La francophonie démographique et sociohistorique

L’ensemble des peuples et des communautés de tous les pays dont le français est la langue maternelle ou la langue d’usage s’est mis en place exclusivement à cause du rayonnement colonial de la France et de la Belgique. La France a connu deux phases coloniales distinctes, la première au XVIIe siècle et la seconde au XIXe siècle.

La première phase coloniale française (XVIIe siècle) a ouvert les Amériques (les « Indes occidentales », sous forme de colonies de peuplement) et Pondichéry (les « Indes orientales », sous forme de colonies comptoirs) à la francophonie. Sur le continent américain, la graduelle pénétration coloniale des vastes territoires autochtones par les Français se configure autour des importants axes marins, fluviaux et lacustres suivants : côte de la Guyane (Cayenne), îles des Caraïbes (Guadeloupe, Martinique, Dominique, Jamaïque, Haïti), Golfe du Mexique (La Nouvelle-Orléans), fleuve Mississippi (Bâton Rouge), fleuve Missouri (Saint-Louis du Missouri), Grands Lacs, notamment les rives des lacs Huron, Érié et Ontario (Détroit, Sault Sainte-Marie, Fort Rouillé), fleuve Saint-Laurent (Montréal, Trois-Rivières, Québec, Tadoussac) jusqu’à son large estuaire, incluant l’Acadie (Louisbourg au Cap-Breton), la côte de Terre-Neuve (Saint-Pierre et Miquelon, Saint-Jean de Terre-Neuve) et les États du Maine et du Vermont. Vaste, mal défendu, majestueusement accidenté et peu peuplé, le gigantesque bassin colonial français des Amériques partait donc de la Guyane et des Antilles et allait du territoire de la Louisiane (formé alors, d’une part, des États contemporains de l’Arkansas, de l’Iowa, du Missouri, du Kansas, de l’Oklahoma, du Nebraska et, d’autre part, d’une partie des États ou provinces actuels du Minnesota, Louisiane, Nouveau-Mexique, Dakota du Nord, Dakota du Sud, Texas, Wyoming, Montana, Colorado, Alberta et Saskatchewan) jusqu’à la Nouvelle-France proprement dite (formée des Pays d’en Haut et de la vallée du Saint-Laurent).

Des cinq nations européennes ayant laissé une trace démographique dans les Amériques, trois ont vu s’instaurer une inversion démographique majeure entre les anciennes colonies et les anciennes métropoles, au détriment de ces dernières (Espagne, Portugal, Angleterre — il y a aujourd’hui plus d’hispanophones, de lusophones et d’anglophones dans le Nouveau Monde que dans l’ancien). Deux de ces nations européennes coloniales n’ont pas produit une telle inversion démographique (la France et les Pays-Bas — les francophones et les néerlandophones sont aujourd’hui moins nombreux dans les Amériques que dans leur ancienne métropole européenne d’origine). Pour des raisons démographiques, sociohistoriques et géopolitiques, la seconde moitié du XVIIIe siècle marque le passage de la quasi-intégralité du domaine francophone des Amériques sous la domination britannique (puis, après le schisme anglo-saxon de 1776, la domination américaine et canadienne). Quatre dates sont à retenir pour délimiter cette première phase coloniale française : 1608 (fondation de Québec par les Français), 1670 (prise de la Jamaïque par les Britanniques qui devient alors une terre d’accueil non coloniale pour les huguenots français), 1760 (capitulation de Montréal devant les Britanniques) et 1803 (révolution haïtienne et vente du Territoire de la Louisiane aux Américains par Napoléon Bonaparte).

La seconde phase coloniale française et la première phase coloniale belge (XIXe siècle) ont ouvert le Moyen-Orient (Liban, Syrie), l’Indochine (Viêt Nam, Laos, Cambodge) et surtout l’Afrique à la francophonie. Sur le continent africain, la brutale aventure coloniale se solde par la conquête et l’occupation par la France et la Belgique des régions et des royaumes, tous densément peuplés d’importants groupes humains aux cultures séculaires et qui se nomment aujourd’hui : Maroc, Algérie, Tunisie, Tchad, Gabon, Mali, Niger, Burkina Faso, Centrafrique, Cameroun, Togo, Bénin, Côte d’Ivoire, Mauritanie, Sénégal, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Congo-Brazzaville, Comores, Madagascar, Maurice, île de la Réunion (un département d’outre-mer de la France), Seychelles, Congo-Kinshasa, Rwanda, Burundi. (Ces trois derniers pays sont d’anciennes colonies belges, alors que tous les autres ont été colonisés par la France).

