La conscription est l'enrôlement obligatoire des citoyens pour le service militaire. Le gouvernement canadien a adopté la conscription au cours des deux guerres mondiales.

Première Guerre mondiale

À la fin de 1916, les lourdes pertes au front en France et en Belgique commencent à créer des problèmes de renforts aux commandants canadiens outre-mer. Le recrutement au pays ralentit, et la main-d'oeuvre et le système d'enrôlement sont désorganisés. Pour le premier ministre, sir Robert Borden, la priorité consiste à porter assistance aux hommes dans les tranchées. En mai 1917, de retour de la Conférence impériale de guerre à Londres et d'une visite des tranchées, il décide de rendre le service militaire obligatoire, ce qu'il annonce au Parlement le 18 mai. Il propose ensuite une coalition politique à sir Wilfrid Laurier, le leader libéral. Après avoir consulté ses partisans, Laurier refuse. Le Québec n'acceptera jamais la conscription, croit-il, et s'il se joint à une coalition en faveur de la conscription le Canada français sera livré aux mains d'Henri Bourassa et de ses nationalistes. La voie est ouverte à l'affrontement.

À l'automne, après d'énormes difficultés, Borden crée son Gouvernement d'Union. Par ailleurs, la Loi du service militaire est adoptée le 29 août 1917. Presque tous les députés fédéraux francophones s'opposent à la conscription alors que presque tous les députés anglophones l'appuient. Cette division se reflète dans les résultats de l'élection de 1917 et le Canada anglais donne à Borden le mandat de mettre la conscription en vigueur. En janvier 1918, le processus de mobilisation commence, mais, sur les 401 882 hommes enregistrés (et en dépit de la levée des exemptions pour les fermiers au printemps de 1918), seulement 124 588 viennent renforcer le Corps expéditionnaire canadien et 24 132 hommes auront gagné la France avant la fin de la guerre. En tant que mesure militaire, la conscription est un échec. En tant que mesure politique, elle est en grande partie responsable de la réélection du gouvernement Borden, mais elle laisse un Parti conservateur discrédité au Québec et dans l'Ouest agricole.

J.L. GRANATSTEIN

Deuxième Guerre mondiale

Alors que la menace d'une nouvelle guerre en Europe s'intensifie, la question de la conscription militaire suscite de nouveau un vif débat politique au Canada français. Les libéraux fédéraux, sensibles aux sentiments marqués des francophones sur cette question, promettent à plusieurs reprises de ne pas recourir à l'enrôlement obligatoire pour le service militaire outre-mer. La guerre éclate en septembre 1939 et, au printemps 1940, le gouvernement a déjà adopté la Loi sur la mobilisation des ressources nationales qui rend obligatoire l'enrôlement pour la défense du pays. L'enregistrement se déroule à peu près sans incident, exception faite de l'opposition publique du maire de Montréal, Camillien Houde, qui est plus tard interné.

En 1941, comme le recrutement progresse lentement, d'autres voix s'élèvent en faveur de la conscription, d'abord dans les rangs du Parti conservateur et, plus tard, parmi les Canadiens anglais en général. Pour apaiser les partisans de la conscription, le premier ministre W.L. Mackenzie King décide de tenir un plébiscite demandant aux Canadiens de libérer le gouvernement de sa promesse de ne pas avoir recours à la conscription. Au Québec, la Ligue pour la défense du Canada fait campagne pour le « non » et, le 27 avril 1942, 72,9 p. 100 des électeurs du Québec votent « non », alors que, dans les autres provinces, le « oui » triomphe avec 80 p. 100 des voix. Le gouvernement adopte alors le projet de loi 80, autorisant la conscription pour le service outre-mer si elle est jugée nécessaire. Au Québec, le Bloc Populaire continue de lutter contre la conscription en présentant des candidats aux élections provinciales d'août 1944 et aux élections fédérales de juin 1945.

À l'automne 1944, le ministre de la Défense nationale, J.L. Ralston, est convaincu de la nécessité de la conscription. Des pertes élevées inattendues au front, ajoutées à un engagement important dans l'Aviation royale du Canada et la Marine royale du Canada, laissent l'armée canadienne à court d'effectifs. King, qui espérait ne pas avoir à invoquer la loi 80, remplace Ralston par le général A.G.L McNaughton, un partisan du service volontaire. Le 22 novembre, cependant, reconnaissant les sentiments ouvertement proconscriptionnistes de plusieurs de ses ministres anglophones, le premier ministre revient sur sa décision et, dans un effort pour sauver son gouvernement, annonce que les conscrits seront envoyés outre-mer. Bien que seulement 12 908 soldats conscrits soient envoyés au front, appelés de manière méprisante des « zombies », cette seconde crise de la conscription aggrave encore les relations entre les anglophones et les francophones du Canada, mais dans une moindre mesure que durant la Première Guerre mondiale.