Au Canada, l’agriculture a évolué de façon nettement différente dans chaque région du pays. Ceci s’explique d’abord par les différences de climats et de géographie, mais aussi par le fait que chaque région a été colonisée à un moment différent du développement économique et politique du pays. Le gouvernement a toujours constitué le principal facteur d’unification depuis l’époque coloniale. En effet, l’agriculture a été essentiellement dirigée par l’État et subordonnée à d’autres intérêts.

Pratiques autochtones

Avant l’arrivée des Européens, les Autochtones des Grands Lacs inférieurs et du Saint-Laurent cultivaient deux types de maïs, des courges et des haricots et ils pratiquaient par ailleurs la sélection des semences. Bien avant l’arrivée des marchands français, les Premières nations troquent leur maïs contre les peaux et la viande que leur procurent les groupes chasseurs des régions boisées. Après l’avènement de la traite des fourrures, des intermédiaires algonquiens fournissent les Français en pelleteries de choix qu’ils troquent contre leur maïs avec des bandes vivant plus au nord. L’apport de l’agriculture des Premières nations dans l’approvisionnement du commerce des fourrures demeure important jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

Maritimes [H2]

Du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle [H3]

Dans les Maritimes, l’agriculture remonte à la fondation de Port-Royal par les Français en 1605. Les colons acadiens (voir Acadie) construisent alors des digues dans les marécages d’eau salée du bassin d’Annapolis qu’ils utilisent comme pâturages et pour cultiver du blé, du lin et des légumes. Après la signature du Traité d’Utrecht (1713), les Français se retirent à Plaisance (Terre-Neuve), à l’île Royale (île du Cap-Breton) et à l’île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard). Ils entendent se servir de l’île Saint-Jean comme source de céréales et de bétail pour nourrir les marins et les pêcheurs installés au Cap-Breton. Peu d’Acadiens quittent leur pays natal pour s’installer dans l’île Saint-Jean avant les années 1750. À cette époque, les habitants de l’île Royale, pêcheurs pour la plupart, cultivent déjà du blé et des légumes dans de petites clairières et s’adonnent à l’élevage.

Après avoir acquis l’Acadie en 1713, l’Angleterre encourage l’agriculture dans les Maritimes à des fins de défense et de mercantilisme. Elle doit approvisionner la Nouvelle-Écosse, son rempart stratégique contre les Français. La Grande-Bretagne encourage aussi l’agriculture afin de fournir des vivres à ses commerçants qui traitent avec les Antilles et du chanvre pour sa marine et les navires marchands (le chanvre était utilisé pour confectionner la corderie des voiles). Elle offre des avantages financiers aux colons d’Halifax qui défrichent et qui clôturent leurs terres mais, faute de marchés importants, la région ne dépasse pas le stade de l’autosuffisance. Les Acadiens continuent à approvisionner les Français retirés dans l’île Royale, ce qui contribue à leur expulsion par les Anglais en 1755. Ces derniers, toutefois, demanderont plus tard à des Acadiens de leur enseigner la culture en régions marécageuses, car l’afflux de colons loyalistes dans les années 1780 augmente la demande de produits maraîchers. À cause de la forte concurrence des Américains dans le domaine de la farine et des céréales, on convertit une grande partie des marais de la baie de Fundy en prairies propices à l’élevage du bétail. Le gouvernement anglais tente aussi d’encourager les agriculteurs à s’établir dans l’Île-du-Prince-Édouard en cédant 66 parcelles de 8,094 ha à des particuliers.

De 1783 à 1850, l’agriculture occupe une place prédominante dans l’Île-du-Prince-Édouard, tandis qu’en Nouvelle-Écosse elle est moins importante que la pêche de la morue et le commerce avec les Antilles et que le commerce du bois et la construction navale au Nouveau-Brunswick. Avec l’immigration de Britanniques et de loyalistes, la zone agricole dans les Maritimes dépasse les terres marécageuses et s’étend sur les rives des cours d’eau, le long du fleuve Saint-Jean en particulier. Les nouvelles terres se prêtent bien à la culture céréalière mais, pour des raisons d’ordre culturel, agricole et commercial, les colons s’adonnent en général à l’agriculture mixte. La plupart des agriculteurs à temps plein se consacrent avant tout à l’élevage du bétail, qui demande moins de main-d’œuvre que la culture des céréales. Avant 1850, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick demeurent des importateurs nets de denrées alimentaires des États-Unis. Seule l’Île-du-Prince-Édouard dispose d’un excédent agricole et, dès 1831, exporte du blé en Angleterre.

