Églises presbytériennes et réformées

Toutes les Églises chrétiennes de la tradition dite « réformée » tirent leur origine de la Réforme protestante du XVIe siècle et du CALVINISME. Leur fonctionnement est assuré par un système d'instances électives représentatives ou presbytériennes composées d'anciens et souvent qualifiées d'« épiscopat collégial ». La hiérarchie des instances est la suivante, en ordre ascendant : assemblées paroissiales, consistoires, synodes et, pour l'Église presbytérienne du Canada, l'assemblée générale annuelle. Au début, malgré la participation de calvinistes français (voir HUGUENOTS) à la TRAITE DES FOURRURES, la présence des non-catholiques est officiellement interdite en Nouvelle-France jusqu'à la CONQUÊTE britannique. Les premiers colons de l'Écosse et d'ailleurs introduisent le presbytérianisme dans les Maritimes et dans le Centre du Canada à la fin du XVIIIe siècle. Les Églises d'Écosse, d'Irlande et des États-Unis échouent d'abord dans toutes leurs tentatives pour mettre sur pied des assemblées dans les colonies et pour fonder une Église presbytérienne proprement canadienne. Au début du XIXe siècle, des filiales de l'Église d'Écosse et de ses ramifications « sécessionnistes » sont cependant finalement établies. Leurs relations mutuelles sont compliquées par des désaccords quant aux relations Église-État. En 1844, elles s'embrouillent davantage lorsque des membres de l'Église d'Écosse au sein de la colonie organisent des Églises « libres » par sympathie pour le mouvement contestataire de l'Église d'Écosse, également occasionné par des conflits entre Église et État.

En 1860 et 1861 respectivement, l'Église sécessionniste et l'Église libre des Maritimes et du Centre du Canada forment deux unions régionales. En 1875, celles-ci fusionnent avec les restes de l'Église d'Écosse pour former l'Église presbytérienne du Canada, qui est, d'après le recensement de 1891, la confession protestante la plus considérable au Canada. Avant la Première Guerre mondiale, la nouvelle Église prend une expansion rapide dans l'Ouest et établit des missions en Chine, en Corée, à Taiwan et en Inde, en plus de celles qu'elle avait déjà aux Antilles et à Vanuatu. Ces missions étrangères mènent une intense activité médicale et éducative à laquelle participent des centaines de Canadiens. Pendant cette période, les presbytériens du Canada, clercs comme laïcs, appuient activement les idéaux du MOUVEMENT SOCIAL GOSPEL dans le cadre de campagnes pour l'intégrité morale et politique, la TEMPÉRANCE et la justice sociale.

À l'aube du XXe siècle, le nationalisme, un climat de collaboration en matière religieuse et les visées expansionnistes des principales Églises protestantes du Canada amènent l'Église presbytérienne à chercher à s'unir à ces dernières pour former une seule Église canadienne. Parmi les presbytériens, une minorité s'oppose à ce mouvement; lorsque l'ÉGLISE UNIE DU CANADA est formée en 1925, environ le tiers des presbytériens (surtout à Montréal et dans le Sud de l'Ontario) refusent d'y adhérer. Ceux qui demeurent presbytériens perdent la plupart de leurs établissements d'enseignement, de leurs oeuvres de bienfaisance ainsi que de leurs missions au pays et à l'étranger. De 1925 à 1981, le nombre de membres et d'adhérents (qui sont relativement mieux nantis et plus instruits que la moyenne nationale) est stable à environ 800 000; il diminue ensuite à 636 295 membres d'après les derniers chiffres connus (recensement de 1991). L'Église presbytérienne occupe ainsi le quatrième rang en importance parmi les confessions protestantes du Canada.

En raison de la structure collégiale du presbytérianisme, le leadership personnel n'est pas particulièrement apparent dans la vie ecclésiale, mais des figures bien connues ont appartenu à cette Église : l'ardent nationaliste G.M. GRANT, recteur de l'U. Queen de 1877 à 1902; le premier ministre Mackenzie KING; le romancier Charles W. GORDON (Ralph Connor); George BROWN, éditeur de The Globe; Cairine WILSON, la première sénatrice au Canada; Thomas MCCULLOCH, pionnier de l'éducation en Nouvelle-Écosse; Oliver MOWAT, longtemps premier ministre de l'Ontario.

Les origines calvinistes et écossaises de l'Église presbytérienne du Canada sont encore très visibles dans son organisation et sa vie ecclésiale, car la prédication et la lecture des Écritures occupent une place centrale tandis que le culte et le décor des églises sont empreints d'une simplicité austère. L'Église presbytérienne a toutefois abandonné des éléments plus rebutants de la théologie et des usages calvinistes, notamment la double prédestination et l'observation rigoureuse du repos dominical. Bien que son histoire la rattache surtout à l'Écosse, l'Église presbytérienne canadienne comprend des assemblées de Français, de Suisses, de Hongrois, de Coréens et de Chinois. Elle entretient des relations actives avec des organismes chrétiens de collaboration comme le Conseil Oecuménique des Églises, l'Alliance réformée mondiale et le Conseil canadien des Églises.

Au Canada, la tradition réformée est également représentée par les calvinistes hollandais. Les LOYALISTES de la colonie qui appartiennent à l'Église Réformée hollandaise se joignent aux assemblées presbytériennes après la GUERRE DE 1812, mais un schisme ultérieur de cette Église (qui devient l'Église Réformée d'Amérique en 1867) fait naître l'Église du Christ Réformée (dont le siège social se trouve à Grand Rapids, au Michigan), qui fonde plusieurs missions dans l'Ouest canadien avant 1920. Pendant les 15 ans qui suivent la Deuxième Guerre mondiale, près de 150 000 Hollandais immigrent au Canada, et de nouvelles assemblées sont fondées en Ontario et en Colombie-Britannique. La croissance de l'Église du Christ Réformée se poursuit, et le nombre de ses membres dépasse 100 000 en 1991 (derniers chiffres connus). Il y a aussi quatre confessions calvinistes hollandaises plus petites (l'Église Protestante Réformée, les Églises Réformées Canadiennes, les Églises Libres Réformées d'Amérique du Nord et les Assemblées Réformées des Pays-Bas) qui remontent toutes aux années 50 et à la même vague d'immigrants hollandais. Les membres âgés de ces Églises ethniques conservent leur patrimoine hollandais grâce à leur religion, mais les membres nés au Canada s'adaptent plus facilement au style de vie du Canada.