965, le magasin adopte la forme brève de son nom, « La Baie », et le « B » est l’élément central du logo. En 2013, le logo de la CBH subit une révision importante. Le nouveau logo et le nom complet, « La Baie d’Hudson », visent à reconnaître le riche patrimoine de la compagnie et son rôle dans l’histoire canadienne.

Travail communautaire

En tant que la compagnie la plus vieille du Canada, la CBH fait partie du paysage socio-économique national et, en tant que telle, s’implique dans la communauté de plusieurs façons.

En 2004, elle crée la Fondation HBC pour gérer ses activités de charité, qui incluent le programme de boîtes de dons et la cueillette de fonds pour Fibrose kystique Canada et pour la Société canadienne du cancer.

La Fondation d’histoire HBC partage la longue et riche histoire de la compagnie avec le public canadien et offre un soutien financier à la collection des Archives de la CBH, à la collection d’artefacts de la CBH et à la société d’histoire du Canada. De plus, elle soutient à des projets historiques à travers le pays.