Au début du XIXe siècle, la mise en valeur agricole se heurte au manque de compétence des immigrants qui succèdent aux loyalistes. La plupart de ces colons sont des Écossais des Highlands qui sont peu préparés à défricher la forêt vierge et à pratiquer l’agriculture. En 1818, un marchand de Halifax, John Young, commence sous le surnom d’« Agricola » à militer pour l’amélioration des méthodes agricoles. Des sociétés agricoles se forment alors autour d’un organisme central parrainé par le gouvernement et installé à Halifax. Cependant, les efforts de Young sont pratiquement vains, car, les marchands ne s’intéressant pas à l’agriculture locale, les agriculteurs sont peu motivés à augmenter leur production pour la vente. Néanmoins, les terres et la production agricoles augmentent progressivement et, vers le milieu du siècle, les agriculteurs constituent une force politique et exigent l’amélioration des moyens de transport et une meilleure protection de l’agriculture.

Du milieu du XIXe siècle au début du XXe siècle [H3]

Après 1850, deux importants facteurs touchent l’agriculture des Maritimes : la spécialisation de la production agricole dans tout le monde capitaliste et, après 1896 surtout, l’intégration de l’économie des Maritimes à l’économie canadienne. Entre 1880 et 1900, la production de fromage et de beurre de fabrique augmente et l’exportation de pommes, vers l’Angleterre en particulier, progresse rapidement (voir Industrie des fruits et légumes).

Après 1896, la prospérité liée à la colonisation des Prairies ouvre le marché canadien aux fruits (pommes surtout) et aux pommes de terre. Dès les années 1920, la concurrence des États-Unis, de l’Australie et de la Colombie-Britannique menace le marché d’exportation des pommes de la Nouvelle-Écosse en Angleterre, malgré les améliorations que les pomiculteurs néo-écossais apportent à leurs méthodes de production. Le marché de la pomme de terre acquiert de nouveaux débouchés à Cuba et aux États-Unis et bien que, à partir de 1928, Cuba atteigne l’autosuffisance en matière de pommes de terre, l’Île-du-Prince-Édouard y conserve une part du marché en lui fournissant des semences.

Vers 1920, les secteurs agricoles des Maritimes qui sont tributaires des marchés locaux commencent à souffrir. Les difficultés que connaît l’industrie forestière contribuent à la disparition des marchés et l’avènement du moteur à combustion interne diminue la demande de chevaux et de foin. La viande provenant d’autres régions du Canada supplante la production locale. De plus, dans les années 30, il devient plus difficile d’exporter des pommes de terre vers les marchés cubain et américain. Tous ces facteurs, qui s’ajoutent aux problèmes qui sévissent dans l’industrie des fourrures de renard argenté (voir Élevage d’animaux à fourrure) sont catastrophiques pour l’Île-du-Prince-Édouard, dont le revenu agricole passe de 9,8 millions de dollars en 1927 à 2,3 millions de dollars en 1932. Seul, le marché des pommes reste stable grâce au tarif préférentiel que l’Angleterre accorde aux pomiculteurs de l’Empire. Face aux nombreuses difficultés des années 30, de nombreux agriculteurs se tournent vers une agriculture plus diversifiée et autarcique, changement qui a pour conséquence l’augmentation des produits laitiers, de volaille et d’œufs.

Terre-Neuve [H2]

À Terre-Neuve, l’agriculture a toujours été marginale. Les pêcheurs pratiquent néanmoins une agriculture de subsistance le long des criques et des ports de la côte orientale et l’agriculture commerciale se développe dans la péninsule d’Avalon et dans certaines parties des baies de Bonavista, de Notre-Dame et de la Trinité. L’agriculture terre-neuvienne connaît ses véritables débuts au moment des pénuries de vivres liées à la guerre de l’Indépendance américaine : 3100 ha sont alors mis en culture dans les régions de St. John’s, de Harbour Grace et de Carbonear. Puis, au début du XIXe siècle, plusieurs facteurs viennent stimuler l’agriculture : l’arrivée d’immigrants irlandais compétents dans ce domaine, l’essor de St. John’s en tant que marché de légumes, l’instauration d’un programme de construction de routes et, en 1813, l’autorisation permettant au gouverneur d’accorder des titres de propriété à des fins commerciales.

