Le Crédit social est un mouvement politique conservateur qui a surtout été populaire en Colombie‑Britannique et en Alberta, où il a régné pendant de longues périodes au XXe siècle. L’appellation « Crédit social » renvoie à une doctrine économique réformiste qui visait la redistribution de la richesse aux consommateurs.

Historique

La doctrine économique réformiste du Crédit social a eu de l’influence au Canada pendant un certain temps. Les principes du Crédit social sont formulés par un ingénieur écossais, le major Clifford Hugh Douglas (1879-1952). Selon lui, les difficultés économiques sont causées par l’inefficacité de l’économie capitaliste, qui ne procure pas à la population un pouvoir d’achat suffisant pour jouir des fruits de la production économique.

Clifford Douglas préconise la distribution de l’argent, ou le « crédit social », pour que les gens aient un revenu suffisant pour acheter les biens et services produits en abondance par la société. Son système d’allocation, qui voit les citoyens d’abord comme consommateurs, est connu sous le nom de « théorème A+B ».

Alberta

La doctrine de Douglas n’a guère d’influence politique ailleurs dans le monde et serait probablement encore peu connue au Canada si l’évangéliste albertainWilliam Aberhart n’y avait pas adhéré en 1932. William Aberhart se sert de son émission radiophonique chrétienne pour encourager les Albertains à adopter le Crédit social pour mettre fin aux ravages de la Crise des années 1930 dans la province, de même qu’au Canada.

En 1935, William Aberhart conduit le nouveau Parti Crédit social à la victoire en Alberta, remportant 56 des 63 sièges et obtenant 54 % des suffrages exprimés. Il s’agit du premier gouvernement créditiste au monde. Dirigé par William Aberhart et, après sa mort en 1943, par Ernest C. Manning, le parti remporte neuf élections consécutives et gouverne la province jusqu’en 1971. S’il obtient ce succès remarquable, c’est en partie parce qu’il remplace les fondements de la doctrine créditiste par des politiques financières et sociales conservatrices que même les banquiers pourraient louanger. Un autre facteur de ce succès est l’utilisation judicieuse des abondantes recettes pétrolières qui affluent dans les coffres de la province après 1947.

Colombie‑Britannique

William Andrew C. Bennett est élu en Colombie‑Britannique. William Bennett ne tient pas compte de la doctrine du Crédit social, mais il allie un ensemble de politiques financières conservatrices à de dynamiques projets de développement. Il gouverne la Colombie-Britannique sous l’étiquette du Crédit social pendant 20 ans. Son fils William R. Bennett devient premier ministre en 1975 et William Vander Zalm lui succède en tant que premier ministre créditiste en 1986.

Pendant les années 1950 et au début des années 1960, les partis créditistes de la Saskatchewan et du Manitoba réussissent également à faire élire quelques députés à l’Assemblée législative des provinces.

Politique fédérale

En 1935, le Parti Crédit social fédéral remporte 17 sièges à la Chambre des communes, dont 15 en Alberta. La popularité du parti fédéral en Alberta diminue graduellement jusqu’en 1968. À cette date, il est devenu négligeable. Pendant les années 1950 et au début des années 1960, le parti fédéral ne remporte qu’un petit nombre de sièges en Colombie‑Britannique.

Québec par Réal Caouette, le Parti Crédit social remporte 26 sièges au Québec aux élections générales de 1962. Le chef national de l’époque, Robert Thompson, obtient à peine quatre autres sièges dans le reste du Canada, y compris le sien. Les tensions causées par ce déséquilibre entre les deux députations fédérales, avivées par la situation privilégiée du parti dans un parlement minoritaire, amènent une scission en 1963. Réal Caouette crée sa propre formation, le Ralliement des créditistes.

Le parti fédéral (Parti Crédit social et Ralliement des créditistes confondus) est représenté au Parlement jusqu’en 1980.

Des années 1990 à aujourd’hui

Au début des années 1990, la force politique du Crédit social au Canada s’est considérablement affaiblie. En Alberta, aux élections générales de 1993, le Crédit social présente 39 candidats sans succès.

En Colombie‑Britannique, le parti garde le nom « créditiste », mais il rompt ses attaches avec les groupes du Crédit social du reste du pays et demeure un parti relativement traditionnel et conservateur. Les « Créditistes » présentent des candidats aux élections générales en 2001 et en 2005. Aujourd’hui, les partis qui défendent le Crédit social sont généralement considérés comme marginaux.