D’une longueur de 3185 km (dont 1149 km s’écoulent au Canada), le fleuve Yukon est le cinquième plus long fleuve d’Amérique du Nord. Sa source se situe dans le secteur nord-ouest de la Colombie-Britannique, à la frontière provinciale avec le Yukon. Il coule vers le nord et le nord-ouest à travers le Yukon vers l’Alaska, puis il bifurque vers l’ouest en direction de Norton Sound sur la mer de Béring. Contenu à l’intérieur du vaste plateau central du Yukon, lui-même circonscrit par les monts Mackenzie à l’est et le mont Saint Elias au sud-ouest, le fleuve Yukon et ses affluents forment le principal bassin de drainage de la région.

Cours

Au Canada, il y a quatre affluents principaux qui alimentent le fleuve Yukon : la rivière Teslin, la rivière Pelly, la rivière White et la rivière Stewart. En Alaska, les principaux affluents du Yukon sont les rivières Porcupine, Tanana et Koyukuk.

Le Yukon a un débit lent. Il est formé de multiples bras qui se quittent et se rejoignent en s’enchevêtrant. Il est assez peu profond sauf quand il est grossi par les crues printanières. On peut le subdiviser en deux zones. En amont de son point de jonction avec la rivière Porcupine, le fleuve est légèrement en décliné. Mais, au cours des derniers 1600 km l’amenant à se verser dans la mer de Béring, son lit est relativement plat. Entre Fort Selkirk et Dawson, le Yukon est criblé d’îles boisées et son long et large ruban est cerné de montagnes. Après Dawson, la vallée devient plus étroite. Puis, au moment d’entrer en Alaska, elle s’élargit de nouveau pour devenir l’immense complexe de plateaux intérieurs qu’on appelle les Yukon Flats.

Écologie

Le fleuve Yukon a passablement moins d’espèces de poissons dans ses eaux et passablement moins d’espèces de plantes et d’animaux sur ses berges que des fleuves de format similaire coulant dans des régions plus tempérées. Ses principales espèces de poisson sont : l’ombre de l’Arctique (une prise fort appréciée en pêche sportive), la truite Dolly Varden, le nelma, la lotte, le corégone et trois espèces de saumons : le saumon kéta, le saumon argenté et le saumon royal. Les saumons royaux ou saumons chinooks se retrouvent de la source à l’embouchure du fleuve Yukon. Certains d’entre eux ne quittent jamais les zones d’eau douce. Mais la plupart de ces saumons sont migrateurs. Ils convergent à l’embouchure du Yukon depuis la mer de Béring à la fin du printemps et au début de l’été, pour remonter le courant du fleuve et se retrouver en eaux canadiennes au milieu ou à la fin de juillet. La truite arc-en-ciel a été introduite au lac Jackson dans les années 1950 mais elle a peu colonisé l’ensemble du réseau hydrographique.

Les berges du fleuve sont en zone de toundra alpine dans le bassin supérieur et en zone de forêt boréale partout ailleurs. Le bras principal de fleuve est longé d’épinettes, de pins tordus, de peupliers baumiers, de peupliers faux-trembles et de bouleaux. On retrouve aussi des espèces d’aulnes et de saules à proximité des rives. Au nombre des oiseaux et des mammifères, on retrouve le pygargue à tête blanche (dit aigle chauve), l’ours brun et l’ours noir. Les ours et les rapaces sont cruciaux dans la chaîne alimentaire de cet écosystème. Ils se nourrissent des poissons jaillissant du fleuve. D’autres espèces de mammifères, notamment les castors, les rats musqués et les orignaux jouent aussi leurs rôles. Ils construisent des huttes, des galeries et des barrages ou encore ils se nourrissent des plantes poussant le long des rives du Yukon. Les petits animaux invertébrés présents incluent les moules, les palourdes, les escargots et un grand nombre d’espèces d’insectes.

Histoire

Au Canada, le fleuve Yukon et ses affluents traversent le territoire des Tr'ondëk Hwëch'in, des Tutchonis, des Tagishs et des Tlingits. En retour, le fleuve est crucial au sein du dispositif culturel autochtone. Un cycle de contes à propos d’un héros athapascan du nom de Tachokaii (« le Voyageur ») relate les origines du fleuve et du temps même. D’après ces récits, le canot d’écorce aurait été inventé sur les rives du fleuve Yukon, précisément à l’endroit où il s’élargit dans la partie sud du lac Laberge. En plus du canot, les peuples autochtones se déplacent aussi dans le fleuve sur des esquifs en peau d’orignal ainsi que sur des barges pouvant transporter une maisonnée entière.