À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, le gouvernement redouble d’efforts pour intéresser la population à l’agriculture. Dès 1900, la colonie compte 298 km2 de terres en culture et quelque 120 000 chevaux, bovins et moutons. Par l’intermédiaire du Newfoundland Agricultural Board (Commission agricole de Terre-Neuve) formé en 1907, le gouvernement crée des sociétés agricoles (91 en 1913) qui fournissent une aide dans des domaines tels que le défrichage de terres ou l’achat de semences et d’outillage agricole. Dans les années 20, le gouvernement importe des animaux de race pour améliorer le cheptel local et, dans les années 30, afin d’alléger les épreuves dues à la Crise, il cède aux instances d’un groupe privé, la Land Development Association (Association pour la mise en valeur des terres), et fournit gratuitement des semences de pommes de terre dans le but d’encourager la culture potagère. Après son entrée dans la Confédération en 1949, Terre-Neuve profite des subventions fédérales pour élaborer des programmes de prêts aux agriculteurs, de défrichage de terres ainsi que pour stimuler la production d’œufs et de porcs.

Québec [H2]

XVIIe et XVIIIe siècles [H3]

En 1617, Louis Hébert commence à élever du bétail et à défricher un lopin pour la culture. Par la suite, d’autres colons suivent son exemple, cultivent céréales, pois et maïs. Cependant, en 1625, on ne compte encore que six hectares de terres en culture. À partir de 1612, le roi de France accorde des monopoles de traite des fourrures à une série de compagnies qui, en échange, s’engagent à installer des colons. Ces compagnies à charte font venir des colons qui défrichent des terres à l’aide de bœufs, d’ânes et, plus tard, de chevaux, mais l’agriculture ne répond aux besoins locaux que vers 1640 et la commercialisation des produits agricoles demeure difficile durant tout le régime français. En 1663, Louis XIV réaffirme la domination royale et encourage la colonisation par des familles. L’intendant Jean Talon réserve des parcelles pour des expériences et des démonstrations agricoles, introduit la culture du chanvre et du houblon notamment, élève diverses espèces de bétail et conseille les colons en matière de méthodes agricoles. Dès 1721, les agriculteurs de la Nouvelle-France récoltent chaque année 99 600 hectolitres (hl) de blé et des quantités moindres d’autres denrées. Ils possèdent en outre quelque 30 000 bêtes : bovins, porcs, moutons et chevaux (voir Régime seigneurial).

Après 1763, à la suite de l’arrivée de marchands anglais, les produits agricoles canadiens trouvent de nouveaux débouchés au sein du système mercantile britannique. La culture est surtout l’affaire des habitants francophones, mais des colons anglophones viennent les rejoindre. Des sujets anglais achètent des seigneuries qu’ils peuplent d’immigrants écossais, irlandais et américains. Des colons de la Nouvelle-Angleterre viennent aussi s’installer dans les Cantons de l’Est et dans d’autres régions. Dans les journaux, les Anglo-Canadiens font valoir de nouvelles techniques de culture du blé et de la pomme de terre et, en 1792, créent une société d’agriculture à Québec.

Comme le gouvernement encourage surtout le Haut-Canada (l’Ontario) et les Maritimes, la croissance des exportations de blé du Bas-Canada (le Québec), avant 1800, demeure modeste. Pendant la première moitié du XIXe siècle, toutefois, la production de blé du Bas-Canada reste loin derrière celle du Haut-Canada. Certains attribuent cet échec aux sols et au climat de la région qui conviennent assez mal à la culture du blé, seule denrée offrant des possibilités importantes d’exportation, à l’épuisement du sol et au fait que, pendant cette période, la population de la province croît plus rapidement que sa production agricole. Disposant de peu d’excédents à réinvestir en valeurs, le Bas-Canada tarde à développer un réseau routier et les frais de transport y demeurent élevés.

Du début du XIXe siècle au milieu du XXe siècle [H3]

Dans les années 1830, le Bas-Canada ne peut déjà plus subvenir à ses propres besoins en blé et en farine et commence à importer de plus en plus du Haut-Canada. Au milieu du siècle, la production agricole brute du Canada-Est (le Québec) s’élève à 21 millions de dollars, soit seulement 60 % environ de la production du Canada-Ouest (l’Ontario). Les fermes en voie de modernisation, tout comme les fermes traditionnelles, ont la charge de plus d’enfants qu’elles ne peuvent en nourrir et la pauvreté générale incite des milliers d’habitants à s’installer dans les villes du Québec ou à émigrer en Nouvelle-Angleterre (voir Franco-Américains). Aiguillonnée par des colonisateurs religieux, la colonisation s’étend aussi au nord de Trois-Rivières, au sud du lac Saint-Jean et sur la rive sud de la rivière Chaudière, mais on y pratique peu l’agriculture commerciale.

