Enfance et formation

Idola Saint-Jean est la fille d’Edmond Saint-Jean, avocat de Montréal et d’Emma Lemoine. Elle fait ses études chez les religieuses de la Congrégation Notre-Dame de Montréal, au Couvent de Villa Maria et suit des cours de diction et de mise en scène au sein d’une petite école de théâtre dirigée par madame Julia Bennati (voir Opéra français).

Bonne amie du jeune poète Émile Nelligan, elle côtoie les milieux littéraires de l’École littéraire de Montréal. Dès 1900, elle se fait remarquer sur les scènes des villes de Montréal et Québec

pour ses talents de comédienne et d’oratrice, notamment lors de récitals de poésie. Vers 1903, elle se rend à Paris où elle se forme auprès de Constant Coquelin, homme de théâtre qui a donné vie sur scène au personnage de Cyrano de Bergerac, et de Renée du Minil, sociétaire de la Comédie française. Elle suit également des cours à la Sorbonne (Université de Paris).

Enseignement et engagement social

De retour à Montréal, elle devient professeure de français à l’Université McGill. Elle y côtoie Carrie Derick, première femme à occuper un poste de professeure titulaire au sein d’une université canadienne et présidente de la Montreal Suffrage Association de 1913 à 1919. I. Saint-Jean enseigne également au Mechanics' Institute de Montréal ainsi qu’au Monument-National où elle donne des cours publics de diction. Elle publie d’ailleurs deux ouvrages consacrés à la diction, qui sont réédités à plusieurs reprises, Récitations enfantines (1917) et Morceaux à dire (1918).

Vers 1914, elle est nommée secrétaire du comité catholique de la Cour juvénile de Montréal et travaille auprès des jeunes délinquants. Pendant la Première Guerre mondiale, elle dirige un comité de secours. À la suite de la pandémie de grippe espagnole en 1918, elle adopte seule (elle ne s’est jamais mariée) une petite fille noire dont les parents sont décédés de cette maladie. Celle-ci meurt au début des années 1920.

Le Comité provincial pour le suffrage féminin

Militante au sein de la Fédération nationale de la Société Saint-Jean-Baptiste (fondée en 1907), elle est secrétaire du Comité provincial pour le suffrage féminin, un comité bilingue dirigé par Marie Gérin-Lajoie (née Lacoste) et Anna Marks Lyman, présidente du Montreal Women’s Club. En février 1922, ce comité organise un événement d’éclat afin de convaincre les députés québécois d’appuyer le premier projet de loi visant à accorder le droit de vote aux femmes dans la province. Si toutes les citoyennes de 21 ans et plus peuvent voter lors des élections fédérales et ce, depuis le 24 mai 1918, ce droit est encore refusé aux Québécoises lors du scrutin provincial. C’est donc une délégation de 400 à 500 femmes qui se rend à Québec afin de rencontrer le premier ministre Louis-Alexandre Taschereau et les députés de l’Assemblée législative.

I. Saint-Jean, Marie Gérin-Lajoie et Thérèse Casgrain s’adressent aux députés au nom des francophones, alors que Carrie Derick, Julia Drummond et Grace Ritchie-England parlent au nom des femmes anglophones. Taschereau qui les reçoit poliment leur répond que ce n’est pas « son » gouvernement qui leur accordera ce droit. Par conséquent, au début mars 1922, le projet de loi sur le droit de vote des femmes, présenté par le député Henry Miles de la circonscription de Montréal-Saint-Laurent, est abandonné avant sa deuxième lecture et le débat ajourné.

L’Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec

En 1927, le Comité provincial pour le suffrage se scinde en deux organisations qui continuent néanmoins de travailler en étroite collaboration. I. Saint-Jean crée l’Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec qui s’adresse principalement aux ouvrières et aux femmes des quartiers populaires, alors que Casgrain transformera le Comité provincial en Ligue des droits de la femme, qui regroupe essentiellement des bourgeoises et des femmes mariées. Une fois l’an, les deux femmes se rendent à Québec afin de présenter et d’appuyer différents projets de loi sur le suffrage. Bien que les projets sont alors rejetés ou reportés pour étude en commission parlementaire, le Québec connaît sa première véritable campagne en faveur du droit de vote des femmes. Des assemblées publiques se tiennent un peu partout dans la province et le mouvement reçoit des appuis importants comme celui de l’Association catholique des institutrices rurales mise sur pied par Laure Gaudreault et celui de syndicats internationaux.

