Famille

Les ancêtres de Lucy Maud Montgomery font partie des immigrants riches et éduqués arrivés dans les années 1770 à l’île Saint-Jean (de nos jours, Île-du-Prince-Édouard) depuis l’Écosse (voir Canadiens d’origine écossaise). Son arrière-grand-père maternel, William Simpson Macneill, est député provincial de 1814 à 1838, en plus d’être président de la Chambre d’assemblée. Son grand-père paternel, Donald Montgomery, sert au sein de la législature provinciale de 1832 à 1874, puis est nommé par sir John A. Macdonald comme sénateur au sein du gouvernement fédéral, de 1873 à 1893.

Jeunesse et éducation

La mère de Lucy Maud Montgomery, Clara Woolner Macneill, est emportée par la tuberculose en 1876 à l’âge de 23 ans. Bien que Lucy Maud Montgomery n’ait pas encore deux ans, son premier souvenir est celui de sa mère reposant dans son cercueil, souvenir qu’elle relatera dans son autobiographie en plusieurs volumes intitulée The Alpine Path : The Story of My Career, parue en 1917 :

Je ne ressentais aucun chagrin, car j’ignorais ce que tout cela signifiait. Je n’étais que vaguement troublée. Pourquoi maman était-elle si immobile? Et pourquoi papa pleurait-il? Je tendis ma main de bébé et la posai contre la joue de maman. Aujourd’hui encore, je puis ressentir la froideur au toucher.

Lucy Maud Montgomery passe son enfance avec ses grands-parents maternels à Cavendish, sur l’Île-du-Prince-Édouard. Son père, Hugh John Montgomery (1841-1900), migre vers l’ouest en 1887 pour s’installer à Prince Albert, dans les Territoires du Nord-Ouest (de nos jours en Saskatchewan), alors qu’elle n’est encore qu’une enfant. Elle rejoint son père et sa nouvelle famille en 1890. Elle éprouve toutefois le mal du pays et se sent découragée par sa position relativement marginale au sein du nouveau ménage de son père et de la femme de ce dernier, avec laquelle elle entretient des rapports plutôt tendus.

Lucy Maud Montgomery rentre chez les Macneill en 1891. Elle passe également une partie de son enfance avec sa famille maternelle étendue et son grand-père paternel, qui vivent tous à proximité de Park Corner (Î.-P.-É.). Ses grands-parents ne lui démontrant que peu d’affection, son enfance est principalement marquée par la solitude et l’isolement, des sentiments qui lui resteront familiers sa vie durant. Elle réagit en laissant courir son imagination, qu’elle nourrit en s’adonnant à la lecture et à l’écriture.

Début de carrière

Un jour, Lucy Maud Montgomery écrit dans son journal : « Je ne me souviens pas d’un moment où je n’écrivais pas ou je ne voulais pas être une auteure. L’écriture a toujours été ma raison d’être, sur laquelle tous mes efforts et tous mes espoirs se sont concentrés ». À l’âge de neuf ans, elle se met à composer de la poésie et à tenir un journal personnel, tandis qu’en milieu d’adolescence elle commence à écrire des nouvelles, les publiant d’abord dans les journaux locaux pour ensuite les vendre avec beaucoup de succès à des magazines nord-américains.

Sa première œuvre publiée, un poème intitulé « On Cape Le Force », paraît dans l’édition du 26 novembre 1890 du Charlottetown Patriot, quelques jours à peine avant son 16e anniversaire et alors qu’elle vit encore à Prince Albert. Elle recourt d’abord à des pseudonymes tels que Maud Cavendish ou Joyce Cavendish pour dissimuler ses ambitions professionnelles, avant d’opter pour L. M. Montgomery, sobriquet qui a l’avantage de ne pas révéler son sexe.

En 1894, elle suit une formation en enseignement au collège Prince of Wales à Charlottetown, achevant avec mention honorifique et en une seule année un programme qui en prend normalement deux. De 1895 à 1896, elle étudie également la littérature anglaise au Halifax Ladies’ College de Dalhousie College (devenu l’Université Dalhousie). Pour des motifs financiers, elle met toutefois un terme à ses études au bout d’un an sans obtenir de diplôme. C’est cependant à cette époque qu’elle reçoit son premier cachet d’écrivaine.