Vers la fin du XIXe siècle, l’agriculture du Québec connaît une augmentation de la superficie cultivée et de la productivité et on délaisse la culture du blé pour se tourner vers l’industrie laitière et l’élevage. À partir des années 1860, des agents du gouvernement s’emploient à faire valoir, auprès des agriculteurs, les possibilités commerciales de l’industrie laitière et des agronomes comme Édouard Barnard mettent sur pied une presse agricole et instituent l’inspection gouvernementale des produits laitiers. Des laiteries, des fromageries et des beurreries s’ouvrent près des villes et des voies ferrées, notamment dans la plaine montréalaise et dans les Cantons de l’Est. Au Québec, vers 1900, l’industrie laitière constitue le principal secteur agricole. Elle se mécanise, aux champs comme à l’usine, et l’industrie comprend de plus en plus d’hommes à mesure que les produits de la ferme se transforment en usine. À la fin du siècle, le Québec produit 3,6 millions de kilogrammes de fromage, soit 8 fois plus qu’en 1851.

Vers 1920, toutefois, l’agriculture ne représente déjà plus que le tiers de l’économie québécoise. La Première Guerre mondiale ayant provoqué une stimulation artificielle de la production, les secteurs minier, forestier et hydroélectrique attirent des entreprises qui ouvrent de nouveaux marchés et contribuent à transformer l’économie québécoise, jusqu’ici agricole, en une économie industrielle. Dans les années 20, les terres du Québec s’épuisent de nouveau par manque de fertilisants dû à l’absence de crédits. C’est à ce problème, ainsi qu’à d’autres, que s’attaquent les organisations politiques d’agriculteurs, comme l’Union catholique des cultivateurs, fondée en 1924.

Comme tous les agriculteurs canadiens, les cultivateurs québécois souffrent pendant les années 30. Dans les régions éloignées des marchés urbains, on assiste à la reprise de l’agriculture non commerciale et à la multiplication des fermes. Pendant cette décennie, le revenu des fermiers diminue beaucoup plus que celui des citadins. La Deuxième Guerre mondiale marque le retour en force de l’agriculture commerciale. Ensuite, l’après-guerre se caractérise par la diminution du nombre de fermes et de la population rurale ainsi que par l’augmentation de la taille moyenne des propriétés agricoles.

Ontario [H2]

De la fin du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle [H3]

L’avènement de l’indépendance américaine en 1783 a deux conséquences. Elle représente une menace à la sécurité de la frontière méridionale de l’Amérique du Nord britannique et elle prive l’Angleterre de sa principale source de produits agricoles en Amérique du Nord. Les Anglais dirigent les loyalistes dans la région inférieure des Grands Lacs, le long desquels le gouverneur Simcoe suggère d’installer des soldats à des fins de défense, tandis que d’autres colons s’installeront sur les terres à l’arrière. Les autorités encouragent d’abord la culture du chanvre comme produit d’exportation propre à stimuler l’industrie anglaise et à contribuer à la défense. Mais le projet échoue à cause de la main-d’œuvre insuffisante par rapport à l’envergure de la région à cultiver. Entre 1783 et 1815, le peuplement progresse sur les rives des Grands Lacs et du Saint-Laurent, où l’on cultive des céréales et des légumes, en général pour subvenir à ses besoins.

De 1800 à 1860, la culture du blé domine dans la région qui constitue actuellement l’Ontario. Le blé, la denrée la plus facile à cultiver et à écouler est une source importante de revenus pour les colons. Outre la demande intérieure des garnisons anglaises, des équipes des chantiers de construction et des camps de bûcherons, les marchés principaux sont l’Angleterre et le Bas-Canada. De 1817 à 1825, les agriculteurs du Haut-Canada expédient une moyenne de 57 800 hl (hectolitres) de blé à Montréal.

Cette dépendance à la culture du blé se traduit par une économie en dents de scie. En 1820, l’application des restrictions prévues dans la loi sur les céréales ferme les marchés britanniques au blé de l’Amérique du Nord britannique et provoque une baisse désastreuse des prix du blé et de la valeur des terres. Grâce à l’établissement, en 1825, de droits préférentiels pour le blé de l’Amérique du Nord britannique, les prix et les exportations reprennent, mais le marché s’effondre en 1834-1835. À la fin des années 1830, les mauvaises récoltes réduisent presque à la famine de nombreuses régions récemment colonisées.