Cette phase coloniale dure environ 120 ans (1840-1960) et son impact démographique local (immigration de colons français et belges en Afrique) est largement inférieur à son impact linguistique, lui-même assez difficile à circonscrire adéquatement dans plusieurs pays (sur l’implantation du français comme langue seconde en Afrique, on peut au moins mentionner de façon relativement assurée son importance en Algérie et au Congo-Kinshasa). Déclenché ensuite après 1945 par de puissants mouvements de décolonisation débouchant parfois sur de violents théâtres de guerre (notamment la guerre d’Algérie et la guerre d’Indochine), le passage de ces pays en phase postcoloniale s’accompagne d’une redéfinition, parfois difficile et douloureuse, du rapport politique à leur ancienne métropole.

On évalue, d’une façon qu’il convient en toute justice de qualifier de maximaliste, le nombre actuel des francophones à 240 millions. Environ 65 millions d’entre eux vivent en France et environ 13 millions dans les Amériques, notamment au Canada (voir Langue française au Canada) et aux États-Unis (voir Franco-Américains). L’Algérie compterait 11 millions de francophones et le Congo-Kinshasa (l’ancien Zaïre qu’on appela longtemps le Congo belge), 33 millions. L’immense majorité des francophones hors France sont bilingues ou polyglottes et l’immense majorité des locuteurs africains de la Francophonie n’ont pas le français comme langue première ou maternelle.

D’où vient le terme francophonie et quand est-il apparu?

Certaines sources le donnent comme apparaissant vers 1880, sous la plume du géographe français Onésime Reclus afin de désigner l’ensemble des personnes et des pays parlant le français. Toutefois, il faut traiter cette datation avec prudence car elle pourrait mener à surestimer l’ancienneté de l’usage du terme dans le monde francophone. De façon révélatrice, si le mot francophone est présent dans les années 1950 et 1960 dans la plupart des grands dictionnaires de la langue française comme Le Grand Robert (1957), le Grand Larousse encyclopédique (1962) et le Dictionnaire Quillet (1960), le mot francophonie en est absent. Par contre, il est attesté dans le supplément au Grand Robert de 1970 et dans le Petit Larousse de 1972.

Pour ce qui est de la datation du terme, les explications varient et évoluent d’une édition à l’autre. Ainsi, dans les années 1970, les dictionnaires s’accordent pour considérer que le terme francophonie est né dans les années 1960. Le Grand Larousse de la langue française (1973) réfère à un numéro spécial de la revue Esprit de 1962 (dans lequel est publié un article de Léopold Senghor intitulé « Le Français dans le monde »), alors que Le Petit Robert (1977) donne 1964 comme datation, ce qui correspond à la date de création de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie. En revanche, à partir de 1985, Le Grand Robert concède à O. Reclus la paternité du terme en 1880, mais ajoute répandu vers 1960. Ces grands dictionnaires qui font autorité permettent de conclure que l’usage effectif du mot francophonie ne date en fait que de la seconde moitié du XXe siècle.

Vers un Commonwealth francophone

Exception faite des organisations internationales mises sur pied et dirigées par la France coloniale ou postcoloniale, par exemple l’Alliance française (1883), la Francophonie comme institution internationale est relativement jeune. Les premières associations véritablement multilatérales qui se consacrent au rapprochement des groupes francophones ont été fondées au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale : par exemple la Fédération internationale de la presse de langue française (Paris, 1948), l’Association des universités partiellement ou entièrement de langue française (Montréal, 1961) et l’Institut international de droit d’expression française (1964). Tous ces organismes sont non gouvernementaux, même s’ils bénéficient souvent de subventions gouvernementales. Les regroupements privés de la francophonie internationale continuent de se développer rapidement si bien qu’on dénombrait vers 1990 une cinquantaine de fédérations, de communautés, d’académies, d’associations et d’instituts francophones qui œuvraient et œuvrent encore au renforcement des liens de coopération, et ce, dans des domaines très divers.

