Le Groupe des sept est formé en 1920 par des artistes qui se disent résolument modernes. Leurs tableaux aux couleurs vives, à la qualité tactile et aux formes simples, mais dynamiques, vont transfigurer le Bouclier canadien, la dense forêt boréale et les immenses lacs, pour les revêtir d’une force spirituelle et transcendante. Avec Tom Thomson, Emily Carr et David Milne, ce sont les peintres les plus importants du début du XXe siècle. Ils ont influencé des artistes aussi divers que le peintre abstrait Jack Bush, le Groupe des Onze ou Peter Doig, artiste figuratif écossais contemporain, qui a vécu à Montréal.

Débuts

À l’origine, le Groupe des sept regroupe Franklin Carmichael, Lawren Harris, A.Y. Jackson, Franz Johnston, Arthur Lismer, J.E.H. Macdonald et F.H. Varley, qui se sont connus à Toronto entre 1911 et 1913. À part Harris, qui jouit d’une fortune personnelle, tous travaillent comme graphistes, plusieurs dans le même atelier. Un autre graphiste, Tom Thomson, intègre le cercle d'amis, mais il meurt en 1917 sans avoir pu faire officiellement partie du Groupe. Il reste malgré tout important pour le Groupe des sept, car son goût avide pour les grands espaces motive ses amis à peindre les paysages accidentés du Nord de l'Ontario.

Les membres du Groupe des sept ne se consacrent pas uniquement au paysage, et ce n'est qu'après leur première exposition à la galerie d’art de Toronto (aujourd’hui Musée des beaux-arts de l’Ontario) en 1920 qu'ils s'identifient comme école paysagiste. Au départ, ce qui les rassemble, c'est leur frustration commune devant le conformisme de l'art canadien de l’époque. À tendance romantique, voire mystique, le Groupe et ses porte-parole affirment avec ardeur, parfois même avec agressivité, constituer l'école nationale des peintres canadiens. L'élite artistique en est irritée et déteste la rhétorique du Groupe des sept encore plus que sa peinture.

Malgré tout, le directeur du Musée des beaux-arts du Canada, Eric Brown, en soutient les membres sans relâche. Il commence à acheter leurs œuvres pour le Musée avant même que le Groupe ne soit officiellement établi et s’assure, en 1924 et 1925, qu’elles figurent parmi l’art canadien présenté à la prestigieuse exposition de Wembley, en Angleterre. Bien des membres de l'Académie royale des arts sont furieux, considérant que c’est là un avantage injuste, mais la presse britannique est si élogieuse que le prestige d’Eric Brown et du Groupe des sept s'en trouve rehaussé.

Succès

Le Groupe des sept rejoint les symbolistes européens de fin du siècle et les postimpressionnistes comme Edvard Munch, Paul Gauguin et Émile Bernard, dont il s'inspire largement sur le plan esthétique, dans leur opposition aux contraintes du naturalisme du XIXe siècle et leur désir d'établir une relation plus équitable et indépendante entre l'art et la nature. Ses membres cessent de mettre l'accent sur la similitude, c'est-à-dire l'imitation de la nature, et favorisent plutôt l'expression des émotions qu’elle leur inspire. Comme ils peignent souvent ensemble, tant à l'extérieur que dans leur atelier, ils développent une certaine parenté stylistique. Les toiles de leurs premières expositions accumulent les couleurs vives et les couches épaisses de peinture pour montrer le relief, tout en réduisant les représentations à quelques formes hardies qui renvoient à la texture des surfaces.

Après une visite sur les côtes sauvages au nord du lac Supérieur en 1921, Harris commence à simplifier d'une manière radicale les couleurs et la disposition des formes sur ses toiles. MacDonald, Carmichael et même Varley ne sont pas longs à adopter une méthode semblable, se servant souvent de pigments plus fluides et dessinant des contours plus stylisés. Harris pousse cependant le procédé encore plus loin, de sorte que vers le milieu des années 1920, ses tableaux se résument à quelques formes simplifiées et presque monochromes. Dix ans plus tard, il est le seul membre du Groupe et l’un des premiers artistes canadiens à se tourner vers l'art abstrait.

Au cours des années 1920, l'influence du Groupe des sept ne cesse de croître, grâce à la promotion qu’ils font de leurs œuvres, à quelques amis de l’Arts and Letters Club et du Canadian Forum, et au soutien du Musée des beaux-arts du Canada. En 1926, après la démission de Franz Johnston, A.J. Casson est nommé membre du Groupe. Se rendant compte qu'ils ne peuvent pas vraiment prétendre au titre d'école nationale de peintres puisqu'ils vivent tous à Toronto, les membres invitent des artistes d'autres provinces à se joindre à eux. C'est ainsi qu'en 1930 l’artiste montréalais Edwin Holgate intègre le Groupe, suivi en 1932 par L.L. Fitzgerald, de Winnipeg.

Postérité

Harris et Jackson influencent et encouragent la nouvelle génération d'artistes canadiens, et Lismer, MacDonald et Varley s’illustrent en tant que professeurs. Toutefois, au moment de sa dissolution en 1933, le Groupe des sept est devenu aussi intransigeant et, d'une certaine manière, aussi conformiste que l'élite artistique contre laquelle il s'opposait au départ. Comme son influence sur les beaux-arts au Canada est mitigée, il n'est pas surprenant que la prochaine génération d'artistes d'envergure vienne de Montréal, où les signataires du Refus global, tels que Jean-Paul Riopelle et Paul-Émile Borduas, n’avaient pas répondu à son invitation. On peut trouver des tableaux du Groupe des sept dans la plupart des galeries d'art public du Canada, notamment au Musée national des beaux-arts, au Musée des beaux-arts de l’Ontario et dans la Collection McMichael d’art canadien.