Du milieu du XIXe siècle au début du XXe siècle [H3]

Les États-Unis connaissent des revers analogues, ce qui permet temporairement au Haut-Canada d’y exporter ses surplus de blé en dépit des tarifs douaniers. Entre-temps, l’amélioration des moyens de transport facilite l’expédition de denrées vers d’autres régions. Grâce à ces progrès, à des conditions climatiques favorables et à la croissance des marchés, les exportations de blé passent de 1 million d’hectolitres en 1840 à 2,25 millions d’hectolitres en 1850.

Après 1850, l’agriculture en Ontario se diversifie de plus en plus. L’abrogation des lois sur les céréales en 1846 abolit le statut préférentiel du blé de l’Amérique du Nord britannique et favorise ainsi la déstabilisation des prix, mais la hausse des prix américains après la découverte d’or en Californie aide les producteurs à surmonter les obstacles au commerce du bétail, de la laine, du beurre et des céréales secondaires. De 1854 à 1866, le Traité de réciprocité prolonge la situation favorable aux échanges commerciaux. Par ailleurs, la baisse des prix en 1857 et la destruction des récoltes par les moucherons en 1858 hâtent le passage à l’élevage du bétail. En 1864, commence la fabrication industrielle du fromage et, vers 1900, le cheddar canadien, fabriqué principalement en Ontario, a déjà conquis 60 % du marché anglais. Deux organisations d’agriculteurs – la Grange (après 1872) et les Patrons of Industry (après 1889) montrent que les agriculteurs ontariens prennent de plus en plus conscience de leurs capacités de production.

Au XIXe siècle, les progrès techniques facilitent à la fois la culture des céréales et l’élevage du bétail. Après 1815, l’introduction de charrues en fonte, copies des modèles américains, améliore le labourage. De 1830 à 1850 environ, la rotation des cultures se répand : tous les deux ans, on pratique généralement la mise en jachère des terres pendant l’été (terre non ensemencée) pour lutter contre les mauvaises herbes. Les autorités gouvernementales recommandent aussi la technique anglaise des drains couverts pour assécher de vastes étendues de terrains bas ou marécageux. Cette technique permet d’éviter les fossés et les rigoles de drainage qui gênent la mécanisation. L’usage de la moissonneuse, qui se répand rapidement vers 1860, permet d’augmenter la production de grains. L’utilisation courante de l’écrémeuse, dès 1900, stimule la production du beurre, tandis que la réfrigération lance l’industrie du bœuf et du porc.

Du début au milieu du XXe siècle [H3]

À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, l’urbanisation augmente le besoin de culture maraîchère près des villes et de cultures plus spécialisées dans différentes régions : vergers dans la péninsule du Niagara et dans les comtés de Prince-Édouard et d’Elgin, tabac dans les comtés d’Essex et de Kent. L’industrie laitière se développe à la lisière des villes; les cultures marchandes diminuent au profit des grains de provende et du fourrage. De leur côté, les producteurs de bœuf ne peuvent plus répondre à la demande intérieure. On trouve dans tout l’Ontario rural, des associations d’éleveurs, de producteurs laitiers, de producteurs de céréales, de fruits, etc. fondées par les cultivateurs ainsi que les Farmers’ Institutes et les Women’s Institutes lancés par le gouvernement. Ces associations témoignent de la foi en la vie campagnarde, face à l’exode rural et à une société en voie d’industrialisation. Divers groupes organisés par des agriculteurs participent au mouvement des Fermiers unis de l’Ontario qui constitue le gouvernement provincial en 1919, sous la direction de E. C. Drury.

Pendant les années 20, la hausse du prix de certaines denrées agricoles permet aux agriculteurs ontariens de goûter à la prospérité, dont l’un des effets est de ralentir l’exode vers les villes. En 1931, cependant, les revenus agricoles ont déjà diminué de 50 % par rapport à 1926. L’Ontario échappe à la sécheresse qui sévit dans les Prairies, mais les fermiers n’arrivent pas à vendre le plus gros de leur production : les surplus de viande, de fromage, de légumes et de pommes sont envoyés dans l’Ouest. Le gouvernement fait face à la crise en recourant à la réglementation, pour l’industrie laitière principalement. En 1931, il crée la Régie des marchés de l’Ontario, dotée d’un plan quinquennal en 1932. Grâce aux prêts gouvernementaux, les producteurs améliorent leurs troupeaux et modernisent leurs exploitations. Dès la Deuxième Guerre mondiale, l’agriculture ontarienne se diversifie en fonction d’un marché urbain, et les régies des marchés agricoles de même que les coopératives d’agriculteurs jouent des rôles de premier plan.