À la fin des années 1890, elle enseigne dans des écoles de village à Belmont et Lower Bedeque, à l’Île-du-Prince-Édouard, mais retire assez d’argent de ses publications pour être en mesure de retourner vivre avec sa grand-mère à Cavendish en 1898, à la mort de son grand-père. À l’exception de l’hiver 1901-1902, alors qu’elle travaille à Halifax en tant que réviseure et chroniqueuse hebdomadaire des affaires sociales sous l’alias « Cynthia » pour le Daily Echo, elle se consacre de 1898 à 1911 à écrire des poèmes et des histoires aux fins de publication, tout en travaillant au bureau de poste local, exploité par les Macneill de sur leur propriété.

Vie personnelle et sentimentale

Svelte, de belle apparence et très intelligente, Lucy Maud Montgomery s’attire les faveurs de nombreux prétendants au cours de sa jeunesse et entretient plusieurs relations amoureuses, dont certaines inspireront ses œuvres de fiction. Adolescente à Cavendish, elle refuse la proposition de mariage d’un garçon dénommé Nate Lockhart. Au cours de ses études postsecondaires, elle se fait faire la cour par l’un de ses professeurs, John A. Mustard, ainsi que par Will Pritchard, le frère de son amie Laura Pritchard. Elle demeure amie avec Will Pritchard, correspondant avec lui jusqu’à ce que la grippe l’emporte, en 1897.

La même année, elle se fiance en secret à Edwin Simpson, un cousin lointain étudiant pour devenir ministre baptiste. Moins d’un an plus tard, elle entame cependant une relation romantique passionnée avec Hermann Leard, un agriculteur de Bedeque, à l’Île-du-Prince-Édouard, puis rompt ses vœux avec Edwin Simpson, au grand désarroi de sa famille. En 1899, peu de temps après le retour de Lucy Maud Montgomery à Cavendish pour vivre auprès de sa grand-mère, Hermann Leard meurt de la grippe. Après son décès, Lucy Maud Montgomery n’aura que peu d’intérêt pour les relations sentimentales.

Mariage et vie familiale

Le 5 juillet 1911, peu de temps après la mort de sa grand-mère, Lucy Maud Montgomery épouse Ewen Macdonald, ministre presbytérien, auquel elle s’est fiancée en catimini à la fin de l’année 1906. Après s’être mariés à Park Corner et avoir fait leur voyage de noces en Écosse et en Angleterre, ils quittent l’Île-du-Prince-Édouard à la fin de l’année 1911 pour s’installer à Leaskdale, en Ontario, où Ewen est affecté à une paroisse. Leur premier fils, Chester, voit le jour en 1912. Un deuxième fils, Hugh, meurt à la naissance en 1914, tandis que le troisième, Stuart, vient au monde en 1915.

Maud et Ewen restent en Ontario avec Chester et Stuart. En 1926, ils s’installent dans le petit village de Norval, puis, en 1935, ils déménagent à Toronto, où ils vivent dans une maison près de la rivière Humber, surnommée « Journey’s End » par l’écrivaine.

Les rôles de Lucy Maud Montgomery, autant à titre de mère que d’épouse du ministre, prennent beaucoup de son temps, particulièrement en raison de la détérioration croissante de la santé mentale de son mari, qui est admis dans un sanatorium en 1934, et démissionne de sa paroisse à Norval en 1935. Elle-même souffre de maladie mentale (voir Mort et santé mentale). Cherchant continuellement à trouver un équilibre productif entre son écriture et ses responsabilités domestiques, elle indique à plusieurs reprises dans ses écrits et dans ses entrevues qu’elle croit que la maternité constitue le travail le plus important pour les femmes. Cela fait foi de son adhésion aux idées du début du 20e siècle quant au devoir maternel d’une femme et de sa grande tristesse causée par la perte prématurée de sa mère.