En 1967, des députés de quelque 20 parlements nationaux se sont réunis au Luxembourg pour créer l’Association internationale des parlementaires de langue française. Deux ans plus tard, une conférence internationale réunissait au Zaïre (Congo-Kinshasa) 20 ministres de l’éducation qui représentaient leurs gouvernements respectifs. En 1970, les délégués ministériels de 21 pays se sont réunis à Niamey, au Niger, pour fonder la première institution permanente : l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), un important organisme international de coopération multilatérale entre gouvernements et l’ancêtre direct de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

L’ACCT regroupe des États de langue française qui ont des objectifs communs, notamment le développement de la culture, de l’éducation, des sciences et des techniques. La première réunion à part entière de l’ACCT a eu lieu à Versailles en 1986 (elle est aussi appelée le Sommet de Paris). Des délégations de membres et de non-membres se sont ensuite retrouvées à Québec en 1987 : Belgique, Bénin, Burkina Faso, Burundi, Canada, Comores, Congo, Côte d’Ivoire, Djibouti, Dominique, Égypte, France, Gabon, Guinée, Guinée-Bissau, Haïti, Laos, Liban, Luxembourg, Madagascar, Mali, Maroc, Mauritanie, île Maurice, Monaco, Niger, République Centrafricaine, Rwanda, Sainte-Lucie, Sénégal, Seychelles, Suisse, Tchad, Togo, Tunisie, Viêt Nam et Zaïre. Deux provinces canadiennes, le Québec et le Nouveau-Brunswick, avaient dans cette assemblée le statut de gouvernements membres. Le sommet suivant a eu lieu à Dakar au Sénégal en 1989.

On établit alors un parallèle entre la francophonie internationale et le Commonwealth et, de fait, ces deux réseaux présentent plusieurs similitudes : tous deux comptent dans leurs rangs des pays en développement et des pays industrialisés et se composent en grande partie d’anciennes colonies qui ont en général accédé à l’indépendance après la Deuxième Guerre mondiale. Enfin, tous deux se sont fixé dans l’ensemble les mêmes objectifs généraux d’entraide, de coopération et de développement dans tous les domaines. Cependant, leurs structures sont très différentes. Par exemple, et bien que cette éventualité ait été maintes et maintes fois envisagée au siècle dernier, la Francophonie ne possède pas vraiment, avant 1991, l’équivalent des rencontres au sommet qui réunissent, depuis 1971, les chefs d’État du Commonwealth tous les deux ans.

L’Organisation internationale de la Francophonie

Un autre ancêtre immédiat de l’Organisation internationale de la Francophonie est mis en place en 1984 sous la présidence de François Mitterrand et la vice-présidence de Léopold Sédar Senghor. Il s’agit du Haut Conseil de la Francophonie. Ce conseil a alors pour mandat de réfléchir sur la situation de la langue française dans le monde et de proposer des actions précises au sein de l’espace francophone international. Dans la mouvance des premiers sommets francophones de Paris (1986), Québec (1987) et Dakar (1989), on regroupe désormais l’ACCT, Le Haut Conseil et l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) au sein d’un seul organisme fédérateur, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Le quatrième sommet qui finalise cette fusion fédératrice des organismes de la Francophonie a lieu à Paris (France) en 1991. Le rythme d’un sommet aux deux ans est alors officiellement instauré : Grand Baie (île Maurice) en 1993, Cotonou (Bénin) en 1995, Hanoï (Viêt Nam) en 1997, Moncton (Canada) en 1999, Beyrouth (Liban) en 2002, Ouagadougou (Burkina Faso) en 2004, Bucarest (Roumanie) en 2006, Québec (Canada) en 2008, Montreux (Suisse) en 2010, Kinshasa (Congo) en 2012, Dakar (Sénégal) en 2014, Antananarivo (Madagascar) en 2016. Événement international désormais d’une ample envergure, chacun de ces sommets permet à l’aire géographique de la Francophonie qui l’organise de promouvoir et de mettre spécifiquement en valeur les vues d’ensemble et les orientations générales qu’elle entend insuffler au grand organisme ayant finalement pris corps.

La structure institutionnelle de l’Organisation internationale de la Francophonie est rendue opérationnelle à travers le Secrétariat général de la Francophonie qui lui-même s’efforce de coordonner l’action des agences et organismes suivants, relevant de lui et qu’on appelle communément les opérateurs. L’Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF) gère un certain nombre de programmes de coopération dans les domaines de l’éducation et de la culture. Les activités de cette agence sont décidées lors de la Conférence ministérielle de la Francophonie. L’Agence universitaire de la Francophonie(AUF), qui existe depuis 1961, rassemble et coordonne l’action des établissements d’enseignement supérieur et de recherche dans le monde francophone. L’Université Senghor d’Alexandrie(Égypte), créée par le Sommet de Dakar (Sénégal, 1989) assure un enseignement exclusivement en langue française et a été reconnue d’utilité publique internationale L’Association internationale des maires francophones (AIMF), regroupant 156 capitales et métropoles de 46 pays francophones, s’intéresse aux problématiques d’urbanisme et de gestion municipale dans le monde francophone. Finalement les chaînes TV5 et France 24 sont les seules chaînes de télévision en langue française disponibles dans le monde entier ou presque.

