Festivals du film

Les festivals du film contribuent de différentes façons à encourager les investissements dans le cinéma et à accroître l'intérêt envers celui-ci. Comme ils sont connus dans le monde entier, les festivals du film au Canada constituent autant une place de marché qu'une occasion de festivités ainsi que la possibilité d'apprécier les films et d'en faire l'échange commercial. Ils permettent aux films canadiens de se faire connaître tant au pays qu'à l'étranger et ont beaucoup apporté aux cinéastes, aux producteurs et aux cinéphiles. Ils attirent de nombreux auditoires (surtout à Montréal, à Toronto et à Vancouver) ainsi que des médias internationaux. Ils contribuent à sensibiliser le public et à développer son intérêt face au cinéma canadien et étranger. Ils favorisent aussi l'épanouissement des critiques de cinéma qui, à l'origine, se limitaient aux productions d'Hollywood.

Comme c'est souvent le cas au Canada, les initiatives culturelles les plus novatrices viennent souvent des régions et non des métropoles. Ainsi en est-il des festivals de cinéma, dont la toute première initiative revient à la petite ville de Yorkton, en Saskatchewan. Animé par l'esprit pionnier des Prairies, le Film Council de cette communauté agricole a tenu son premier Festival international de films documentaires en 16 mm en 1950. Le Yorkton Film Council s'est dissous en 1969 et depuis 1971, le festival s'est retrouvé sous la gouverne du Yorkton International Film Festival Socitety. Le festival a subi plusieurs changements de nom, mais c'est en 1977 que l'indicatif ''international'' fut rayé, donnant ainsi une note plus canadienne au festival. Maintenant connu sous la bannière de Yorkton Film Festival, ce festival est celui qui occupe la plus longue durée de présentation de films en continu en Amérique du Nord ; il offre de plus les prestigieux prix Golden Sheaf Award, dont le premier fut décerné en 1958. Les films gagnants font ensuite la tournée de la province.

En 1956, Gerald Pratley, critique de films de Toronto et animateur de l'émission "This Week in the Movies" sur les ondes de la radio CBC (première émission de cette catégorie au Canada, présentant des critiques professionnelles sur le cinéma) fut approché afin de mettre sur pied un modeste festival de films, d'une durée de deux semaines, présenté dans un théâtre loué pour l'occasion à Stratford (Ont.) Cependant, le Stratford Film Festival faisait concurrence au Shakespeare festival et fut interrompu en 1961, par son directeur Michael Langham. C'est en 1971 qu'il fut ressuscité grâce à G. Pratley, alors directeur du Ontario Film Institute. Durant quatre ans, ce festival se déroula avec succès mais fut une autre fois annulé par son directeur Robin Philips.

En 1960, un groupe de cinéastes et de cinéphiles montréalais fonde le Festival international du film de Montréal. Cet événement annuel non-compétitif se tiendra pendant huit ans. Logé d'abord au cinéma Loew's sur la rue Sainte-Catherine, il terminera ses jours à la salle de spectacle construite pour l'EXPO 67. En 1962, sous la direction de Rock DEMERS, est inauguré le Festival du cinéma canadien. Le festival attire tous les intervenants de l'industrie cinématographique canadienne et québécoise ainsi que ceux de la scène internationale. Véritable creuset pour des nouveaux projets et des théories de développement du cinéma canadien, le festival sert de plus de tremplin pour promouvoir la création des salles de répertoire à Montréal. Suite à sa disparition, il faudra attendre une décennie avant que ne revienne un autre festival international de cinéma à Montréal.

En 1971, Claude Chamberlan et Dimitri Eipides, passionnés par le cinéma expérimental et « underground », fondent, à Montréal, le Festival international du film en 16 mm, qui devient, en 1980, le Festival international du nouveau cinéma. Mettant de l'avant une programmation qui cherche à refléter les tendances actuelles du cinéma mais explorant aussi toutes les marges du cinéma expérimental, ce festival hors compétition demeure le deuxième plus ancien festival au Canada. Lors de la 25e rencontre en 1997, le Festival international du cinéma et des nouveaux médias de Montréal fait peau neuve et prend un nouveau départ avec une programmation plus éclatée mais résolument tournée vers les nouvelles images. De nos jours, il se reconnaît sous la bannière du Festival du nouveau cinéma.

