Début de carrière

The Guess Who émerge, à Winnipeg, d'une série de groupes menés par le chanteur principal Chad Allan. À la fin des années 1950, ce dernier fonde le groupe The Silvertones avec d'autres adolescents de Winnipeg, dont le bassiste Jim Kale. Randy Bachman et le batteur Garry Peterson se joignent au groupe en 1962, alors que ce dernier change de nom pour Chad Allan & The Reflections. Le claviériste Bob Ashley complète le groupe de cinq membres. En 1965, le groupe change à nouveau de nom pour Chad Allan & The Expressions.

Fortement influencé par l'« invasion britannique », le groupe lance quelques simples et deux albums. Bien qu'il rassemble un public fidèle à Winnipeg, on ne l'entend que très peu à la radio dans le reste du pays, notamment parce que la plupart des stations de radio du Canada refusent de jouer de la musique canadienne.

Succès sous le nom The Guess Who?

En 1965, le groupe enregistre une reprise de l’influent tube britannique « Shakin’ All Over ». George Struth, producteur de la maison de disque Quality Records, lance l'extrait auprès des stations de radio sous le nom « Guess Who? », dans l'espoir que les animateurs soient plus enclins à faire jouer la chanson d'un mystérieux nouveau groupe britannique. Il est discutable que cette stratégie de promotion soit responsable du succès de la chanson. Tout de même, elle se hisse en première position au Canada et atteint la 22e position aux États-Unis.

Le succès de la chanson « Shakin’ All Over » mène le groupe, devenu The Guess Who?, à partir en tournée avec The Kingsmen, The Belmonts et The Turtles au cours de l'été 1965. Burton Cummings remplace Bob Ashley au clavier au début de 1966, puis Chad Allan quitte le groupe quelques mois plus tard. À ce moment, Burton Cummings, alors âgé de 18 ans, devient le chanteur principal du groupe. Le groupe lance le disque longue durée It’s Time (1966), puis se rend au Royaume-Uni, en 1967, en appui au simple « His Girl ». Cette tournée est un échec, car la chanson ne figurait plus au palmarès à leur arrivée. Le groupe retourne au Canada et devient, pendant deux ans, le groupe maison de l'émission de musique et de variété Let's Go, animée par Chad Allan sur les ondes de la télévision de la CBC pour rembourser ses dettes face au voyage désastreux en Grande-Bretagne.

De 1966 à 1968, le groupe lance une série de simples, surtout des ballades, qui atteignent le Top 40 au Canada. Parmi ceux-ci, on compte « Hurting Each Other », dont la reprise par The Carpenters connaît plus tard un vif succès. Toutefois, leurs albums ne se vendent pas très bien. En 1968, le groupe lance l'album split A Wild Pair, en compagnie du groupe The Staccatos (qui deviendra peu après le Five Man Electrical Band), dans le cadre d'une promotion de Coca-Cola, ce qui augmente la visibilité du groupe au Canada. La même année, le groupe laisse tomber le point d'interrogation à la fin de son nom pour s'appeler officiellement The Guess Who.

Succès international

Avec en place la formation dite classique composée de Randy Bachman, Burton Cummings, Jim Kale et Garry Peterson, The Guess Who amorce une relation productive avec un homme qui fera partie intégrante de l'équipe : Jack Richardson, producteur de l'album A Wild Pair. Ce dernier acquiert le contrat du groupe auprès de Quality Records pour la somme de 1 000 $, puis contracte une hypothèque de second rang sur sa maison pour défrayer les coûts de l'album Wheatfield Soul (1969), enregistré pour le compte de sa société Nimbus 9 Productions et paru chez RCA Records. L'investissement est rentable : en plus de contenir la chanson « These Eyes », qui se vend à plus d'un million d'exemplaires et se hisse au Top 10 tant au Canada qu’aux États-Unis, l'album longue durée scelle à long terme la relation fructueuse entre le groupe et le producteur.

La thématique des Prairies est de nouveau présente sur Canned Wheat (1969), un album lancé rapidement par RCA pour profiter des succès du simple à deux faces « Laughing », chanson numéro un du palmarès au Canada qui se hisse en dixième position aux États-Unis, et de la chanson « Undun » de Randy Bachman, qui atteint la 21e position au Canada et la 22e aux États-Unis.

