Appui populaire

Le FLQ est surtout connu pour la Crise d'octobre de 1970. Celle-ci aura mené à la suppression des droits et libertés du peuple canadien pour la première fois en temps de paix de l'histoire du pays. Or, plusieurs chercheurs, dont Frédéric Boily et Donald Ipperciel, auront souligné le plus grand échec du groupe malgré l'attention qu'on lui aura porté : mis à part quelques radicaux calquant leurs idéaux sur l'exemple d'anciennes colonies s'étant libérées par les armes, le FLQ n'aura jamais réussi à s'implanter au sein du mouvement syndical ou à obtenir le soutien populaire escompté. Au fil des ans, l'organisme aura recruté tout au plus une centaine d'agitateurs.

Les antécédents

Plusieurs mouvements indépendantistes révolutionnaires auront précédé la fondation du FLQ. De ceux-ci, le Réseau de résistance (RR), préconise le vandalisme comme moyen de protestation. Un autre groupe, le Comité de libération nationale, créé en 1962, prône la violence pour arriver à des fins politiques. Il commence à former des cellules au sein du Rassemblement pour l'Indépendance Nationale (RIN), ancêtre du Parti Québécois, et de l'Action socialiste pour l'indépendance du Québec (ASIQ), mouvement souverainiste fondé en 1960 par un militant du Parti communiste. Des éléments plus radicaux du Comité de libération nationale et du RR naît le FLQ.

Un Belge pour l'indépendance québécoise

Le mouvement est fondé en mars 1963 par les Québécois Raymond Villeneuve et Gabriel Hudon, et le Belge Georges Schoeters, admirateur des révolutionnaires algériens ainsi que de Che Guevara à Cuba. Le Québec connaît alors une période de changements profonds (expansion industrielle, modernisation de l'État). La création du FLQ est également stimulée par des facteurs internationaux tels que la décolonisation de l'Algérie, et l'organisme tisse des liens avec d'autres groupes à travers le monde. Deux membres iront s'entraîner auprès de la guérilla palestinienne, dans le nord de la Jordanie. Pierre Vallières, auteur de l'ouvrage intitulé Nègres blancs d'Amérique, adhère au FLQ en 1965 et est généralement considéré comme le théoricien de l'organisation. Par ailleurs, les symboles qu'adopte le groupe traduisent sa croyance d'être héritier des Patriotes, premiers rebelles francophones du pays : drapeau vert, blanc et rouge et image d'un habitant armé pour la révolution.

Le début de la violence

En 1963, des militants felquistes clandestins, dont certains sont arrêtés, placent des bombes dans les boîtes à lettres de trois institutions militaires fédérales et à Westmount, riche quartier de Montréal habité par des anglophones de la classe moyenne supérieure. Leur objectif : la destruction totale des symboles et de l'influence du colonialisme anglais. Le sergent-major Walter Leja, des Forces armées canadiennes, est gravement blessé alors qu'il tente de désarmer une des bombes.

Au sein du FLQ émergent deux ailes pour approvisionner le FLQ en armes et en argent. Le petit frère de Gabriel Hudon, Robert, met sur pied l'Armée de libération du Québec (ALQ). De son côté, un Hongrois et ancien légionnaire, François Schirm, fonde l'Armée révolutionnaire du Québec (ARQ)

En 1964, Schirm et quatre autres membres de l'ARQ volent 50 000 $ en espèces et de l'équipement militaire, puis commettent un vol à main armée à l'International Firearms. Au cours de ce vol, un membre de l'ARQ tue le vice-président de la compagnie et un autre employé est abattu par la police, qui le prend pour un des voleurs. Les cinq sont arrêtés et condamnés. Schirm et le tireur, Edmond Guénette, reçoivent la peine de mort; deux sont condamnés à l'emprisonnement à perpétuité et le dernier à une peine de 20 ans de prison. Cela précipitera l'indignation au sein du Front.

Les attentats politiques s'intensifient

De 1965 à 1967, le FLQ s'associe aux activités de travailleurs en grève, sans pour autant réussir à infiltrer les syndicats. Il est impliqué dans plus de 200 attentats à la bombe entre 1963 et 1970 et commence en 1968 à utiliser des bombes plus grosses et plus puissantes. Des bombes sont posées dans une librairie du gouvernement fédéral, à l'Université McGill, au domicile de Jean Drapeau, au ministère provincial du Travail et, en février 1969, à la Bourse de Montréal, où 27 personnes sont blessées. À l'automne 1969, le mouvement se scinde en deux cellules distinctes comptant environ 12 membres chacune : la bande de la rive Sud, dirigée par Paul Rose, qui devient la cellule Chénier (autre référence aux Patriotes), et la cellule Libération, dirigée par Jacques Lanctôt et établie à Montréal. À partir de 1970, plus d'une vingtaine de membres du FLQ sont en prison.

Crise d'octobre

À l'automne 1970 (voir Crise d'octobre), le FLQ prend le délégué commercial britannique James Cross en otage. Les felquistes revendiquent la libération de 23 prisonniers qu'ils disent « politiques », ainsi que la diffusion de leur Manifeste, un avion pour les transporter à Cuba ou en Algérie, et un demi-million de dollars. Ils donnent 48 heures au gouvernement pour accéder à leurs demandes. Le gouvernement rejette l'ultimatum, mais se dit prêt à négocier.

Cinq jours après le premier enlèvement, la cellule Chénier kidnappe le ministre du Travail et de l'Immigration Pierre Laporte. En vertu de la Loi sur les mesures de guerre, plus de 450 personnes sont arrêtées, y compris 150 membres « présumés » du FLQ.

Le jour suivant, et une semaine après que Pierre Laporte ait été pris en otage, on retrouve le corps de celui-ci dans le coffre d'une voiture. . Paul Rose et Francis Simard sont condamnés à la prison à perpétuité pour le meurtre de Laporte, Bernard Lortie est déclaré coupable de l'avoir kidnappé, et Jacques Rose est condamné en tant que complice.

Cinq des ravisseurs de Cross s'enfuient à Cuba, puis en France, et reviennent enfin au Canada. L'un d'entre eux reste à Montréal, mais il est arrêté en 1980 et condamné en 1981. Coupé des appuis politiques, militaires ou populaires qui auraient permis sa survie, le mouvement cesse ses activités en 1971.

Paul Rose obtient une libération conditionnelle en 1982. Il meurt le 14 mars 2013 à l'âge de 69 ans, après avoir travaillé comme journaliste et syndicaliste.