Enfance et formation

Evelyn Merle Nelson, née Roden, naît le 25 novembre 1943 à Hamilton, en Ontario. Ses parents sont des immigrants juifsrusses. Arrivés au Canada dans les années 1920, ils connaissent le succès avec une entreprise de vêtements. À une époque où, dans les cas plutôt rares, on encourage les jeunes femmes à poursuivre des études universitaires, on les dirige plutôt vers les arts ou vers les lettres et les sciences humaines, la famille Roden encourage la jeune Evelyn à vivre sa passion pour les mathématiques et les sciences.

Evelyn Merle Roden obtient son diplôme de l’école secondaire de Westdale. Elle s’inscrit ensuite au programme spécialisé en mathématiques, physique et chimie de l’Université de Toronto. Ce programme est considéré comme étant exigeant et rigoureux sur le plan intellectuel – le meilleur programme de son genre dans tout le Canada. En 1963, Evelyn Nelson change de programme d’études. Elle s’inscrit au programme spécialisé en mathématiques de l’Université McMaster à Hamilton. Elle est la meilleure étudiante de sa classe, à l’exception de deux cours, où elle se classe deuxième. Son nom figure au palmarès du doyen pour ses deux semestres du premier cycle à l’Université McMaster. Considérée la meilleure étudiante du département de mathématiques, elle obtient, pendant sa dernière année du premier cycle, la permission de suivre des cours de niveau supérieur. Elle obtient son baccalauréat ès sciences en 1965, et termine l’université en se classant première de classe.

Elle poursuit ses études au cycle supérieur au département de mathématiques de l’Université McMaster. En 1967, elle étudie avec l’algébriste Günter Bruns et complète son mémoire de maîtrise en huit mois. Ses recherches portent sur les possibilités d’application de l’algèbre universelle, et son mémoire est considéré comme unique, car il s’agit de recherches originales, tandis que la plupart des mémoires de maîtrise sont des synthèses des travaux d’autres universitaires. Dans un autre exploit remarquable, son mémoire est publié dans le Journal canadien de mathématiques l’année même où elle le termine; c’est en fait sa première publication. Elle termine son travail de doctorat sur les structures algébriques appelées semigroupes en 1970. En 1971, sa dissertation est également publiée dans le Journal canadien de mathématiques.

Carrière

Les premières années qui suivent l’obtention de son doctorat sont difficiles pour Evelyn Nelson. Même si elle est une brillante mathématicienne à l’avenir prometteur dans un département qui grandit, elle n’arrive pas à obtenir un poste de professeur à temps plein à l’Université McMaster. Puisqu’il n’y a pas de postes vacants dans le département de mathématiques, elle enseigne et fait de la recherche pendant presque huit ans, d’abord comme boursière de recherches postdoctorales, puis comme associée de recherche. En 1978, elle obtient un poste de professeure de faculté comme professeure agrégée; en 1983, elle devient professeure titulaire. Elle est hautement respectée au département de mathématiques, grâce à sa présence exigeante, mais motivante dans la salle de conférence.

Evelyn Nelson est une membre dynamique du département de mathématiques et de la communauté universitaire, et siège au Sénat de l’Université McMaster. En 1981, comme présidente du comité directeur de l’orientation, elle travaille pour mettre un terme aux activités humiliantes des rituels d’initiation, surtout dans les résidences universitaires, faisant plutôt adopter des programmes plus inclusifs de nature plus académique.

L’enseignement et les tâches administratives n’empêchent pas Evelyn Nelson de mener ses recherches, qui se poursuivent à un rythme soutenu. Elle est une éminente universitaire avec une grande variété d’intérêts qui se concentrent sur l’algèbre universelle et les structures algébriques finies et infinies. Vers la fin des années 1970, elle commence à explorer les applications de l’algèbre universelle dans le domaine relativement jeune de l’informatique théorique. Elle avance que les problèmes algébriques qui surgissent dans l’informatique théorique nécessitent le travail d’algébristes, comme elle. Ses conclusions sont publiées dans plusieurs revues informatiques et débouchent sur des recherches menées en collaboration avec des informaticiens. Tout cela contribue à sa nomination à la présidence de l’unité d’informatique du département de mathématiques. De 1982 à 1984, Evelyn Nelson est la présidente de l’unité émergente, et oriente son évolution pour devenir un département indépendant, séparé du département de mathématiques, ce qui arrive en 1985.

