Côte du Nord-Ouest

 La côte du Nord-Ouest est le nom qu'ont donné les marchands et les navigateurs du XVIIIe siècle à l'immense arc formé par la côte du Pacifique et les îles proches du littoral et qui s'étend du nord de l'actuelle Californie à un point mal défini près de Prince William Sound ou encore de Cook Inlet sur la côte de l'Alaska. Les anthropologues contemporains considèrent la région allant des environs de la baie Yakutat, au sud-est de l'Alaska, à la baie Trinidad ou au cap Mendocino, en Californie, comme étant celle de la culture autochtone de la côte du Nord-Ouest. Sur cette étroite bande côtière, les autochtones ont développé une civilisation très évoluée dont l'économie est fondée sur les abondantes ressources de la mer. Réchauffée par le courant du Pacifique Nord et arrosée par de fortes précipitations sur presque toute sa longueur, la côte du Nord-Ouest possède d'épaisses forêts de conifères et une riche végétation.

La côte du Nord-Ouest est l'une des dernières régions pionnières océaniques et tempérées à être explorée et colonisée par les Européens. En dépit de l'intérêt que revêt le Pacifique Nord en tant que porte occidentale d'un hypothétique PASSAGE DU NORD-OUEST, la région demeure longtemps isolée. Les distances, le manque de connaissances en techniques de construction navale et la surveillance vigilante des Espagnols sur la presque totalité du littoral nord-américain et sud-américain font que seuls les plus hardis s'y aventurent. Les voyages apocryphes de Lorenzo Ferrer Maldonado (1588), de Juan de FUCA (1592) et de Bartholomew de Fonte (1640) confondent les cartographes, qui dessinent des cartes non conformes à la réalité.

En 1579, Francis DRAKE aurait atteint le 48e parallèle Nord avant de revenir vers le sud, approximativement à la latitude de l'actuelle ville de San Francisco, pour traverser ensuite le Pacifique, mais on se perd en conjectures sur le point le plus septentrional qu'il aurait atteint. En 1602, Sebastian Vizcaino découvre la baie de Monterey au nom du roi d'Espagne et navigue jusqu'au 43e parallèle Nord environ. Jusqu'au XVIIIe siècle, l'Espagne se soucie avant tout de ses conquêtes précédentes et se contente de revendiquer les côtes plutôt que de les explorer. Même si, à la fin du XVIIe siècle, un galion espagnol servant à la traversée du Pacifique a fait naufrage dans l'actuelle baie Nehalem, en Oregon, aucun membre de son équipage n'a survécu pour en rapporter le récit au Mexique.

L'intérêt pour la région inexplorée du Pacifique Nord s'accroît au cours du XVIIIe siècle. À la faveur de l'expansion des Russes en Sibérie, Vitus BERING poursuit ses expéditions dans le détroit de Béring (1728), et, en 1741, Bering et Aleksei Chirikov atteignent la côte du Nord-Ouest près du 55e parallèle Nord. Ayant eu vent de ces incursions, la Couronne d'Espagne ordonne des voyages vers le nord à partir du Mexique. En 1774, Juan Pérez HERNANDEZ atteint le 55e parallèle Nord et jette l'ancre près des Haida Gwaii et dans le détroit de Nootka (île de Vancouver), mais n'y débarque pas pour en prendre possession au nom de l'Espagne. En 1775, Bruno de Hezeta et Juan Francisco de la BODEGA Y QUADRA dirigent une nouvelle expédition qui fait voile vers le nord pour vérifier la présence des Russes. Bodega y Quadra monte environ jusqu'à 58° 30' de latitude Nord et découvre la baie de Bucareli, à l'île du Prince de Galles. L'Espagne lance une autre expédition d'envergure en 1779, mais à cause du secret d'État, personne n'a vent des expéditions sur la côte du Nord-Ouest.

 C'est l'Angleterre, plutôt que la Russie, qui constitue une menace pour l'Espagne. En 1777-1778, James COOK traverse le Pacifique en passant par les îles Sandwich (Hawaï) et atteint la côte du Nord-Ouest. Cook a pour mission de trouver le passage du Nord-Ouest et de parcourir la côte encore inexplorée. Il passe près d'un mois dans le détroit de Nootka avant de continuer vers le nord jusqu'en Alaska et aux îles Aléoutiennes. Plus tard, les hommes de Cook découvrent à Macao et à Canton un lucratif marché potentiel pour les peaux de loutres marines qu'ils ont ramenées de la côte du Nord-Ouest. Lorsque le récit de voyage de Cook est publié, c'en est fini de l'isolement de la côte.

