Isabel

Isabel (1968) est le premier d'une trilogie de films de Paul ALMOND (les deux autres étant ACT OF THE HEART [v.f. L'ACTE DU COEUR] et Journey [v. f. Détour]) qui mettent en vedette sa femme de l'époque, Geneviève BUJOLD. C'est l'un des premiers films canadiens à avoir été retenu pour être distribué par un grand studio d'Hollywood (Paramount Pictures). Le film a lancé Bujold dans le cinéma hollywoodien et déclenché un intérêt pour l'industrie cinématographique canadienne naissante. Il a été voté l'un des dix meilleurs films de 1968 par plusieurs critiques américains et Almond a été en mis en candidature au titre de meilleur réalisateur par la Directors Guild of America.

Bujold joue dans ce film le rôle d'Isabel, une jeune femme qui, à la mort de sa mère, revient dans son village natal en Gaspésie, au Québec, et se trouve confrontée à des souvenirs troublants de violence familiale et d'inceste et à celui de la mort mystérieuse de son grand-père. Son père et son frère sont morts en mer, et l'histoire du film se déroule en un flot elliptique d'épisodes marquants, dont des visions de sa mère et de son grand-père, pendant qu'elle sombre dans la folie.

La prise de vues réalisée par Georges Dufaux dans les sombres et brumeux paysages de la Gaspésie reflète parfaitement les sentiments de la jeune femme. Isabel est à la fois un film sur la répression psychique intériorisée et une histoire de fantômes. La réticence d'Almond à classer le film dans un genre ou l'autre en a irrité plus d'un et a valu à l'œuvre d'être qualifiée de prétentieuse et de trop léchée. Néanmoins, le choix stylistique est manifestement une des nombreuses forces du film.

Isabel est un des premiers rôles de Bujold en anglais et l'actrice livre une performance excellente en tant que personnage terrifié, soutenue par Al WAXMAN, Marc Strange et Gerard Parkes. Son jeune visage est lumineux et cadré tendrement par Almond.

Isabel a gagné quatre prix du Palmarès du film canadien de 1968, dans les catégories Meilleur acteur, Meilleure actrice, Meilleure cinématographie et Meilleur montage; le film est maintenant largement considéré comme un classique canadien.