Le saumon kéta et le saumon royal remontent le fleuve Yukon en deux phases migratoires estivales distinctes. Pour recueillir le poisson au cours de ces deux remontées, les peuples autochtones établissent des camps de pêche, à la fin du printemps et au début de l’été. Se servant de roches pour planter les piquets, ils construisent des digues de pêche. Ils cernent ainsi les saumons, les obligeant à nager tout le long de la digue, à la recherche d’une issue. Dans l’ouverture de la digue sont installés des paniers à poissons qui capturent les prises. Le site d’un des plus importants lieux de capture de saumons du peuple Selkirk (ou Tutchonis du Nord) se trouve sur une île aux environs du chenal Three Way. À un certain moment de la fin du XIXe siècle, le fleuve Yukon a changé de cours, laissant le site à l’air libre et le rendant alors inutilisable pour la pêche.

Ces communautés autochtones disposaient de réseaux commerciaux complexes et diversifiés, très antérieurs à l’arrivée des Européens qui, elle, a lieu à la fin du XVIIIe siècle quand la Compagnie russe d’Amérique établit des postes de traite en Alaska. La Compagnie de la Baie d’Hudson arrive, pour sa part, au milieu du XIXe siècle. Elle fonde Fort Yukon, à la jonction de la rivière Porcupine et du fleuve Yukon, en 1847, et Fort Selkirk un an plus tard, à la jonction du fleuve Yukon et de la rivière Pelly. Peu après, la Compagnie commerciale de l’Alaska fonde Fort Reliance en 1874. Ils feront voguer des navires à vapeur sur le fleuve Yukon.

Au milieu des années 1880, les prospecteurs et les mineurs apparaissent sur les berges de tout le bassin hydrographique. À partir de 1885, la mise à jour d’une série de filons anticipe la première extraction importante d’or, survenue, elle, en 1896, à Bonanza Creek. Cette dernière découverte débouche elle-même sur la ruée vers l’or du Klondike. La ruée vers l’or métamorphose le Yukon et son fleuve, notamment de par une intensification du passage des navires à vapeur et l’afflux de nouveaux arrivants. Les principales opérations minières ont lieu sur un des affluents du fleuve Yukon, la rivière Klondike. Par contre, le principal lieu de convergence des pionniers sur le territoire, la ville de Dawson, se trouve à la jonction de la rivière Klondike et du fleuve Yukon. Tout juste au sud de Dawson se trouve Tr’ochëk, un ancien camp de pêche du peuple Tr'ondëk Hwëch'in. Les prospecteurs se mettent à acheter des abris aux Tr'ondëk Hwëch'in à Tr’ochëk. Ils s’installent et construisent de nouvelles habitations. Viennent ensuite la scierie et les billots de flottage, qui se mettent à endommager les installations de pêche au saumon. Sous le commandement du chef Isaac, les Tr'ondëk Hwëch'in déménagent alors à Moosehide, à 5 km en aval.

Par la suite, les bateaux à aubes continueront de circuler, desservant la population moins nombreuse qui restera à Dawson après la ruée vers l’or. Quand l’autoroute de l’Alaska est complétée en 1942, cela réoriente toutes les activités locales vers le Yukon central, loin du fleuve.

Whitehorse, qui se trouve sur le fleuve Yukon, devient la capitale du territoire du Yukon en 1953. Peu après, commence la construction d’un barrage hydroélectrique sur les rapides White Horse (qui donnent leur nom à la commune). L’usine hydroélectrique ouvre en 1958. Elle alimente encore la ville en électricité à ce jour. Une passe à poissons de 366 mètres de long, en bois et en béton, a été construite à l’intérieur de ces installations. Elle permet aux saumons migrateurs de franchir le barrage, sur la route vers leur lieu de frayage.

Le fleuve reste un élément crucial du dispositif culturel des autochtones du Yukon. C’est aussi une attraction touristique appréciée de ceux qui s’intéressent aux excursions d’avironneurs, dans la nature sauvage. De nombreux visiteurs descendent le fleuve, en canot. Ils se rendent au Festival de musique de Dawson ou à une des grandes rencontres bisannuelles de Moosehide.

Problèmes environnementaux

Depuis la fin du XXe siècle, les changements climatiques ont accéléré la débâcle printanière. Le fait que les glaces se fracturent de plus en plus tôt à la surface du fleuve au printemps aggrave parfois l’effet de certains désastres naturels, comme les inondations dues à des embâcles qui, historiquement, ont causé un certain nombre de dommages à Dawson. Tous les automnes, Whitehorse vidange ses eaux d’épuration dans le fleuve Yukon. Elles vont y rejoindre les eaux usées de communes plus modestes, comme Dawson. Un haut taux de contaminants a été détecté chez un certain nombre d’espèces de poissons du lac Laberge, notamment la truite lacustre, la lotte et le grand brochet. On suppose cependant que ces contaminants proviennent en fait de sources assez lointaines.