Hull

Hull, ville du Qc; pop. 66 246 (recens. 2001), 62 339 (recens. 1996), 60 707 (recens. 1991); superf. 36,49 km; const. en 1875; située sur la rive nord de la RIVIÈRE DES OUTAOUAIS, à l'ouest de la rivière Gatineau, en face d'OTTAWA. Hull fait partie de la Région de la capitale nationale (RCN) et de la Communauté urbaine de l'Outaouais (CUO). Elle est le pivot de la région urbaine d'AYLMER - Hull - GATINEAU et la capitale régionale de l'Ouest du Québec, aujourd'hui connue sous l'appellation Outaouais. Au moment de sa constitution, en 1875, la ville adopte le nom de Hull, qui est celui de son canton, ainsi baptisé pour rappeler une ville du Yorkshire en Angleterre.

Peuplement

Avant l'arrivée de Philemon WRIGHT, de Woburn au Massachusetts, en 1800, Hull partage l'histoire de toutes les régions que baigne la rivière des Outaouais, principale voie navigable sur la "Route de l'ouest". Les explorateurs, les missionnaires, les marchands de fourrures et les militaires des régimes français et anglais empruntent les sentiers de portage qui longent la rivière. Le long d'un de ces sentiers, celui du Deuxième portage de la Chaudière (ou "Portage du Milieu", situé dans le parc Brébeuf, se trouvent des marches de pierre grossièrement taillées à même le roc par les VOYAGEURS.

Hull est le premier établissement permanent sur la rivière des Outaouais. Wright et ses associés se voient concéder de vastes terres dans les cantons de Hull et de Templeton. La petite communauté agricole, appelée Wrightstown, se tourne rapidement vers la production de bois équarri pour le marché britannique. Le premier radeau de bois en provenance de la région, le Colombo, atteint Québec en 1806, marquant ainsi les débuts de l'industrie du bois dans la vallée de l'Outaouais.

Développement

Ezra Butler EDDY, originaire du Vermont, s'établit à Hull en 1851 et s'enrichit en fabriquant des allumettes, des planches à laver et des épingles à linge. Dans les années 1870, il devient l'un des plus importants exploitants de scieries à la chute de la Chaudière. Sa fabrique d'allumettes et d'articles de fibre de bois induré, tout comme ses initiatives novatrices dans le domaine de la fabrication de la pâte (1889) et du papier (1890), feront de Hull l'un des principaux centres de l'industrie papetière. Par la suite, des fabriques de haches, des abattoirs et usines de transformation de la viande, des filatures et d'autres industries connexes s'y installeront.

Population
Le développement industriel du milieu du XIXe siècle attire à Hull de nombreux travailleurs canadiens-français, ce qui modifie radicalement sa composition ethnique et religieuse. De 1861 à 1871, la population francophone du canton de Hull décuple (de 420 à 4 461), alors que la population anglophone augmente d'à peine 20 p. 100 (de 3 291 à 3 857). Aujourd'hui, 80 p. 100 des citoyens de Hull sont francophones, 8 p. 100 sont anglophones dont 2 p. 100 de bilingues et 10 p. 100 parlent le portugais ou d'autres langues.

Paysage urbain

Le coeur de la ville est une île, l'Île-de-Hull, reliée à Ottawa par cinq ponts. Sa configuration garde l'empreinte de la division en demi-lots qu'avaient effectuée les Wright pour des fins de location, mais elle est aussi marquée par la conflagration qui a détruit les deux tiers de la ville en 1900.

Au début des années 60, Hull est une ville industrielle moyenne typique du Québec, avec ses quartiers ouvriers de maisons en brique à deux étages entourées de quelques parcs et d'édifices publics reliés entre eux par un secteur commercial. À mesure que les incendies, les démolitions et les rénovations font leur oeuvre, les principaux bâtiments historiques disparaissent pour céder la place à de grands ensembles - Place du Portage et les Terrasses de la Chaudière - qui transforment le coeur de la ville.

L'expansion de la ville vers la banlieue, avec ses bungalows typiques et ses centres commerciaux, annonce le déclin du vieux centre-ville. La population de Hull chute de 63 580 en 1971 à 56 225 en 1981, pendant que s'accroît celle de ses villes soeurs (Gatineau et Aylmer) qui passe de 72 163 en 1971 à 101 683 en 1981. Depuis 1981, la population de Hull augmente progressivement, mais celle de ses villes soeurs croît quand même plus rapidement.