American Woman (1970)

C'est toutefois l'album suivant, American Woman (1970), qui permet à The Guess Who de connaître la gloire. La chanson titre tire ses origines d'un concert dans le sud de l'Ontario. Randy Bachman improvise le riff alors qu'il accorde sa guitare après en avoir cassé une corde. Le reste du groupe se joint à lui et Burton Cummings invente sur-le-champ les paroles « American woman stay away from me ». Un membre de l'auditoire enregistre le spectacle, puis remet une copie de l'enregistrement sur cassette au groupe. Burton Cummings écrit le reste des paroles, qui font entre autres référence à des « machines de guerre » et à des « scènes de ghettos », images inspirées par une tournée aux États-Unis pendant la guerre du Vietnam. Le groupe interprète à nouveau la chanson le soir suivant. RCA et le public s'éprennent de la chanson. Elle devient la première chanson d'un groupe rock canadien à se hisser en première position du palmarès Billboard Hot 100 aux États-Unis, position qu'elle conservera pendant trois semaines. En 1999, l'artiste étatsunien Lenny Kravitz remportera un succès avec sa reprise d'« American Woman », ce qui lui vaudra, en 2000, un prix Grammy pour Meilleure performance masculine (catégorie rock).

« No Sugar Tonight », la chanson qui paraît sur la face B du simple American Woman, se hisse également en première position des palmarès au Canada et aux États-Unis. Une version plus longue de la chanson, combinée à « New Mother Nature », paraît sur l'album. « No Time », parue à l'origine sur l'album Canned Wheat, est réenregistrée pour l'album American Woman. Elle devient le troisième simple à succès de l'album, atteignant la première position au Canada et la cinquième aux États-Unis. American Woman se hisse en neuvième position du palmarès Billboard des albums de musique populaire. Il s'agit du seul album du groupe Guess Who qui figurera au Top 10 de ce palmarès.

L'après-Bachman

En 1966, Randy Bachman se convertit au Mormonisme lorsqu'il épouse Lorayne Stevenson, sa première femme. Ses croyances et son mode de vie sont en contradiction avec ceux de ses collègues du groupe, car le mode de vie rock 'n' roll prend de plus en plus de place au moment où The Guess Who gagne en popularité. Il éprouve aussi de sérieux problèmes de vésicule biliaire; lors d’une tournée, il sera remplacé par le guitariste Bobby Sabellico afin d’aller consulter son médecin à Winnipeg. Le 16 mai 1970, il participe à son dernier spectacle avec le groupe au Fillmore East à New York. Après avoir quitté le groupe, il renoue avec Chad Allan. Ensemble, ils fondent le groupe Brave Belt, qui deviendra plus tard Bachman-Turner Overdrive.

Deux guitaristes remplacent Randy Bachman : Kurt Winter, du groupe winnipegois Brother, et Greg Leskiw. Kurt Winter devient le principal compagnon d'écriture de Burton Cummings. Share The Land (1970) est le premier album auquel participent les nouveaux membres du groupe. « Hand Me Down World » et « Bus Rider », écrites par Kurt Winter, ainsi que la chanson titre de l'album, écrite par Burton Cummings, donnent au groupe de nouveaux simples à succès, tout comme « Hang on to Your Life », coécrite par Burton Cummings et Kurt Winter, et le simple « Albert Flasher », qui n'apparaît pas sur l'album. Le départ de Randy Bachman ne semble pas nuire au succès de The Guess Who.

L'album So Long, Bannatyne (1971), qui porte le nom d'une rue de Winnipeg, est lancé un an plus tard. Il comprend les simples à succès « Rain Dance » et « Sour Suite ». Par la suite, Greg Leskiw quitte le groupe afin de poursuivre une carrière solo; il est remplacé par Donnie McDougall sur l'album acclamé Live at the Paramount (1972), enregistré devant public au Paramount Theatre à Seattle, dans l'état de Washington. L'album comprend le succès au Top 10 canadien « Runnin’ Back to Saskatoon », et fait dire à Lester Bangs, critique légendaire de musique rock, que « The Guess Who est Dieu ».

