Grecs

Au Canada, l'immigration grecque commence au début du XIXe siècle. Des Grecs provenant des îles (Crète, Syros et Skopelos) et du Péloponnèse, en particulier des villages pauvres des provinces de l'Arcadie et de la Laconie, s'établissent à Montréal dès 1843. En 1871, on ne connaît que 39 personnes d'origine grecque vivant au Canada. L'immigration grecque, plutôt sporadique avant 1900, augmente considérablement au début du XXe siècle à cause de la pauvreté, des guerres et des crises politiques en Grèce. Le recensement de 2006 indique que 242 685 personnes d'origine grecque vivent au Canada. Ces chiffres n'incluent pas nécessairement les personnes qui s'identifient comme Grecs et qui sont nées dans d'autres pays, comme à Chypre, en Égypte, en Turquie et dans les pays des Balkans.

Migration et peuplement

En 1901, 213 immigrants grecs résident au Canada; en 1911, il y en a 2640; en 1931, 5580; et en 1941, 5871. L'immigration cesse durant la Deuxième Guerre mondiale, mais, de 1946 à 1981, environ 116 300 immigrants grecs entrent au Canada. Le recensement canadien de 2006 indique que 63 p. 100 des 242 685 Grecs vivent à Montréal (61 770) et à Toronto (90 585). Près de 82 p. 100 des Canadiens grecs vivent en Ontario (132 440) et au Québec (65 985). Ceux qui vivent dans les grandes villes canadiennes ont tendance à se rassembler dans certaines localités ou quartiers à prédominance grecque.

Vie économique

En général, les immigrants grecs d'avant la Deuxième Guerre mondiale sont peu instruits, encore que certains d'entre eux comptent maintenant parmi les membres les plus riches de la communauté grecque, au sein de laquelle ils sont très actifs. Parmi les immigrants d'après la Deuxième Guerre mondiale, il y a un grand nombre d'ouvriers non spécialisés. Avec le temps, un grand nombre d'entre eux se sont élevés dans l'échelle sociale en fondant leur propre petite entreprise.

Les immigrants-entrepreneurs sont activement engagés dans la restauration, l'INDUSTRIE DE LA FOURRURE, le commerce en gros et de détail des fruits et produits d'épicerie, les agences de voyage, etc. Les immigrants grecs professionnels travaillent comme ingénieurs, avocats, médecins, professeurs et fonctionnaires. Toutefois, les personnes d'origine grecque nées au Canada étant plus scolarisées que leurs parents, elles occupent de meilleurs emplois professionnels et spécialisés.

Vie sociale et culturelle

En raison de la croissance de l'immigration grecque après 1905, les établissements grecs au Canada commencent à s'organiser en communautés ethniques. Les associations culturelles et patriotiques sont établies d'abord pour aider les immigrants à s'ajuster à la nouvelle société, pour lutter contre les préjudices et la discrimination et pour préserver la langue grecque et la culture hellénique. Avec le temps, les associations ethniques suscitent de l'intérêt pour la formation de communautés paroissiales appelées à occuper des fonctions religieuses et culturelles.

L'établissement des premières ÉGLISES ORTHODOXES grecques à Montréal, en 1906, et à Toronto, en 1909, marque le début des communautés paroissiales grecques au Canada. La plupart des Canadiens grecs appartiennent à l'Église orthodoxe grecque dont le siège est à Toronto. Celle-ci contribue à la conservation de l'hellénisme par l'usage de la langue grecque dans les cérémonies religieuses et son attachement aux idéaux grecs. Le chef des communautés paroissiales est l'Évêque métropolitain du Canada par l'intermédiaire duquel celles-ci sont associées au diocèse orthodoxe grec de l'Amérique du Nord et du Sud. En 1993, on dénombre 58 églises orthodoxes grecques au Canada qui répondent aux besoins spirituels des Canadiens grecs. Selon le recensement de 2001, 215 165 personnes se sont déclarées de religion orthodoxe grecque.

Les organisations grecques importantes comprennent l'American Hellenic Educational and Progressive Association (AHEPA), introduite au Canada à partir des États-Unis en 1928, la Greek Orthodox Youth of America, la Hellenic Canadian Federation of Ontario, la Fédération hellénique canadienne du Québec et le Congrès hellénique canadien. Le Congrès a été créé en 1986 comme organisation parapluie de tous les Canadiens grecs et pour parler en leur nom dans le domaine des affaires ethnoculturelles au gouvernement fédéral. De nombreuses associations philanthropiques et sociales régionales ont été créées pour aider les nouveaux arrivants et leurs régions d'origine et faire connaître la culture hellénique. La Veteran Association of the Greek National Resistance (1941-1945) contre l'occupation nazie a été établie à Montréal et à Toronto en 1981 et à London, en Ontario, en 1991.

Au début des années 80, des organisations communautaires laïques grecques font leur apparition dans différentes villes, notamment London, Sarnia et Markham, en Ontario, et Edmonton, pour remplacer la structure traditionnelle de la communauté paroissiale. Ces organisations constituent des communautés ethnoculturelles sans fonctions religieuses ni affiliation à une Église. Les Canadiens grecs peuvent en devenir membres, peu importe leur appartenance religieuse. L'établissement de structures communautaires laïques est la conséquence inévitable des changements démocratiques survenus après la Deuxième Guerre mondiale au sein des communautés grecques.

Plusieurs journaux canadiens-grecs, par exemple le Hellenic Tribune, le Greek Canadian Weekly, le Greek Courier, le Greek Canadian Press et le Hellenic Canadian Cultural Review, ainsi que des revues, aident les Grecs à s'intégrer à la vie canadienne tout en les informant des événements qui se produisent en Grèce et au Canada. Les Canadiens grecs ont aussi accès à des émissions de radio et de télévision offerts par des stations multiethniques, surtout à Toronto et à Montréal. Les coutumes et les traditions comprennent la célébration des congés nationaux grecs (en particulier le jour de l'indépendance hellénique, le 25 mars), les fêtes et les congés religieux de même que des danses et des pique-niques annuels.

Maintien du groupe

La famille et les écoles de langue grecque jouent un rôle important en enseignant aux enfants la langue et les valeurs grecques et en leur donnant un certain sentiment d'identité à la culture hellénique. Depuis les années 60, les écoles de langue grecque sont de plus en plus populaires et différentes. Selon le recensement de 2006, 123 575 Canadiens sont de langue maternelle grecque (première langue apprise). La préservation de la culture hellénique est importante aux yeux des Canadiens grecs puisqu'elle leur donne un sentiment de fierté personnelle, en raison de la contribution de leurs ancêtres à la civilisation occidentale, et un sentiment d'appartenance lorsqu'ils parviennent à faire face aux défis d'une société complexe.

Malgré les efforts pour préserver leur héritage culturel, les Canadiens grecs du milieu des années 90 ne savent pas au juste ce qui adviendra de la culture hellénique au Canada. Les spécialistes canadiens grecs et les responsables d'organisations grecques considèrent les nouvelles tendances sociales, comme le ralentissement de l'immigration grecque au Canada, la diminution des adhésions aux groupes ethniques et l'augmentation des mariages à l'extérieur de la communauté grecque, comme une menace à la survie de la culture hellénique au Canada. Cependant, en tant que membres actifs de la mosaïque canadienne, les Canadiens grecs de toutes les générations continueront à contribuer grandement à la croissance économique et culturelle de la société canadienne.