Territoire traditionnel

Les Gwich’in (anciennement appelés les Kutchin) font partie des Autochtones nord-américains qui vivent sous les plus hautes latitudes. Ils occupent un large territoire principalement situé au nord du cercle arctique, qui couvre le bassin hydrographique du fleuve Mackenzie, les affluents septentrionaux du fleuve Yukon et le Centre-Nord de l’Alaska. Au nord, leur territoire jouxte celui des Inuits qui s’étend des montagnes de la chaîne de Brooks et la région de Coleville, en Alaska, jusqu’à la région de la baie Mackenzie, au Yukon. Quelques communautés Gwich’in du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et de l’Alaska sont décrites dans ce qui suit.

Old Crow, territoire du Yukon

Le territoire traditionnel des Vuntut Gwich'in.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Vuntut Gwitchin, qui signifie « les gens des lacs », désigne les gens qui vivent dans le village d’Old Crow, au Yukon (dans la région de la plaine Old Crow). Située à 128 km au nord du cercle arctique, au confluent des rivières Porcupine et Crow, Old Crow est la communauté du Yukon la plus septentrionale.

Territoires du Nord-Ouest

Le territoire traditionnel des Teetl’it Zheh Gwich'in.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Dans les Territoires du Nord-Ouest, les communautés Gwich’in sont disséminées à l’intérieur du delta du Mackenzie. Elles comprennent : Les Teetl’it Zheh (Tetlit Zhe ou Teetł’it) Gwich’in (Fort McPherson), les Gwichya Gwich’in (Tsiigehtchic, anciennement la rivière Arctic Red), les Ehdiitat Gwich’in ou Ehdii Tat (Aklavik) et les Nihtat Gwich’in (Inuvik).

Alaska

Les communautés Gwich’in du Nord-Est de l’Alaska comprennent Arctic Village, Dendu Gwich’in (Birch Creek), Draan’jik Gwich’in (Chalkyitsik), Danzhit Hanlaih Gwich’in (Circle), Gwich’yaa Gwich’in (Fort Yukon) et Neets’ąįį Gwich’in (Venetie).

Vie traditionnelle

Les bandes régionales dépendaient traditionnellement de la chasse de l’original et du caribou dans les terres hautes, et de la pêche du saumon dans les basses terres. Le gros gibier leur procurait la plus grande partie de leur nourriture et des peaux utilisées pour la confection des vêtements et des abris, mais les Gwich’in capturaient également des corégones, des lièvres et d’autres petits gibiers. Ils consommaient des plantes telles que des baies et de la rhubarbe pour compléter leur régime.

La technologie des Gwich’in était semblable à celle des autres Athapascans des zones subarctiques (voir Autochtones : la région subarctique), tout en intégrant des éléments occidentaux distinctifs (après la période de contact), notamment de grands couteaux métalliques, les traîneaux, les porte-bébé en forme de chaise confectionnés en écorce de bouleau, les canots de style Inuit, eux aussi en écorce de bouleau et dotés de flancs assez droits et d’un fond plat, et les tentes portables, en peau de caribou, en forme de dôme.

Les adultes tout comme les enfants portaient des tuniques d’été à long pan arrière, décorées d’ocre rouge, de perles en coquilles de dentalium (un mollusque) et d’épines de porc-épic teintes. Les femmes se tatouaient le menton et pour certaines cérémonies, les hommes se recouvraient les cheveux d’ocre rouge mélangé à de la graisse et saupoudraient ce mélange de duvet.

Organisation sociale

Traditionnellement, un foyer familial typique était formé par les familles nucléaires respectives de deux frères ou sœurs. Plusieurs foyers associés à la même personne principale, ou chef, constituaient une bande locale dont les membres travaillaient ensemble pour construire des pièges à caribous (sorte d’enclos retenant les caribous après leur encerclement) et de grands pièges à poissons. Parfois, des groupes importants se formaient pour chasser ensemble. Plusieurs bandes locales pouvaient s’assembler pour former une bande régionale, celle-ci se perpétuant grâce aux mariages entre les bandes et d’autres interactions entre les familles. Les bandes régionales se rassemblaient pour des festivités et des cérémonies annuelles telles que les mariages, les funérailles et les festins qui marquaient la naissance d’un premier enfant, le premier gros gibier capturé par un fils, ou la fin de l’isolement associé à la puberté d’une fille.

Trois clans matrilinéaires constituaient une sous-structure des bandes et régulaient les mariages : les Nantsaii, les Chits’yaa et les Tenjeraatsaii (Teenjaaraatsyaa). Bien qu’on ne connaisse pas grand-chose des clans historiques, il a été rapporté que les Nantsaii et les Chits’yaa (Chi’ichyaa) étaient considérés comme des clans primaires, tandis que les Tenjeraatsaii étaient réservés aux enfants, aux personnes extérieures au système de clan et aux gens qui s’étaient mariés avec une personne de leur propre clan (une pratique considérée taboue).