 Après 1785, des expéditions à partir de Londres, de Bombay, de Calcutta, de Macao et de ports américains tels que Boston entament la TRAITE DES FOURRURES par voie maritime. En 1792, on compte au moins 21 vaisseaux marchands commandés par des capitaines comme George Dixon, John MEARES et Charles William Barkley. Le commerce des peaux de loutres marines, entamé en 1786, atteint son apogée dans les années 1790 avant de décliner après 1812.

Les Espagnols ignorent tout du florissant commerce maritime des fourrures jusqu'en 1788, année où ils reprennent leurs voyages pour vérifier la pénétration des Russes au sud de l'Alaska. Esteban José MARTINEZ découvre six postes russes en Alaska et, après avoir appris des commerçants que des bateaux russes occuperaient bientôt le détroit de Nootka, il convainc le vice-roi du Mexique d'autoriser une expédition pour occuper la baie au nom de l'Espagne. Martinez l'atteint en 1789 et y trouve des vaisseaux britanniques et américains. Il capture les vaisseaux britanniques, ce qui déclenche la CONTROVERSE DU DÉTROIT DE NOOTKA, un affrontement entre les intérêts impériaux qui vient bien près de provoquer un conflit en Europe. Toutefois, trois accords sur Nootka conduisent à un partage pacifique des ports et des ressources du Nord. L'Espagne se retire en 1795, abandonnant le commerce des fourrures aux Anglais et aux Américains.

  Entre-temps, des expéditions scientifiques menées par le comte de La Pérouse (France, 1786), par George VANCOUVER (Angleterre, 1792-1794), par Alejandro MALASPINA (Espagne, 1791) et par SUTIL ET MEXICANA (Espagne, 1792) font l'inventaire des ressources et des autochtones de la côte du Nord-Ouest.

L'impact majeur du commerce maritime des fourrures est de mettre à la disposition des autochtones de la côte les armes à feu, les outils de métal et les objets manufacturés. N'hésitant pas à recourir à la violence, le cas échéant, les commerçants européens introduisent l'alcool, mais aussi les maladies. La nature même de la collecte des fourrures explique qu'aucune base permanente n'ait été établie sur la côte. Dès avant le début du XIXe siècle, des observateurs notent le déclin de la population de loutres marines et prédisent la fin de cette industrie. Qui plus est, l'attrait de la côte est encore diminué par la résistance des Chinois (le marché le plus important).

Toutefois, la côte ne se retrouvera plus isolée. En juillet 1793, Alexander MACKENZIE, de la COMPAGNIE DU NORD-OUEST (CNO), suit par voie de terre la rivière Bella Coola jusqu'à la côte du Pacifique. En 1808, Simon FRASER descend le fleuve qui portera son nom, et, en 1811, David THOMPSON atteint l'embouchure du fleuve Columbia. Il découvre que des commerçants américains de la PACIFIC FUR COMPANY de John Jacob Astor y sont arrivés par mer pour construire Fort Astoria.

À la suite de la fusion de la CNO et de la COMPAGNIE DE LA BAIE D'HUDSON (CBH) en 1821, la présence européenne s'accentue. Les Russes revendiquent, en 1821, la côte s'étendant au sud jusqu'au 51e parallèle Nord, mais les protestations des Anglais et des Américains aboutissent en 1825 à une entente délimitant la frontière de l'Alaska à 54° 40' (voir ALASKA, AFFAIRE DES FRONTIÈRES DE L'). Pour rivaliser avec le commerce maritime des pelleteries, la CBH construit un chapelet de forts permanents. Après la signature du TRAITÉ DE L'OREGON, en 1846, la CBH concentre ses intérêts plus à l'ouest, dans l'île de Vancouver, qui devient une colonie en 1849. Il s'ensuit une rivalité entre les commerçants et les colons, dont ces derniers sortiront gagnants. Lorsque des colonies s'établissent et que des conventions délimitent les rayons d'action des Russes, des Anglais, des Américains et des Espagnols (et, plus tard, des Mexicains), le concept même de la côte du Nord-Ouest disparaît et n'intéresse plus que les historiens.

Voir aussi EXPLORATIONS ESPAGNOLES.