Prairies [H2]

Du début du XIXe siècle au début du XXe siècle [H3]

Amérique du Nord britannique, les colons écossais, après leur arrivée en 1812, pratiquent l’agriculture sur des terres riveraines dans la colonie de la rivière Rouge. Le système d’arpentage est canadien-français, mais les coutumes agricoles s’inspirent du modèle écossais. On cultive en bandes les terres adjacentes à la rivière (infield), tandis que les terres situées à l’arrière (outfield) sont réservées aux pâturages. Les Métis font alterner l’agriculture et les activités saisonnières comme la chasse au bison. La colonie de la rivière Rouge en vient à jouer un rôle dans l’approvisionnement du commerce des fourrures, en s’ajoutant à l’agriculture pratiquée par les Autochtones et sous l’autorité des compagnies.

La Confédération stimule le développement de l’agriculture des Prairies occidentales. Au milieu du XIXe siècle, des hommes d’affaires du centre du Canada cherchent des possibilités d’investissement susceptibles de parfaire le développement industriel du centre du pays. La perspective d’étendre l’agriculture à l’intérieur des terres de l’Ouest leur semble bien attirante. Le Canada achète la Terre de Rupert à la Compagnie de la Baie d’Hudson (1870), réprime la résistance des Métis (1869-1970 et 1885), déplace la population autochtone et procède à l’arpentage des terres qu’il entend céder aux colons (voir Politique sur les terres fédérales). Le blé prend rapidement une place importante dans l’économie. Cependant, la stagnation prolongée des prix mondiaux qui aboutit à une crise mondiale au début des années 1890 interrompt le développement jusqu’à 1900. L’Ouest canadien se heurte à deux obstacles majeurs : la sécheresse du climat et la brièveté de la saison de culture. Néanmoins, des expériences génétiques amènent la mise au point du blé Marquis en 1907 et le gouvernement du Dominion encourage la mise en jachère pendant l’été pour conserver l’humidité du sol et lutter contre les mauvaises herbes. Ces mesures aident à supprimer les obstacles techniques à l’expansion continue de l’agriculture.

Dans les années 1870 et 1880, commence l’aménagement de vastes ranchs sur les terres louées à bail dans le Sud de la Saskatchewan et de l’Alberta actuelles. L’irrigation à petite échelle à partir de 1870 et l’instauration d’une politique d’irrigation en 1894 permettent pratiquement de surmonter le problème de la sécheresse. De plus, la baisse générale des frais de transport (voir Convention du Nid-de-Corbeau) et la hausse relative du prix du blé à la fin des années 1890 donnent à l’agriculture de l’Ouest le stimulant économique dont elle a besoin.

Le gouvernement canadien achève la colonisation agricole des Prairies dans le cadre des projets d’immigration de Clifford Sifton. Fruits de la mécanisation de l’économie du blé, les tracteurs à vapeur et à essence, les charrues polysocs et les batteuses permettent d’amasser d’énormes surplus. La hausse sans précédent du prix du blé pendant la Première Guerre mondiale encourage la culture de nouvelles terres, mais la baisse des prix, en 1913, et après la guerre précipite la faillite de nombreux agriculteurs surcapitalisés. Néanmoins, de 1901 à 1931, la superficie des terres ensemencées dans les Prairies passe de 1,5 à 16,4 millions d’hectares.

Du début au milieu du XXe siècle [H3]

Les agriculteurs des Prairies ressentent durement l’effondrement des prix du blé après la Première Guerre mondiale. Nombre d’entre eux, incapables de payer l’outillage et les terres achetés à prix élevé pendant la guerre, perdent leurs fermes. De 1920 à 1940, les exploitants de terres au sol plus pauvre, tout comme les agriculteurs installés dans la zone de sécheresse du Sud-Ouest de la Saskatchewan et du Sud-Est de l’Alberta, ne cessent de perdre de l’argent. Dans les années 30, sécheresse, sauterelles et maladies des récoltes aggravent davantage la situation des agriculteurs et le gouvernement réagit en instaurant une Administration du rétablissement agricole des Prairies. Les progrès technologiques, comme la mise au point de la moissonneuse-batteuse, augmentent l’efficacité de l’agriculture et éliminent en même temps les agriculteurs qui ne possèdent pas le capital nécessaire à l’achat des nouvelles machines. Interrompue pendant les années 30, la mécanisation de l’agriculture dans les Prairies reprend de plus belle après la Deuxième Guerre mondiale.

