Un feu de forêt est un phénomène de combustion mobile qui s’étale à partir d’un point d’allumage en laissant derrière des brûlis. Près de 7 600 feux de forêt se déclarent en moyenne tous les ans au Canada.

Fondamentaux

Sur les quelque 7 600 feux qui surviennent annuellement au Canada, un peu plus de la moitié sont le fait de l’homme, la plupart par accident, et un peu moins de la moitié résultent de la foudre. Généralement moins accessibles, les feux déclenchés par la foudre sont environ 10 fois plus étendus que les feux d’origine humaine. Au Canada, 2,3 millions hectares sont en moyenne brûlés tous les ans, soit 0,6 % de la surface occupée par les forêts sur l’ensemble du pays. La moitié de tous les feux enregistrés ne s’étendent pas sur plus de 0,01 ha, mais certains feux ravagent à l’occasion plus de 100 000 ha. En fait, 2 % des feux sont responsables de 98 % de la surface brûlée totale. Le nombre de feux de forêt est assez stable d’une année à l’autre, mais la surface brûlée varie de manière importante. En 2013, par exemple, plus de 4,2 millions d’hectares ont été brûlés, alors qu’en 2009, les feux n’ont touché qu’un peu plus de 781 000 ha. La forêt boréale fournit la plus grande partie du combustible, mais la majeure partie des zones brûlées ne sera jamais aperçue par le citoyen moyen.

Comportement des feux de forêt

Les feux de forêt sont classés principalement en fonction de leur propagation : cantonnés près du sol ou courant dans les cimes (couronnes) des arbres. En surface, le feu se nourrit de matières combustibles telles que la litière de feuilles, les mousses sèches et les lichens, l’herbe morte, l’humus en décomposition, le bois mort ou en décomposition et les buissons et les herbes vertes. Pour ce qui est des feux de cimes, les combustibles comprennent le feuillage vert, les branches mortes et les petites branches. Au Canada, seules les forêts de conifères peuvent entretenir une combustion dans les couronnes.

Un feu de forêt peut être décrit physiquement par sa vitesse de progression sous le vent, le poids de combustible consommé et son intensité frontale. Cette intensité frontale est la quantité d’énergie libérée par unité de longueur sur le front du feu, exprimée en kilowatts par mètre (kW/m). Pour les feux de cime, les intensités frontales peuvent aller jusqu’à 150 000 kW/m, avec des flammes de l’ordre de 50 m, alors qu’un feu de surface bénin peut générer moins de 100 kW/m, avec des flammes ne dépassant pas 0,5 m. La vitesse maximale de propagation d’un feu sous le vent est d’environ 100 m/min (6 km/h), mais peu de feux progressent plus vite que 25 m/min et la plupart se propagent à moins de 10 m/min. Cette grande variabilité de comportement résulte de la teneur en humidité de la matière combustible, elle-même dépendante des conditions météorologiques passées et présentes, de la vitesse du vent et du type de forêt. Similairement, les grandes variations observées pour ce qui est de la surface totale brûlée annuellement (au niveau national mais aussi d’une région à l’autre) sont principalement dues aux variations des conditions météorologiques caractéristiques du printemps et de l’été au niveau national.

Les agences canadiennes de gestion des feux de forêt empêchent la destruction d’immenses surfaces qui seraient sinon dévorées par les flammes. Après des semaines sans pluie, lorsque le temps devient chaud, sec et venteux, il est impossible d’empêcher certains feux de s’étendre sur de grandes surfaces. La Méthode canadienne de l’indice forêt-météo (IFM) est utilisée sur l’ensemble du territoire canadien pour évaluer quotidiennement la susceptibilité de la forêt au feu. L’indice sert de donnée d’entrée à la Méthode canadienne de prévision du comportement des incendies de forêt (PCI) qui permet de prévoir la vitesse de propagation et l’intensité frontale d’un feu dans différents types de forêt. Ces données sont utilisées par les agences de gestion des incendies pour planifier au jour le jour leur niveau de préparation et les mesures de protection contre le feu.

Gestion des feux

Sur la plupart des terres boisées du Canada, la gestion des feux incombe aux organismes provinciaux ou territoriaux chargés de la foresterie. Le Centre interservices des feux de forêt du Canada, établi à Winnipeg en 1982, offre des renseignements quotidiens pendant la saison des feux de forêt, maintient des statistiques et coordonne les échanges de moyens et d’équipements de lutte contre les incendies entre les agences. Le Système canadien d’information sur les feux de végétation du gouvernement fédéral recueille et traite des données météorologiques quotidiennes et fournit des évaluations du danger d’incendie aux diverses agences de lutte contre les feux. Le Service canadien des forêts, en collaboration avec les agences provinciales et territoriales de gestion des feux, les universités et l’industrie, effectue la plus grande partie des travaux de recherche sur les incendies au Canada, y compris le développement de systèmes visant à évaluer et à gérer le danger.

