L’attaque canadienne sur le village français de Courcelette, durant l’offensive de la Somme lors de la Première Guerre mondiale, a été à l’origine de milliers de victimes sur le champ de bataille. Elle a cependant également été le signal d’une nouvelle conception de la tactique militaire qui allait finalement permettre de dépasser une guerre de tranchées sans issue et d’inverser la tendance sur le champ de bataille.

Un barrage roulant

À la fin de l’été 1916, les commandants alliés cherchent désespérément à se renforcer après des mois de combats inutiles et après les lourdes pertes subies lors de l’offensive de la Somme toujours en cours dans le nord de la France. Ils décident alors que le Corps expéditionnaire canadien, stationné en Belgique, doit entreprendre un mouvement vers le sud pour apporter sa contribution aux combats qui se déroulent dans la vallée de la Somme.

Le 15 septembre, trois divisions du Corps expéditionnaire canadien lancent une attaque sur les lignes ennemies pour capturer les ruines restantes du village de Courcelette défendu par les Allemands. Deux nouveautés vont aider les troupes dans leur assaut. Plutôt que d’attendre, comme cela se faisait auparavant, la fin des bombardements de leur artillerie avant de charger au travers de la zone séparant les lignes avancées des deux camps, les Canadiens progressent derrière un barrage d’artillerie « roulant » (on parle aussi de « barrage mobile » ou de « barrage rampant ») qui s’enfonce régulièrement dans les lignes allemandes, maintenant les soldats ennemis dans leurs abris, jusqu’à être au contact de l’adversaire, prêts à engager le combat.

Une bataille de chars

Les Canadiens sont également entrés dans la bataille en s’appuyant sur la tentative la plus récente conçue pour briser le verrou des tranchées : le char d’assaut. Six « croiseurs terrestres », comme on les appelait à cette époque, participent à la première bataille de chars d’assaut de l’histoire, à Courcelette (un char supplémentaire est gardé en réserve). Bien que lents, lourds et difficiles à manœuvrer, ces chars, immenses et imposants, constituent une arme psychologique efficace contre les Allemands. L’équipage de chacun d’entre eux est composé d’un officier et de sept hommes. Cinq fantassins sont également affectés à chaque engin, avec pour mission de débarrasser les victimes susceptibles d’entraver la progression du véhicule.

S’il est vrai qu’aucun de ces chars, sauf un, ne réussit à atteindre ses objectifs — soit en raison d’une panne mécanique, soit parce qu’il se retrouve immobilisé, incapable de poursuivre sa route, soit parce qu’il est frappé par un tir de mortier —, il n’en demeure pas moins qu’ils sèment la terreur dans les rangs ennemis et poussent un certain nombre d’Allemands à se rendre à leur seule vue. Courcelette est prise par le Corps expéditionnaire canadien le premier jour de l’assaut — l’une des rares victoires alliées sur la Somme — au prix de milliers de victimes canadiennes.

Une véritable boucherie

Les trois premières divisions du Corps expéditionnaire canadien qui combattent sur la Somme en septembre et en octobre, engagées dans d’incessantes attaques et contre-attaques durant plusieurs semaines, subissent de lourdes pertes avec un total de près de 20 000 victimes. La 4e Division, qui combat aux côtés de l’infanterie britannique, s’empare de la tranchée Regina, une importante ligne fortifiée allemande. Lorsque les belligérants mettent fin à la campagne de la Somme, on compte plus de 24 000 victimes canadiennes.

Lorsque des pluies diluviennes, la boue et la neige interrompent finalement la campagne de la Somme en novembre, on estime à 1,2 million le nombre d’hommes tués, blessés ou faits prisonniers, aussi bien parmi les forces alliées que chez les Allemands. Cette campagne n’a permis d’obtenir aucun gain territorial notable; toutefois, l’énorme quantité de sang qui a coulé a été à l’origine d’un certain nombre d’innovations sur le plan de la réflexion militaire qui vont, au cours de l’année suivante, aider le Corps expéditionnaire canadien et les autres unités alliées à trouver le moyen de sortir de l’impasse des tranchées.