Helmut Max Kallmann, membre de l’Ordre du Canada, musicothécaire, historien (né le 7 août 1922 à Berlin, en Allemagne; décédé le 12 février 2012 à Ottawa, en Ontario). Helmut Kallman est le pionnier et le plus important érudit de l’histoire de la musique au Canada. En 1960, la publication de son livre A History of Music in Canada 1534-1914, le premier ouvrage sur le sujet, jette les bases de la discipline et encourage les autres chercheurs. Il a été bibliothécaire à la CBC, chef du service de musique à la Bibliothèque nationale du Canada (aujourd’hui Bibliothèque et Archives Canada) et cofondateur de la Canadian Music Library Association (aujourd’hui l’Association canadienne des bibliothèques musicales). Il a de plus coédité deux éditions de l’Encyclopédie de la musique au Canada(1981 et 2002), et été membre de l’Ordre du Canada.

Enfance et formation

Enfant, Helmut Kallmann reçoit des cours de pianos informels de son père, avocat et musicien amateur, avant d’être envoyé en Angleterre en 1939, dans le cadre de la mission de sauvetage Kindertransport, par laquelle près de 10 000 enfants juifs d’Europe centrale et d’Europe de l’Est sont pris en charge par le Royaume-Uni avant le début de la Deuxième Guerre mondiale. Il habite un certain temps à Londres où il étudie le piano avec Margery Moore, et la théorie musicale avec le Canadien Russell E. Chester. Après que le gouvernement britannique eut changé le statut des réfugiés juifs pour celui d’ennemis étrangers, Helmut Kallmann est emprisonné sur l’île de Man, puis déporté au Canada en 1940 où il est interné en tant que prisonnier de guerre, d’abord au Nouveau-Brunswick et ensuite dans trois camps au Québec, jusqu’en 1943. Il est naturalisé Canadien en 1946. Sa mère, son père et sa sœur, incapables d’obtenir les papiers nécessaires pour quitter l’Allemagne, sont morts pendant l’Holocauste.

En 1944, Helmut Kallmann s’installe à Toronto, où il étudie le piano aux côtés de Naomi Adaskin, Greta Kraus (1944-1945) et Florence Steinhauer (1947-1948). De 1946 à 1949, il étudie la musique à l’Université de Toronto avec les professeurs Richard Johnston, Robert Rosevear, Arnold Walter et Leo Smith. Consterné du fait qu’aucun compositeur canadien ne figure au programme d’histoire de la musique, Helmut Kallmann commence sa collecte d’information sur les compositeurs canadiens et se met à la recherche du répertoire publié, un projet qui deviendra l’œuvre de sa vie.

Bibliothèque musicale de CBC

De 1950 à 1970, Helmut Kallmann travaille à la CBC Toronto Music Library où il regroupe d’importantes archives d’environ 1000 œuvres canadiennes, et organise la représentation de certaines pièces. Il révise et édite le Catalogue of Canadian Composers de la CBC en 1952, et rédige en 1960 une historiographie majeure, A History of Music in Canada 1934-1914, le tout premier ouvrage du genre. Il devient responsable de la bibliothèque musicale en 1962 et en 1965, il organise une série documentaire radio de 13 semaines pour la CBC, intitulée Music in Canada.

Il se concentre par la suite dans des domaines plus spécialisés tels que l’histoire des périodiques musicaux canadiens, l’édition de la musique, les biographies de Joseph Quesnel, Theodore F. Molt et James P. Clarke, et il s’intéresse à l’inventaire des premières œuvres canadiennes imprimées et aux instruments du XIXe siècle fabriqués au Canada. Son travail contribue au renouveau d’importantes compositions, comme Colas et Colinette de Quesnel (vers 1789), possiblement la première œuvre lyrique écrite au Canada; Siege of Quebec (voir Bataille), un hommage au général James Wolfe, et les opéras du XIXe siècle Lucas et Cécile, de Quesnel et La veuve, de Calixa Lavallée.