L'album studio Rockin’ paraît aussi en 1972. Il s'agit du dernier auquel participe Jim Kale. Le bassiste Bill Wallace, ancien membre du groupe Brother, le remplace. Artificial Paradise (1973) est le premier album de la nouvelle formation. Il comprend le succès du Top 20 canadien « Follow Your Daughter Home », mais ne remporte pas le même succès que les albums précédents. En 1973, le groupe lance également le dixième album auquel participe Burton Cummings, judicieusement intitulé #10. Le simple « Glamour Boy » est le seul de l'album à se classer au palmarès; il atteint la 14e position au Canada,

Road Food (1974) marque une reprise commerciale pour The Guess Who. Il comprend le succès « Clap for the Wolfman », qui atteint le Top 10 au Canada et aux États-Unis. Il s'agit d'une ode au disc-jockey étatsunien Wolfman Jack; ce dernier participe d'ailleurs à la chanson. Il comprend aussi « Star Baby », qui figurera au palmarès Billboard Hot 100 pendant 19 semaines, un record pour un simple de The Guess Who.

Le guitariste Domenic Troiano, connu pour son travail avec Ronnie Hawkins et The James Gang, remplace Kurt Winter et Donnie McDougall. Il est le partenaire d'écriture de Burton Cummings pour l'album Flavours (1975), surtout connu pour la chanson « Dancin’ Fool ». L'album Power in the Music est lancé plus tard la même année. Il s'agit du dernier album auquel participe Burton Cummings. Il quitte le groupe au milieu d'une tournée pour poursuivre une carrière fructueuse en solo, désenchanté du son davantage rock progressif qu'adopte The Guess Who en présence de Domenic Troiano.

L'après-Cummings

Le départ de Burton Cummings semble marquer la fin de The Guess Who, mais une obligation contractuelle envers RCA mène au lancement de The Way They Were (1976), une collection de titres inédits de l'ère Bachman. Jim Kale réalise qu'il existe toujours un public pour la musique de The Guess Who et que le nom du groupe n'a jamais été enregistré. Il décide de relancer le groupe avec Garry Peterson, Kurt Winter et Donnie McDougall, et acquiert les droits sur le nom du groupe.

Garry Peterson quitte le groupe, et Vance Masters, ancien membre du groupe Brother, le remplace peu après. Le claviériste Ralph Watts, se joint aussi au groupe. Cette formation lance Guess Who’s Back (1978) et All This For A Song (1979), deux albums qui connaissent de piètres ventes. Il en sera de même pour l'album Now and Then (1981), auquel participent Jim Kale, le chanteur Brent DeJarlais, le guitariste Mike McKenna, ainsi que les batteurs Sonnie Bernardi et Dan Russell.

Retrouvailles des années 1980

En 1983, Randy Bachman et Burton Cummings renouent avec Jim Kale et Garry Peterson le temps d'une tournée. Il en résulte l'album et la vidéo du concert intitulés Together Again, ainsi que le simple « Let’s Watch The Sun Go Down », écrit par Jim Kale. Les quatre membres du groupe suivent leur propre voie jusqu’en 1987 lorsqu’ils se réunissent pour leur intronisation au Panthéon de la musique canadienne.

De 1990 à aujourd'hui

Au début des années 1990, Jim Kale et Garry Peterson réunissent à nouveau The Guess Who pour une tournée, cette fois-ci avec le chanteur Terry Hatty, le claviériste Leonard Shaw et le guitariste Dale Russell. Liberty (1995) paraît chez Aquarius Records puis paraît la même année par Intersound Records sous le titre Lonely One. Il ne suscite que très peu d'intérêt auprès du public. Jim Kale réunit le groupe sous différentes formations au cours des années 1990 et lance les albums enregistrés en concert The Spirit Lives On (1998) et Down The Road (1999), qui sont accueillis avec dérision par les admirateurs du groupe. Au cours des années 1990, Randy Bachman et Burton Cummings ne participent qu'à deux concerts : le concert-bénéfice pour venir en aide aux victimes de l'inondation de la rivière Rouge en 1997 et l'interprétation de quatre chansons aux Jeux panaméricains de 1999 à Winnipeg.