Anne… la maison aux pignons verts (1908)

En 1905, Lucy Maud Montgomery achève son premier roman, Anne… la maison aux pignons verts. Celui-ci s’inspire de livres pour enfants tels que Les Quatre Filles du docteur Marchet Alice au pays des merveilles, ainsi que d’un article qu’elle lit dans un journal au sujet d’un couple anglais ayant souhaité adopter un garçon, mais ayant plutôt reçu une fille. Le manuscrit est rejeté par tous les éditeurs auxquels elle le soumet. Elle abandonne et conserve son manuscrit dans une boîte à chapeaux jusqu’en 1907, année au cours de laquelle elle tente à nouveau sa chance et parvient à un accord d’édition avec L. C. Page de Boston.

Paru en juin 1908, le roman s’écoule à plus de 19 000 exemplaires au cours des cinq premiers mois, en plus d’être réimprimé à dix reprises au cours de sa première année. Il séduit les critiques, dont le poète canadien Bliss Carman et l’auteur américain Mark Twain, qui déclare qu’Anne est « l’enfant la plus attachante, émouvante et délicieuse depuis l’immortelle Alice ».

Le contrat de Lucy Maud Montgomery avec son premier éditeur, L. C. Page, l’oblige à produire deux suites à Anne… la maison aux pignons verts : Anne d’Avonlea (1909) et Anne quitte son île (1915). Elle écrit quatre autres livres sous contrat avec Page : Kilmeny du vieux verger (1910), La conteuse (1911), Chroniques d’Avonlea (1912) et La route enchantée (1913).

Lucy Maud Montgomery est un nom familier aux quatre coins du monde anglophone à la fin de la Première Guerre mondiale. En 1920, bien que Lucy Maud Montgomery n’ait pas renouvelé son contrat, L. C. Page publie une collection de ses nouvelles qu’il a toujours en sa possession, Chroniques d’Avonlea 2. Un procès s’ensuit, qui met plus ou moins un terme à la relation de Lucy Maud Montgomery avec l’éditeur, qui détient alorsles droits de ses six premiers livres, dont Anne… la maison aux pignons verts. En 1917, elle se tourne vers les éditeurs canadiens McClelland et Stewart, en plus des éditeurs américains Frederick Stokes. Dans la décennie qui suit, elle s’engage dans une série de poursuites et de contre-poursuites contre L. C. Page relativement aux redevances et aux droits qui, selon elle, devraient lui revenir.

Autres publications notoires

Avec McClelland et Stewart/Stokes, Lucy Maud Montgomery écrit cinq autres livres d’Anne : Anne dans sa maison de rêve (1917), La Vallée arc-en-ciel (1919), Anne… Rilla d’Ingleside (1920), Anne au domaine des peupliers (1936) et Anne d’Ingleside (1939). Ces maisons d’édition publient également sa trilogie Emily à grand tirage : Émilie de la Nouvelle Lune (1923), Emily Climbs (1925) et Emily’s Quest (1927), ainsi que six autres romans : Le Château de mes rêves (1926), Le Monde merveilleux de Marigold (1929), L’Héritage de Tante Becky (1931), Pat de Silver Bush (1933), Mademoiselle Pat (1935) et Les Vacances de Jane (1937).

À sa mort, Lucy Maud Montgomery a à son actif 20 romans et deux livres de nouvelles publiés, en plus d’un livre de poésie (The Watchman and Other Poems, 1916), un bref récit autobiographique (The Alpine Path: the Story of My Career, 1917), et de nombreux poèmes, histoires et articles qu’elle écrit pour les magazines tout au long de sa vie, pour la plupart publiés à titre posthume sous forme d’anthologies.

Préoccupations thématiques

La fiction de Lucy Maud Montgomery est généralement axée sur des représentations et des récits liés aux questions de maternité. Ses romans et ses histoires se concentrent souvent sur les orphelins, ainsi que les enfants abandonnés par les parents ou séparés d’eux, ceux au sein de relations dépourvues d’affection, ainsi que les mères absentes et les femmes sans enfants et celles qui sont « célibataires endurcies ». Une grande partie de son œuvre, dès son premier roman, Anne… la maison aux pignons verts, jusqu’aux romans de fin de carrière comme Le Monde merveilleux de Marigold et Les Vacances de Jane, considère la maternité comme un travail crucial pour les femmes et se concentre principalement sur l’éducation des filles.

