Lapierre, Eugène

(Joseph) Eugène Lapierre. Organiste, professeur, compositeur, musicographe, administrateur (Montréal, 8 juin 1899 - 21 octobre 1970). D.Mus. (Montréal) 1930. Il commença ses études musicales à l'église Sainte-Brigide, où il était soprano solo, avec le maître de chapelle Lucien Perreault. Il manifesta très jeune un goût prononcé pour l'orgue; il travailla avec Étienne Guillet et occupa bientôt un poste d'accompagnateur au collège de Saint-Jean. Licencié de l'École des Hautes Études commerciales (1922) et diplômé de l'École de journalisme de l'Université de Montréal, il travailla comme journaliste à La Patrie tout en poursuivant ses études d'orgue avec Benoît Poirier. À Montréal, à partir de 1920, il fut organiste aux églises Sainte-Philomène de Rosemont, Saint-Denis, Saint-Jacques-le-Mineur (1922-24, 1928-36), Saint-Stanislas-de-Kostka (1936-44) et Saint-Alphonse-d'Youville (1944-70).

Il fut secr. du Cons. national de Montréal dès 1921. Il obtint une bourse du gouvernement du Québec pour parfaire sa formation (1924-28) à Paris où, inscrit à l'Institut grégorien (certificat en 1926) et à la Schola cantorum (diplôme en 1928), il étudia la composition avec Vincent d'Indy et Georges Caussade, l'orgue et l'improvisation avec Marcel Dupré et le piano avec Simone Plé-Caussade et P. Sylva Hérard. Il séjourna aussi à l'abbaye de Solesmes pour approfondir ses connaissances du chant grégorien. Nommé dir. du Cons. national en 1927, il profita de sa dernière année d'études pour se familiariser avec les rouages d'une institution telle que le Cons. national de Paris. Dès son retour au pays, il réorganisa le Cons. national de Montréal, dont il resta dir. jusqu'à sa mort. Gaston Allaire, Émilien Allard, Françoise Aubut, Albertine Caron-Legris, Alfred Mignault et Colombe Pelletier furent au nombre de ses élèves. En 1930, l'Université de Montréal lui décerna son premier doctorat régulier en musique.

Sa réputation grandissante dans l'enseignement de l'accompagnement grégorien lui value d'être invité à l'étranger comme professeur, notamment à la Liturgical School of Music de Burlington, Vt (1935), au Gregorian Institute of America à Toledo, O. (1945-v. 1968), à l'Institut culturel de Lisbonne (automne 1955) et, comme directeur, à l'Academy of Musical Arts du séminaire de Detroit, Mich. (1963-70). Ses champs d'action se multiplièrent : il fut conférencier au Congrès de la langue française à Québec(1937); délégué du Québec à la MENC à Cleveland, O. (1946); délégué à un congrès de musique sacrée à Mexico (1949); prés. des Concerts d'orgue du Québec; vice-prés. de CAPAC (1958-64); vice-prés. (1962?-69) et prés. (1969-70) de la Société historique de Montréal; membre de la Commission interdiocésaine de musique sacrée et de la Commission de Québec pour l'avancement de la musique, etc. Il donna aussi plus de 60 concerts et inaugurations d'orgues à travers l'Amérique du Nord.

Il publia à Montréal plusieurs ouvrages : Le Rôle social de la musique (1930), Les Vedettes de la musique canadienne (1931), La Musique au sanctuaire (1932) et Pourquoi la musique? (1933). Après avoir été, en 1933, l'instigateur de la translation des restes de Calixa Lavallée de Boston à Montréal, il publia une importante biographie, Calixa Lavallée, musicien national du Canada (1936, 1950, 1966) qui lui valut en 1937 le Prix David de littérature du gouvernement du Québec. S'ajoutent encore Un style canadien de musique (Québec 1942) et Le Mouvement musical dans le Québec (1948). Rédacteur de La Quinzaine musicale, il signa aussi nombre d'articles et de critiques dans divers périodiques et journaux (Le Devoir, Montréal 1948-51; L'Action nationale, Radiomonde, Notre Temps). Il rédigea également l'article « Canada : musique » de l'Encyclopédie Grolier (Montréal 1947).

Lapierre composa de nombreuses pièces pour orgue, piano, choeur, voix, notamment des messes, des motets (« Ave Admirabilis », 1948; « Qui ad justitiam », 1950, etc.) et des mélodies. Certaines de ces partitions furent publiées chez Archambault, Boucher, Fassio (à Lachute), Hérelle (à Paris), Thompson, La Bonne Chanson et Le Parnasse musical. Ses principales oeuvres comprennent Le Père des amours (1942), opéra-comique inspiré de la vie de Joseph Quesnel et créé au Monument national en décembre 1942 à l'occasion du tricentenaire de Montréal; Le Vagabond de la gloire, comédie dramatique et musicale inspirée de la vie de Lavallée sur un livret d'Aimé Plamondon, créée à Montréal en 1947, la cantate Les Clochers canadiens; et Cantique à saint Jean de Dieu (1935, Boucher). Il édita une nouvelle version (ibid. 1945) de la Messe de Noël de Joseph-Julien Perrault puis publia les traités Simplified modal accompaniment to the Vatican Kyriale and the Requiem Mass (Toledo 1946), Traité sommaire d'accompagnement grégorien (Montréal 1949), Gregorian Chant Accompaniment (Toledo 1949) et 80 cantiques à sainte Anne (1958, traduction anglaise 1959). On lui doit aussi Le Traversier de Boston, comédie dramatique évoquant l'exil de Lavallée, jouée à Montréal en 1933. Avec Émilien Allard, il a enregistré un micr. de 12 noëls.

Les mérites d'Eugène Lapierre furent reconnus officiellement par les médailles du Jubilé (1935) et du Couronnement (1937), décorations octroyées respectivement par George V et George VI, et par la médaille d'argent « Bene merenti de patria » décernée par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (1966). Lapierre fut fait chevalier de l'Ordre de Malte à Toledo en 1963. En 1979, la place Eugène-Lapierre avoisinante de la PDA fut nommée à sa mémoire. Yves Lapierre est son petit-neveu.