Glissement de terrain

Le glissement de terrain désigne le déplacement, vers le bas et l'extérieur, d'une masse de SOL provenant d'un terrain en pente. Même si l'on emploie souvent l'expression « glissement de terrain » dans un sens large, cette rubrique se rapporte seulement aux sols et n'englobe pas la reptation, les chutes et les AVALANCHES DE PIERRES. Un glissement de terrain peut s'accompagner ou non d'un bouleversement et s'appliquer à une masse de terre d'à peine quelques mètres cubes jusqu'à plusieurs millions de mètres cubes. La rupture de pente peut se produire en quelques minutes ou s'étendre sur plusieurs mois, voire des années. Des glissements de terrain surviennent dans toutes les provinces du Canada, tant dans les pentes naturelles que dans les talus aménagés. Les ruptures de pente ont causé des pertes de vies, la destruction de propriétés, la diminution de la valeur de propriétés, des baisses de productivité de terres agricoles ou forestières et des interruptions des systèmes de transport ainsi que de la pollution sur la surface des eaux.

Les formes courantes de glissement de terrain (rupture arquée et rupture non-arquée ou de translation) peuvent faire l'objet d'analyses afin d'estimer les risques d'une nouvelle rupture. Les principales causes de rupture de pente sont l'enlèvement de matériaux au pied de la pente, ou près de celui-ci, par le phénomène de l'ÉROSION naturelle ou des travaux d'excavation d'origine humaine; l'accumulation de poids supplémentaire dans la partie supérieure de la pente par des agents naturels ou humains; un accroissement de la pression exercée dans la pente même par les eaux pluviales ou de la fonte des neiges; et l'irrigation locale ou la fuite de conduites d'égout ou de canalisations maîtresses. Des études relatives à l'utilisation des terrains, à l'étape de l'élaboration des plans d'un projet, peuvent éviter ou minimiser les risques d'un glissement de terrain éventuel. En 1929, le TREMBLEMENT DE TERRE de Grand Banks provoquait un glissment de terrain souterrain de 110 km3 de sédiment, le plus important événement historique de ce genre au Canada. Le tsunami qui en résulta fit des victimes le long des côtes de Terre-Neuve et des câbles souterrains transatlantiques furent broyés par le flot de sédiment.

Des sols argileux se sont accumulés dans la MER DE CHAMPLAIN qui, il y a entre 10 000 et 12 000 ans, recouvrait les basses terres des vallées du Saint-Laurent et de la rivière des Outaouais. Ces sédiments sont dits sensibles et peuvent, lorsqu'ils subissent un bouleversement suffisant, se transformer d'un sol cassant en un fluide visqueux. Cette transformation s'opère rapidement et presque sans avertissement, et la coulée de sol peut se déplacer sur de grandes distances.

À l'aide de photos aériennes, on a pu déceler des milliers de glissements de terrain. Au cours de 50 importants glissements de terrain documentés, survenus dans des zones d'ARGILES sensibles de l'Est de l'Ontario et du Québec, plus de 100 personnes ont perdu la vie et 40 000 ha de terrains ont été détruits. Le glissement de terrain de la rivière Nation Sud (16 et 17 mai 1971) s'est produit à un emplacement situé à 48 km à l'est d'Ottawa et a détruit près de 28 ha. Les débris provenant de ce glissement ont été transportés en amont et en aval et ont rempli le lit de la rivière, d'une profondeur allant jusqu'à 11 m, sur près de 2,5 km. Le glissement Lemieux, survenu le 20 juin 1993, à 4.5 km en aval, a encore une fois bloqué la rivière avec près de 3 million m3 de sédiment. Près de Saguenay, (anciennement Chicoutimi) à Saint-Jean-Vianney (Québec), un autre glissement de terrain important en zones d'argiles sensibles a provoqué la mort de 31 personnes et détruit 27 hectares et 36 maisons en 5 minutes (4 mai 1971).