Affaires commerciales et problèmes juridiques

Les nombreux procès qu’elle livre contre son premier éditeur, L. C. Page, font d’elle une femme d’affaires astucieuse, en mesure de tirer de son travail un revenu raisonnablement stable et important pour maintenir un rythme de vie confortable pour sa famille, en soi un accomplissement remarquable pour une écrivaine du début du 20e siècle. Elle ne tire toutefois pas de bénéfice important de la vente de ses premiers livres, dont Anne… la maison aux pignons verts. Les redevances qui lui sont versées en vertu de son premier contrat avec L. C. Page sont faibles, tandis que les bénéfices liés aux licences et aux réimpressions, y compris les honoraires pour les deux premières adaptations cinématographiques du roman, en 1919 et en 1934, reviennent pour la plupart à l’éditeur.

Au cours des décennies suivant la mort de Lucy Maud Montgomery, une industrie florissante voit le jour, à l’origine de séries télévisées, productions théâtrales et autres biens liés à Anne, tels que des souvenirs et des poupées, et ce, sans compter la popularité continue de ses livres. Au cours des années, les droits très juteux de licence, de diffusion et de commercialisation d’Anne… la maison aux pignons verts font l’objet de nombreux litiges juridiques (voir aussi Anne… la maison aux pignons verts). Tous les droits de licence sont détenus conjointement par les héritiers de Lucy Maud Montgomery et la province de l’Île-du-Prince-Édouard par l’intermédiaire de la société Anne of Green Gables Licensing Authority Inc.

Adaptations

Les œuvres de Lucy Maud Montgomery ont maintes fois été adaptées, en plus d’être traduites dans plus de 36 langues. À lui seul, Anne… la maison aux pignons verts a été adapté à plus de deux douzaines de reprises, dont deux films d’Hollywood (un film muet en 1919 et un film sonore en 1934) et deux miniséries de la BBC (en 1952 et en 1972). En 1956, le livre est adapté sous forme d’émission musicale pour la télévision de la CBC par Don Harron, Norman Campbell et Phil Nimmons. Une seconde adaptation suit en 1958. En 1965, Don Harron, Norman Campbell et Mavor Moore allongent la version télévisée pour lui donner la forme d’une pièce de théâtre musicale, dans le cadre du Festival de Charlottetown. La première de Anne of Green Gables : The Musical a lieu le 27 juillet 1965 au Centre des arts de la Confédération de Charlottetown. La pièce y est jouée tous les ans depuis, ce qui lui vaut le record mondial Guinness de la « plus ancienne production annuelle de théâtre musicale encore active ».

Cependant, l’adaptation la plus connue d’Anne… la maison aux pignons verts demeure la production télévisée de la CBC de 1985 de Kevin Sullivan, mettant en vedette Megan Follows, Colleen Dewhurst, Richard Farnsworth et Jonathan Crombie, qui remporte neuf prix Gemini, un prix Emmy et un prix Peabody. La diffusion initiale de la minisérie a les cotes d’écoute les plus élevées de l’histoire canadienne, la première partie étant vue par 4,9 millions de téléspectateurs, nombre porté à 5,2 millions pour la seconde partie, soit le public le plus important de l’histoire de la CBC pour une émission autre qu’une partie de hockey. Son succès mène à trois suites, toutes produites par Kevin Sullivan : La maison aux pignons verts 2 (1986) et Anne – La maison aux pignons verts – Les années de tourmente (2000), toutes deux présentant la même distribution et produites par la CBC, ainsi qu’Anne of Green Gables: A New Beginning (2008), produit par CTV et mettant en vedette Barbara Hershey dans le rôle d’une Anne d’âge mûr.

La CBC s’est depuis véritablement spécialisée en adaptations historiques, la plus primée étant les Contes d’Avonlea (1989-1996), lauréate de plusieurs prix Emmy et Gemini, librement inspirée d’un certain nombre d’œuvres de Lucy Maud Montgomery et mettant en vedette une jeune Sarah Polley dans le rôle de la protagoniste, Sara Stanley. La saison 1989-1990 de la série attire près de deux millions de téléspectateurs en moyenne, s’établissant comme série canadienne la plus suivie jusqu’à Canadian Idol, en 2003. La CBC produit également Emily of New Moon (1998-2000), inspirée de la série de romans Emily of New Moon, ainsi qu’Anne (2017), une adaptation un peu plus sombre de l’histoire de la maison aux pignons verts, mettant en vedette Amybeth McNulty, Geraldine James et R. H. Thomson et diffusée dans le monde entier sur Netflix.