Les deux membres principaux se réunissent une fois de plus et entament la tournée Running Back Thru Canada en compagnie de Garry Peterson, Donnie McDougall et Bill Wallace. Il s'agit de l'une des tournées les plus lucratives de l'histoire de la musique canadienne. L'album double enregistré en concert qui en résulte, paru en 2000, est certifié or au Canada une semaine après son lancement et sera en fin de compte certifié double platine. Cette formation réunie participe aussi au spectacle de la mi-temps de la Coupe Grey de 2000, à Calgary, et au concert-bénéfice « SARStock » de Molson Canadian Rocks for Toronto en juillet 2003. La version du groupe de Jim Kale poursuit ses tournées et continue de lancer des albums dans l'indifférence. En date de 2013, Jim Kale, Garry Peterson, le chanteur principal et guitariste Derek Sharp et le guitariste Laurie MacKenzie continuent donner des spectacles sous le nom The Guess Who.

Héritage

Bien que leur maison de disque ait tenté de le faire passer pour un groupe d'origine britannique, The Guess Who s’est forgé une forte identité canadienne. Leur œuvre au son varié comprend plusieurs variations de musique rock, populaire, psychédélique et même jazz, et les paroles de leurs chansons comportent des références explicites au Canada. « Lightfoot » (en hommage à Gordon Lightfoot), « Maple Fudge », « American Woman », « So Long, Bannatyne », « Guns, Guns, Guns », « Glace Bay Blues », « Runnin’ Back to Saskatoon » et « Lost and Found Town » en sont quelques exemples.

L'observation faite lors de l'intronisation du groupe à l'Allée des célébrités canadiennes, en 2001, s'avère pertinente : The Guess Who « ont démontré qu'il était acceptable d'être Canadien et ont prouvé qu'il n'était pas nécessaire de quitter le pays pour connaître le succès. Ils ont aussi influencé presque tous les artistes canadiens qui les ont suivis. »

Des 14 albums de The Guess Who produits par Jack Richardson au cours des années 1960 et 1970, 11 sont certifiés or (50 000 exemplaires vendus) et 5 sont certifiés platine (100 000 exemplaires vendus) au Canada, alors qu'aux États-Unis, 5 d'entre eux sont certifiés or (500 000 exemplaires vendus) et 3 autres sont certifiés platine (un million d'exemplaires vendus).

En 2005, les chansons « American Woman » et « These Eyes » occupent respectivement les 5e et 23e rangs du palmarès des meilleures chansons canadiennes de tous les temps de l'émission de radio de la CBC 50 Tracks: The Canadian Version. Le simple « American Woman » et sa face B « No Sugar Tonight » sont en tête de palmarès du livre The Top 100 Canadian Singles, de Bob Mersereau, publié en 2010, et les chansons « These Eyes », « Shakin’ All Over » et « No Time » y figurent aussi.

Randy Bachman et Burton Cummings sont tous les deux intronisés au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens en 2005 avec les chansons qu’ils ont coécrites « These Eyes », « No Time », « No Sugar Tonight / New Mother Nature » et « American Woman » pour laquelle tous les membres du groupe partagent les crédits. La chanson « Hand Me Down World » de Kurt Winter est intronisée en 2017.En juillet 2013, Postes Canada a émis un timbre en l'honneur du groupe.

Une version de cet article est parue initialement dans l'Encyclopédie de la musique au Canada.

Prix

Ensemble vocal et instrumental de l'année, Prix RPM (1965)

Ensemble vocal et instrumental de l'année, Prix RPM (1966)

Ensemble vocal et instrumental de l'année, Prix RPM (1967)

Ensemble vocal et instrumental de l'année, Prix RPM (1968)

Ensemble vocal et instrumental de l'année, Prix RPM (1969)

Ensemble vocal et instrumental de l'année, Prix Juno (1970)

Ensemble vocal et instrumental de l'année, Prix Juno (1971)

Panthéon de la musique canadienne (1987)

Prairie Music Hall of Fame (1999)

Prix d'excellence pour l'ensemble de ses réalisations, Prix vidéo MuchMusic (2000)

Allée des célébrités canadiennes (2001)

Doctorats honorifiques en musique, Université de Brandon (2001)

Temple de la renommée de l’industrie de la musique canadienne (2002)

Prix de la réalisation artistique, Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle (2002)