Origines de l’Action de grâce au Canada

Historiquement, les peuples autochtones en Amérique du Nord tiennent des festins communaux à l’occasion des récoltes automnales bien avant l’arrivée des colons européens. Selon le Smithsonian Institute, certaines Premières Nations « cherchent à s’assurer de bonnes récoltes avec des danses et des rituels ». Les colons européens, quant à eux, importent une tradition de célébration des récoltes semblable (dont le symbole est la corne d’abondance), qui remonte aux sociétés paysannes européennes.

Les premières célébrations de l’Action de grâce par des Européens en Amérique du Nord sont tenues par sir Martin Frobisher et son équipage dans l’est de l’Arctique en 1578. Leur repas, composé de bœuf salé, de gâteaux secs et de purée de pois, sert à souligner l’arrivée de l’équipage en un seul morceau à Terre-Neuve. Les célébrations incluent également une cérémonie de communion et des remerciements de l’aumônier du navire, Robert Wolfall, qui, selon les dires de l’explorateur Richard Collinson, leur a livré un « saint sermon », les exhortant à remercier Dieu de les avoir miraculeusement épargnés du danger des eaux où ils naviguaient.

En 1606, dans une tentative pour prévenir l’épidémie de scorbut qui décime les colonies d’île Sainte-Croix à l’hiver 1604-1605, Samuel de Champlain fonde une série de festins à Port-Royal appelée « Ordre de Bon Temps » et à laquelle les familles micmaques de la région sont aussi invitées. Le premier festin a lieu le 14 novembre 1606 pour célébrer le retour d’expédition de Jean de Biencourt de Poutrincourt. Marc Lescarbot, qui était du festin, a décrit la célébration comme « un festin, des tirs de mousquet et la cacophonie la plus bruyante pouvant être faite par quelque 50 hommes, accompagnés de certains Autochtones, dont les familles étaient spectatrices ».

Ce festin a lieu 17 ans avant ce que l’on décrit souvent comme le premier Thanksgiving américain, soit la célébration par des pèlerins de leurs premières récoltes au Massachusetts en 1621 (plusieurs événements semblables ont lieu dans les colonies de la Nouvelle-Angleterre depuis au moins 14 ans). Le festin type de l’Action de grâce comprend la dinde nord-américaine, ainsi que la courge et la citrouille, qui sont introduites en Nouvelle-Écosse dans les années 1750. Les citoyens d’Halifax commémorent la fin de la guerre de Sept Ans en 1763 avec le jour de l’Action de grâce, que les loyalistes exportent dans les autres régions canadiennes.

Officialisation de l’Action de grâce au Canada

Le premier jour national de l’Action de grâce est officiellement célébré dans la Province du Canada en 1859. Organisée par les dirigeants du clergé protestant — qui se sont approprié le Thanksgiving américain créé en 1777 et établi dès 1789 comme jour national des « remerciements et des prières publics » —, la fête cherche à souligner, de façon « solennelle et publique », la miséricorde de Dieu. Déjà à l’époque, note l’historien Peter Stevens, certains citoyens « s’opposent à cette exigence gouvernementale, affirmant qu’elle brouille la distinction entre l’Église et l’État, qui est si importante aux yeux de nombreux Canadiens ».

Le premier jour d’Action de grâce suivant la Confédération s’est tenu le 5 avril 1872. Considéré comme un congé civique plutôt qu’une fête religieuse, il célèbre le retour à la santé du prince de Galles (qui devient plus tard le roi Édouard VIII). L’Action de grâce devient une fête annuelle au Canada à partir du 6 novembre 1879. La date de la célébration et son thème (généralement la célébration des récoltes, mais parfois aussi des anniversaires de la monarchie britannique), dans les années suivantes, sont déterminés par le Parlement. Dans son histoire, l’Action de grâce canadienne a déjà été célébrée aussi tard que le 6 décembre et coïncide parfois avec le Thanksgiving américain. La date la plus populaire est toutefois le troisième lundi d’octobre, lorsque la température automnale est encore propice aux activités extérieures.

À partir de 1921, l’Action de grâce et le jour de l’Armistice (créé en 1919) sont célébrés la même journée : le premier lundi de la semaine du 11 novembre. Afin d’offrir une plus grande reconnaissance aux anciens combattants, le 11 novembre est nommé « jour du Souvenir » en 1931. L’Action de grâce est à nouveau proclamée fête annuelle et habituellement tenue le deuxième lundi du mois d’octobre. Ce n’est que le 31 janvier 1957 que le Parlement décrète officiellement le deuxième lundi du mois d’octobre « le jour où l’on rend grâce à Dieu Tout-Puissant pour les récoltes abondantes dont il bénit le Canada ». Plus tard, E. C. Drury, agriculteur et ancien premier ministre de l’Ontario, s’est plaint que « les villes ont volé la seule fête à l’intention des agriculteurs » et l’ont réduite à une longue fin de semaine où le temps est clément.

Différences de province en province

L’Action de grâce est un jour férié officiel partout au Canada, sauf à l’Île-du-Prince-Édouard, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve-et-Labrador. L’Action de grâce, appelée « Thanksgiving » dans le reste du Canada, est peu célébrée au Québec, étant donné ses origines protestantes et ses liens avec le nationalisme anglophone. Les principales différences entre les autres provinces concernent le choix des plats typiquement servis au repas. Par exemple, le souper jiggs est souvent préféré à la dinde à Terre-Neuve-et-Labrador. Aussi, bien que la tarte à la citrouille soit un dessert répandu au pays, d’autres desserts régionaux sont également servis, donc les barres Nanaimo en Colombie-Britannique et les tartelettes au beurre en Ontario.

Débat entourant la première Action de grâce

Certaines personnes arguent que la cérémonie menée par sir Martin Frobisher ne constitue pas une « vraie » Action de grâce en raison de la nature des remerciements faits à Dieu. Selon elles, la fête ne peut être associée qu’à la célébration de récoltes fructueuses, à l’instar de ce que faisaient les Européens qui ont importé la tradition en Amérique du Nord. L’Action de grâce, toutefois, ne se limite plus aujourd’hui aux activités agricoles, mais est devenue l’occasion pour les familles de se rassembler et de célébrer leur bien-être général, tant aux États-Unis qu’au Canada. À cet égard, d’aucuns pourront dire que la tradition est fidèle à ses origines.