L'île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse, 10 311 km2, un territoire de forme irrégulière au relief accidenté d'environ 175 km de longueur sur 135 km à son point le plus large, est située à l'extrémité orientale du golfe du SAINT-LAURENT. Sa masse de terre s'élève graduellement du sud au nord pour culminer dans les hautes terres massives du cap septentrional, dont l'altitude est la plus élevée dans la région de l'Atlantique. Un lac d'eau salée (le lac BRAS D'OR) forme le centre de l'île; il a constitué le seul point d'accès important vers l'intérieur de l'île aux fins de colonisation. Divisée politiquement en quatre circonscriptions, Cape Breton, Inverness, Richmond et Victoria, l'île est séparée de la terre ferme de la Nouvelle-Écosse par l'étroit détroit de CANSO (elle est reliée par une chaussée de 2 km depuis 1955), et de la province voisine de Terre-Neuve par le DÉTROIT DE CABOT, de 110 km de largeur. Son nom vient vraisemblablement du cap Breton basque situé près de Bayonne, en France.

Sa population de 166 116 habitants (recens. 1986) représente le cinquième de la population totale de la Nouvelle-Écosse; plus de 70 p. 100 de celle-ci habite la circonscription industrialisée de Cape Breton, qui accuse une baisse régulière de population depuis la Deuxième Guerre mondiale. La principale ville est SYDNEY, un grand centre industriel, commercial et administratif entouré de plusieurs villes minières en déclin qui extraient du charbon, dont la plus importante est GLACE BAY. Plus récemment, un regain d'urbanisation s'est fait sentir dans la partie sud-est de l'île, où une industrie substantielle de raffinage du pétrole et des pâtes et papiers a émergé à Port Hawkesbury, tirant profit de l'important port créé par la construction de la chaussée reliant l'île au continent.

Histoire

L'île était probablement connue des pêcheurs BASQUES dès le XVe siècle; Jean CABOT (1497) et Jacques CARTIER (1534) la repèrent et relèvent sa présence. Revendiquée par les Français comme faisant partie de l'Acadie, elle demeure peu développée et peu colonisée, mis à part le rôle mineur qu'elle joue comme poste avancé de traite des fourrures et de pêche. En 1713, lorsque le traité d'UTRECHT cède la majeure partie de l'Acadie à la Grande-Bretagne, les Français conservent le Cap-Breton, qu'ils rebaptisent l'île Royale. Peu après, ils entreprennent la construction de la forteresse de LOUISBOURG dans un petit port situé le long de la côte sud-est. À l'époque, elle est la forteresse de style européen la plus imposante en Amérique du Nord. Lorsque Louisbourg et le reste de la Nouvelle-France tombent aux mains des Britanniques au cours de la GUERRE DE SEPT ANS, la forteresse est détruite. Le traité de PARIS, en 1763, cède aux Britanniques l'île et les autres possessions de la France dans la région.

Le Cap-Breton est annexé à la colonie de la Nouvelle-Écosse en 1763, mais il demeure peu développé jusqu'en 1784, lorsqu'il devient une colonie séparée, à titre de l'un des territoires distincts créés à l'intention des réfugiés LOYALISTES. Les Loyalistes, qui font de Sydney la capitale de leur nouvelle colonie, sont vite submergés par des vagues successives d'immigrants écossais. Ils occupent la majorité des terres arables accessibles le long du littoral et autour du lac Bras d'Or. Ils constituent, avec quelques centaines d'Acadiens retournés sur les lieux, le gros de la population largement rurale de l'île, qui subsiste principalement grâce à l'agriculture et à la pêche côtière. En 1820, l'île est réunie au territoire de la Nouvelle-Écosse après une quarantaine d'années d'autonomie agitée.

Économie

L'émergence d'une industrie de l'extraction du charbon vitale et florissante à partir des années 1830 transforme complètement l'économie de l'île. Les mines voisines du port de Sydney attirent la population excédentaire des régions rurales déjà surpeuplées et oriente l'île vers l'industrialisation qui vient de commencer dans la circonscription de Cape Breton. Bien que la région constitue la zone de croissance la plus dynamique jusqu'à la Première Guerre mondiale, son essor est éphémère. Une fois que les mines de charbon sont épuisées et que l'aciérie devient désuète, les capitalistes du centre du Canada venus profiter des progrès industriels abandonnent la région pour des pâturages plus verdoyants, laissant le secteur industriel survivre à l'aide d'une succession de subventions inadéquates des gouvernements fédéral et provincial. Il s'ensuit le déclin de l'industrie, une agitation ouvrière et une émigration massive.

Aujourd'hui, l'île récupère quelque peu. De nouveaux filons houillers sont en exploitation, et l'industrie s'est un peu redressée de son effondrement d'après la Deuxième Guerre mondiale. Des industries de taille plus modeste ont pris racine dans une certaine mesure; la renaissance de la pêche et l'expansion de l'industrie des pâtes et papiers se sont conjuguées aux raffineries de pétrole et à la promesse de ressources pétrolières en mer pour laisser entrevoir un avenir meilleur. Malgré le taux de chômage constamment élevé (15,1 p. 100 en juillet 1987), les investissements au Cap-Breton ont doublé entre 1980 et 1986 (pour atteindre plus de 95 millions de dollars).

Établissements

Le Cap-Breton s'enorgueillit d'un patrimoine écossais qui s'exprime de façon dynamique par l'entremise des arts d'interprétation et par une volonté de conservation de l'artisanat traditionnel. De plus, la région compte plusieurs maisons d'enseignement et établissements culturels importants : le collège universitaire du Cap-Breton à Sydney, le Miners' Memorial Museum à Glace Bay, le musée Alexander Graham Bell à BADDECK et la forteresse de Louisbourg (une magnifique reconstruction du site du XVIIIe siècle). Le PARC NATIONAL DES HAUTES-TERRES-DU-CAP-BRETON protège la beauté farouche du cap septentrional de l'île, autour duquel serpente la pittoresque piste Cabot.