La détection des feux au Canada est habituellement du ressort de patrouilles aériennes qui quadrillent des zones suivant des trajectoires définies à l’avance. Ces patrouilles sont aidées par des systèmes de détection des coups de foudre qui peuvent localiser l’emplacement probable des départs de feu. Les méthodes utilisées pour lutter contre les feux de forêt comprennent le largage aérien d’eau (quelques fois mélangée à des additifs ignifuges) et, au sol, l’utilisation de pompes portables raccordées à des tuyaux, de camions-citernes, de bulldozers et d’outils à main. Il est quelques fois possible d’aménager un coupe-feu en brûlant le combustible disponible sur une bande de terrain afin de stopper la progression d’un feu de forêt. Toutes les agences canadiennes de lutte contre les feux de forêt utilisent une gamme de modèles numériques alimentés par les données fournies par les systèmes de détection de la foudre et les instruments de télédétection, l’indice de danger de feu de forêt , le système de prévision du comportement des feux de forêt, les analyses portant sur les feux antérieurs, et les cartes topographiques. Ces modèles permettent d’informer le déploiement des ressources, de programmer les patrouilles de surveillance aérienne, de prévoir les départs de feu et de modéliser la croissance des incendies.

La pratique du brûlage dirigé a sa place dans la gestion des forêts canadiennes. Les feux dirigés, allumés délibérément par des professionnels afin de brûler une zone déterminée dans des conditions choisies, sont utilisés pour préparer les sites après une coupe rase dans la forêt boréale, dans le contexte des coupes partielles effectuées dans certaines forêts de pins et dans d’autres situations liées à la gestion des végétaux.

Écologie du feu

Les feux de forêt constituent, avec le climat et le sol, l’un des trois principaux facteurs naturels qui ont façonné la forêt canadienne actuelle. Sur le plan écologique, la plus grande partie de cette forêt dépend, lorsqu’elle est à l’état naturel, du recyclage engendré par les feux aléatoires pour sa stabilité à long terme dans le paysage. Les forêts de feuillus du Sud-Est ne sont pas soumises à ce régime, tout comme les zones plus humides de la Côte Est et de la Côte Ouest ainsi que les tourbières et les marais d’une manière générale. Dans la forêt boréale, par exemple, les principales essences d’arbres sont l’épinette noire, le pin gris, le pin tordu latifolié, le peuplier faux-tremble et le bouleau gris. Tous ces arbres sont capables de se régénérer même après la destruction par le feu de tous les spécimens sur une grande surface. Les drageons de tremble émergent directement du système racinaire tandis que chez d’autres essences, les nouvelles tiges poussent à la base des arbres morts. Le pin gris, le pin tordu latifolié et l’épinette noire conservent pendant des années des graines viables dans leur couronne. Ils ne les disséminent que lorsque les cônes sont ouverts par la chaleur d’un incendie.

D’autres essences dominantes telles que le pin rouge, le pin blanc, l’épinette blanche et le douglas taxifolié ont besoin d’un sol qui a été préparé et éclairci par le feu pour bénéficier d’une régénération optimum, mais quelques arbres doivent survivre pour fournir les graines. Avant les premiers contacts avec les Européens, les départs de feu étaient principalement dus à la foudre et sans personne pour lutter contre la propagation des incendies, les surfaces brûlées annuellement étaient peut-être deux à trois fois supérieures à celles d’aujourd’hui. D’un point de vue écologique, les feux de forêt sont donc ni bon ni mauvais. Ils apparaissent simplement comme un facteur environnemental nécessaire à la perpétuation des forêts dans leur état naturel.

Économie

Il est difficile d’évaluer dans quelle mesure les feux de forêt engendrent une perte économique pour les industries qui dépendent de la ressource forestière. Le coût associé à la lutte contre les feux de forêt peut par contre être chiffré et le gouvernement estime qu’il oscille entre 500 millions et 1 milliard de dollars par an. (Voir aussi Économie forestière.)

La réalité écologique du rôle des incendies crée un dilemme pour les grands parcs naturels et autres zones non gérées, car certains types de forêts ne peuvent se perpétuer en l’absence de feux. Les administrateurs des parcs nationaux du Canada sont bien conscients de ce problème. Pour y faire face, ils mettent au point des programmes opérationnels combinant la lutte contre les feux et la mise en œuvre de feux dirigés. L’interaction des facteurs écologiques et économiques complique la gestion des feux de forêt en général et les débats concernant le niveau optimal d’efforts pour la lutte contre les feux ressurgissent constamment. L’Association forestière canadienne et les ministères provinciaux des forêts mettent en œuvre des programmes de prévention des incendies visant à sensibiliser les gens aux responsabilités qu’ils doivent assumer à l’égard de la forêt.

Voir aussi Foresterie.