Économie

L'économie de Hull, basée essentiellement sur l'industrie manufacturière dans les années 40, a changé radicalement. La majeure partie de la population active est aujourd'hui formée d'employés de bureau, dont la plupart sont des fonctionnaires. Cette métamorphose s'amorce après la Deuxième Guerre mondiale, avec la fermeture des fonderies et des usines de textile. La décision du gouvernement TRUDEAU de transférer à Hull un grand nombre de fonctionnaires fédéraux en accélère le rythme.

Selon certains, la décision politique de faire de Hull la rive gauche de la capitale entraîne une dépendance croissante de la ville envers Ottawa, tandis que pour d'autres (surtout des représentants de la gauche, des nationalistes et des groupes de pression de l'Île-de-Hull), il s'agit d'une « dépossession » pure et simple. Toutefois, l'immense majorité des résidents de Hull considèrent que la destruction de ces habitations de qualité inférieure et de ces logements ouvriers constitue un progrès et met fin à un mode de vie que l'on associe de près à la pauvreté et au système de valeurs de cols bleus.

La création du diocèse catholique de Hull (1963), l'expropriation massive de terrains et le transfert des fonctionnaires fédéraux (de 1970 à 1980), de même que la construction d'infrastructures (aqueduc, égout, routes, ponts) essentielles à tout développement moderne, tout comme la naissance d'établissements comme l'UNIVERSITÉ DU QUÉBEC, le CÉGEP de l'Outaouais (français) et le Heritage College (anglais), et la venue d'immenses centres commerciaux redonnent à la ville son dynamisme culturel et commercial. Graduellement, Hull devient semblable à Ottawa. À certains égards, elle peut même rivaliser avec la capitale, bien qu'elle ait encore beaucoup de chemin à faire avant de se considérer comme son égale. Pour en arriver là, les trois villes soeurs du côté québécois de la capitale nationale, Hull, Gatineau et Aylmer, devront mettre de côté leurs profonds différends au sujet du développement de la rive gauche. Tout comme l'Ontario, le Québec a l'intention de réduire le nombre des municipalités. La fusion de Hull et d'Aylmer ou de Hull, d'Aylmer et de Gatineau est probablement inévitable à court terme.

La croissance exponentielle de la fonction publique fédérale et le contexte économique général ont entraîné la fermeture de vieilles usines (textiles et abattoirs), mais n'ont pas empêché l'industrie des pâtes et papiers de se moderniser et de s'adapter à la nouvelle économie. Scott Paper et les Produits forestiers E.B. Eddy sont toujours des employeurs importants et la ville attire encore de nouvelles entreprises dans le parc industriel Richelieu, et en particulier dans celui de haute technologie, son "Technoparc". Des firmes telles que Digital, CML Technologies, ACDS Graphic System et de nombreuses autres y ont investi, comptant sur les possibilités qu'offre le marché de la RCN.

Vie culturelle

La vie culturelle et sociale de Hull reste étroitement liée à celle d'Ottawa, de Gatineau et d'Aylmer. Elle offre des services qui n'existent pas dans les municipalités québécoises avoisinantes : U. du Québec à Hull, École de musique de l'Outaouais, Conservatoire de musique de l'Outaouais, Centre régional des Archives nationales du Québec, Palais des congrès, Théâtre de l'Île, ainsi qu'une branche de l'ÉNAP (École nationale d'administration publique). En 1989, on y déménage d'Ottawa le MUSÉE CANADIEN DES CIVILISATIONS dans un nouvel édifice aux courbes gracieuses et à l'allure futuriste situé près du pont Alexandra.

La ville est bien desservie par la radio, la télévision et les journaux, même si certains de ces services sont établis à Aylmer, à Gatineau et à Ottawa. En plus de fréquenter l'U. du Québec et les cégeps, plusieurs Hullois étudient à l'UNIVERSITÉ D'OTTAWA, à l'UNIVERSITÉ CARLETON et à l'U. Saint-Paul. Le « Bal de neige », festival d'hiver, ainsi que des spectacles, des expositions, des pièces de théâtre et des concerts en plein air reflètent la vitalité et la spécificité de la culture française de Hull. On y trouve aussi un casino, édifié sur les rebords de ce qui fut l'une des plus importantes carrière de calcaire au Canada, maintenant une extension du lac Leamy et de la rivière des Outaouais. Une marina a été construite aux portes du casino, à quelques centaines de mètres du parc de la Gatineau (administré par la COMMISSION DE LA CAPITALE NATIONALE), renommé pour ses lacs, ses parcs et ses 50 km de sentiers récréatifs qui font partie d'un réseau de 200 km de pistes cyclables sillonnant la RCN.