En raison de l'expertise canadienne en matière de cinéma documentaire et en l'honneur de John GRIERSON, fondateur de l'OFFICE NATIONAL DU FILM du Canada, l'Ontario Film Association crée, en 1975, le Séminaire du documentaire Grierson. Avant de disparaître en 1987, ce festival consacré au cinéma documentaire rassemble, au cours de ses éditions, cinéastes, éducateurs, étudiants, critiques et autres professionnels du cinéma documentaire venus de tous les pays du monde, tous participant aux divers débats et échanges de haut calibre sur ce genre cinématographique

Le Ottawa International Animation Festival a été lancé en 1975, événement bi-annuel mis sur pied par l'Institut canadien du film (ICF) en collaboration avec l'Association Internationale du Film d'Animation. Avec Zagreb en Croatie, Annecy en France et Hiroshima au Japon, ce festival s'inscrit dans le grand circuit mondial des Rencontres du Cinéma d'Animation. À partir de 2005, cet événement se produit annuellement sous l'effigie du ICF et est vite devenu le plus grand festival de films d'animation en Amérique du nord.

En 1976, les producteurs Bill Marshall et Henk van der Kolk ainsi que l'avocat Dusty Cohl fondent le Festival of Festivals de Toronto. Après deux années sous la direction de B. Marshall, la IFC engage Wayne Clarkson comme directeur. Grâce à son expertise, le festival gagne en importance. En 1984, le festival lance Perspective Canada, voué aux réalisateurs canadiens qui deviendra l'un des volets les plus populaires parmi les nombreux programmes offerts. En collaboration avec Perspective Canada, le festival met sur pied la plus importante rétrospective de films canadiens jamais présentée au Canada et publie The film Companion , œuvre de l'historien de la cinématographie canadienne, Peter Morris. Durant les années '80, le festival prend de l'ampleur sous la direction de Helga Stephenson et Piers Handling.

En 1994, après avoir été rebaptisé le Toronto International Film Festival, il fut repris par the Ontario Film Institute qui aujourd'hui, s'occupe de la Cinematheque Ontario et The Film Reference Library ; en terme de nombre de films présentés et de leur prestige, le festival devint, durant les années 1990, une plate-forme de lancement pour des films qui pourraient se classer en nomination pour des Oscars et est devenu le plus grand festival en importance, après le festival de Cannes. Même si ce festival s'avère être non compétitif, un prix du public, le People's Choice Award y est remis ainsi que de nombreux autres, en reconnaissance des films et des réalisateurs canadiens. En 2010, le Bell Lightbox, son nouveau siège social, ouvrit ses portes à Toronto.

En 1977, deux événements sont mis sur pied à quelques semaines d'intervalle à Montréal: le Festival international du film de la critique québécoise, et le Festival canadien des films du monde. Le premier ne connaîtra que deux éditions en 1977 et en 1978. Le second, qui deviendra le Festival des films du monde- lancé en 1969 par Serge Losique)- en 1978, réussit à obtenir la reconnaissance officielle de la Fédération internationale des associations de producteurs de films (FIAPF) comme étant un festival international compétitif de première catégorie.

Dans sa publicité, le Festival de télévision de Banff prétend à juste titre être l'équivalent pour la production télévisuelle du festival de cinéma de Cannes. Fondé en 1979, il acquiert une réputation internationale qui fait l'envie des festivals du même genre. Le décor prestigieux du Banff Springs Hotel dans les ROCHEUSES attire les gens les plus influents du monde de la production d'émissions de télévision. Tous les ans, le Grand Prix de Banff est décerné dans plusieurs catégories.

En raison de la très vaste étendue de son territoire, et de l'inévitable concentration de tels événements dans les grands centres que sont Montréal et Toronto, les deux grandes villes qui bordent le pays à ses extrémités est et ouest vont finalement se doter à leur tour d'un événement cinématographique à caractère international, afin de faire connaître dans leur région le meilleur de la production mondiale. Halifax va créer l'Atlantic Film Festival en 1981, et Vancouver, le Vancouver International Film Festival en 1982. Des Prix du public sont remis dans chacun de ces festivals.

Également en 1981, René Rozon crée à Montréal le Festival international du film sur l'art, qui s'impose aujourd'hui comme étant l'événement international par excellence pour ce genre de productions. Un jury international décerne le Grand Prix du festival dans plusieurs catégories et offre de plus, des ressources pour les créateurs.