Il existe par ailleurs d’autres organismes de la Francophonie qui sont ouvertement satellisés à l’OIF tout en fonctionnant comme des entités autonomes. On peut nommer, entre autres, le Conseil permanent de la Francophonie qu’on appelle aussi Conférence ministérielle de la Francophonie. C’est l’instance la plus politiquement marquée de l’organisation. S’y arrêtent un certain nombre de lignes générales concernant l’action coordonnée des pays francophones au plan international. C’est de cette instance qu’émane notamment la Direction de la Francophonie économique. Outre la conférence des ministres chargés de la Francophonie et son bras économique, existent aussi la Conférence des ministres francophones de l’éducation nationale des pays ayant le français en partage (CONFEMEN) et la Conférence des ministres francophones de la Jeunesse et des Sports des pays d’expression française (CONFEJES). Ces instances arrêtent les lignes générales reliées à leurs champs spécifiques d’expertise. L’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) rassemble des représentants des parlements nationaux. Elle contribue aussi au rayonnement de la langue française et à la promotion de la diversité des expressions culturelles. Elle est un lieu de débats, de propositions et d’échanges d’informations sur tous les sujets d’intérêt commun à ses membres. Elle met aussi en œuvre des actions dans les domaines de la coopération interparlementaire au sein des parlements de l’espace francophone.

Finalement l’OIF dispose d’un certain nombre de compagnons de route institutionnels comme le Conseil international des radios-télévisions d’expression française (CIRTEF) ou le Comité international des Jeux de la Francophonie (CIJF) dont les actions circonscrites sont ouvertement concertées avec les objectifs fondamentaux de l’OIF.

Rôle du Canada au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie

Le Canada œuvre activement au sein de la francophonie internationale depuis ses tout premiers débuts, dans le secteur public comme dans le secteur privé. Les orientations fondamentales des trois Sommets de la Francophonie ayant été tenus à ce jour au Canada permettent de clairement cadrer la teneur de l’intervention canadienne au sein de la Francophonie.

Sommet de Québec (1987)

Largement orienté vers les principes généraux du travail à venir dans les prochaines années, le Sommet de Québec a permis de circonscrire durablement les aspects que la Francophonie est appelée à mettre en valeur prioritairement dans le présent et l’avenir. Il s’agit de la culture, des communications, de la langue, du développement technologique, des sciences, de l’énergie et de l’agriculture. Un certain nombre de projets de développement en Afrique francophone sont alors financés par le Canada, qui leur alloue 17 millions de dollars. La somme de 325 millions en dettes africaines est effacée par le Canada. C’est aussi au cours de ce sommet que sont mis en place les organismes suivants : le Forum francophone des Affaires (une organisation non gouvernementale pour des hommes et des femmes d’affaires francophones) et l’Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD). Le siège social de cette seconde organisation est installé à Québec.

Sommet de Moncton (1999)

Le Sommet de Moncton a permis des discussions sur les nouvelles technologies et sur l’économie. Mais son sujet principal est la jeunesse et plus précisément l’impact de celle-ci sur le monde en général ainsi que sur la Francophonie et sur son avenir. C’est aussi à ce sommet que les chefs d’État et de gouvernement commencent à mettre en place des structures organisationnelles plus fines pour les activités des sommets de la Francophonie. Ainsi, trois grandes conférences sectorielles vont orienter le travail ultérieur et ce, dans trois villes distinctes du monde francophone. La première, la Conférence des femmes de la Francophonie se tient à Luxembourg en février 2000 et porte sur le thème « Femmes, pouvoir et développement ». La deuxième prend la forme d’un symposium international sur les pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans l’espace francophone, qui a lieu à Bamako au Mali en novembre 2000. Celui-ci se clôt sur la Déclaration de Bamako, un texte qui affirme le principe de la démocratie et de l’État de droit au sein des pays membres de la Francophonie. Enfin, la dernière, une conférence ministérielle sur la culture a lieu en juin 2001 à Cotonou au Bénin. Elle conduit à la Déclaration de Cotonou sur l’enjeu et la promotion de la diversité culturelle, préparant en quelque sorte le terrain pour la ratification en 2005 de la Convention internationale sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l’Unesco.