Le télédiffuseur public américain PBS produit trois adaptations sous forme de films télévisés de la maison aux pignons verts,avec Martin Sheen dans le rôle de Matthew Cuthbert : Anne of Green Gables (2016), Fire & Dew (2017) et The Good Stars(2017). Kevin Sullivan produit une adaptation animée pour PBS en 2000, tandis que deux versions animées de la maison aux pignons verts, acclamées, sont également produites au Japon, l’une en 1979 et l’autre, en 2009. En 2016, Rachel McAdams assure la narration d’un livre audio d’Anne… la maison aux pignons verts pour audible.com.

Le roman de Lucy Maud Montgomery publié en 1926, Le château de mes rêves, interdit par certaines bibliothèques pour sa représentation de la vie d’une mère célibataire et analysant l’hypocrisie religieuse, est adapté sous forme de comédie musicale à succès en Pologne dans les années 1980.

Mort et santé mentale

Les circonstances entourant la mort de Lucy Maud Montgomery suscitent la controverse et font l’objet de nombreuses spéculations. L’écrivaine meurt à Toronto en 1942, juste avant la publication par Ryerson Press de la première édition canadienne d’Anne… la maison aux pignons verts. Son corps est rapatrié par train à l’Île-du-Prince-Édouard, et une cérémonie funèbre a lieu au parc national de l’Île-du-Prince-Édouard, à la propriété de Cavendish qui avait servi d’inspiration pour la ferme de Matthew et Marilla Cuthbert dans le premier roman. Elle est enterrée à Cavendish.

En 2008, à l’occasion du 100e anniversaire de la publication d’Anne… la maison aux pignons verts, la petite-fille de Lucy Maud Montgomery, Kate Macdonald Butler, révèle dans une entrevue accordée au Globe and Mail que dès le début, sa famille a cru que la mort de l’écrivaine n’était pas due à une insuffisance cardiaque, comme annoncé, mais plutôt à un suicide par surdose de drogue. Elle explique que son père Stuart Macdonald, le plus jeune fils de Lucy Maud Montgomery, a trouvé au chevet du lit de sa mère une note dans laquelle elle demandait pardon, et que cette note a été gardée secrète par la famille. Kate Macdonald Butler déclare qu’avec cette révélation, la famille espère contribuer à réduire la stigmatisation entourant la maladie mentale. Elle ajoute que Lucy Maud Montgomery souffrait comme son mari Ewen de dépression, et « qu’elle était isolée, triste, inquiète et habitée par la crainte pendant le plus clair de sa vie », surtout dans ses dernières années alors que l’état d’Ewen Macdonald se détériorait.

La révélation de Kate Macdonald Butler est applaudie par de nombreux organismes œuvrant en santé mentale. Reid Burke, de l’Association canadienne pour la santé mentale de l’Île-du-Prince-Édouard, note que ces révélations sont très importantes, puisqu’elles permettent aux gens de comprendre que la dépression n’est pas un problème nouveau. Il explique : « C’est une problématique à laquelle les gens font face depuis des années […] Il y a une sorte de mythe voulant que si vous n’en parlez pas, le problème disparaîtra. Mais il reste bien là, et cela affecte les familles et les survivants pendant des années. »

Dernière lettre de Lucy Maud Montgomery :
Par moment, je perds la tête, et je n’ose pas alors imaginer ce que je peux faire. Que Dieu me pardonne, et j’espère que tout le monde me pardonnera même si on ne peut pas comprendre. Personne ne se rend compte que ma situation est trop horrible à endurer. Quelle fin, pour une vie dans laquelle j’ai toujours essayé de faire de mon mieux malgré de nombreuses erreurs.