Aujourd’hui, les bandes Gwich’in du Canada sont régies par la Loi sur les Indiens. Les organismes tels que le Conseil tribal des Gwich’in et le Gwich’in Council International sont au service des communautés du Canada et des États-Unis et représentent leurs membres en défendant leurs intérêts devant leurs gouvernements respectifs.

Culture

La culture Gwich’in est profondément liée à la terre et à ses ressources. La chasse, le piégeage et la pêche restent aujourd’hui des composantes importantes de l’économie et du style de vie des Gwich’in. Plusieurs institutions, comme l’Institut social et culturel gwich’in, ont pour mission de préserver et de promouvoir les connaissances traditionnelles et la langue des Gwich’in.

La musique, la danse et certaines coutumes dénées se retrouvent également dans la culture gwich’in. Les Gwich’in ont adopté et adapté la musique de violoneux et les gigues. La danse du canard et la danse du lapin sont deux exemples de danses traditionnelles parmi de nombreuses autres. Comme c’est le cas au sein de nombreuses communautés autochtones, le tambour est un élément culturel important qui agrémente différentes réunions et cérémonies. Les Gwich’in partagent également certaines pratiques culturelles et coutumes avec d’autres peuples dénés, comme les Esclaves. Les Gwich’in jouent à plusieurs jeux pratiqués par les Dénés, tels que la traction au bâton et les jeux de main. (Voir aussi : Jeux d’hiver de l’Arctique)

Le système des pensionnats indiens a dissocié les enfants et les familles Gwich’in de leur culture. Les impacts de ces pensionnats se font encore sentir aujourd’hui, mais la culture gwich’in a survécu. Divers établissements d’enseignement se sont aujourd’hui donnés pour mission de reconquérir cette culture ainsi que l’histoire et le patrimoine des Gwich’in.

Religion et spiritualité

Le monde spirituel des Gwich’in inclut la croyance en des esprits humains et animaux, des personnes dotées de pouvoirs surnaturels et le grand corbeau héro-filou (le corbeau). Nommé Dotson’Sa dans la langue gwich’in, le corbeau est révéré comme un personnage bienveillant qui aide les Gwich’in à se retrouver dans leurs déplacements, mais qui aime aussi jouer des tours aux gens, au point de leur créer parfois des ennuis. (Voir aussi : Symbolisme du corbeau) Autochtones : religion).

Histoire des origines

La narration de récits est un aspect important de la culture gwich’in. Les gens se rassemblaient souvent pour écouter les anciens ou d’autres conteurs évoquer le passé ou raconter des légendes gwich’in. Ces récits illustraient les origines de l’humanité, la nature et la vie des animaux. Les conteurs donnaient aussi des leçons et transmettaient les croyances spirituelles des Gwich’in.

Il existe plusieurs variantes de l’histoire de la création selon les Gwich’in. La plupart expliquent cependant que l’homme a été créé avec un morceau de cœur de caribou dans son propre cœur et vice versa. C’est pourquoi ils sont liés spirituellement, physiquement et mentalement. Ils connaissent les habitudes de l’autre, se respectent mutuellement et s’entraident pour survivre (le caribou offre de la nourriture à l’homme, tandis que l’homme se contente de prendre ce dont il a besoin et protège l’environnement du caribou).

Langue

Les Gwich’in parlent la langue dénée, aussi appelée le loucheux, le kutchin ou le tukudh. À l’époque des premiers contacts avec les Européens, les Gwich’in étaient répartis en neuf groupes distincts qui parlaient chacun un dialecte particulier. L’évolution démographique résultant des épidémies et d’autres facteurs liés au contact avec les Européens a entraîné la fusion de certains groupes et de leurs dialectes. Aujourd’hui, on distingue deux langues gwich’in principales (mais il existe divers dialectes apparentés) : une qui est parlée en Alaska et une autre qui est parlée au Yukon et dans les Territoires du Nord-Ouest. Le gwich’in est l’une des langues officielles des Territoires du Nord-Ouest.

Archdeacon Robert McDonald (1829-1913), un missionnaire protestant qui a travaillé parmi les Gwich’in dans les années 1860, a mis au point le premier système d’écriture du gwich’in. En collaboration avec les Gwich’in, il a ainsi traduit la Bible et d’autres livres de prières et de cantiques que certains utilisent encore de nos jours. La langue a cependant évolué depuis les années 1860 et elle est aujourd’hui dotée d’un système d’écriture moderne. Développé par le linguiste Richard Mueller et adapté par le Centre des langues autochtones du Yukon dans les années 1970, ce nouveau système reflète les sons utilisés dans la langue gwich’in de manière plus cohérente et plus précise que l’ancienne version. Les jeunes Gwich’in connaissent mieux l’orthographe moderne.