En 1929, I. Saint-Jean se présente devant la Commission Dorion, chargée d’étudier la question des droits civils des femmes (voir Femmes et loi). Le rapport, déposé le 15 février 1930, ne donne lieu qu’à des réformes mineures (suppression de l’autorisation du mari en cas de séparation des biens mobiliers, passage de l’âge légal du mariage de 12 ans à 14 ans pour les filles et reconnaissance des femmes comme témoins lors de la ratification d’un testament notarié), mais qui constituent néanmoins des avancées pour le mouvement des femmes.

Première candidate québécoise à une élection fédérale

La même année, elle se présente comme candidate indépendante libérale dans la circonscription de Montréal-Dorion-Saint-Denis à l’occasion d’une élection fédérale. Consciente qu’elle a peu de chance de remporter l’élection, elle utilise cette tribune pour faire la promotion du droit de vote des femmes et obtient rien de moins que 3 000 votes.

Par le biais d’allocutions radiophoniques, de recommandations, de mémoires, de lettres, de conférences et de manifestations, elle véhicule ses idées de justice sociale. En 1929, elle tient une chronique bilingue dans le Montreal Herald et met sur pied La Sphère féminine à partir de 1933. Pour I. Saint-Jean, « le mouvement féministe est un courant mondial que personne, qu’aucune force ne pourra arrêter ». En 1935, elle fait parvenir au Roi George V, une pétition de 10 000 signataires en appui au suffrage féminin.

Héritage

C’est grâce aux efforts soutenus de militantes telles qu’Idola Saint-Jean que les Québécoises obtiennent le 25 avril 1940, le droit de vote aux élections provinciales. En 1938, Thérèse Casgrain, alors vice-présidente du Club des femmes libérales du Canada, parvient avec l’appui d’une quarantaine de déléguées, à faire inscrire cette question au programme du Parti libéral du Québec. Porté au pouvoir en 1939, le gouvernement d’Adélard Godbout accorde le droit de vote et d’éligibilité aux femmes, et ce, malgré l’opposition ouverte du cardinal Rodrigue Villeneuve. Alors que le réseau social de Thérèse Casgrain a contribué à ouvrir les portes du pouvoir aux suffragettes québécoises, les talents oratoires et la force rassembleuse d’Idola Saint-Jean ont permis de mobiliser comme jamais auparavant le mouvement des femmes.

Aussi, après l’avoir réclamé pendant plus de quarante ans, les Québécoises votent pour la première fois aux élections provinciales le 8 août 1944. I. Saint-Jean a la chance d’exercer son droit lors du scrutin, mais décède peu de temps après, soit quelques semaines avant de fêter ses 65 ans.

Reconnaissance publique

Depuis 1991, la Fédération des femmes du Québec (FFQ) décerne le Prix Idola‒St-Jean à une femme ou un groupe de femmes œuvrant à l’amélioration de la situation des femmes et à l’avancement du féminisme au Québec, en conformité avec la mission, les objectifs et les orientations de cet organisme.

Un timbre à son effigie a été émis par la Société canadienne des postes en 1981. En 2002, le gouvernement canadien a reconnu I. Saint-Jean comme personnage d’importance historique nationale. Plusieurs rues de villes québécoises, un parc public de l’arrondissement montréalais Rosemont-La Petite Patrie ainsi qu’un centre d’hébergement attaché au Centre de santé et de services sociaux de Laval portent également son nom.

En 2012, un monument érigé à proximité de l’Assemblée nationale lui rend hommage en compagnie de Marie Gérin-Lajoie (née Lacoste), de Thérèse Casgrain et de Claire Kirkland-Casgrain, toutes des pionnières en politique qui ont lutté comme elle, pour les droits des femmes et l’amélioration de leurs conditions de vie. En 2015, la Ville de Montréal a souligné sa contribution remarquable en l’identifiant comme l’une des Bâtisseuses de la Cité. Un bronze la représentant est également exposé au Monument-National.

Le 8 mars 2016, à l’occasion de la Journée internationale de la femme, la Banque du Canada lance une consultation publique afin de désigner une Canadienne à mettre en vedette sur billet de banque d’une nouvelle série de billets dont l’impression est prévue pour 2018. C’est au terme d’un long processus de sélection qu’est annoncé qu’Idola Saint-Jean figure au nombre des cinq finalistes. Toutefois, le choix définitif du ministre des Finances s’arrête sur Viola Desmond, entrepreneure et défenseure des droits civils en Nouvelle-Écosse (voir Les femmes sur les billets de banque canadiens).

Le fonds Idola Saint-Jean est conservé par les Archives de la Ville de Montréal.