Cependant, laprofesseure Mary Rubio, une spécialiste réputée de Lucy Maud Montgomery à l’Université de Guelph, avance que la lettre a été écrite au dos d’une déclaration de redevance datée de deux jours avant la mort de l’auteure. On ne peut donc conclure de manière définitive, selon elle, qu’il s’agit d’une note de suicide, puisque la lettre pourrait très bien être la dernière page d’une entrée de journal. Mary Rubio, qui a également coédité les journaux de Lucy Maud Montgomery, publiés en plusieurs volumes de 1985 à 2004, estime que le numéro « 176 » inscrit en haut de la note indique que c’était la page 176 d’un journal manuscrit, que l’auteure prévoyait de transcrire à la machine à écrire comme à l’habitude. Mary Rubio soutient que les 175 pages manquantes, qui n’ont jamais été retrouvées, pourraient avoir été prises par le fils aîné de Lucy Maud Montgomery, Chester Macdonald, un irresponsable qui vivait dans le sous-sol de la maison de sa mère et dont la dépendance et la cruauté ont nui à la santé mentale déjà fragile de celle-ci.

Mary Rubio reconnaît tout de même que Lucy Maud Montgomery « souffrait d’une douleur psychologique insupportable », qu’elle a développé une dépendance aux barbituriques et, qu’un mois avant sa mort, elle a déclaré à un ami « qu’elle doutait d’être encore en vie dans une semaine ». Dans la biographie intitulée « Lucy Maud Montgomery : The Gift of Wings » (Doubleday Canada, 2008), Mary Rubio écrit que « ce commentaire de Maud […] semble indiquer qu’il s’agit de la mort préméditée d’une personne qui était en proie à un épisode dépressif majeur et qui ne comprenait peut-être pas qu’elle avait une dépendance à des drogues qui étaient en train de la tuer ».

Sites et monuments patrimoniaux

Bien que Lucy Maud Montgomery ait soutenu qu’elle voulait maintenir une séparation claire entre son œuvre et sa vie, les deux parties sont devenues inextricablement liées par les divers sites patrimoniaux et touristiques associés à l’auteure et à ses romans. Des milliers de touristes visitent l’Île-du-Prince-Édouard chaque année pour voir les « sites sacrés » liés à l’écriture d’Anne… la maison aux pignons verts et aux paysages qui y sont décrits.

En 1983, la Ville de Toronto nomme un parc en l’honneur de Lucy Maud Montgomery près de la maison où elle a élu domicile. La maison de l’écrivaine située à Leaksdale, en Ontario, et la zone entourant sa maison de Cavendish à l’Île-du-Prince-Édouard (ouverte au public en 1985) sont désignées lieux historiques nationaux par le gouvernement fédéral, respectivement en 1997 et en 2004. En 2017, le presbytère de Norval, en Ontario, où Lucy Maud Montgomery a vécu avec sa famille jusqu’en 1935, est acheté par la Lucy Maud Montgomery Heritage Society de Halton Hills, qui prévoit de transformer la maison en musée.

Héritage artistique et critique

Les romans de Lucy Maud Montgomery – qui demeurent en circulation – ainsi que sa vie, ses journaux et son rayonnement international font l’objet d’un intérêt croissant de la part de critiques littéraires et d’universitaires. Dans le cadre d’un sondage mené par CBC Books auprès de ses lecteurs en 2014, Anne Shirley est nommée le personnage de fiction le plus emblématique du Canada. Selon Mary Rubio, Anne… la maison aux pignons verts constitue « l’exportation littéraire la plus durable au Canada ». Dans un sondage mené par la BBC en 2003 et intitulé The Big Read, qui vise à déterminer le roman le plus aimé en Grande-Bretagne, Anne… la maison aux pignons verts se classe au 41e rang, devant The Great Gatsby (Gatsby le magnifique) de F. Scott Fitzgerald, Animal Farm (La ferme des animaux) de George Orwell et A Christmas Carol (Un chant de Noël) de Charles Dickens. En 2012, Anne… la maison aux pignons verts est classé au neuvième rang parmi les romans pour enfants par le School Library Journal, basé aux États-Unis.