Sommet de Québec (2008)

Le Sommet qui se tient à Québec en 2008 peut être considéré comme le premier vrai sommet de crise de l’OIF. Cette année-là, de nombreux conflits régionaux font rage dans le monde francophone. À cela s’ajoute une importante crise alimentaire et un grave effondrement du marché financier. Le principe de la nécessité d’une rencontre de concertation mondiale au sujet de la crise financière et de la réforme du système économique international est officiellement reconnu par les chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie.

En plus, quatre enjeux sont officiellement abordés et traités dans quatre grandes tables sectorielles distinctes (plutôt qu’en plénière, comme auparavant). La Déclaration de Québec qui en découle est un texte ambitieux formulant des propositions concrètes sur les quatre grands enjeux abordés soit l’environnement, la langue française, la question de la démocratie et de l’état de droit, et la gouvernance économique. Le contexte de crise a surtout mis en relief les deux derniers thèmes. Sur le lien entre démocratie et état de droit, la Francophonie s’engage à œuvrer à la stabilisation sociale dans certains pays d’Afrique spécifiques et au renforcement du maintien de la paix. La protection des journalistes est aussi donnée comme prioritaire. Sur la gouvernance économique, tout en tenant compte des importantes particularités comptables de la crise financière, la Francophonie insiste pour établir une corrélation étroite entre crise financière et crise alimentaire, car les contraintes économiques se convertissent souvent en difficultés alimentaires, notamment en Afrique. La Francophonie s’engage donc à ne pas perdre de vue cette cruciale dimension de la gouvernance économique. Ce sommet qui avait le Canada et le Québec comme co-hôtes, bénéficiait de la participation, à titre de partenaire, du Nouveau-Brunswick. Il était présidé par le premier ministre du Canada, Stephen Harper.

Le Canada est incontestablement un partenaire politique et financier crucial de l’Organisation internationale de la Francophonie. Il participe activement à tous les niveaux décisionnels de l’organisation. Ainsi, désormais, non seulement le Parlement du Canada, mais ceux de huit provinces canadiennes sont des intervenants institutionnellement reçus de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie. Y figurent en effet aujourd’hui, d’origine canadienne, cinq Membres (Canada, Ontario, Québec, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse) et quatre Associés (Alberta, Colombie-Britannique, Île-du-Prince-Édouard, Saskatchewan). Le Canada et deux provinces, le Québec et le Nouveau-Brunswick, sont membres de plein droit de l’OIF depuis les années 1970, alors que l’Ontario est devenue observateur en 2016.

On notera aussi que le 30 novembre 2014, Michaëlle Jean, ancienne gouverneure générale du Canada, est désignée secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie lors du XVᵉ Sommet de la Francophonie à Dakar (Sénégal). Elle est non seulement la première femme à diriger la Francophonie, mais également la première Canadienne.

La Francophonie économique

C’est à partir de 2014 que se développe la notion de Francophonie économique. Elle a pour point de départ un ensemble d’observations de nature socio-économique plaçant la Francophonie au cœur de problèmes sérieux de pauvreté et de sous-développement. De fait, parmi les 48 pays du monde les plus indigents, 23 font partie de la Francophonie. Ainsi, autant sur un plan économique, social qu’environnemental, un important travail de concertation et d’action demeure à faire.

En préparation du Sommet de Dakar qui doit se tenir en novembre 2014, l’OIF choisi de faire le bilan de son action dans le domaine économique. Aussi, bien que les acteurs publics et privés du monde francophone oeuvrent déjà à réduire la pauvreté et à créer de la croissance, il serait impératif de rendre toutes les activités de nature économique de ces instances plus précisément discernables. Lors du Sommet de Dakar, la Direction de la Francophonie économique a formulé dans sa Stratégie économique pour la Francophonie, l’importance de de rendre compatibles et clairement agencés les uns par rapport aux autres les opérateurs suivants : préservation du patrimoine culturel, sauvegarde de l’environnement, lutte à la pauvreté et aux inégalités ainsi que croissance économique. La Stratégie économique pour la Francophonie vise également à impliquer davantage, en partenariat ouvert, les acteurs locaux du développement, les représentants de la diaspora des territoires nationaux, le secteur privé et la société civile.

Il est clair qu’il existe une corrélation directe, hautement susceptible de s’amplifier avec les années, entre Francophonie économique et progrès économique de l’Afrique. L’information explicite et détaillée sur les développements économiques effectifs des pays de la Francophonie ainsi que la mise en place dynamique de nouvelles stratégies visant à accroître la concertation locale et internationale sur la mise en branle de la croissance de ces pays forment les deux facettes complémentaires de l’idée de Francophonie économique.