 Les glissements de terrain contribuent au recul progressif des falaises d'argile rigide sur la rive Nord du lac Érié de même que des falaises de Scarborough, sur les bords du lac Ontario, à l'est de Toronto. L'effondrement d'une falaise du lac Érié, le 14 août 1994, fit 4 victimes, des enfants, sur la plage le long du lac Érié, près de Port Burwell, en Ontario. À Winnipeg, il y a longtemps que l'instabilité des berges le long des rivières Rouge et Assiniboine constitue un problème.

Sur une vaste portion des PRAIRIES canadiennes, un mince plaquage de sédiments, remontant à la fin du pléistocène, recouvre le roc tendre qui s'est formé durant la période du crétacé supérieur. Au cours de la déglaciation, il y a environ 10 000 ans, les RIVIÈRES ET FLEUVES ont été détournés de leurs cours préglaciaires et ont rapidement creusé de profondes vallées postglaciaires très escarpées (voir GLACIATION). Des observations de nature géologique indiquent que l'érosion latérale provoquée par les rivières dure depuis presque 6000 ans (voir RELIEF FLUVIAL). Cette érosion latérale, qui sape la base des pentes, a ranimé d'anciens glissements de terrain et en a entraîné de nombreux autres plus récents. Étant donné que les strates des sols touchés s'étendent horizontalement, les masses en déplacement exécutent principalement un mouvement de translation. À un certain endroit de la rivière Saskatchewan Sud, au sud de Saskatoon, l'érosion qui s'exerce au pied de la pente provoque une rupture de pente. Les ruptures de pente à Saskatoon semblent attribuables principalement à l'infiltration des eaux souterraines, qu'accentue l'arrosage des pelouses. Dans la région d'Edmonton, c'est l'activité humaine qui a provoqué de nombreux glissements de terrain. De nombreux cas semblables ont été documentés en Saskatchewan et en Alberta.

Un glissement de terrain, occasionné en grande partie par une érosion du pied de la pente, menace le pont qui traverse la rivière Little Smoky au nord de Valleyview, en Alberta. La construction du pont s'est terminée en 1957 et, l'année suivante, on a constaté la présence d'un mouvement. Un glissement de 40 million m3, à 75 km au nord de Grande Prairie, créa un barrage sur la rivière Saddle en juin 1990, formant un lac de 3 km de long en amont. La répartition des glissements de terrain le long de rivières importantes du Sud de l'Alberta indique que le substratum rocheux argileux que l'on trouve sur le site d'anciennes mers intérieures est particulièrement sujet à l'effondrement. À Winnipeg, l'instabilité des pentes est depuis longtemps un problème préoccupant le long des rivières Rouge et Assiniboine.

Dans la région de Vancouver, les glissements de terrain les plus courants et les plus destructeurs sont en réalité des AVALANCHES de débris et des coulées de débris. Les pluies abondantes, qui saturent d'eau la couche superficielle du sol, agissent comme détonateur. À mesure que cette masse saturée d'eau dévale les pentes abruptes, elle gagne en volume et en vitesse. Il en résulte surtout que des propriétés situées au pied de la pente sont endommagées ou détruites. À Port Alice, sur l'île de Vancouver, on a érigé des digues afin de protéger la ville contre les coulées de débris semblables à celles qui se sont produites en 1973 et en 1975. Des barrages de débris ont été formés sur les criques du côté est de Howe Sound après que des inondations eurent fait des victimes et causé des dommages aux voies ferrées et aux routes.

Dans les régions occidentales de l'Arctique canadien, au royaume du PERGÉLISOL, de nombreux glissements de terrain sont provoqués par la fonte de la glace de sol qui se trouve exposée par l'action de l'érosion fluviale ou maritime, ou par la destruction de la végétation sur les pentes à la suite d'incendies de forêt. Les sols qui reposent sur la glace s'affaissent quand celle-ci fond, durant l'été, et sont emportés par les eaux de fonte.