La conservation des sols combine toutes les méthodes de gestion et d’utilisation des terres qui préviennent la diminution ou la détérioration des sols par des causes naturelles ou humaines. Elle vise le plus souvent à gérer les sols de manière à prévenir leur érosion par l’eau de pluie et de ruissellement, ainsi que par le vent. Elle tente également de protéger les sols contre les dommages occasionnés par la machinerie agricole (p. ex. le compactage) et les changements nocifs à leur composition chimique (p. ex. l’acidification et la salinisation). (Voir aussi Pratiques agricoles des sols.)

Importance

La plupart des gens savent qu’ils ont besoin d’air pur et d’eau pure pour rester en bonne santé. Peu se rendent compte cependant que leur bien-être dépend aussi de la santé du sol. Le sol permet la culture de nos aliments et de nos matières fibreuses; sa productivité est donc un facteur important de l’économie canadienne et de celle des autres pays.

Mais le sol joue un rôle encore plus large et global, puisqu’il agit comme un filtre purificateur d’eau et d’air. Il échange des gaz avec l’atmosphère et influe donc sur le climat planétaire. Le sol reçoit des déchets organiques et recycle leurs nutriments par l’intermédiaire des plantes. Il retient aussi et décompose certains déchets toxiques. Son rôle est si considérable dans la stabilité de la santé, de l’économie et de l’environnement planétaires qu’il faut le conserver et l’utiliser de manière durable.

Utilisation du sol

La qualité inhérente ou naturelle d’un sol est déterminée par les matières géologiques et les processus de formation du sol (comme les processus chimiques et physiques de la météorisation) qui se combinent pour le produire. Les propriétés d’un sol naturel peuvent être modifiées par l’activité humaine, dont les pratiques d’utilisation des terres et d’agriculture. En agriculture et en foresterie, l’érosion, la perte de matière organique, le compactage, la désertification et d’autres processus de dégradation diminuent la qualité inhérente d’un sol.

Pratiques de conservation

Les pratiques de conservation des sols servent principalement en foresterie au moment de la récolte et de la replantation. De la même manière, on peut maintenir ou même améliorer la qualité des sols agricoles par des pratiques similaires. Celles-ci comprennent l’ajout de matières organiques (p. ex. du fumier) et inorganiques (p. ex. du calcaire), les méthodes culturales de conservation (p. ex. peu ou pas de travail du sol), la diminution de la quantité et de la fréquence des jachères, la rotation des cultures et la culture de légumineuses (p. ex. le trèfle).

Le type d’activités agricoles se déroulant sur une superficie donnée, que ce soit l’exploitation de pâturages, ou encore la culture de plantes fourragères ou textiles, de céréales, d’oléagineux, de baies ou de légumes, dépend du type de sol, du climat, et du fait que les cultures sont pratiquées avec ou sans irrigation. Plus une utilisation perturbe l’écologie naturelle des terres, plus elle a d’effets sur la qualité du sol.

Dans les pâturages, les pratiques de gestion agricole comprennent la limitation de la densité du cheptel par le pâturage en rotation (laisser le sol au repos après un pâturage), la lutte contre les mauvaises herbes et la protection des rives et de la végétation le long des cours d’eau. Sur les terres cultivées, les pratiques de gestion sont la sélection et la rotation des cultures, les méthodes de travail du sol (en laissant les résidus de culture sur le sol ou en les enfouissant), la gestion de la circulation des tracteurs et autres engins agricoles, la détermination des taux d’épandage d’engrais, la lutte contre les organismes nuisibles et la gestion des eaux.

Les cultures qui donnent aux sols un couvert dense et continu offrent une meilleure protection contre l’érosion que les systèmes de culture en rang ou ceux qui font fortement appel à la jachère cultivée. Pour la répression des mauvaises herbes ou la préparation des lits de semences, un régime de travail minimal du sol modifie moins sa structure (l’arrangement des particules du sol en granules et en mottes) et préserve davantage les résidus des cultures que les méthodes culturales plus intensives. Cette pratique aide à maintenir le sol e et à lutter contre l’érosion.

La réduction du taux d’oxydation des matières organiques du sol peut contribuer à y augmenter la quantité de carbone. Celui-ci constitue un facteur important dans la diminution de l’effet de serre (l’accumulation de dioxyde de carbone et d’autres gaz dans l’atmosphère). Les pratiques de gestion qui retournent à la terre les éléments nutritifs au rythme de leur absorption par les cultures aident à en maintenir la fertilité. Une utilisation restreinte de pesticides sur des sols sensibles à l’érosion, ou l’utilisation de pesticides combinée avec des mesures de conservation des sols efficaces, diminue le risque de pollution des eaux de surface par des sédiments contaminés.

Santé des sols par région

En raison des écarts dans la qualité inhérente des sols et de la grande diversité des paysages et des systèmes d’exploitation agricole au Canada, les tendances particulières de la santé des sols sont mieux observées et interprétées à l’échelle régionale.