Bibliothèque nationale du Canada

En 1970, Helmut Kallmann est nommé à la tête du tout nouveau service de musique à la Bibliothèque nationale du Canada (aujourd’hui Bibliothèque et Archives Canada), où on lui demande de regrouper et de conserver une collection exhaustive de documents relatifs à la musique canadienne : documents imprimés, manuscrits, enregistrements. Le service de musique devient vite le lieu par excellence pour la recherche dans le domaine. Helmut Kallmann est également un pionnier de l’organisation d’expositions musicales, dont une exposition sur les compositions de Healey Willan en 1972, et une autre sur celles de Glenn Gould en 1988.

Lorsqu’il quitte ses fonctions à la Bibliothèque nationale en 1987, un volume commémoratif (un numéro spécial en l’honneur de collègues éminents) est publié en son honneur : Musical Canada: Words and Music Honouring Helmut Kallmann (1988), sous la direction de John Beckwith et Frederick A. Hall.

Publications importantes

Helmut Kallmann dirige la collection Catalogue of Orchestral Music (1957), publiée par la Ligue canadienne des compositeurs (LCC), et signe la préface de l’ouvrage de Giles Bryant, Healey Willan Catalogue (1972). Avec Gilles Potvin et Kenneth Winters, il dirige aussi l’Encyclopédie de la musique au Canada (1981) en plus d’assumer la responsabilité de l’ensemble de son contenu. Il codirige avec Gilles Potvin la deuxième édition de cette encyclopédie, publiée en 1992.

Il préside la Société pour le patrimoine musical canadien tout au long de son exercice, de 1982 à 2003. L’organisme, consacré à la recherche, la mise au point et la publication des compositions musicales antérieures à 1950, produit 25 volumes contenant plus de 1500 œuvres. Helmut Kallmann participe également à la création de nombreux dictionnaires de musique internationale, dont le Grove’s Dictionary of Music and Musicians, auxquels il ajoute ou corrige les entrées canadiennes.

Retraité, Kallmann rédige une infolettre pour ses compagnons juifs internés. Il contribue également à de nombreux articles scientifiques publiés au Canada et à l’étranger, en plus de collaborer à la deuxième édition d’une encyclopédie exhaustive de la musique allemande, Die Musik in Geschichte und Gegenwart.

Autres activités

Helmut Kallmann est cofondateur de l’Association canadienne des bibliothèques musicales (ACBM) qu’il préside en 1957-1958 et en 1967-1968. Il engage la participation canadienne à l’Association internationale des bibliothèques musicales (il est délégué canadien de 1959 à 1971), qui lui doit la section canadienne de son Répertoire international des sources musicales de 1953 à 1987 (voir Bibliothèques musicales). Il est aussi l’instigateur de nombreux projets et publications conduits par l’ACBM, dont les index Répertoire bio-bibliographique des musiciens canadiens (1961)et Musical Canadiana, a Subject Index (1967).

Il est directeur (1970-1971) et vice-président (1971-1976) du Conseil canadien de la musique, et historien honoraire de la Ligue canadienne des compositeurs (LCC). Il siège aux comités de rédaction du Canadian Music Journal et des Cahiers canadiens de musique, en plus d’être cofondateur de la Société pour le patrimoine musical canadien. En 1975, il est nommé professeur adjoint honoraire et plus tard, professeur auxiliaire de recherche à l’Université Carleton.

Hommages et héritage

Le travail et le dévouement d’Helmut Kallmann ont permis le développement de cours de musique canadienne dans les universités et ont encouragé les membres de la communauté musicale à mener des recherches historiques et à jouer de la musique canadienne ancienne. Il reçoit la médaille du Conseil canadien de la musique en 1977 et devient membre de l’Ordre du Canadaen 1986.

L’ACBM crée, en 2000, le prix Helmut Kallmann pour services exceptionnels dans le domaine des bibliothèques ou des archives musicales au Canada. En 2006, Helmut Kallmann est le tout premier bibliothécaire à recevoir le Prix Amis de la musique canadienne, décerné par le Centre de musique canadienne et la Ligue canadienne des compositeurs.