Au cours de sa carrière, Lucy Maud Montgomery ressent toutefois une profonde anxiété à l’égard de son œuvre. Selon elle, ses romans sont perçus comme moins littéraires et moins modernes que les œuvres de nombreux de ses contemporains, une impression que son extraordinaire popularité internationale ne dissipe pas. Elle est également déçue que sa poésie, qu’elle continue à composer et à publier toute sa vie, ne soit pas prise aussi au sérieux que ses œuvres de fiction. Elle accorde d’ailleurs plus d’importance à sa poésie qu’à ses romans, qu’elle qualifie parfois « d’œuvres alimentaires ».

À la suite de la publication en 1974 de certaines des lettres d’enfance de Lucy Maud Montgomery, compilées dans The Years Before Anne, ainsi que d’une collection de lettres à son ami écossais G. B. MacMillan, intitulée My Dear Mr. M: Letters to G. B. MacMillan from L. M. Montgomery, parue en 1978, des féministes de la seconde vague comme Margaret Atwood se mettent à défendre la littérature de l’écrivaine, la présentant comme allant au-delà de la simple fiction pour enfants ou de l’écriture de genre. Lucy Maud Montgomery, et encore davantage le personnage d’Anne Shirley, sont vus comme des héroïnes féministes avant leur temps, représentant un mouvement encore sans nom. Comme l’expliqueJean Hannah Edelstein dans le Guardian en 2009 : « Cela n’est jamais dit de façon explicite, mais Anne est indéniablement une féministe, une voie difficile à suivre au début du 20e siècle au Canada ». Moira Walley-Beckett, productrice déléguée de l’adaptation au petit écran de Anne… la maison aux pignons verts, diffusée en 2017, déclare à la CBC que « les défis auxquels Anne fait face sont toujours d’actualité : la place des femmes, les préjugés, l’intimidation et le désir d’un sentiment d’appartenance ». En 2016, on écrit dans le magazine Slate qu’Anne est « la sainte patronne des femmes marginalisées ».

La publication des premiers journaux personnels de Lucy Maud Montgomery en 1985 (édités par Mary Rubio et Elizabeth Waterston) révèle au grand jour l’esprit mature, complexe et parfois troublé de l’auteure, et donne lieu à des analyses et des interprétations plus approfondies de son œuvre. En 1993, l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard fonde le L. M. Montgomery Institute, qui accueille l’année suivante une conférence internationale sur l’œuvre de l’écrivaine. L’événement, qui a lieu tous les deux ans, attire des centaines d’universitaires et d’admirateurs du monde entier et aboutit à la publication de nombreux essais, dissertations et collections analysant le travail de Lucy Maud Montgomery. Certains de ses journaux manuscrits, albums de coupures, manuscrits originaux, photographies et effets personnels se trouvent aujourd’hui au L. M. Montgomery Research Centre de l’Université de Guelph.

Hommages

La renommée de Lucy Maud Montgomery et de ses personnages atteint durant sa vie un niveau sans précédent dans le monde de la littérature populaire canadienne, et continue à croître après sa mort. En 1927, Lucy Maud Montgomery reçoit une lettre du premier ministre britannique Stanley Baldwin lui faisant part de son admiration, et elle rencontre le prince de Galles (qui deviendra plus tard le roi Édouard VIII) à Toronto.

Après avoir joué le rôle d’Anne dans l’adaptation hollywoodienne d’Anne… la maison aux pignons verts en 1934, l’enfant vedette Dawn Evelyeen Paris change son nom de scène, passant de Dawn O’Day à Anne Shirley. Elle connaîtra une belle carrière sous ce nom, obtenant une nomination aux Oscars en 1938 et une étoile sur le « Walk of Fame » à Hollywood en 1960.

De nombreux établissements et organisations à travers le monde rendent hommage à Anne Shirley ou aux pignons verts, tels que The School of Green Gables [L’école des pignons verts], une école de soins infirmiers située à Okayama, au Japon,ainsi qu’un grand nombre de maisons en bord de mer, de maisons de thé et d’autres lieux qui portent le nom du célèbre roman. Anne… la maison aux pignons vertsjouit d’une immense popularité en Pologne, où il est devenu un symbole si important de liberté, de famille et d’indépendance qu’une copie du roman est remise par l’armée polonaise à chaque soldat avant la Deuxième Guerre mondiale. Au Japon, le roman fait partie du programme scolaire public depuis 1952 (voir aussi Anne… la maison aux pignons verts).