C'est dans le cadre d'une grande manifestation dont l'histoire est parallèle à celle du cinéma québécois qu'on peut voir le plus vaste panorama de la production annuelle du Québec dans toutes les catégories. La Semaine du cinéma québécois, fondée en 1973, doit son existence à Carl Mailhot. Son but premier est d'offrir aux cinéphiles et aux professionnels du cinéma le meilleur de la production annuelle québécoise. Sous le nom de Rendez-vous d'automne, l'événement prend un nouveau départ, en 1982, sous la direction de René Roy. Louise Carré (1983-1985) lui succède. Depuis 1986, Les Rendez-vous du cinéma québécois sont administrés par Michel Coulombe. Le Prix de la critique québécoise de cinéma y est remis et ce, dans plusieurs catégories. Depuis quelques années les Rendez-vous sont également présentés ailleurs au Québec ainsi qu'à Vancouver et à Toronto.

Nouvelle poussée du dynamisme des régions en 1982, alors que Jacques Matte fonde à Rouyn-Noranda le Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue. Reconnu pour son accueil jovial et chaleureux, et son public enthousiaste, l'événement est couru tant par les cinéastes d'ici que par les cinéastes étrangers. On y décerne le Prix du Public Hydro-Québec.

Une initiative semblable, qui remonte à 1983, est le Carrousel international du film de Rimouski, consacré au cinéma pour le jeune public. Des ateliers, des rencontres avec des cinéastes de tous les coins du monde, animent ce festival. Un jury composé de jeunes Européens et Nord-Américains âgés de 10 à 15 ans décerne pour plusieurs catégories, le Prix Camérios .

En 1985, un groupe de femmes organise, à Montréal, le premier Festival international de films et vidéos de femmes. L'événement a lieu tous les ans jusqu'en 1990. Depuis 1991, il alterne avec La Mondiale des films et vidéos de femmes de Québec. Les rencontres de 1992, de 1994 et de 1996 se sont toutes déroulées à Montréal sous le titre de Silence elles tournent.

Vues d'Afrique : Journées du cinéma africain et créole, fondées en 1985 par Gérard Le Chêne à Montréal, rassemble des films et des vidéos produits par des réalisateurs africains, arabes et des Antilles, même si produits au Canada. Jumelés pendant quelques années au Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (au Burkina Faso) ainsi qu'au Festival d'Amiens (en France), sa programmation est présentée, en partie, dans plusieurs villes canadiennes. Les prix de la Communication interculturelle sont remis dans plusieurs catégories.

Grâce à l'initiative de Wyndham Wise, alors directeur général du Canadian Independent Film Caucus (maintenant le Documentary Organization of Canada - l'Association des documentaristes du Canada), le Hot-Docs! Canadian International Documentary Festival and Awards de Toronto est fondé en 1994 par une équipe dirigée par Debbie Nightingale. Il rassemble des documentaires canadiens et internationaux de qualité et organise des colloques et des ateliers sur la production et le financement du documentaire. Sans affiliation directe avec son précurseur, ce festival pourrait bien combler un vide laissé par la disparition, il y a 10 ans , du Séminaire Grierson. Durant ces cinq premières années, Hot Docs servit à promouvoir les réalisations des cinéastes de Caucus; cependant, en 1998, Chris McDonald, auparavant chez CANADIAN FILM CENTRE (Le Centre canadien des hautes études cinématographiques), devint employé à temps plein et le festival gagne sa reconnaissance comme étant plus professionnel. Il occupe aujourd'hui le premier rang des festivals de films documentaires en Amérique du nord. En plus de regrouper des artistes canadiens de renommée internationale et leurs œuvres, le festival est aussi l'hôte de séminaires et d'ateliers portant sur l'aspect financier de la production. Des prix sont également attribués par vote des participants aux meilleures productions canadiennes présentées.

Les années '89 et '90 verront une explosion de festivals partout au pays parrainés et par des villes et par des groupes professionnels. Voici une liste, quoique incomplète, des festivals de films présentés au Canada : Le St.John's International Woman's Film Festival, Cinéfest Sudbury International Film Festival, Inside Out Toronto LGBT Film and Video Festival (maintenant en second rang d'importance tenu à Toronto en termes de nombre d'assistances), le Toronto's Images Festival of Independant Film and Video, le Calgary International Film Festival, le Edmonton International Film Festival et le Victoria Film Festival.