Depuis le début de la colonisation, les agriculteurs de l’Ouest dépendent des hommes d’affaires du centre du Canada pour les intrants de leur production et pour financer, acheter et transporter leur grain. Afin de maîtriser quelque peu les forces économiques qui les dominent, ils se regroupent en organisations pour défendre leurs intérêts. Au Manitoba et dans les Territoires du Nord-Ouest, les premiers mouvements agraires vantent les vertus de la coopération, critiquent la politique tarifaire du gouvernement canadien, le prix du transport des marchandises et le refus du gouvernement fédéral d’accorder une charte aux sociétés de chemin de fer rivales du Canadien Pacifique. En 1899, après avoir forcé le gouvernement à assurer que les sociétés ferroviaires offriraient de meilleurs services, les agriculteurs forment des associations de producteurs de grain dans les Territoires du Nord-Ouest en 1901-1902 et au Manitoba en 1903. Ces organisations informent les agriculteurs, recommandent que le gouvernement provincial étatise les silos à grains de l’intérieur et militent pour la commercialisation coopérative des grains. Les agriculteurs réalisent ce dernier objectif en 1906 en formant la Grain Growers’ Grain Co.

Cette compagnie est représentative de la première phase de la commercialisation coopérative des céréales dans les Prairies. À la lumière de la grande prise de conscience des agriculteurs et des travailleurs après la Première Guerre mondiale, on lui reproche d’être trop axée sur les affaires. On voit naître une aile radicale, dirigée par H.W. Wood, des Fermiers unis de l’Alberta. Entre 1923 et 1924, les agriculteurs organisent des syndicats obligatoires, en fait, une nouvelle forme de commercialisation coopérative, dans les trois provinces des Prairies (voir, par exemple, Saskatchewan Wheat Pool). Les syndicats ont du succès tout au long des années 20, mais s’effondrent sous le choc de la Crise des années 1930. Le gouvernement fédéral intervient pour sauver les syndicats et stabiliser le marché du blé, mais on accorde la direction de cette opération à une personne issue du commerce privé des grains, ce qui sape la nature coopérative originale des syndicats.

Dans le cadre d’une deuxième tentative visant à stabiliser le marché, le gouvernement instaure, en 1935, la Commission canadienne du blé que les agriculteurs réclament depuis leur expérience d’une commission de blé en 1919-1920. Cependant, cette Commission, à nouveau dominée par le commerce privé des grains, défend ses intérêts autant que ceux des agriculteurs. En 1943, il devient obligatoire de passer par la Commission du blé pour commercialiser le blé de l’Ouest, puis, en 1949, l’orge et l’avoine. Le gouvernement fédéral met fin au monopole de la Commission canadienne du blé en 2012 et permet ainsi aux agriculteurs de vendre leurs céréales à la compagnie de leur choix.

Le mouvement agraire de l’Ouest canadien représente plus qu’un phénomène économique. Les membres des syndicats, les associations de producteurs de grains et les partis politiques réunissant les agriculteurs jouent un rôle important dans les questions de culture, de société et de politique des Prairies, autant que dans leur économie. Par exemple, les femmes qui participent au mouvement agraire sont actives dans la croisade en faveur de la tempérance, luttent pour la reconnaissance du droit de vote de la femme, pour le bien-être des enfants et pour l’instruction de la population rurale, autant que pour les causes économiques et politiques qu’elles défendent avec les hommes. Les mouvements politiques de contestation, comme l’Union des agriculteurs du Canada, qui mènent la lutte pour les syndicats dans les années 20, se joignent par la suite à la Co-operative Commonwealth Federation où ils constituent un élément important de la tradition socialiste canadienne.

Colombie-Britannique [H2]

XIXe siècle [H3]

En Colombie-Britannique, l’agriculture se développe d’abord pour alimenter le commerce des fourrures. En 1811, Daniel Harmon, de la Compagnie du Nord-Ouest, entreprend un potager près du lac Stuart et, plus tard, des agents de la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) plantent de petits jardins dans l’île de Vancouver, à Fort St. James, Fort Fraser et Fort George. La CBH collabore aussi à l’établissement de la Puget’s Sound Agricultural Co. Après 1858, les ruées vers l’or stimulent la demande commerciale de produits agricoles. Des entreprises d’élevage et quelques colons agriculteurs s’établissent dans les vallées des rivières Thompson et Nicola, mais la production demeure bien inférieure à la demande, car l’or attire davantage les nouveaux venus que les débouchés agricoles.