Evelyn Nelson est également une auteure prolifique. Au cours de sa carrière de 20 ans, elle publie plus de 40 mémoires de recherche, soit comme auteure unique ou en paternité conjointe avec des collègues du monde entier. Ses mémoires portent sur les domaines de l’algèbre universelle, de la logique algébrique et de l’informatique théorique.

Pendant un certain temps, la mathématicienne de renommée est également rédactrice en chef d’Algebra Universalis, une revue de mathématiques réputée, et siège au conseil d’administration de celle-ci. Elle rédige, en qualité de lectrice spécialisée, des rapports à l’intention de 10 revues de mathématiques, en plus de rédiger quelque 100 critiques. Elle est conférencière à quelque 30 universités et institutions, à des endroits comme Edinburgh, Paris, Hawaii et Bremen, et participe à plusieurs conférences, au Canada et à l’étranger. Elle est également membre de la Société mathématique du Canada et de la Société mathématique américaine.

Vie personnelle

Peu de temps après s’être inscrite à l’Université McMaster, en 1963, Evelyn Merle Roden épouse Mort Nelson, un autre étudiant. Le couple accueille la première de deux filles plusieurs mois avant qu’Evelyn Nelson ne termine sa thèse de doctorat, en 1970. Jusqu’à tard durant sa deuxième grossesse, elle donne un cours de première année très chargé. Son mariage est dissous vers le milieu des années 1970. Comme mère monoparentale, Evelyn Nelson amène souvent ses filles en classe, où elles jouent tranquillement, ou écoutent les cours de leur mère.

Diagnostic de cancer et décès

Evelyn Nelson apprend qu’elle a un cancer au début des années 1980. Elle cache la gravité de sa maladie à la plupart de ses collègues et de ses amis, et équilibre soigneusement ses engagements professionnels et ses traitements contre le cancer. Elle décline l’invitation de présider le nouveau département d’informatique de l’Université McMaster à cause de la détérioration de son état de santé. En mai et juin 1987, elle passe plusieurs semaines à Prague, en Tchécoslovaquie (aujourd’hui la République tchèque), où elle mène des recherches avec des collègues européens avant de retourner à Hamilton. Elle décède deux mois plus tard, le 1er août, de complications chirurgicales. Son décès est un choc pour bien des personnes à l’Université McMaster et dans le domaine des mathématiques en général. Au moment de son décès, Evelyn Nelson a plusieurs projets à diverses étapes d’accomplissement.

Legs

Pour rendre hommage à la contribution d’Evelyn Nelson au domaine des mathématiques, et à son implication dans la communauté universitaire, l’Université McMaster instaure, en 1991, la série de conférences Evelyn Nelson. Cette série annuelle de conférences accueille des universitaires canadiens et étrangers dont la recherche porte sur des sujets liés aux fondements des mathématiques.

En 1995, la contribution d’Evelyn Nelson au domaine des mathématiques est de nouveau célébrée par le lancement du prix Krieger-Nelson. Créé par la Société mathématique du Canada, ce prix est nommé en l’honneur d’Evelyn Nelson et d’une autre pionnière des mathématiques, Cecilia Krieger. Il honore les mathématiciennes qui prennent part à des recherches avant-gardistes dans le domaine. La récipiendaire présente une conférence lors de l’assemblée générale annuelle de la Société. Le trophée est très distinctif en lui-même : la chercheuse distinguée choisie comme récipiendaire du prix Krieger-Nelson chaque année reçoit une sculpture inuite en stéatite.