« La liberté et une ferme agricole! » Voilà une promesse attrayante pour des milliers d'Afro-Américains, surtout des esclaves en fuite, que les Britanniques encourageaient à joindre les régiments britanniques et à se battre contre les Américains. Se joignant aux dizaines de milliers de réfugiés américains qui avaient été en faveur des Britanniques durant la Révolution américaine, ils mettaient ainsi leur espoir d'un avenir meilleur dans le slogan des Britanniques. Les réfugiés quittèrent les états nouvellement indépendants en direction de la British North America (le Canada) et prêtèrent un serment d'allégeance au roi George III.

Au nombre de soixante-dix mille, ces Loyalistes se rendirent à la British North America : environ 35 000 dans les Maritimes et surtout en Nouvelle-Écosse : la plupart s'y installèrent en 1783 et 1784. Dans l'ensemble, il ne s'agissait pas d'un groupe homogène. Leur diversité sociale et culturelle était à l'image de la nation qu'ils fuyaient; il y avait des soldats, des civils, des riches, des pauvres, des Noirs, des Blancs et des Autochtones. La seule chose qu'ils avaient en commun était leur état de réfugié.

Ils prêtèrent allégeance à la Couronne pour diverses raisons - leur amour du Roi et du vieux pays, la peur du chaos qui résulterait de la révolution, la promesse de terres gratuites. John Parr, alors gouverneur de la Nouvelle-Écosse, disait que « la loyauté n'était pas lourde à porter » pour la plupart de ceux qui se rendaient à Shelburne.

Cependant, il y avait un prix attaché à la « meilleure vie » à laquelle les Loyalistes aspiraient. L'augmentation massive de la population créait une demande d'hébergement et de provisions à laquelle la Nouvelle-Écosse ne pouvait pas facilement répondre. Devant cette situation , les plus démunis furent les Loyalistes noirs.

Environ 3000 Afro-Américains se rendirent en Nouvelle-Écosse dans les colonies de peuplement près de Shelburne, de Digby, de Chedabucto et de Halifax. Presque la moitié d'entre eux se rendirent premièrement à Shelburne, attirés par le rêve d'un endroit où ils pourraient vivre indépendamment sur des terres dont ils seraient propriétaires et où ils ne seraient pas victimes de préjugés. Les Britanniques avaient promis 100 acres de terre pour chaque chef de famille et 50 acres de plus pour chaque membre de la famille, ainsi que des provisions.

Les Afro-Américains croyaient qu'ils auraient droit égal aux terres gratuites, mais ils se rendirent compte que le système de concession de terres était devenu corrompu. Quelques-uns, après avoir attendu pendant six ans, ne reçurent qu'un quart d'acre. La plupart d'entre eux reçurent des lots moins désirables de l'autre côté du havre de Shelburne. C'est là qu'ils fondèrent Birchtown, selon le nom du commandant britannique à New York qui avait signé leurs certificats d'embarcation. Ils devinrent alors des cibles d'hostilités et de violence. Plusieurs se vendirent à des marchands pour un mandat de service, réintégrant ainsi le système d'esclavage qu'ils avaient fui.

C'est la foi religieuse des Loyalistes noirs qui leur permit de persévérer, et plusieurs dirigeants religieux devinrent des chefs de file dans leurs nouvelles communautés. L'un d'eux fut le très controversé David George, fils d'esclaves africains né en Virginie, qui s'était converti à la religion baptiste alors qu'il était un esclave en Georgie. En Caroline du Sud, en 1773, il fut un des membres fondateurs de la première église afro-américaine en Amérique du Nord. Puis, en 1784, il se rendit à Shelburne où ses sermons enflammés lui attirèrent les foudres à la fois les colons noirs et les colons blancs.

Le fait que la religion baptiste mise sur la foi plutôt que sur les bonnes œuvres comme gage de salut créa de la dissension, tout comme le firent les baptêmes adultes plutôt que les baptêmes d'enfants et les baptêmes par immersion dans l'eau plutôt que par l'aspersion. Les enseignements baptistes semblaient défier l'Église déjà établie. George, qui faisait la promotion du libre arbitre, avait l'air d'encourager l'anarchie.

La congrégation de George continua de croître. Il devint le pasteur le plus réputé de la province, livrant ses sermons dans les peuplements noirs, encourageant les gens et les fortifiant. Il souleva la colère de nombre de personnes qui n'aimaient ni son message ni la couleur de sa peau. Au cours d'une émeute, des soldats en révolte détruisirent sa maison. George en vint à penser que sa situation n'était effectivement pas meilleure qu'elle ne l'avait été lorsqu'il était esclave.

Bien que de nombreux Afro-américains demeurèrent en Nouvelle-Écosse et bâtirent une communauté permanente, George et plus d'un tiers de la population noire de Shelburne acceptèrent le défi présenté par des philanthropes britanniques qui étaient de l'avis que les Noirs auraient une meilleure vie dans leur terre ancestrale. Environ 1 200 Loyalistes noirs émigrèrent en Sierra Léone en 1792 et établirent la colonie de Freetown. Aujourd'hui, les descendants de ces Loyalistes noirs sont identifiés par leur héritage néo-écossais.