Les troupes canadiennes et alliées ont remporté une victoire de première importance contre les Allemands lors de la bataille d’Amiens qui s’est déroulée du 8 au 11 août 1918. Amiens a constitué le premier d’une série de succès offensifs qui ont conduit à la fin de la Première Guerre mondiale et ont culminé avec l’armistice du 11 novembre 1918.

Une attaque surprise

En juillet 1918, les forces alliées de la Première Guerre mondiale occupent une position dominante en Europe sur le front de l’Ouest, tandis que des troupes en provenance des États-Unis affluent régulièrement et viennent renforcer les capacités de guerre alliées. Les commandants alliés décident alors que le moment est venu de passer de la défensive à l’offensive et de repousser les forces allemandes hors de France. Dans ce cadre, le général français Ferdinand Foch planifie une attaque dans la région d’Amiens, dans le nord de la France, ayant pour objectif de protéger la voie ferrée vitale reliant Paris à Amiens.

La force offensive comprend le Corps expéditionnaire canadien, la 4e Armée britannique, la 1re Armée française, le Corps expéditionnaire australien et d’autres forces encore. Début août, les alliés semblent affaiblir leurs lignes sur le front, trompant ainsi les officiers allemands qui, du coup, ne s’attendent pas à une attaque. Toutefois, des troupes alliées rejoignent de nuit les lignes sur le front afin d’abuser l’ennemi. De faux mouvements de troupes sont également effectués durant la journée, accompagnés d’un vacarme épouvantable, de nuages de poussière et de communications fantaisistes par radio.

L’importance de garder le secret est telle qu’un avertissement indiquant « GARDEZ LE SILENCE » est ajouté au livret militaire et au livret de solde des soldats.

Une attaque combinant plusieurs armes

Les forces alliées se positionnent dans la plus grande discrétion pour l’attaque avec des milliers de pièces d’artillerie de campagne et d’obusiers lourds et superlourds, plus de 600 chars et 2 000 avions. Les Allemands sont totalement dépassés en nombre et, selon les termes mêmes du chef militaire allemand Erich Ludendorff, « se retrouvent en enfer ». Les Allemands sont protégés par trois lignes de tranchées sans véritable abri et faiblement équipées en câbles de communication.

Le Corps expéditionnaire canadien reçoit pour mission d’attaquer la 4e Armée allemande. L’attaque est prévue pour le 8 août à 4 h 20. Contrairement aux attaques antérieures de cette guerre, l’assaut lancé contre Amiens n’est pas précédé de bombardements. Une telle stratégie permet de conserver le secret sur l’attaque aussi longtemps que possible.

Un escadron de la Royal Air Force projette un écran de fumée sur le champ de bataille pour cacher les assaillants canadiens. Alors que le moment de l’attaque approche durant cette nuit sans lune, un épais brouillard plonge également dans la brume la zone séparant les lignes allemandes des lignes alliées. À 4 h 20 exactement, neuf cents fusils alliés ouvrent le feu et l’infanterie se dirige vers les positions allemandes. Les chars rugissent sur le champ de bataille et les avions bourdonnent au-dessus des têtes des combattants.

Les Allemands ne sont absolument pas prêts pour une attaque de cette ampleur et de nombreux combattants se rendent dès qu’ils en ont l’occasion. Les soldats alliés se battent dans les bois pour conquérir des postes de mitrailleuses allemands et faire des prisonniers. Les chars, qui doivent lutter contre un terrain accidenté dans un brouillard épais, sont retardés à l’arrière. Les forces canadiennes prennent plusieurs positions cibles capitales et intensifient leur pression vers l’avant, à contre-courant de vagues de prisonniers allemands qui sont ramenés derrière les lignes alliées.

Les croix de Victoria

Harry Miner, un caporal ontarien de 27 ans, agriculteur de métier, réussit à prendre d’assaut trois positions ennemies. Il attaque deux d’entre elles à lui seul et retourne une mitrailleuse prise aux Allemands contre ces derniers. Miner se précipite en solitaire sur un poste de bombardement ennemi, tue deux soldats et chasse les autres avant d’être tué par une grenade allemande. Son comportement lui vaut la croix de Victoria à titre posthume, la récompense militaire la plus prestigieuse accordée par l’Empire britannique pour des actes de bravoure militaire.

Après le 8 août, quoique ralentie, l’attaque alliée se poursuit pour trois jours encore, intensifiant sa pression à travers des champs recouverts d’un enchevêtrement de fils barbelés, des tranchées abandonnées et un enchaînement chaotique de trous d’obus.

Le lieutenant Jean Brillant, un jeune homme de 28 ans originaire du Québec, se précipite en tête d’une opération de « nettoyage » pour capturer un poste de mitrailleurs allemands. Il est blessé, mais le jour suivant, il part à la tête de deux pelotons pour s’emparer de quinze mitrailleuses supplémentaires et faire cent cinquante prisonniers. Il est à nouveau blessé puis conduit une charge contre une mitrailleuse allemande tirant sur ses compagnons. Il est blessé une troisième fois et décède de ses blessures. Brillant reçoit également la croix de Victoria.

Une journée noire pour l’Allemagne

La bataille d’Amiens se termine le 11 août. Il s’agit de la pire défaite de l’Allemagne depuis le début de la guerre. Sur leur secteur de l’offensive, les Canadiens repoussent les Allemands sur pas moins de 12 km de profondeur, une performance exceptionnelle dans une guerre où l’on se battait souvent mètre par mètre. Les Canadiens payent un lourd tribut pour ce succès, 1 036 d’entre eux étant tués, 2 803 blessés et 29 faits prisonniers. Globalement, plus de 19 000 soldats alliés sont tués ou blessés au cours de cette bataille qui fait plus de 26 000 victimes chez les Allemands. Durant la bataille, le Corps expéditionnaire canadien réussit à faire 5 033 prisonniers et à s’emparer de 161 armes.

En parlant du 8 août, premier jour de la bataille, Ludendorff écrit : « Cette journée a été la plus noire qu’ait connue l’armée allemande pendant toute la guerre. Toutes mes craintes, à propos desquelles j’avais si souvent donné des avertissements, étaient soudain devenues réalité, ici, dans ce lieu unique. »

Ludendorff informe l’empereur allemand Wilhelm II du désastre survenu à Amiens. Le Kaiser lui répond : « Nous avons atteint les limites de nos capacités. Il faut mettre fin à la guerre. »

Effectivement, Amiens lance ce qu’on appelle la campagne des Cents Jours, une offensive des armées alliées couronnée de succès qui repousse les forces allemandes de plus en plus loin jusqu’à ce qu’elles soient totalement défaites et qui aboutit à la signature de l’armistice le 11 novembre 1918.