La Loi des élections en temps de guerre de 1917 accorde le droit de vote aux femmes ayant dans leur parenté des soldats canadiens servant à l’étranger durant la Première Guerre mondiale, alors qu’elle prive du droit de vote de nombreux Canadiens ayant immigré de pays « ennemis ». La Loi est adoptée par le gouvernement conservateur du premier ministre Robert Borden afin de tenter de gagner des voix lors de l’élection de 1917.

Conscription

Le gouvernement conservateur de Robert Borden introduit la conscription en mai 1917 afin de renforcer les forces combattantes canadiennes engagées dans la Première Guerre mondiale. Mais cette disposition divise profondément le pays, les Canadiens anglophones y étant largement favorables, tandis que les Canadiens francophones et les autres Canadiens d’ascendance non britannique s’y opposent. Les conservateurs craignent que les adversaires de la conscription, notamment le Parti libéral qui est dans l’opposition, fassent cause commune pour les battre lors de l’élection générale qui doit se tenir en décembre.

Manœuvres électorales

Robert Borden effectue plusieurs manœuvres politiques pour renforcer sa position avant l’élection. Il convainc de nombreux libéraux favorables à la conscription et d’autres députés de l’opposition de se joindre aux conservateurs dans un gouvernement d’union pour imposer la conscription et poursuivre l’effort de guerre canadien.

Le gouvernement modifie également les règles régissant le droit de vote pour les élections à venir en introduisant la Loi des élections en temps de guerre. La Loi est conçue pour créer de très nombreux nouveaux électeurs susceptibles d’appuyer les unionistes et pour priver de leur droit de vote ceux qui se seraient probablement opposés à la conscription.

Le 20 septembre, après un débat acrimonieux, le Parlement adopte la Loi. La nouvelle loi prive du droit de vote les citoyens nés dans un pays « ennemi » et naturalisés après mars 1902, sauf ceux ayant un fils, un petit‑fils ou un frère en service actif dans les Forces armées canadiennes. Simultanément, elle octroie le droit de vote aux épouses, aux mères et aux sœurs des soldats en service ainsi qu’aux femmes qui sont elles‑mêmes militaires. Précédemment, le droit de vote était refusé aux femmes canadiennes.

Les Canadiennes et les Canadiens qui soutiennent en majorité la conscription et l’effort de guerre sont également en faveur de cette nouvelle loi.

Suites

La Loi des élections en temps de guerre renforce incontestablement le soutien populaire envers le parti de Robert Borden, mais elle n’aura pas d’influence majeure sur l’élection de 1917, remportée par les unionistes.

Pendant les décennies qui suivent son adoption, les conservateurs voient leur popularité auprès des Québécois, de certains groupes ethniques et des immigrants sérieusement diminuer.

Lors de l’élection du 17 décembre 1917, 500 000 Canadiennes votent pour la première fois à l’occasion d’une élection fédérale. La Loi est abrogée à la fin de la guerre; néanmoins, dès 1918, toutes les femmes nées au Canada et âgées de plus de 21 ans se voient accorder définitivement le droit de vote aux élections fédérales.

L’héritage de cette loi est ambigu : d’un côté, elle a offert à certaines femmes le droit de vote pour la première fois, d’un autre côté, elle a donné une réalité légale à de nombreuses peurs anti‑immigrés largement répandues.