En 1996, la série télévisée de la CBC Life & Times diffuse un épisode sur l’écrivaine, intitulé Lucy Maud Montgomery’s Long Road to Fame. En 2017, l’écrivaine Melanie Fishbane publie chez Penguin Random House un roman jeunesse intitulé Maud, inspiré de la vie et des expériences de Lucy Maud Montgomery.

Honneurs

En 1923, Lucy Maud Montgomery est la première Canadienne à devenir membre de la Royal Society of Arts de Grande-Bretagne. En 1924, elle est nommée l’une des « douze plus grandes Canadiennes » par le Toronto Star. En 1935, elle reçoit l’ordre de l’Empire britanniqueet est nommée à l’Institut littéraire et artistique de France. En 1943, elle est désignée Personne d’importance historique nationale par le gouvernement canadien.

En 1975, Postes Canada émet des timbres en l’honneur de Lucy Maud Montgomery et d’Anne… la maison aux pignons verts, une initiative que la société répète en 2008 en commémoration du centenaire du roman. En 2016, la Banque du Canada inclut Lucy Maud Montgomery dans la liste de 12 candidates pour devenir la première Canadienne à figurer seule sur un billet de banque canadien (voir Les femmes sur les billets de banque canadiens).

Écrits

Romans

Série Anne… la maison aux pignons verts

  • Anne… la maison aux pignons verts (1908)
  • Anne d’Avonlea (1909)
  • Anne quitte son île (1915)
  • Anne dans sa maison de rêve (1917)
  • La Vallée arc-en-ciel (1919)
  • Anne… Rilla d’Ingleside (1921)
  • Anne au domaine des peupliers(1936)
  • Anne d’Ingleside(1939)
  • The Blythes Are Quoted (2009)

Trilogie Emily

  • Émilie de la Nouvelle Lune (1923)
  • Emily Climbs (1925)
  • Emily’s Quest (1927)

Série Pat de Silver Bush

  • Pat de Silver Bush (1933)
  • Mademoiselle Pat (1935)
  • Série La Conteuse
  • La Conteuse (1911)
  • La Route enchantée (1913)

Autres

  • Kilmeny du Vieux Verger (1910)
  • Le Château de mes rêves (1926)
  • Le Monde merveilleux de Marigold (1929)
  • L’Héritage de Tante Becky (1931)
  • Les Vacances de Jane (1937)

Collections de nouvelles

  • Chroniques d’Avonlea (1912)
  • Chroniques d’Avonlea 2 (1920)
  • The Road to Yesterday(1974)
  • The Doctor's Sweetheart and Other Stories (1979)
  • Histoires d’orphelins(1988)
  • Sur le rivage(1989)
  • Au-delà des ténèbres(1990)
  • Longtemps après(1991)
  • Against the Odds: Tales of Achievement(1993)
  • At the Altar: Matrimonial Tales (1994)
  • Across the Miles: Tales of Correspondence (1995)
  • Christmas with Anne and Other Holiday Stories (1995)

Poésie

  • The Watchman and Other Poems (1916)
  • The Poetry of Lucy Maud Montgomery (1987)

Journaux, lettres et essais

  • The Green Gables Letters from L. M. Montgomery to Ephraim Weber, 1905–1909 (1960)
  • The Alpine Path: The Story of My Career (1917; 1974)
  • My Dear Mr. M: Letters to G.B. MacMillan from L. M. Montgomery (1980)
  • The Selected Journals of L.M. Montgomery(5 volumes, de 1985 à 2004)
  • The Complete Journals of L.M. Montgomery: The PEI Years, 1889–1900 (2012)
  • The Complete Journals of L.M. Montgomery: The PEI Years, 1901–1911 (2013)
  • The L. M. Montgomery Reader, Volume 1: A Life in Print (2013)
  • L. M. Montgomery’s Complete Journals: The Ontario Years, 1911–1917 (2016)
  • L. M. Montgomery’s Complete Journals: The Ontario Years, 1918–1921 (2017)

Œuvre non fictive

  • Courageous Women (1934)