Historique

L’application des principes d’hygiène au cours des décennies récentes a pratiquement éliminé les éclosions d’épidémies des maladies contagieuses les plus mortelles. Historiquement, cependant, les maladies épidémiques en Amérique du Nord se transmettent d’abord des explorateurs européens aux peuples autochtones. Plus tard, les conditions malsaines dans les navires qui lient les Amériques à l’Europe favorisent le développement des maladies contagieuses comme la variole, le typhus, le choléra et la grippe chez leurs passagers. Une ignorance de la cause de ces maladies et de leur mode de transmission contribue à les propager dans les villes portuaires. L’explosion d’une épidémie coïncide presque toujours avec l’arrivée d’un navire rempli de passagers malades.

Contact entre Européens et peuples autochtones

Lorsque les Européens commencent à débarquer sur les côtes des Amériques, les maladies épidémiques qu’ils apportent occasionnent une des plus grandes dépopulations dans l’histoire de l’humanité. Avant leur arrivée, les maladies comme la variole, la rougeole et la fièvre jaune n’existent pas dans cette région du monde. N’ayant jamais été exposés à ces maladies, les peuples autochtones n’ont pas les anticorps nécessaires pour combattre l’infection. Pendant les 400 ans qui suivent l'arrivée de Christophe Colomb aux Amériques en 1492, les populations autochtones sont réduites de façon radicale par les maladies épidémiques, au fur et à mesure que les Européens continuent à explorer le nouveau territoire et entrent en contact avec les différentes communautés.

De toutes les maladies qui affligent les peuples autochtones, la variole est souvent la pire. Bien qu’il soit impossible de cataloguer chaque cas de maladie européenne chez chaque tribu, deux occurrences offrent des exemples frappants. Le premier concerne Jacques Cartier, alors qu’il navigue sur le fleuve Saint-Laurent. Il rencontre des communautés très peuplées à Stadacona, un village iroquoien situé à l’emplacement actuel de Québec. Peu après son arrivée, au cours de l’hiver 1535, il remarque que les Iroquoiens meurent d’une maladie contre laquelle lui et ses hommes semblent être immunisés. Plus tard, les historiens confirment qu’il s’agit de la variole. Environ 70 ans plus tard, en 1603, Samuel de Champlain explore le même territoire. Stadacona n’est alors qu’une ville fantôme.

Un autre incident est révélateur sur la propagation délibérée de maladies. En 1763, alors que le chef odawa Obwandiyag (Pontiac) commence sa campagne d’opposition contre l'autorité britannique, sir Jeffery Amherst, dirigeant de l’armée britannique, conseille au colonel Henry Bouquet d’exposer les Autochtones qui leur livrent la guerre à la variole par le biais de couvertures infectées. Il écrit : « Vous ferez bien d’essayer d’inoculer les Indiens par le biais de couvertures, en plus de tenter toute autre méthode qui pourrait servir à supprimer cette race facilement manipulable. » Plusieurs historiens font remarquer qu’il n’existe aucune preuve que Bouquet ou ses hommes ont commis cet acte. Par contre, la même année, William Trent, un commerçant au Fort Pitt (situé à l’emplacement actuel de Pittsburgh, en Pennsylvanie), écrit au sujet d’une rencontre avec deux membres de la nation Delaware : « nous leur avons donné deux couvertures et un mouchoir provenant de l’Hôpital de la variole. J’espère bien qu’ils apporteront l’effet désiré. »

Les estimations du nombre d'Autochtones dans l’hémisphère occidental à l’époque de l’arrivée de Christophe Colomb varient grandement. Pour cette raison, il est difficile de dire exactement quel pourcentage est mort des maladies introduites par les Européens. Cependant, certains érudits estiment que, vers 1900, les populations autochtones ont diminué de plus que 93 %. Bien que d’autres facteurs contribuent à leur dépopulation (p. ex., la guerre, la dépossession), les maladies épidémiques sont certainement l’agent le plus dévastateur.

Variole

Vers la fin du XVIIIe siècle, l’inoculation contre la variole devient une méthode préventive populaire en Europe. L’inoculation contre la variole comprend l'introduction de pus variolique sous la peau du patient. Peu après, le vaccin, plus efficace et moins dangereux, fait son apparition en Amérique du Nord. Pourtant, les épidémies de variole continuent à affliger la population. Montréal est très durement touchée; l’épidémie de 1885 est singulièrement dramatique. Son étendue persuade les autorités municipales de rendre le vaccin obligatoire, mais l’opinion médicale se divise en deux camps opposés, pour ou contre le vaccin. Ceux qui sont contre accusent ceux qui sont pour de propager la maladie. La population, terrifiée, refuse de se faire vacciner. Le 18 septembre 1885, une émeute éclate dans la ville. Les gens arrachent les affiches qui incitent à se faire vacciner et saccagent l’hôtel de ville, les pharmacies, le domicile du responsable officiel des vaccins et ceux des magistrats municipaux. L’étendue de l’épidémie (qui prend 3 164 vies, dont 2 117 enfants) convainc finalement les Montréalais d’obéir aux autorités sanitaires et au clergé.

