Conquête

La Conquête est l'expression utilisée pour désigner la prise du Canada par la Grande-Bretagne durant la GUERRE DE SEPT ANS et, par le fait même, les changements qui en ont résulté dans les conditions de vie des 60 000 à 70 000 habitants francophones et de nombreux peuples autochtones. Québec capitule devant les forces britanniques le 18 septembre 1759, quelques jours après la décisive BATAILLE DES PLAINES D'ABRAHAM. La résistance française prend fin un an plus tard avec la capitulation de Montréal. Selon les conditions de la reddition signée le 8 septembre 1760, les Britanniques garantissent aux habitants de la Nouvelle-France l'immunité contre la déportation ou les mauvais traitements, le droit de rentrer en France avec tous leurs biens, la jouissance continue de leurs droits de propriété, le droit de poursuivre le commerce des fourrures sur un pied d'égalité avec les Anglais et la liberté de culte.

En vertu du TRAITÉ DE PARIS (10 février 1763), la colonie française devient une possession britannique. Après la Révolution française (1789), nombre de Canadiens en viennent à considérer la Conquête comme une délivrance providentielle du chaos révolutionnaire, une opinion qui prévaut longtemps. Les générations suivantes, considérant le passé à la lumière de leurs propres préoccupations politiques et constitutionnelles, ont également tendance, non sans raison, à retenir les aspects positifs de la Conquête, tels que la tolérance religieuse et le GOUVERNEMENT REPRÉSENTATIF. Elles accueillent cependant moins bien la dualité ethnique, qui résulte inévitablement du mariage entre un gouvernement et une immigration britanniques et une colonie de peuplement française établie.

Certains historiens contemporains, comme Michel Brunet, considèrent que la Conquête a été désastreuse en ce qu'elle a réduit les Canadiens français à l'état de sujets de deuxième classe et même de prolétaires ethniques, étant donné la monopolisation des fonctions supérieures du gouvernement et des affaires par les nouveaux arrivants anglophones. D'autres, comme Fernand OUELLET, en minimisent les effets néfastes, soulignant plutôt que le développement relativement continu des assises économiques, des institutions et de la culture ont peu souffert de l'événement. Pour les peuples autochtones, la fin des hostilités franco-britanniques a pour résultat fatidique le déclin de leur valeur d'alliés et de guerriers, et les isole de plus en plus de la société des Blancs.

La Conquête demeure toujours un sujet de débat, tant elle est intimement liée aux autres influences agissant sur l'évolution du Canada. Son influence est également évidente sur la GUERRE DE L'INDÉPENDANCE AMÉRICAINE, qui ne devient possible que lorsque les colonies américaines n'ont plus besoin d'être protégées par les Britanniques contre les forces françaises en Amérique du Nord.