Au début des années 1880, les camps de construction du chemin de fer fournissent un marché local pour les produits agricoles, mais la mise en place des raccordements du rail canadien détruit la jeune industrie du blé, incapable de concurrencer le blé des Prairies, au niveau de la qualité et du prix. Dans les années 1890, l’ouverture des mines Boundary et Kootenay crée de nouveaux marchés. Les sociétés d’exploitation forestière et les usines d’emballage du poisson stimulent aussi l’agriculture, mais les producteurs qui dépendent de l’industrie locale souffrent du déplacement des camps de bûcherons ou de la fermeture des mines et des conserveries. On continue de pratiquer l’agriculture à grande échelle dans des districts comme ceux de Cariboo et de Similkameen, tandis que des exploitations spécialisées plus petites se développent dans les vallées de l’Okanagan et du Fraser. Dès les années 1880, la culture des arbres fruitiers apparaît dans la vallée de l’Okanagan, tandis que des industries maraîchère et laitière s’épanouissent dans la vallée inférieure du Fraser, grâce à la croissance de marchés urbains.

Début du XXe siècle [H3]

La British Columbia Fruit-Growers’ Association, fondée en 1889, constitue le premier regroupement officiel de producteurs de la province. L’organisme entend étudier les possibilités de marché dans les Prairies et les méthodes de régulation de la commercialisation des fruits. En 1913, les difficultés économiques contraignent les producteurs de fruits de l’Okanagan à mettre sur pied une coopérative de commercialisation et de distribution, amplement financée par le gouvernement provincial. La coopérative aide à éliminer la concurrence de l’Est et des États-Unis dans les Prairies. La crise de 1921-1922, toutefois, marque le début d’une quête de stabilité plus permanente qui durera 18 ans. Le plan de 1923 demande aux producteurs de fruits d’accepter pendant cinq ans de vendre leur récolte par l’intermédiaire d’une agence centrale. Seulement 80 % des producteurs soutiennent ce plan et la concurrence entre expéditeurs empêche les prix de monter. De 1927 à 1937, on met à l’essai divers projets gouvernementaux et privés, mais sans succès.

En 1938, le gouvernement provincial crée le Tree Fruit Board en tant que seul organisme de commercialisation des pommes. L’année suivante, des producteurs créent Tree Fruits Ltd., organisme central de vente appartenant aux producteurs. En 1939-1940, le chiffre d’affaires des coopératives d’agriculteurs de la Colombie-Britannique - dont Tree Fruits Ltd. est la plus importante - s’élève à près de 11 millions de dollars. La Deuxième Guerre mondiale entraîne des difficultés pour l’agriculture de cette province, car elle en paralyse les exportations mais, dès 1944, l’aide gouvernementale et l’amélioration du pouvoir d’achat des Prairies contribuent à la création d’un marché favorable aux vendeurs.

Le Nord [H2]

Au nord des 60 degrés de latitude nord, l’agriculture commence à l’arrivée des Européens, car les Autochtones ne possèdent pas de techniques de culture adaptées à cette région. Après l’expérience de jardinage tentée par Peter Pond près du lac Athabaska en 1778, la Compagnie de la Baie d’Hudson installe des cultures et du bétail à Fort Simpson, à Fort Norman (maintenant Tulita) et à Fort Good Hope le long du fleuve Mackenzie, ainsi qu’à Fort Selkirk, au confluent de la rivière Pelly et du fleuve Yukon. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, des missionnaires pratiquent l’élevage, le jardinage et la culture dans plusieurs missions. Pendant la ruée vers l’or du Klondike, des mineurs cultivent leurs propres légumes dans le sol assez fertile de Dawson, mais on importe la plus grande partie des denrées alimentaires. C’est durant la période de la ruée vers l’or que se développent les petits jardins maraîchers et l’agriculture à temps partiel, subordonnée à l’exploitation minière, qui caractérisent l’agriculture dans le Nord au XXe siècle. Au Yukon, des entreprises d’élevage s’établissent le long de la rivière Pelly et de la piste Whitehorse-Dawson. La région minière de Mayo crée une demande de produits maraîchers. Dans le district Mackenzie, les missionnaires oblats entreprennent d’importantes activités agricoles à Fort Smith, à Fort Resolution et à Fort Providence.

Au cours du XXe siècle, le gouvernement fédéral étudie les possibilités agricoles du Nord dans le cadre d’expériences menées en collaboration avec des agriculteurs qu’il choisit (les missionnaires oblats, par exemple) et, après la Deuxième Guerre mondiale, dans ses propres sous-stations. Le consensus est que l’agriculture commerciale n’est pas viable dans cette région, d’autant plus que l’amélioration des transports permet aux produits du sud de supplanter toute production dans le Nord et que le climat y est un obstacle permanent.