Les chiffres diffèrent d’une source à l’autre, mais le recensement canadien de 2006 indique un effectif de 570 locuteurs gwich’in, soit une légère augmentation par rapport aux 505 locuteurs recensés en 2001. Le recensement de 2011 ne compte cependant que 375 personnes qui déclarent le gwich’in comme leur langue maternelle et aujourd’hui, cette langue est donc considérée comme étant menacée de disparition. Des organismes tels que l’Institut social et culturel gwich’in et le Centre linguistique gwich’in collaborent avec des experts linguistiques et des personnes qui parlent couramment cette langue pour entretenir et renforcer son usage.

Contact avec les Européens

En 1789, les Gwich’in entrent en contact avec Alexander Mackenzie au sud du delta du Mackenzie. Deux décennies plus tard, ils font du commerce aux postes de traite disséminés dans la vallée du Mackenzie. L’existence de ce réseau commercial incite la Compagnie de la Baie d’Hudson à établir Fort McPherson, sur la rivière Peel, en 1840, puis Fort Yukon (en Alaska) en 1847. Les Gwich’in, qui ont jusque-là servi d’intermédiaires dans les échanges commerciaux entre les Inuits de la côte et les communautés autochtones de l’intérieur, et entre les communautés du Mackenzie et celles du Yukon, voient d’un mauvais œil la présence des postes de traite européens sur leur territoire. Au milieu du 19e siècle et jusqu’au début du 20e siècle, plusieurs épidémies, notamment de grippe, réduisent fortement les populations de Gwich’in. Old Crow devient progressivement le point de rassemblement des Gwich’in puis la seule ville gwich’in de tout le Yukon.

Traité n° 11

En 1921, les Gwich’in et quelques autres nations autochtones signent le Traité n° 11 avec le gouvernement canadien. Ils cèdent ainsi des terres au gouvernement fédéral à des fins de développement en échange de certains droits sur ces terres. Le dernier des traités numérotés, le Traité n° 11, porte sur plus de 950 000 km2 de terres qui font aujourd’hui partie du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut. Des négociations hâtives ainsi qu’une mauvaise mise en œuvre des termes du traité – en particulier pour ce qui est des réserves et des revendications territoriales des Autochtones – ont entraîné d’importantes divergences entre les parties concernant l’interprétation du traité et l’inventaire des promesses qui n’ont pas été tenues. Par conséquent, un grand nombre des signataires du Traité n° 11 ont également participé au processus d’établissement des traités modernes (voir Traités autochtones).

Vie contemporaine

La population actuelle (2017) des Gwich’in se situerait entre 7 000 et 9 000 personnes, dont un peu plus de la moitié vit à Old Crow, Tetlit Zhee (Fort McPherson, le plus grand centre gwich’in) et Tsiigehtchic, ou dans les communautés mixtes (composées d’Inuits, de membres des Premieres nations et de non Autochtones) relativement importantes d’Aklavik et d’Inuvik. Le reste des Gwich’in (approximativement 1 500 personnes) vit en Alaska. Les communautés sont desservies par un service aérien régulier, mais seul un petit nombre d’entre elles – comme Tetlit Zhee et Tsiigehtchic – peuvent être atteintes par la route.

Parmi les personnalités gwich’in bien connues, on peut citer Edith Josie (Old Crow), journaliste et membre de l’Ordre du Canada, Charlie Peter Charlie (Old Crow), chef et conseiller de bande, et John Tetlichi, premier membre autochtone du Conseil territorial des Territoires du Nord-Ouest (voir Gouvernements territoriaux au Canada).

Entente sur la revendication territoriale globale des Gwich’in

La région désignée des Gwich'in.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

L’Entente sur la revendication territoriale globale des Gwich’in a été signée le 22 avril 1992 et est entrée en vigueur le 22 décembre 1992. Cette entente a ouvert de nouvelles perspectives pour le développement local de l’industrie et du commerce, pour l’emploi et pour l’épanouissement politique, social et culturel de la population. Elle porte sur plus de 22 000 km2 de terres dans les Territoires du Nord-Ouest et plus de 1 500 km2 au Yukon. Elle prévoit aussi des droits de récolte dans le cadre d’activités commerciales axées sur la faune, le droit de gérer les règlements concernant la faune, les terres et l’eau au sein des institutions publiques et le transfert de fonds du gouvernement du Canada vers le Conseil tribal des Gwich’in. L’entente sur la revendication territoriale offre aux Gwich’in le moyen de faire avancer leur autonomie gouvernementale et d’assurer leur bien-être général.