Typhus

Le typhus arrive au Canada pour la première fois en 1659, mais l’éclosion de 1746 est à noter en cause de sa sévérité. Cette année-là, la France envoie une grande flottille de navires de guerre au Canada pour reprendre Port-Royal en Acadie. Des 3 150 soldats à bord, 1 270 périssent en mer et 1 130 meurent au bassin Bedford, où ils avaient rendez-vous avec une armée provenant de Québec. La maladie frappe les Mi’kmaqs de la région, provoquant la mort de plus du tiers de ceux-ci.

En 1847, des immigrants arrivant des îles Britanniques (surtout ceux de descendance irlandaise), 9 293 meurent pendant la traversée atlantique. Cette année est désormais connue comme « l’année du typhus ». Dix mille trente-sept individus encore meurent à Grosse-Île (la station de quarantaine sur le fleuve Saint-Laurent en aval de Québec) ou dans les hôpitaux de Québec, de Montréal, de Kingston et de Toronto. Des monuments sont érigés au cap des Rosiers sur la côte gaspésienne pour commémorer ceux qui ont péri en mer.

Choléra

Le gouvernement canadien craint l’introduction du choléra par les immigrants européens, surtout en 1831, quand le choléra asiatique dévaste l’Europe. Une nouvelle réglementation interdit à la population locale de se rendre à bord des vaisseaux dans le port. Un comité sanitaire est établi au début de 1832, la législation quarantenaire est renforcée, et Grosse-Île est placée sous commandement militaire. Cependant, un navire est autorisé à quitter la station de quarantaine, ce qui résulte en une épidémie cholérique en 1832. Quelque 6 000 personnes en meurent. À peine deux ans plus tard, la maladie frappe de nouveau et des éclosions sporadiques surviennent au cours du siècle.

Grippe (Influenza)

Bien que le taux de mortalité liée à la grippe soit généralement bas au Canada, certaines épidémies surviennent pendant des éclosions de typhus et d’autres maladies. Depuis l’éclosion de grippe espagnole d’après la Première Guerre mondiale, les découvertes scientifiques ont rendu les maladies infectieuses moins mortelles. De récentes épidémies de grippe, par exemple, ont causé beaucoup de maladies, mais peu de décès. Selon Santé Canada, la mesure la plus efficace pour réduire les complications dues à la grippe est de vacciner, avant chaque saison de grippe, les personnes présentant un risque élevé, comme les personnes âgées et les tout-petits.

Fièvre jaune

En 1710, le germe d’une maladie encore inconnue au Canada appelée « la maladie siamoise », connue aujourd’hui comme la fièvre jaune, arrive au port de Québec depuis les Antilles. L’insecte vecteur est le Stegomya fasciata. Ce moustique trouve la chaleur et l’humidité à bord des vaisseaux idéales pour se reproduire. Il infecte les passagers vulnérables avec le virus dangereux. Les matelots malades sont emmenés à l’Hôtel-Dieu de Québec, où ils meurent, tout comme six infirmières et douze prêtres. L’épidémie fait certainement de nombreuses victimes, mais le nombre précis n’est pas connu. Une fois que l’hiver arrive, l’insecte et la maladie qu’il porte disparaissent tous les deux. Il ne semble pas y avoir d’autres épidémies de fièvre jaune au Canada, même si quelques cas sporadiques surviennent dans les villes portuaires du pays. À l’occasion, le gouvernement canadien déclare une quarantaine sur des ports étatsuniens où la maladie fait des ravages.

Maladie de la Baie-Saint-Paul

En 1773, une contagion mystérieuse apparaît dans la région de Baie-Saint-Paul, se répand dans les paroisses avoisinantes et atteint enfin la région de Montréal. Les symptômes incluent des ulcères buccaux, de la douleur dans les extrémités et, enfin, la destruction du palais, des gencives et des os du nez, et l’apparence d’enflures sur la tête, sur les clavicules et sur les os des extrémités. Hommes, femmes et enfants sont tous affligés. Après quelque hésitation et un peu de discussion, l’opinion médicale déclare que la maladie, connue sous le nom de « maladie de la Baie-Saint-Paul », est une forme de syphilis.

Voir aussi : Tuberculose; SIDA.