Colombie-Britannique

En Colombie-Britannique, la nécessité de conserver les sols varie beaucoup selon l’intensité des cultures. Les cultures de spécialité à fort rapport économique, qui exigent des labours intensifs et la circulation d’engins mécaniques, constituent le plus grand défi.

La plupart des terres cultivées de la Colombie-Britannique sont gravement menacées d’érosion par l’eau quand le sol est nu. Dans la vallée du Fraser, ce danger est dû aux fortes pluies et à la culture dans les pentes abruptes. Dans la région de la rivière de la Paix, les sols limoneux s’érodent facilement et, au bout des vastes champs à longue pente, le ruissellement de la neige fondante s’accumule et emporte la terre. Cependant, les pratiques de conservation des dernières décennies ont considérablement atténué ces risques d’érosion.

Provinces des Prairies

De nombreux sols agricoles des Prairies subissent les contraintes d’un climat sec et sont exposés à l’érosion éolienne et à la salinisation. Les sols non protégés sont aussi susceptibles d’érosion par l’eau et ce, spécialement pendant les fortes tempêtes d’été ou l’écoulement printanier. La grave érosion éolienne des années 30 a mené à la création de l’Administration du rétablissement agricole des Prairies (ARAP) en 1935, qui a immédiatement appliqué des mesures draconiennes pour maîtriser la situation. Pendant les décennies du milieu du XXe siècle, de meilleures conditions météorologiques ont incité les fermiers à relâcher leur vigilance. L’érosion éolienne s’est alors produite plus souvent et on a encouragé de nouveau l’adoption de mesures de conservation des sols.

Des améliorations sont attribuées à une utilisation réduite de la jachère et à une plus grande utilisation de méthodes de conservation du sol et d’autres moyens pour contrôler l’érosion, tels une couverture d’herbe permanente et des brise-vent (rangées d’arbres ou d’arbustes plantés contre la direction du vent dominant pour le freiner). Les risques de salinité du sol ont baissé dans certaines zones en raison d’une utilisation plus grande d’une couverture végétale permanente (dont les prairies à faucher) et le recours moins fréquent à la jachère.

Ontario et Québec

Au centre du Canada, les terres sont cultivées de façon intensive, notamment pour le maïs et le soja. Ces cultures exigent la plus longue période de croissance possible, d’où des semailles hâtives et une récolte tardive. Ces opérations s’effectuent souvent au moment où le sol est humide, ce qui entraîne le compactage. De plus, ce type de culture fait en sorte que le sol n’est pas protégé correctement par un tapis végétal, et reste vulnérable à l’érosion par la pluie et la neige fondante durant de longues périodes de l’année.

Les pratiques de conservation des sols comprennent des techniques de travail du sol minimal ou sans travail du sol, qui gardent de hauts taux de résidus de récolte sur la surface du sol et réduisent la circulation des engins lourds. La rotation culturale et la culture périodique du trèfle ou de la luzerne augmentent les matières organiques du sol et contribuent à améliorer sa structure et à diminuer les risques de compactage. Le fumier et l’emploi d’engrais adéquats ont des effets similaires. L’ensemencement des zones où s’accumule l’eau de ruissellement, pour canaliser cette eau dans des passages herbeux, aide aussi à atténuer l’érosion du sol.

L’érosion éolienne est rarement un problème et se limite surtout aux sols très sablonneux ou composés de matières organiques (p. ex. les marais cultivés). Il est possible de planter des rangées d’arbres ou d’arbustes dans ces endroits pour briser le vent et réduire sa vitesse. On peut aussi laisser des résidus de culture pour protéger les sols contre l’érosion éolienne.

Région de l’Atlantique

Aucune des quatre provinces de l’Atlantique n’est dotée de sols hautement productifs. Les sols y sont pour la plupart naturellement pauvres et plusieurs sont acides. La production intensive de la pomme de terre et de légumes a contribué à diminuer leur contenu en matières organiques et a gravement érodé les terres en pente.

Les agriculteurs adoptent des pratiques de conservation pour régler ces problèmes. Les cultures en terrasses sont devenues courantes dans les régions du Nouveau-Brunswick où l’on cultive la pomme de terre. Les terrasses sont des canaux construits en travers des pentes à intervalles réguliers. Elles diminuent la longueur des pentes et réduisent l’accumulation de l’eau de ruissellement, la transportant en bordure du champ. Elles amènent aussi les agriculteurs à établir les rangées de plantation en travers de la pente et non sur sa longueur, ce qui réduit encore davantage l’érosion par ruissellement.

Parmi les autres pratiques de conservation, on retrouve la rotation culturale qui alterne la culture de pommes de terre avec celles des céréales (p. ex. de l’orge) et du trèfle. Des passages herbeux pour l’eau sont aussi aménagés dans les zones où l’eau s’accumule naturellement, ce qui diminue le risque d’érosion par canaux de retranchement (ravines) dans le sol. Les grandes quantités d’engrais nécessaires pour la culture de la pomme de terre rendent souvent le sol plus acide. Afin de remédier à cet inconvénient, les fermiers répandent du calcaire moulu et le mélangent au sol avec des instruments aratoires.